Ov n ' W, ."-"h'' x ENCYCLOPDIE D'HISTOIRE NATURELLE lAHlS. - IMl'ItmF.niE SIMON HAOK ET C. nUK DEItKUlil H, I "9 V Famille de Castors. l'I. 31 o "^.^ ENr.Yr.lA)PltlK nniSTOlRE NATIIHELLE nu TRAIT COMPLET DE OETTI SOIINdI ri'spres I.KS TIAVAUX li:S NATUKAI.ISTI'S LES l'I.US MIlNEM'S W. TOUS l.r.S l'AVS F.T WV. TOIITKS l,ES I'OQIIK.S 6UFF0N, OAUBENTON, LAGEPDE, 6. GUVIER, F. CUVIER, GEOFFROY SAINT-HILAIRE, LATREILLE, DE JUSSIEU. BRONGNIART. etc . etc. Ouvrae rsumant Iss Observations des Auteurs anciens et comprenant tontes les Dcouvertes modernes jusqu' nos jours. PAR LE D' CHENU ciirmmr.iiN- MA.ion a i.'iifipiTAi, mm itaii;f m vai -iif. -fiiiACi:, l'i.OFrssi'in iriiisToiiiF, nati'iibm.k, ktc. RONGEURS ET PACHYDERMES Avi-r In i-ollalinratinn Ai- M. K. HKSMAREST. pri^|i,ii'.nlrni- tl'Aiintnmie oompai'ce au Mnsi'inn i>- PARIS CHEZ MAHESCQ ET COMPAGNIE, KiiiTRiins TiK t.'RNrvr.i.orKiiir, 5, HUE nu J-ONT-DE- I.Oni (l'HI'.S I.E POiNT M^IIK ] CHEZ GUSTAVE HAVARD, i.iiinAini:, !,>, HUK r.UKNr.AlU) ( PPS I.A MOISINAIK) Nous (ioiiiioiis dans ce volume Fhistoire naturelle complte de l'ordre des Rongeurs, et nous commenons celle des Pachydermes. L'importance de Tordre des Rongeurs, qui cependant a t jusqu'ici l'un des moins tudis de la classe des Mammifres, ainsi que le grand nombre de genres nouvellement admis qu'il renferme, nous a engag nous tendre assez longuement sur ces animaux dont les murs sont si intressantes connatre, et qui, dans certaines circonstances, se multiplient tellement, quils produisent de grands dgts l'agriculture. Dans l'ordre des Rongeurs, nous comprendrons sept familles : les Sciurides, subdivises en deux tribus, lesScitiHens (genre principal Ecureuil) et \esArcto- myens (genre Marmotte) ; les Murides, comprenant cinq tribus, celles des Cas- toriens {genre Castor) , Miiriens [ayant les six divisions des Mijopolamiles (genre Myopotame), Arvicolites (genre Campagnol), Mrtes (genre Rat), chimysites /genre I^Jchimys), Capromysiles (genre Capromys); eVClnotmj sites (genre Ctno- niys),] Myoxiens (genre Loir), H/amyens (genre llamys) et Di/jodiens (genre Gerboise); les Cricilides (genre Hamster); IcsSpa/acides (genre Rat-Taupe); les Ilystricides (genre Porc-Epic); les Lporides (genre Livre) et les Cavides : ees dernires renfermant les deux tribus des Caviens (genre Cabiai) et des Cliin- c///7/ics (genre Chincbilla). L'ordre des Pachydermes est subdivis en trois sous-ordres : les Poascidiens , les Pachydermes ordinaires et les Solipdes. Le premier sous-ordre que nous tudions en entier dans ce volume ne renferme que les genres Elphant^ Mas- todonte et Dinothrium ; nous commencerons l'histoire du second sous-ordre par la premire famille, celle des Suides, comprenant les genres Hippopo- tame, Cochon, Phacochre, Babiroussa, Pcari, Chropotame, etc. AVIS AU RELIEUR Les planches tires hors texte sont au nombre de quarante. Chaque planche doit tre place en regard de la page indique. t. 2. 5, 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Pages Taira. cureuil raie dorsale 1 Ptromys flche. Ptromys clatant 5 Lagotis criniger. cureuil d'Hudson. ... 9 Rat des jardins. Ecureuil dos noir. ... 15 Rat noir. Porc-pic d'Italie 18 Ecureuil large queue. Octodon gliznode. . 23 Souris. Campagnol. (Mle et femelle). ... 28 Cochon-d'Inde aperea. Cabiai 52 Euryolis de Brand. cureuil Lari 56 Gomys bourse. Aperea 40 Mus raie dorsale. Spermophile ray. ... 45 Cochon-d'Inde. Pilori. (Mle et femelle). . . 49 Graphiure du Cap. Coendou queue pre- nante 54 Chinchilla de Russie. Campagnol des prairies. Rat dos ray 61 Souris d'Egypte. Marmotte. Paca brun. . 67 Pithchir mlanure. Spalax Zemni 72 Cabiai 77 Lrot. Spalax talpode 81 Gerbille de Rurton. Rat pumilion 92 Myslroniys pieds blancs. Gerbille de Shaw. 98 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 55. 36. 37. 38. 59. 40. Pages. Rat d'eau. Mrion Hrine 100 Caupagnol des neiges. Lasiuromys villeux. . 103 Otomys cafrc. rthizon ourson 106 Euryotis une bande. Rat de Barbarie. . . 112 Agouti croconal. Livre callotis 188 Hespromys deux taches Livre variable. . 125 rthizon grosse queue. Prognathe fasci. 133 Dendromys dos noir. Plagiodonte des habi- tations 139 Saccomys anthophile. Ascomys du Mexique. 145 Mrion de Labrador. Marmotte de Beechey. 151 Famille de Castors Tilre. lphant chassant le Tigre 167 Sanglier des Papous. Cochon domestique. . 178 Ane. Hmione 185 Pcari collier. Cochon masque 199 Rhinocros unicorne. Tapir de l'Inde. . . . 207 Cochon des Indes. Phacochre. 216 Babiroussa. Pcari tajassou 233 Daman du Cap. Jument et son poulain. . . 245 Zt'bre. Cheval de labour 261 2 3 i 2 8 Fi''. 1 Tair;i. Pitr. 2. Kciiriinil H raie ilorsale. 11 4- |S RONGEURS. On dsigne sous le nom de lioncfeurs Tun des ordres les plus na- turels de la classe des Mammifres, qui renferme des animaux ongui- culs, presque toujours de petite taille, membres postrieurs plus longs que les antrieurs, et caractriss, en outre, d'une manire trs- gnrale par le manque de canines leurs deux mchoires, et par la disposition de leurs incisives, au nombre de deux, tant en haut qu'en bas, et spares des molaires par une barre ou espce intermdiaire bien marque. Les incisives des Rongeurs ne sont, le plus habituellement, qu'au nombre de deux chaque mchoire, trs-allonges, arques, prismatiques, n'ayant pas de racines et poussant toujours par la base mesure qu'elles' s'usent par l'ex- trmit, qui est taille en biseau dans les suprieures, et tantt en pointe, tantt galement en biseau dans les infrieures. La face antrieure de ces dents est couverte d'une lame paisse d'mail, tandis que le corps est de substance osseuse beaucoup plus tendre; de sorte que ce bord est toujours celui qui rsiste et qui forme le tranchant du biseau : cette face antrieure est plane ou arrondie suivant les espces; ordinairement elle est lisse, mais parfois on voit dans le sens de sa longueur, principalement au milieu, un ou deux sillons ou rainures, tels que dans les Gerbilles, Otomys, scomys, .\ulacodes, Lapins. La couleur de ces dents, dans le plus grand nombre des cas, est d'un blanc jauntre, et dans d'autres cas d'un orang fonc. Les incisives sup- R 1 I 2 IIISTOIRK i\ATl IIKLLK. rieures sont mobiles, parce que la mclioire iiifiieure s'atliciile par un coMcljle kngiludinal, de manire n'avoir de mouvement horizontal que d'arrire en avant et vire versa, comme il convenait pour l'action de ronger. Quand il y a quatre incisives suprieures, les deux antrieures ont les pro- portions et les usages de ces mmes dents chez les autres Mammifres, et celles qui les suivent sont, au contraire, trs-petites, courtes, mousses leur extrmit etsans utilit bien reconnue. On a trouv dans les Livres, les Lagomys et autres Rongeurs qui constituent la division des Duplicidentaia, qui offrent ce nombre anomal d'incisives suprieures, les indices de deux autres dents, places une de chaque ct derrire la seconde, mais ces germes ne se dveloppent jamais; si cela arrivait, ces animaux auraient un systme dentaire trs-analogue celui des Kanguroos, qui, comme les autres Marsupiaux, en diffreraient encore trs-manifestement par les caractres les plus importants des or- ganes de la gnration. Le genre Phoscolome, galement dans les animaux bourse, ne diffre pas. par son systme dentaire, des Rongeurs proprement dits, mais dans ce genre les condyles de la m- choire sont transversaux, comme chez les Carnassiers, et ds lors la direction longitudinale des con- dyles des Rongeurs doit tre mise au nombre des caractres les plus importants de l'ordre qui nous occupe. Quant l'usage de ces dents, on voit qu'elles ne sont pas organises pour saisir une proie vivante, ni pour dchirer de la chair; qu'elles ne peuvent pas mme couper les aliments, mais qu'elles doivent servir les limer, les rduire, par un travail continu, en molcules dlies; en un mol, qu'elles sont destines les ronrjcr, et c'est de l qu'est venu, dans notre langue, le nom de Ron- geur, appliqu aux Mammifres qui le portent. En outre, ces dents peuvent, dans quelques cas, servir ces animaux de moyens de dfense. Les incisives sont toujours, pour les deux mchoires, opposes par leur pointe. Comme ce sont des dents simples, sans racines proprement dites, elles ont la facult de pouvoir toujours pousser; lorsque l'une de ces dents vient manquer, parce que son germe a t enlev ou dtruit, l'incisive qui lui est oppose ne trouvant plus s'user par son sommet contre une dent correspondante, crot indfiniment en dcrivant une courbe qui est telle dans le Lapin, par exemple, qu'une incisive de la mchoire infrieure peut devenir assez grande pour rentrer sur le sommet du crne. Certains auteurs ne sont pas d'accord sur la vritable nature des dents dont nous venons de par- ler, et quelques-uns les appellent des dents antrieures, et les regardent non comme des incisives, mais, au contraire, comme des canines. Qu'il nous soit permis, pour exposer cette opinion, de rapporter le passage qui suit, publi par M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire, en 1828, dans le tome XIV du Dic- tionnaire classique d'Histoire naturelle. Jusqu' ces derniers temps, les dents antrieures des Ron- geurs avaient toujours t considres comme de vritables incisives et dsignes sous le nom de dents primores ou incisivi. On croyait par consquent ces animaux entirement privs de canines, et l'on voyait, dans l'intervalle qui spare les dents antrieures des molaires, un espace laiss vide par l'absence des canines. Etienne Geoffroy Saint-Ililaire a donn, il y a quelques annes, une tout autre dtermination du systme dentaire des Rongeurs. Il pense que les dents antrieures de ces ani- maux sont, non pas des incisives, comme on l'avait cru cause de leur position antrieure, mais de vritables canines; ce sont donc les incisives et non les canines qui manqueraient chez les Rongeurs. Sans chercher tablir cette opinion sur des preuves rigoureuses, nous tcherons de la faire com- prendre par de courtes remarques. Nous croyons avoir, sinon entirement dmontr, du moins rendu extrmement vraisemblable, soit par des considrations thoriques, soit au moyen de comparaisons avec quelques genres voisins, que les dents antrieures des Musaraignes, longtemps considres comme des incisives, sont de vritables canines. Or, en faisant abstraction des modifications de forme, qui seraient ici sans valeur, nous ne voyons gure, entre le systme dentaire des Musaraignes et celui des Rongeurs, qu'une seule diffrence, c'est l'absence, chez ceux-ci, de ces petites dents que l'on a tour tour dsignes, chez les Musaraignes, par les noms d'incisives latrales, de canines et de fausses molaires. Celte absence d'o rsulte le vide qui spare, chez les Rongeurs, les dents antrieures des molaires s'explique d'ailleurs assez bien, d'aprs la loi du balancement des organes, par le dveloppement considrable des dents antrieures, et ne peut servir de base une objection contre l'analogie que nous venons d indiquer. Or, si cette analogie est relle, n'est-il pas vident que les dents antrieures des Rongeurs devront recevoir le mme nom que celles des Musaraignes, et tre considres de mme comme des canines? Nous passons sous silence une foule d'autres compa- raisons et un grand nombre de faits qui nous conduiraient quelquefois mme, par une voie plus di ROiNCEUnS. ' 3 recte, au mme rsultat pour arriver l'examen des objections que l'on peut lui opposer. Les deux plus importantes, ou plutt les deux seules importantes, sont la position antrieure des prtendues canines et leur insertion apparente dans l'os intermaxillaire; et il est possible de rpondre l'une et l'autre. Dans presque toutes les Chauves-Souris insectivores, les canines sont de mme antrieures et contigus entre elles; les incisives sont alors places au devant d'elles, et quelquefois mme elles manquent entirement: ce qui ramne le systme dentaire des Chauves-Souris, sinon entirement celui des Rongeurs, du moins celui des Musaraignes. La seconde objection peut galement tre rfute, mme en admettant comme dmontr que la pice antrieure de la mchoire suprieure soit vritablement l'intermaxillaire, ainsi qu'on l'admet gnralement; car, comme Et. Geoffroy Saint- Ililaire et plusieurs autres zootomistes l'ont fait voir depuis longtemps, les dents antrieures, quoi- que sortant des intermaxillaires, naissent vritablement des maxillaires eux-mmes. Leurs racines sont en effet places trs-profondment dans ces derniers os, et, bien loin de s'insrer dans les inter- maxillaires, elles ne font que les traverser. Peut-tre aussi une troisime objection pourrait-elle tre tire de l'existence de quatre dents l'extrmit de la mchoire suprieure dans les genres Livre et' Lagomys; ces quatre dents, considres jusque dans ces derniers temps comme quatre incisives, ne devraient-elles pas, en adoptant la nouvelle manire de voir, tre regardes comme quatre canines? Et l'existence de deux canines de chaque ct ne serait-elle pas une vritable anomalie? Peut-tre pourrait-on admettre l'explication suivante : de ce qu'on a considr les quatre dents de l'extrmit de la mchoire suprieure des Livres comme quatre incisives, il ne suit pas que ces dents soient en effet de mme sorte. Leur forme est, il est vrai, assez semblable, mais leur insertion est trs-diff- rente; les deux plus grandes naissent, comme les dents antrieures de tous les Rongeurs, dans le maxillaire, et ne font que traverser l'intermaxillaire. C'est, au contraire, dans cette dernire pice, comme nous nous en sommes assur, que naissent les deux plus petites, places en arrire des deux autres et vers leur partie interne. 11 nous semble donc qu'on pourrait considrer les deux petites dents antrieures, ou celles qui naissent dans l'intermaxillaire lui-mme, comme de vritables inci- sives, ce qui nous conduirait admettre, chez les Livres et les Lagomys, l'existence des trois sortes de dents. Nous ne pensons pas que cette dernire consquence, quoique trs-contraire aux ides re- ues, offre rien de contraire la thorie. Qui ne sait, en effet, que la prsence des incisives n'est pas constante dans la mme famille et quelquefois mme dans le mme genre? Toutefois cette opinion n'a gnralement pas t admise; et voici comment Fauteur de l'article Rongetirs du Dictionnaire universel d' Histoire naturelle (t. XI, 1848) s'exprime ce sujet. Les incisives suprieures des Rongeurs sont implantes dans l'os incisif ou intermaxillaire; mais elles plongent plus ou moins profondment dans l'os maxillaire. On en a quelquefois conclu que ces dents taient des canines et non des incisives; mais il faut remarquer que, les dents tant des organes phanriques enchsss dans des os, elles appartiennent l'os par lequel la muqueuse s'enfonce en forme de crypte pour loger leur bulbe, et cet os est bien ici l'incisif. Les incisives infrieures s'enfoncent bien plus avant dans les mandibulaires, puisque dans certaines espces elles passent sous la srie des molaires, et vont faire saillie par le bout postrieur de leur racine au del des molaires elles-mmes. Personne cependant n'a song voir des molaires dans ces incisives, qu'on a quelquefois aussi appeles des canines. Les dents antrieures des Rongeurs sont donc, mal- gr leur grand dveloppement, des incisives, tout autant que celles qui constituent les dfenses des Proboscidiens. Un espace interdentaire ou une barre assez longue spare les incisives des molaires, et cet espace ne prsente jamais de dents qu'on puisse comparer aux canines, aux fausses canines ou aux petites molaires antrieures d'un grand nombre de Mammifres. Le nombre des molaires des deux cts et chacune des mchoires varie entre deux et six, et ce nombre peut n'tre pas le mme aux deux mchoires. Les Hydromys seuls n'ont que deux molaires de chaque ct et chaque mchoire Les cureuils et les Marmottes en ont cinq suprieures et qua- tre infrieures; les Rats, les Hamsters, les Spalax, en ont trois, tant en haut qu'en bas; les Loirs, les chiniys, les Castors, les Pacas, les Cabiais, les Porcs-pics, les Campagnols, etc., en ont quatre; les Gerboises en prsentent quatre en liant et cinq en bas, etc. Les lignes que forment les molaires sur les mchoires sont tantt parallles entre elles et tantt plus rapproches un bout qu' l'autre, et, dans ce dernier cas, dans des sens opposs aux doux mchoires du mme animal ; dans 4 HlSTOll NATURELLE. certaines espces, ces dents sont simples, c'est--dire qu'on peut y distinguer une couronne, un col- let et des racines plus ou moins nombreuses, et ces dents, une fois termines dans leur ossifica- tion, ne repoussent pas par la base mesure qu'elles s'usent la couronne. Dans la plupart de ces animaux, les dents sont composes, c'est--dire prismatiques dans toute leur tendue, sans renfle- ment intermdiaire au collet ni amincissement vers la racine; leur coupe, faite dans le sens longitu- dinal, montre partout la mme organisation et la mme disposition de l'mail; enfin leur germe re- produit la substance de ces dents mesure qu'elle s'use, comme cela a lieu pour les incisives. Fig. 1 . Rat des moissons. D'aprs ces parlicularits remarquables, Fr. Cuvier a form deux divisions parmi les Rongeurs : la premire forme des espces omnivores, et la seconde des espces frugivores. En effet, dit-il, tous ceux de ces animaux dont les dents ont des racines se nourrissent peu prs indiffremment de sub- stances vgtales ou animales, et tous n'ont qu'un ccum rudimentaire lorsqu'ils ne sont pas privs de cet organe; ceux dont les mchoires sont sans racines ne se nourrissent naturellement que de sub- stances vgtales, et leur ccum, toujours plus dvelopp et plus compliqu que leur estomac, pa- rat jouer un rle trs-important dans la digestion. Les molaires simples ou celles des omnivores ne sont habituellement formes que de substance osseuse et d'mail; leur couronne ne prsente que quelques tubercules mousses et non des pointes aigus comme chez les Insectivores et Chiroptres. Fr. Cuvier rapporte qu'outre ces dents il y en a d'autres qui ont des formes beaucoup plus compli- ques, surtout lorsqu'elles ne sont pas uses, et qui prsentent une enveloppe corticale, ainsi que celles des cureuils. Du reste, dans les unes comme dans les autres, quand l'usure est parvenue sa dernire priode, la couronne n'offre plus qu'une surface plus ou moins unie. Les molaires composes, comme dans les Livres, Castors et Campagnols, sont presque toujours prismatiques, et poussent par leur base mesure qu'elles s'usent par le sommet; elles sont composes d'une sub- stance osseuse, au milieu de laquelle la substance cailleuse dessine des circonvolutions qui se pr- sentent constamment les mmes telle poque qu'on regarde les dents; elles ont aussi parfois une partie smenteuse : les figures dessines par l'mail sur la table de la dent sont tantt des lignes an- guleuses ou transversales, tantt des sinus ou replis au nombre de deux ou trois de chaque ct in- trieur ou extrieur, mais toujours en nombre inverse pour ces deux cts dans les dents corres- pondantes des deux mchoires. Les molaires sont exactement opposes couronne couronne. Quelques Mammifres se rapprochent des Rongeurs par la forme et la disposition de leur systme dentaire; tels sont, par exemple, le Chiromys, le Daman, le Phascolome et d'autres Marsupiaux et le Noctilion; ces animaux, et surtout les deux premiers, ont t classs longtemps parmi les Mammi- fres dont nous nous occupons. G, et Fr. Cuvier ont fait du Chiromys un genre de Sciuriens; Pallas Kiu;. 1. Pli'oniys flriie. Fig. -2. Plromys clutanl. VI. 2. RONGEURS. 5 a mis le Daman dans le genre Agouti; Linn a rang les Noctilions avec les Rongeurs, etc.; mais ces opinions sont aujourd'hui tout fait abandonnes. On ne connat pas encore la dentition de lait de tous les Rongeurs, et Ton n'a pas constat si ces animaux remplacent leurs incisives; ce qui ne pourrait avoir lieu que pendant la vie intra-utrine. Il parat, dit Laurillard dans VAnatomie compare de G. Cuvier, que le dveloppement et l'ruption des premires dents est extrmement prcoce chez les Rongeurs, et qu'ils perdent dj leurs incisi- ves de lait pendant la vie intra-utrine. Ceux qui n'ont que quatre mchelires n'ont que la premire qui soit remplace. G. Cuvier a constat que cette dent de lait tombait avant la naissance dans le Cochon d'Inde. Le Castor, le Porc-pic, le Paca, l'Agouti, n'ont de mme qu'une mchelire de lait, et par consquent une seule de remplacement qui ressemble, pour le dessin de sa couronne, celle laquelle elle succde. Lorsqu'il y a plus de quatre molaires, il y en a plus d'une qui change. Ainsi, les Livres en ont trois en haut qui changent, sur six qu'ils devraient avoir, et deux (sur cinq) en bas. Dans ceux qui n'ont que trois molaires, il se pourrait faire qu'aucune ne ft change. A ces faits, ajoutons avec M. P. Gervais que les Sciuriens qui ont cinq molaires suprieures remplacent deux paires de ces dents, et disons que M. le docteur Emmanuel Rousseau s'est occup du mme su- jet dans son ouvrage sur le Sijstine dentaire. Fig. 2. Livre commun. La tte osseuse de ces Rongeurs, souvent arrondie et trs-rarement allonge, est constamment plate et arque d'avant en arrire, en dessus, et dans la direction que suivent les incisives suprieu- res; le front n'est pas spar du chanfrein par un enfoncement comme dans les Carnassiers. Les c- ts de la tte sont comme perpendiculaires, et l'arcade zygomatique ne fait pas saillie. Cette arcade est faible, et lgrement arque en dessous. Dans le Paca, et mme dans le Cabiai, cette arcade prend cependant beaucoup de largeur; et, chez le premier, on remarque une cavit dans son int- rieur, ouverte par en bas et sans usage connu. Il y a toujours deux frontaux, tantt deux paritaux, comme dans le Loir, la Souris, le Lapin, et tantt un seul, ainsi que dans l'cureuil, le Livre, la Marmotte. Les intermaxillaires sont trs-dvelopps. Les fosses temporales sont grandes, cause du rtrcissement du crne. Les fosses orbitaires sont runies, et elles ont leur cadre assez bien mar- qu, quoique chancr et ouvert sur le ct et en arrire. La mchoire infrieure, ainsi que nous r avons dj dit, s'articule par un condyle longitudinal, ce qui permet cette mchoire un double mouvement en avant et en arrire, ncessaire par le mode de mastication des aliments. Les trous in- cisifs sont trs-grands. HISTOIRE NATURELLE. La gueule est toujours assez ouverte, et le travail des dents n'a lieu que sur le devant; la lvre su- prieure est toujours fendue en long dans son milieu, et le nom de bcc-de-livre, qui a t donn un dfaut de conformation de la lvre de Thonime, est tir de la forme que prsente constamment celle du Livre. La langue est assez petite et douce, except dans le genre Porc-pic, o elle est hris- se de papilles cornes. Le palais est fortement rid en travers; il offre cependant quelques places ve- lues dans les Livres. Dans quelques espces, telles que les Hamsters, les joues sont munies de grands sacs membraneux intrieurs qui se portent jusque sur les cts du cou, et qui servent placer et transporter des grains ou des racines dont ces animaux font d'amples provisions dans leurs terriers. Les moustaches sont tantt trs-longues et trs-fortes, comme dans les cureuils et les Rats; tantt elles sont peine dveloppes, comme chez les Livres. Les yeux sont toujours plus ou moins lat- raux; ils sont plus ou moins dvelopps, suivant le genre d'habitation de ces animaux : ainsi, les es- pces nocturnes, ainsi que les Loirs, les Livres, les Polatouches, etc., les ont gros et saillants; les espces diurnes, comme la plupart des Rats et les cureuils, les ont mdiocres; les espces qui font leur sjour sous la terre, ainsi que les Campagnols, les ont trs-petits; et, enfin, une espce, le Spa- lax, qui vit la manire des Taupes et ne vient pas la lumire, n'a que des yeux rudimentaires placs sous la peau non replie en paupire et couverte de poils courts et serrs. La pupille de ces yeux est tantt ronde, tantt allonge horizontalement. La dimension des oreilles varie galement beaucoup; dans les Livres, les conques auditives sont en cornet trs-dvelopp, et des muscles nom- breux peuvent les placer dans les directions les plus diverses; chez les Rats, animaux fugitifs, les oreilles sont disposes pour recueillir les moindres sons, et la conque se dveloppe beaucoup dans les espces qui, comme le Castor, le Campagnol, le Rat d'eau, etc., vivent au bord des eaux et qui nagent souvent, et-le pavillon est extrmement court, arrondi, peu mobile; enfin, plusieurs Rongeurs fouisseurs, et surtout le Spalax, n'ont pas traces de conques auriculaires. Les cornets du nez sont trs-dvelopps. Les narines n'offrent rien de remarquable, et sont toujours perces au bout d'un museau assez gnralement obtus, et qui dpasse cependant de beaucoup les mchoires. 11 n'y a que peu de parties dpourvues de poils chez ces animaux, et la peau n'est gure nue qu' l'extrmit du museau et aux tubercules placs sous les doigts. Le cou est gnralement assez court et form de sept vertbres, comme celui de tous les Mammi- fres, peu d'exceptions prs. Le corps des Rongeurs ne prend jamais de trs-fortes dimensions. La plus grande espce connue est le Cabiai, qui n'atteint pas la taille du Cochon. Le Porc-pic, le Castor et mme la Marmotte sont des grandes espces de cet ordre; tandis que la plupart sont peu prs de la grosseur du Rat, ou mme un peu au-dessous. Le corps, assez troit vers la rgion des paules, est ordinairement renfl en arrire : comme le corps de ces animaux est plus ou moins long, il en rsulte que le nombre des vertbres lombaires et sacres varie, ainsi que celui des ctes. Except chez les Spalax, Ratiiyergues, Hamsters, ainsi que dans quelques autres fouisseurs, on peut remarquer que le train de derrire l'emporte de beaucoup sur celui du devant, et que, ds lors, les membres postrieurs sont beaucoup plus dvelopps que les antrieurs. Dans les Gerboises et les Ger- billes, et "mme dans l'Hlamys, les membres de derrire sont arrivs leur maximum de dveloppement, car ces membres sont dix fois- au moins aussi longs que ceux de devant, et la marche ne consiste qu'en sauts tendus et rpts. Dans la plupart des autres espces, cette disproportion n'est pas la mme; mais toujours les membres postrieurs conservent la prminence; c'est ainsi que l'on a cit le Livre, qui, pour rtablir l'galit de longueur de ses pattes, cherche toujours monter sur les pentes du terrain, o il a un grand avantage de vitesse sur les Chiens qui le poursuivent. Beaucoup de Rongeurs ont des clavicules compltes, comme les cureuils, les Castors, les Rats, etc.; aussi peuvent-ils se servir plus ou moins adroitement de leurs mains, soit pour porter leurs aliments la bouche, soit pour grimper sur les arbres, soit pour fouir la terre, etc. Mais d'au- tres n'ont que des clavicules rudimentaires; et il en est un certain nombre, comme les Cabiais, les Livres, etc., qui n'ont pas du tout de clavicules, et qui n'emploient plus leurs membres de devant qu' la manire des Ruminants, c'est--dire comme moyens de support ou de locomotion. La pr- sence ou l'absence des clavicules ont servi, ainsi que nous le dirons, diviser les Rongeurs en deux sections : les Rongeurs clavicules et les Rongeurs clavicules rudimentaires ou nulles. Dans les Rongeurs clavicules, le nombre de doigts le plus ordinaire est de quatre avec un rudiment RONGEURS. 7 (le pouce aux pieds de devant, quoique ce pouce s'allonge aussi parfois, et de cinq aux pieds de der- rire, un petit nombre d'exceptions prs, dans lesquelles il n'y aurait que trois doigts, quelquefois trs-dvelopps. Dans les grimpeurs, c'est--dire les cureuils, les Loirs, les Capromys, etc., les doigts sont bien diviss, allongs, et les plantes des pieds sont naturellement tournes l'une vers l'autre, de faon embrasser facilement les brandies des arbres. Les nageurs, tels que les Castors, les Ilydromys, etc., ont les pieds de derrire palms ou doigts garnis, ainsi que dans les Ondatras, de cils roides et rangs comme les dents d'un peigne serres sur leurs bords de manire former une surface capable de s'appuyer sur l'eau. Les fouisseurs ont les membres antrieurs, et surtout les doigts, disposs presque comme ceux des Taupes. Dans les Rongeurs sans clavicules, les doigts sont accols les uns aux autres et termins par des ongles pais, qui entourent presque en entier la der- nire phalange et qui commencent ressembler lgrement aux sabots que l'on observe au maximum de dveloppement chez les Ruminants. Dans tous les Rongeurs, le cubitus et le radius existent bien forms et entiers, ainsi que le tibia et le pron; mais ces os n'ont l'un sur l'autre qu'un mouvement assez peu considrable. La plupart des espces, telles que les cureuils, les Castors, les Livres, etc., sont plantigrades; les autres, comme les Gerboises, sont, au contraire, digitigrades. Le plus habituellement, la paume et la plante des pieds sont calleuses ou divises en tubercules peau nue et paisse; dans quelques cas, cepen- dant, particulirement dans le groupe des Livres, toutes ces parties sont couvertes de poils serrs qui empchent ces animaux de faire du bruit dans leur marche. Le bassin est troit, et les os des iles sont dirigs en avant. Un caractre remarquable des Gerboises consiste en ce que les trois doigts du milieu du pied postrieur sont articuls avec un seul os mtatarsien. La peau des flancs peut, chez quelques espces, comme les Palatouches et surtout VAiiomalurus, s'tendre assez considrablement, se couvrir de petits poils et formera ces animaux un vritable pa- rachute pour les soutenir, un peu la manire d'ailes, lorsqu'ils sautent d'une branche leve sur une branche plus basse. Dans un petit nombre d'espces, comme le Spalax, la queue semble manquer compltement; dans d'autres, ainsi que le Hamster et le Livre, elle est courte et velue; chez quelques-uns, comme nos Cam- pagnols communs, elle est mdiocre et velue; mais, dans la plupart des cas, elle est grande et offre des diffrences de formes considrables. D'aprs cela, le nombre des vertbres coccygiennes doit tre galement variable, suivant la longueur de la queue, et leur forme doit changer suivant la na- ture des mouvements auxquels cette partie est approprie. Dans les Rats, la queue est trs-lon- gue, ronde ou plutt en cne excessivement allong, nue et cailleuse; dans le Castor, elle est trs- large la base et encore plus dans le reste de son tendue, o elle s'arrondit en forme de plaque trs-paisse, trs-dprime, nue et cailleuse, se mouvant surtout de bas en haut et de haut en bas, et leur servant parfois, dans quelques actes de leur vie, comme d'une cinquime extrmit de mem- bre; dans le Condou, elle est trs-longue, nue et prenante au bout; dans la Gerboise, elle est lon- gue, couverte de poils courts dans la plus grande partie de son tendue, et termine par un flocon de longues soies; il en est peu prs de mme dans les Loirs, dont la queue est cependant plus courte et le pinceau terminal de poils parfois bien marqu; dans les cureuils, la queue est garnie de grands poils distribus en deux sries sur les cts, comme les barbes d'une plume. Le poil qui couvre le corps des Rongeurs est gnralement de deux sortes : un duvet intrieur lai- neux et trs-chaud, comme celui du Castor et du Coypou, et un pelage externe doux ou rude, qui, dans quelques espces mme, se transforme en piquants aplatis plus ou moins rsistants, plus ou moins lastiques, comme chez les chimys: mais ces piquants deviennent parfois plus rsistants encore, comme dans les Porc-pics. Les Rongeurs souterrains ont un pelage doux comme du velours; d'autres l'ont doux et assez long, comme les Loirs, etc. Sous le rapport du systme de coloration des poils, nous dirons qu'en gnral, dans le plus grand nombre des cas, les couleurs sont assez sombres, depuis le gris jusqu'au noir, en passant par le roux; mais parfois on trouve des fourrures trs-agra- blement varies, telles que celles des cureuils rays, du Hamster, du Souslik, du Chinchilla, etc. Le Castor est recherch par les fourreurs, et l'Amrique septentrionale en fournit chaque anne un grand nombre de peaux, et il en est de mme du Myopotame. Le Livre variable, qui, gris en t, devient blanc en hiver, comme l'Hermine, la remplace au palais, dans l'universit et dans la toilette des dames. 8 HISTOIRE NATURELLE. Les organes de la gnration du mle ne sont ordinairement d'un volume remarquable qu' l'po- que du rut. Les testicules, dans ce temps seulement, sont a])parents sous la peau et font saillie la base de la queue. Dans toutes les autres saisons, on n'en voit nulle trace. Les parties gnitales des femelles sont simples, et trs-souvent la gestation a lieu dans les cornes de la matrice. Le nombre des mamelles varie de deux, dans le Cochon d'Inde, huit, dans les Rats-, quelquefois elles sont pla- ces tout fait sur les cts du corps, comme dans les Capromys, mais, dans le plus grand nombre des cas, elles sont situes sur le ventre. Le nombre des petits n'est nullement en rapport avec celui de ces mamelles, ei le Cochon dinde en est la preuve; car, quoique n'ayant que deux mamelles, il a cependant par porte de huit dix petits, ei cela tient probablement une rgle assez gnrale en zoologie, c'est que les plus petites espces pullulent beaucoup plus que les grandes. Les jeunes gran- dissent vite et ont acquis, peu de temps aprs leur naissance, assez de force pour se pourvoir seuls et s'loigner de leurs parents. Tous sont pourvus avant leur naissance d'un placenta, et ce placenta est discode romme celui des Quadrumanes. Des follicules odorantes sont places prs des organes de la gnration dans le Castor et l'Ondatra, et, dans le premier de ces animaux, produisent la ma- tire employe en pharmacie sous le nom de Cusioreum. (^ Fig 5. Ecureuil de l;i Californie. Quelques particularits anatomiques ont t signales par les auteurs. On sait, par exemple, que ces animaux, essentiellement herbivores ou frugivores, ont, en consquence, le canal intestinal trs- allong. Leur estomac est simple ou seulement divis lgrement par des brides, et leur ccum ac- quiert un assez grand volume; cependant, ce dernier organe manque dans le groupe des Loirs. Dans le Castor, qui mange des substances trs-dures et presque ligneuses, telles que des corces et de jeunes tiges de saules, l'estomac est prcd d'un ventricule succenturi trs-bien caractris et dont les cryptes mucipares sont mme trs-dveloppes. Le systme vasculaire ne prsente pas de particula- rits bien remarquables. Le foie est assez volumineux, et, le plus habituellement, n'offre pas de diff- rences essentielles; toutefois, chez les Capromys, il prsente la singulire particularit que ces divi- sions sont partages en un nombre assez considrable de petits lobules grenus qui lui donnent une apparence toute spciale. Quoique presque tous les Rongeurs se nourrissent de substances vgtales, leur genre d'alimenta- tion est toutefois assez vari. Ils mangent des grains et graines, des fruits, des racines diverses, des herbes, des feuilles, du bois, des corces, etc., selon les espces; et beaucoup d'entre eux se font. en t, des approvisionnements de ces substances, qu'ils dposent dans des terriers plus ou moins yi \ /.U(/o/is ciiiuyer. Vv- 2 Kcuieuil d'IIudsoii. l'I 5. RONGEUIIS. ) profonds qu'ils savent se creuser dans la terre, ou placer dans des sortes de nids sur les arbres, el dont ils se servent pendant la froide saison; mais certains d'entre eux n'ont pas besoin d'employer ces prcautions, car ils s'engourdissent compltement en hiver et ne prenneni pas alors d'aliments : les Marmottes et les Loirs sont dans ce cas; tandis que dans l'autre sont les Hamsters, quelques Rats, les cureuils, etc. Certaines espces, comme les Rats, mangent indiffremment des matires vg- tales et animales, mme en tat de putrfaction, et surtout des Insectes. Les Rongeurs sont voraces et consomment beaucoup de nourriture; plusieurs d'entre eux, tels que les Campagnols, les Mu- lots, les Hamsters, par leur multiplication parfois prodigieuse, et les Lemmings, par leurs voyages annuels, sont des flaux pour l'agriculture auxquels il est presque impossible de porter remde. Quelques-uns, comme le Surmulot, le Rat ordinaire, la Souris, sont devenus cosmopolites parce qu'ils ont suivi l'homme partout, qu'ils vitent dans ses habitations et y sont devenus trs-incommo- des par leurs dprdations. Quelques-uns d'entre eux sont utiles, tels que le Cochon d'Inde, le Livre et le Lapin, par la chair qu'ils nous fournissent, et, comme nous l'avons dit, d'autres, comme le Castor, l'Ondatra, et mme les Rats, par les fourrures qu'ils nous procurent. Enfin, il en est, surtout le Cochon d'Inde et le La- pin, qui semblent destins aux exprimentations des physiologistes. ^^o\ Fig. 4. Assapan Cet ordre de Mammifres a fourni la domestication deux de ses espces, le Lapin el le Cochon d'Inde, auxquelles leur peu d'intelligence ne permet pas d'accorder autant de libert qu'aux Ruminants el aux Pachydermes domestiques. Les Romains levaient aussi les Loirs en captivit et les servaient sur les meilleures tables aprs les avoir engraisss; aujourd'hui, on ne s'en sert plus cet usage, mais on en conserve quelquefois dans des cages pendant un temps assez long. On conserve aussi des Ecu- reuils en domesticit; et il en est de mme des Marmottes, du Rat ray, du Lerot, etc. Leur cerveau n'a que fort peu, ou bien manque le plus souvent de circonvolutions; les lobes olfac- tifs ont uo dveloppement assez considrable, quoique moindre que celui des hmisphres crbraux, B 2 10 iiisToiRK natimi.ijj:. et il en est de mme des tubercules quadrijumeaux; le c()r[).s calleux est, au contraire, trs-troit. Les parties excentriques du systme nerveux, au moins dans le Castoi-, ont un volume considra- ble; le nerf de la cinquime paire est norme, et les ganglions intervertbraux sont trs-dvelopps. Ces animaux, en gnral nocturnes et timides, sont d'une intelligence trs-borne et qui est en rapport avec la petitesse de leur cerveau et la simplicit de cet organe; nanmoins, c'est parmi eux qu'on rencontre les espces qui montrent les facults instinctives les plus admirables, telles que le Castor et l'Ondatra, qui se construisent des huttes avec tant d'art; les Hamsters, dont les habitations sont si admirablement pratiques pour loger sec et conserver dans d'excellents silos le grain qu'ils ont recueilli; les cureuils, si adroits dans la construction du nid qu'ils se font sur les arbres les plus levs, et o ils mettent leurs petits labri des poursuites de leurs ennemis, etc. Parmi les Rats mmes, on trouve un certain instinct, et nous nous rappelons ce sujet celui que montraient des Ca- promys que nous avons vus longtemps en domesticit, et qui semblaient, contrairement l'opinion gnralement admise sur les animaux de cet ordre, montrer un peu d'attachement pour leurs matres. Il doit en tre de mme pour nos cureuils domestiques, mais non pas pour les Cochons d'Inde, qui ne montrent aucun attachement pour ceux qui les soignent. Les Rongeurs habitent toutes les latitudes et toutes les lvations; on en connat depuis la ligne quatoriale jusque dans les glaces du Groenland, et depuis les sables des rivages jusque sur les ex- trmits des plus hautes montagnes. Toutefois, nous devons faire observer que l'Ocanie, si riche eu Marsupiaux, n'en renferme qu'un nombre excessivement restreint d'espces, telles que, par exemple, les Ihjdromys chnjsoiaster et leiicogaster, le Gerbillins fs'idori, etc., et qu'il n'y en a aucun Ma- dagascar. Chaque espce a seulement son lieu d'habitation dtermin; les Rats seuls font exception cette rgle; car, comme les circonstances ncessaires l'existence de l'homme leur conviennent, ils l'accompagnent partout. Le nombre des espces admises du temps de Linn tait assez peu considrable, et elles taient rparties dans peu de genres; il n'en est plus de mme aujourd'hui : on a dcrit et on dcrit chaque jour des espces nouvelles de Rongeurs, et l'on a cr parmi elles de nombreuses coupes gnriques que l'on aurait pu peut-tre restreindre assez notablement. La France en particulier possde une ving- taine d'espces de Rongeurs, et les principales qui vivent l'tat sauvage sont : l'cureuil commun et l'cureuil des Alpes, qui n'en est peut-tre qu'une simple varit; la Marmotte, propre aux Alpes; le Castor, qui habite le Rhne; trois espces de Loirs; plusieurs Rats; le Hamster, d'une partie de l'Alsace; diverses espces de Campagnols; enfin, le Livre et le Lapin. Les genres europens dont la France n'a pas de reprsentants sont ceux des Sciuroptres, Tamias, Spermophi-les, Sminthes, Ger- billes, Gerboises, Spalax et Porc-pics. Les espces pour cette partie du monde sont nombreuses, car on en indique une centaine. Parmi les autres parties du monde, l'Amrique est surtout riche en espces. Des Rongeurs fossiles ont t signals par plusieurs auteurs, mais seulement depuis un nombre d'annes assez peu considrable. La plupart de ces Mammifres tant des animaux de petite taille, leurs dbris n'ont pas toujours pu rsister l'action mcanique sous l'empire de laquelle les terrains fossilifres se sont forms, et ils ne nous sont arrivs trs-souvent que mutils, crass et peu recon- naissables. D'un autre ct, ces dbris chappent souvent, par leur petitesse, l'observation de ceux qui ouvrent le terrain dans leque! on les rencontre. Ainsi jusqu'ici, comme le fait remarquer Lauril- lard, il y a peu de Rongeurs fossiles connus et principalement peu de bien dtermins, cause de cette difficult d'obtenir des ossements complets, et cause de la difficult plus grande encore peut- tre de se procurer les squelettes des espces vivantes, pour avoir des moyens de comparaison et de dtermination. A'ussi, pour obtenir l'avancement de la palontologie sous le point de vue qui nous occupe, doit-on dsirer que l'ostologie des espces vivantes soit plus compltement tudie qu'elle ne l'a t jusqu'ici. Laurillard a donn, dans le Dictionnaire universel d'Histoire naturelle, une numration des es- pces de Rongeurs fossiles connues et ranges par terrains; nous reproduisons en partie ce travail. On rencontre, dans les terrains diluviens et dans les tourbires, des ossements de Castor que l'on n'a pu distinguer du Castor d'Europe; mais il a exist une espce voisine et plus grande que l'on ne connat plus l'tat vivant, c'est le Trogonllicrium Cuvieii, Fischer, trouv sur les bords sablon- neux de la mer d'Azof et que G. Cuvier a reproduit sous le nom de Castor trofjnntlicriuni... Dans les RONGEURS. i \ brches osseuses du littoial de la Mditerrane, G. Cuvier a trouv des fragments de deux espces de Lapins, de deux Lagonujs et d'un Cmnpncjnol d'espce inconnue. Il a t rencontr galement des ossements de Castors, d'cureuils, de Livres, de Lagotis, de Campagnols, de Rats, de Hamsters, de Spermophiles, dans les cavernes, les fissures et puisards naturels d'Angleterre, d'Allemagne et de France. Dans ceux du Brsil, M. Lunda trouv en grande abondance les ossements d'espces sembla- bles ou voisines de celles qui vivent maintenant dans le pays; mais il croit avoir rencontr aussi quel- ques genres non connus actuellement. Les terrains tertiaires ont fourni plusieurs ossements de Ron- geurs qui paraissent diffrents des espces vivantes. Ainsi, M. Kalip a trouv, dans les sablires d'Eppelsheim, deux espces de Marmottes; et il a mme tabli, sur quelques fragments de mchoires, un Palmifs castoroides, un Chalicomrjs Jgeri et un Clichidus typiis voisin du Castor. M. Lartet croit avoir trouv Sansan, dpartement du Gers, deux espces d'cureuils, trois de Rats, un Loir, un Lagomys, un Myopotame, un Castor, un Mrione ou Gerboise et un Campagnol. Dans les calcaires d'Auvergne, on rencontre beaucoup de mchoires de Rongeurs, et l'on a dj tabli parmi eux plu- sieurs genres, tels que ceux des Therydomijs, Jourdan, voisin des Ignkheros, des Archomys de Laizctetde Parieu,qui sembl-e former le passage entre lesLagostomides et lesCapromys;deSiS/erlco^- ^er, Et. Geoffroy Saint-Hilaire, qui tiennent du Castor et de l'Ondatra; des Perrieromys, Croizet, etc.. Dans les schistes d'OEningen et de Walsch, on a rencontr aussi des Rongeurs, mais qui n'ont pu jusqu'ici tre dtermins, attendu le mauvais tat de leur conservation. Enfin, dans les pltrires des environs de Paris, G. Cuvier a trouv un cureuil et deux espces particulires de Loirs. A ces dtails, nous pouvons ajouter que, dans des planches encore indites de son Osto- rjrciplne, De Blainville avait fait reprsenter quelques fossiles nouveaux de Rongeurs, et principa- lement ceux de MM. Croizet et Lartet, et qui sont en grand nombre; car, sur onze genres indiqus dans le manuscrit du premier, quatre seulement ont t publis; que M. P. Gervais, dans sa Zoologie et Palontologie franaises, en a aussi dcrit plusieurs; que M. Pomel a fait, incompltement il est vrai, connatre un groupe particulier, qu'il indique sous la dnomination (Omgonte, et d'autres espces; et que M. Owen s'en est galement occup dans son ouvrage sur les fossiles d'Angleterre. Nous conclurons de ce que nous venons de?i//s, Palaiouche, Ecureuil, Tamie. Tribu 2^ Apxtomyeins. Membres postrieurs presque gaux aux antrieurs. Genres : Spermoptiile, Marmotte. Famille II. MURIDS. Fortement clavicules; quatre molaires au plus; yeux de grandeur or- dinaire; point d'abajoues extrieures. Tribu ^'^ Castoriens. Membres postrieurs seulement un peu plus longs que les antrieurs; pattes postrieures entirement palmes; queue plate; quatre molaires. Genre Castor. Tribu 2. Muriens. Membres postrieurs seulement un peu plus longs que les an- trieurs; pattes postrieures non palmes ou palmes en partie seulement; queue arrondie ou com- prime; deux, trois ou quatre molaires. Genres : Mijopolame, HiiE. orbitaire. Les tcenrcs admis dans celle division sont cen\ des Dipus, Ilcldiinjs, (Jcnoflaclijlits et Pelronnjs, qui habilenl l'Afrique et une partie de l'Asie. Le genre Issioiloroniijs, Croizet, fossile de l'Auvergne, entre dans la mme famille. IV. CTEiNO.MYD^, petite famille particulire rAmrH|u(! mridionale, chrz laquelle il y a une grande perforation sous-orbitaire, quatre paires de molaires racines non distinrtes, etc., et qui renfermonl les genres Clenomijs, Pplicujonnjs ou Panmorycles, Octodon ou Dcmlrobius, Schi- zoUon cl Ahrocotna. V. IlYSTRKilDyE, famille nombreuse de Rongeurs de taille moyenne ou grande, si on la compare celle des autres animaux du mme ordre, toujours poui'viie de quatre paires de molaires uniformes, replis plus ou moins compliqus, ayant une grande perforation sous-orbitaire pour le trou de ce nom cl le masster, et offrant une forme particulire de la mchoire infrieure due ce que la racine des incisives infrieures se prolonge jusqu'en arrire des molaires. On peut distinguer six tribus dans cette famille : 1 CArKosiYNA, renfermant plusieurs genres de l'Amrique mridionale, tels que ceux des Miiopoiamus, Vlacjiodon'm, DacUjlomijs, Caprovnjs, Nlomys ei jjeut-tre aussi Saccomys; 2 EcHYMiNA, galement de l'Amrique du Sud et renfermant les deux genres Echvmjs et Cercomys; puis des groupes fossiles particuliers l'Auvergne et faisant passage la tribu suivante; 3 Hystri- ciisA, de l'ancien ou du nouveau continent, on les genres Hystrix ou Porc-pic, Acanllon, Eretlii- zonelAulocodon; ^''Synethep.ina, ou hsCondon et Synetheres de l'Amrique mridionale; 5 Chlo- noMYNA, ne renfermant que le genre Ckloromys ou Afiouii de l'Amrique mridionale, dont le systme dentaire diffre beaucoup de celui de la famille suivante; 6 Clogekyna, comprenant seulement le genre Paca ou Clogenys, galement de l'Amrique du Sud. Fig. 6. cureuil de BoUa VL CAVL^Difl, animaux subonguls, doigts moins nombreux que dans les autres familles, mo- laires au nombre de quatre paires chaque mchoire, obliquement lamelleuses, perforation sous- orbitaire largement ouverte pour le masster et le trou sous-orbitaire. Subdiviss en deux tribus : 1" Kerodo.ntyna, comprenant les genres Dolchotis ou Mara, Kcrodon et Anma ou Cochon d'Inde, tous originaires de l'Amrique mridionale; 2 HYORocHiERiNA, ne renfermant que le genre Cabiai ou [lydroclinis, galement de l'Amrique du Sud. VII. LAGOSTOMID.'. Cette famille, difficile classer dans la srie des Rongeurs, comprend les es- pces molaires composes de lamelles transverses au nombre de quatre de chaque ct et chaque mchoire, dont les doigts sont moins nombreux que dans les premires divisions, dont la perforation RONGEURS. 47 sous-orbitaire est grande et dont la mchoire infrieure est conforme comme dans les autres famil- les. Trois genres, tous de l'Amrique mridionale, ceux des Chinchilla, Lagolis, Lagostomus ou Viscache, composent cette division. Le second sous-ordre est celui des Rongeurs duplicidents ou pourvus de deux paires d'incisives suprieures, et qu'IUiger avait, il y a dj longtemps, nomms Diiplicidentata. Les animaux de ce sous-ordre sont, en outre, caractriss par une forme toute particulire du crne et de la mchoire infrieure, et par la conformation ainsi que le nomhre des molaires, qui sont au nombre de six ou de cinq de chaque ct de la mchoire suprieure, et de cinq seulement la mchoire infrieure. Ou n'admet dans ce groupe qu'une seule famille. VIII. LEPUSlDiE ou LEPORIDjE, qui renferment des espces rpandues peu prs dans tuutes les parties du monde, except Madagascar, qui n'a encore fourni aucun Rongeur, et la Nouvelle-Hol- lande, et qui sont gnriquement groupes, pour la Faune actuelle, dans le grand groupe des Livres ou Lepus et des Lagonmjs, et qui ont plusieurs reprsentants dans la Faune palontologique de l'Auvergne. C'est la mthode de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire qui nous servira principalement de base dans notre ouvrage; mais, toutefois, nous y ferons quelques modifications plus ou moins importan- tes, en profitant des observations de plusieurs des zoologistes dont nous avons indiqu en partie les principales classifications, ou que nous avons seulement cits dans cette introduction. Fis- 7. cureuil b run. PREMIRE FAMILLE. SCIURIDS. SClURlDyE. h. Geoffroy Sainl-Hilaire. On dsigne gnralement sous ce nom les deux anciens genres des cureuils et des Marmottes de Linn, et les nombreuses subdivisions gnriques qui y ont t formes ou qui peuvent y rentrer. Ce sont des Rongeurs fortement clavicules, qui ont, au moins dans les individus adultes, cinq molai- res de chaque ct de la mchoire suprieure. Les Sciurids sont rpandus dans toutes les parties du monde, except toutefois dans Australie et Madagascar; ils sont de moyenne taille. R 18 HISTOIRE NATIJILLE. Deux liibiis ont ote indiques dans cette famille par M. Isidore Geoffroy Saint-lliiaire, les Scrti- iiiENS et les AiicToMYKiNS, eorrespondanls aux genres Sciuriis et Arclomys de Linn. PREMIERE TRIBU. SCIURIENS. SCIURIJ. A. G. Desmarest. Anhnnux foricmenl clavicules. Cinq molaires suprieures de chaque cl dans les adultes : toutes ces dents couronne tuber- culeuse. Incisives infrieures trs-coniprinies. Membres postrieurs plus longs que les antrieurs. Doigts longs, arms d^onglcs acrs, quatre aux pattes de devant et cinq aux pattes de derrire. Pouce antrieur trs-cour'. Queue longue, touffue, poils souvent distiques. Des abajoues dans quelques espces. La peau des flancs tendue chez quelques-uns entre les membres antrieurs et les membres pos- trieurs, et formant des sortes d'ailes. Taille moijenne ou petite. Les Sciuriens constituent l'une des tribus les plus intressantes de Tordre des Rongeurs par les animaux importants qu'elle renferme et par les particularits organiques varies que ces animaux prsentent. Nous n'entrerons cependant pas maintenant dans des dtails sur leur anatomie, sur leur zoologie et sur leurs murs, car nous croyons ces observations mieux places dans nos gnralits sur chacun des genres, et principalement dans celles qui formeront l'histoire du plus remarquable de tous, celui des cureuils. Aprs avoir indiqu brivement les animaux que comprend la tribu des Sciuriens, nous donnerons donc immdiatement la description des genres et des espces. Le type de cette tribu avait reu des Grecs la dnomination de Ijccusc;, que les Latins avaient tra- duit en Sciurus, et d'o est driv d'abord l'ancien mot franais de Escuricux, et celui actuelle- ment employ d'Ecureuil. Ce nom appartient proprement, comme on le sait, une jolie petite es- pce de Rongeur d'une couleur fauve, qui habite sur les arbres, et qui est assez commune dans nos forts; mais le vulgaire, comme les naturalistes, en a fait un terme gnrique, et il l'applique tous les autres Rongeurs qui ont avec notre cureuil ces rapports, qu'on admet plus ou moins arbitraire- ment et par lesquels on runit les espces en genres. Considr sous ce point de vue gnral, le nom d'cureuil n'a pas toujours eu la mme signification : Linn, Erxleben, etc., joignirent aux cureuils les Ijoirs on Myoxus, que Brisson, Gmelin et tous les auteurs modernes, en ont spars, puis plus rcemment l'on en a disjoint les cureuils volants, les cureuils de terre, etc., c'est--dire les Pl romgs, les Pnlatouches et les Taniias, qui se distinguent des cureuils proprement dits par des par- ticularits importantes de l'organisme et par le genre de vie qui doit s'en suivre. En outre, on en a rapproch quelques groupes assez voisins et nouvellement dcouverts, tels que les Anomalurus, par exemple, si remarquables par le grand dveloppement d'une membrane ou sorte d'aile, situe entre leurs membres et leurs lianes. Et de cela il est rsult que, sans mme y comprendre les Loirs, on a form avec les cureuils des anciens naturalistes une tribu particulire de Rongeurs laquelle on applique gnralement les dnominations de Sciurieks, de Sciurids, de Scidiu^;, de SciuridjE, etc., et qui comprend les genres Ecureuil (partag en Sciurus, Funambulus, Speromsciurus et Guerlin- guel ou Macroxus), Ptromys, Palatouche ou Sciuropterus . Anomalurus et Tamia. ^l> E c Fis. l- Rai noir. X Fig. 2. Porc-pic d'Italie. PI 5 / 9 1 V > RONGEURS. 19 1 . SCIURIENS A MEMBRES LIBRES. 1" GENRE. CUREUIL. SCKUHS. Linn, i7o5. Systema nalur. S/cij5o;, nom de re.spcc lypique chez les Grecs. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, f ; molaires, |^'; en totalit vhujl-deux dents, et encore nij en al-il dans le plus grand nombre des cas que vincfl, -parce que la cinquime molaire suprieure de chaque ct ne se trouve plus chez les adultes et ne se voit que dans les jeunes individxis. Les incisives su- prieures sont plates en avant, tronques en biseau l'extrmit, et les infrieures sont pointues et comprimes latralement. Les molaires ont leurs couronnes formes en tubercules transverses et mousses, spars par un sillon : la cinquime, dans les jeunes, est antrieure, petite, simple. Corps svelie, allong. Tte petite, oreilles droites, mdiocres, arrondies et h yeux grands. Pieds de devant h quatre doigts longs, bien spars les uns des autres, arms d'ongles compri- ms, crochus, avec un tubercule muni d'un ongle obtus en place de cinquime doigt ou de pouce; pieds de derrire trs-grands, tarse allong et cinq doigts galement allongs, bien spars les uns des autres et munis d'ongles crochus. Pas d'expansion de la peau des flancs, tendue entre les membres antrieurs et les postrieurs. comme dans les Ptromys. etc. Pas d'abajoues comme chez les Tamias. Queue longue, souvent garnie de poils disposs sur deux rangs, comme les barbes d'une plume. Mamelles au nombre de huit : deux pectorales et six ventrales. Nous avons dj dit que le genre Linnen des cureuils ou Sciurus avait t considrablement restreint par les zoologistes modernes, et cependant il comprend encore environ une centaine d'es- pces qui ont t rparties en plusieurs groupes ou sous-genres particuliers, ainsi que nous l'expose- rons bientt. C'est principalement par la forme de la tte, ainsi que Va montr M. Paul Gervais dans les Souve- nirs cfun voyage dans l'Inde de M. Adolphe Delessert, que l'on peut donner une classification na- turelle des Rongeurs de l'ancien genre des Sciurus; il ne nous est pas possible d'entrer ici dans des dtails ce sujet, et nous nous bornerons faire remarquer que dans les cureuils proprement dits il y a une lgre dpression du front, que la saillie postrieure des frontaux est peu marque, que le profil de la face est peu prs droit et la cavit du crne de la longueur de la face. Le systme dentaire des cureuils proprement dits , aussi bien que celui des Tamias, Gucrlinguets ou Macroxus, et des Sciuroptres ou Palatouches, qui n'en diffrent nullement, est videmment sem- blable celui des Marmottes et des Spermopliiles, et ne se distinguent de ceux de ces derniers genres que par quelques circonstances qui se reproduisent constamment et qui ds lors sont caractristiques. D'aprs Fr. Cuvier, on remarque qu' la mchoire suprieure l'incisive est unie et arrondie en devant, et qu'elle nat des cts de la partie antrieure du maxillaire. La premire molaire, galement la mchoire suprieure, est une dent rudimentaire et cylindrique qui tombe aprs le premier ge, et qui est appuye au ct antro-interne de la seconde : celle-ci, un peu plus petite quelquefois que les suivantes, a comme elles un sillon central et un autre plus petit chacune de ses extrmits; de ces trois sillons rsultent une petite crte au bord antrieur, ensuite deux collines spares l'une de l'au- tre par le sillon central, et enfin une autre petite crte au bord postrieur. Du ct externe, ces sil- lons, ces collines et ces crtes restent distincts; mais, au ct interne, elles sont runies par une 20 HlSTOmt: NATUUELLE. crlo lariijc et circulaire. Cette crte embrasse un peu moins la seconde molaire que les autres, ce qui fait qu'elle en diffre en ce qu'elle est plus troite intrieurement qu'extrieurement; et il en est de mme de la dernire par le prolongement de sa partie postro-externe. A la mchoire infrieure, l'in- cisive a la mme structure que celle de la mchoire suprieure, mais elle est plus troite, et nat en dessous, un peu en arrire de la dernire molaire. La premire molaire est d'un tiers plus petite que les autres, qui vont un peu plus en croissant de grandeur jusqu' la dernire; mais toutes ont les mmes formes; elles prsentent dans leur milieu un creux circulaire, et, dans leur pourtour, une crte divise par une chancrure au bord interne, et par une autre au bord externe, et du centre de chacune de ces cliancrures nat un petit tubercule; mais l'ge a bientt effac ces caractres fugitifs, et alors ces dents ne prsentent plus qu'une surface peu prs unie. L'cureuil commun donne une ide trs-exacte de la physionomie de toutes les espces de ce genre, qui ne diffrent entre elles que par la taille et par les couleurs. Elles ont toutes des yeux simples, pupilles diurnes, c'est--dire rondes, et des narines entoures d'un mufle; la lvre suprieure est fendue; la conque externe de l'oreille est elliptique, reploye au bord antrieur; la langue est douce et non papilleuse, comme chez les Carnassiers; leur pelage est soyeux et doux, et ne varie que par la nature des poils, qui diffrent suivant les climats propres aux espces, et qui se distingue galement par sa coloration, qui est toujours sombre, quoique agrablement dispose dans certaines espces. Les pieds postrieurs ont cinq doigts arms d'ongles crochus; le pouce est le plus court de tous; le petit doigt vient ensuite, et les trois du milieu sont gaux; les pieds antrieurs ont quatre doigts, avec un rudiment de pouce; ils sont galement arms d'ongles crochus : les deux moyens sont de longueur gale. Les pieds sont garnis de tubercules, qui rpondent la runion de chaque doigt, c'est--dire qu'il y en a trois aux pieds de devant et quatre ceux de derrire; on remarque de plus, aux pieds antrieurs, un tubercule ct de celui qui forme le pouce. Fig 8. Ecureuil aux pieds roux. L'anatomie des cureuils n'est pas compltement connue ; on a cependant quelques dtails sur leur ostologie, principalement sur celle de leurs crnes, et on a dcrit la disposition anatomique de plusieurs de leurs organes intrieurs, particulirement de ceux de la gnration. D'aprs Daubenton, la tte dcharne de l'Ecureuil commun a plus de rapport la tte du Li- vre et du Lapin qu' celle d'autres animaux. L'cureuil a un espace dgarni de dents sur les deux mchoires, entre les dents mchelires et les incisives; il manque de dents canines; il a les incisives fort longues, et les os propres du nez trs-grands; la mchoire infrieure est courte, et les branches sont trs larges; l'apophyse orbitairc de l'os frontal forme une large pointe qui s'tend en arrire RONGEURS. 21 et qui fait partie de l'orbite. Tous ces caractres sont communs l'cureuil, au Lapin et au Livre, mais l'cureuil a la tte plus large et plus convexe, et le museau moins allong; les os propres du nez sont un peu plus saillants en avant que le haut de la mchoire en dessus; il n'y a aucune ouverture dans l'os de la mchoire suprieure, au devant de l'orbite, qui est presque ronde, et les branches de la mchoire infrieure ont chacune une large apophyse qui s'tend en arrire, peu prs comme dans le Livre, mais qui est courbe en dedans par son bord infrieur. Fig. 9. Ecureuil longue queue. Les apophyses transverses de la premire vertbre cervicale sont trs-apparentes; l'apophyse pineuse de la seconde vertbre est courte; il n'y en a point sur les cinq autres vertbres, et leurs apophyses obliques sont trs-petites. Le sternum est compos de sept os; la partie antrieure du premier os est fort large. Les pre- mires ctes, une de chaque ct, s'articulent avec cette partie du premier os du sternum; l'articula- tion des secondes ctes est entre le premier et le second os; les troisimes ctes s'articulent entre le second et le troisime os, et ainsi de suite jusqu'aux septime et huitime ctes, dont l'articulation est entre le sixime et le septime os du sternum. Il y a sept vertbres lombaires : les trois premires n'avaient point d'apophyses accessoires; dans un autre sujet, les apophyses ne manquaient qu' la premire; celles des autres vertbres sont d au- tant plus grandes, que les vertbres se trouvent places plus prs de l'os sacrum. Cet os tait com- pos en trois fausses vertbres, et la queue en avait vingt et une. La partie antrieure de la hanche a peu de largeur; sa face interne est concave, et l'externe convexe, au contraire de ce qui a lieu chez le Chien; les trous ovalaires sont trs-grands. L'omoplate est arrondie par ses bords antrieur et suprieur, peu prs comme celle du Chat, mais elle est plus allonge; elle a une pine fort leve presque dans le milieu de sa face externe, une seconde au bord postrieur de cette face, et une troisime peu prs sur le milieu de la face in- terne : celle-ci est la moins grande des trois. L'omoplate a une apophyse coracode trs-marque, e l'pine du milieu de la face externe est termine par un acromion, aussi l'animal a-t-il des clavicules. Chaque clavicule forme deux trs-petites courbures; l'une est prs du sternum, et convexe en bas; l'autre se trouve prs de l'omoplate : elle est convexe en haut. L'os du bras a une longue arte mousse sur le devant de sa partie moyenne suprieure, et une autre arte mince et tranchante le long du ct externe de sa partie infrieure; les os de l'avant-bras avaient une courbure saillante en avant; l'os du coude tait plat, et adhrait l'os du rayon en di- vers endroits. L'os de la cuisse a aussi une tubrosit plate, en forme d'arte longitudinale, au-dessous du 22 FIISTOmE NATURELLE. grand trocliantor, et le i)Otit troclianter est aplati dans le mme sens. F^e pron adhrait au tibia par sa partie infrieure. Il y avait quatre os dans le premier rang du carpe, et cinq dans le second; le quatrime du pre- mier rang tait plac l'ordinaire derrire le troisime; le second tait le plus grand des quatre, et s'tendait si loin du ct du premier, que celui-ci se trouvait plac sur le ct e\tri(ur du premier os du mtacarpe; le premier os du second rang du carpe tait plac comme au coin entre les extr- mits du premier et du second os du mtacarpe; le second et le troisime os du second rang du carpe se trouvaient au-dessus du second os du mtacarpe; le quatrime os du carpe au-dessus du troisime os du mtacarpe, et le cinquime os du carpe au-dessus du quatrime et du cinquime os du mtacarpe. Le cinquime os du carpe tait le plus grand des quatre du second rang. Le tarse tait compos de l'astragale, du calcanum, du scaphoide, du cuboide, de trois os cuni- formes, et d'un huitime os qui se trouvait plac contre l'apophyse de l'astragale, entre le grand os cuniforme et le calcanum; le second os cuniforme tait beaucoup plus petit que les deux autres, et il s'tendait moins en bas, de sorte que l'extrmil du second os du mtacarpe tait plac entre le premier et le troisime os cuniforme. <( Les cinquimes os du mtacarpe et du mtatarse avaient une apophyse sur le ct externe de leur extrmit suprieure; le premier os du mtacarpe et les deux plus longs du pouce du pied de de- vant sont trs-courts; les os du mtatarse et les phalanges des doigts des pieds de derrire sont trs- longs. Les organes de la gnration n'ont rien de bien particulier : le scrotum est pendant, et l'organe mle principal se dirige en avant; le vagin est simple. Les cureuils sont en gnral des animau.\ dont les mouvements sont lgers et gracieux, qui s'ha- bituent tre touchs de toutes les manires sans paratre toutefois distinguer, dit-on, les personnes qui les soignent, ni prouver d'attachement vritable pour elles; c'est, du reste, ce que l'on peut con- clure de ce qu'on sait sur les murs de l'cureuil commun, qui est devenu en quelque sorte l'un de nos animaux domestiques. Ces Rongeurs sont videmment conforms pour grimper et pour passer leur vie sur le sommet des arbres les plus levs; leurs extrmits postrieures, plus longues que les antrieures, sont disposes pour embrasser les branches des arbres. Us se construisent, vers la cime des grands arbres, un nid sphrique form de petites branches, de feuilles et de mousse; c'est l;'i qu'ils se rfugient et qu'ils dposent leurs petits, au nombre de quatre ou cinq par porte. Quelques espces amricaines sembleraient, nanmoins, dit-on, se creuser dans la terre des retraites la ma- nire de quelques autres espces du mme ordre. Ils se nourrissent de matires vgtales, et princi- palement de graines et de fruits secs, qu'ils portent la bouche avec les deux mains, se servant de leur moignons de pouces comme de point d'appui pour en ouvrir les enveloppes. Ils vivent tantt en troupe plus ou moins considrable, tantt ils ont une vie isole, solitaire, mais par couples; car le mle n'abandonne jamais sa femelle. Tous sont sdentaires, et s'loignent trs-peu del fortqui les a vus natre. Ces Rongeurs ne sont pas tellement frugivores, qu'ils ne veuillent manger aucune matire animale; s'ils rencontrent un nid d'Oiseaux, ils sucent les ufs qu'ils y trouvent, en dvorent les petits, et mme la mre s'ils peuvent la surprendre. Gmelin dit qu'en Sibrie on les prend avec des trappes, dans lesquelles on met pour appt un morceau de Poisson fum, et qu'on tend ces trap- pes sur les arbres. Dans certains pays, ils vivent aussi de la sve sucre de quelques gramines, et de graines de mas; c'est probablement pour cela que, depuis qu'on s'est livr la culture de cette dernire plante en Pensylvanie et en Virginie, les cureuils s'y sont beaucoup multiplis, et y font de grands dgts aux rcoltes. Us ont l'instinct de la prvoyance : aussi ne font-ils jamais un seul magasin, mais plusieurs, et dans diffrents trous d'arbres, probablement afin que, s'ils viennent perdre un de leurs magasins par accident, il leur en reste toujours plusieurs pour les alimenter pendant l'hiver; ils savent fort bien retrouver ces cachettes quand ils en ont besoin, et mme sous la neige, qu'ils grattent pour les dcouvrir. Cet instinct est mme conserv en domesticit, et l'on en a vu plusieurs qui, quoique ayant continuellement de la nourriture a leur disposition, n'en faisaient pas moins des provisions d'hiver dans quelque coin recule. Aussi mfiants que russ, ils construi- sent toujours plusieurs nids d'assez grandes distances les uns des autres; et la mre, sans mme tre inquite, change souvent ses enfants de domi(^ile, en les transportant avec sa gueule, la manire des Chais; c'est le matin, au lever du soleil, qu'elle les descend l'un aprs l'autre sur la Fig. 2 Ecureuil l-irge queue. Fig 2. Octodon glizode. l'I. 6. RONGEUKS. 2^ mousse, et les fait jouer; si elle est surprise dans cette occupation, elle en saisit un qu'elle trans- porte, non dans le nid, ce qui lui ferait perdre trop de temps, mais seulement jusqu' l'enfourchure d'une grosse branche, o elle le cache; puis elle revient chercher les autres pour les transporter de morne. Ces animaux ont toujours le soin, dit M. Boitard, quand ils aperoivent le chasseur, de se tenir derrire le tronc de l'arbre, et de tourner autour pour rester constamment masqus mesure que le chasseur tourne lui-mme autour de l'arbre. Us n'en continuent pas moins monter, et, par- venus l'enfourchure d'une branche, ils s'y blottissent et restent invisibles: aussi est-il fort difficile de les tirer coups de fusil si l'on est seul. Ce fait a-t il t observ plusieurs fois et avec tout le soin possible? Dans le cas affirmatif, nous demanderons si l'action qu'on prte ces Rongeurs ne se- rait pas produite par le raisonnement, c'est--dire par l'intelligence plutt que par l'instinct? L'homme chasse les cureuils quelquefois, mais rarement, pour les manger, et d'autres fois pour en obtenir la peau, qui est, dans certains cas, employe dans l'art de la pelleterie. Les Serpents, les petites espces du genre Chat, et peut-tre mme de grandes espces d'Oiseaux de proie, sont leurs plus grands ennemis; mais les Serpents surtout, assure-t-on, dont la vue semble leur causer un ef- froi si profond, qu'ils perdent la force de les fuir, et qu'on les a vus mme se laisser tomber dans la gueule de ces Reptiles : c'est en cela que consiste le charme que ces Ophidiens exercent, dit-on, et qui a paru si merveilleux aux observateurs prvenus. De savants naturalistes, et parmi eux nous pou- vons citer notre illustre Buffon, nous ont dit que des troupes d'cureuils petits gris voyagent, et que pour passer des rivires, ils s'embarquent sur des morceaux d'corce qui leur servent de bateaux; qu'ils les gouvernent en traversant le courant au moyen de leur queue, qu'ils talent au vent, et dont ils se servent comme d'une voile De telles histoires, comme le fait observer, avec raison, M. Boi- tard, n'ont pas besoin d'tre rfutes. La queue de l'cureuil ne lui sert jamais de gouvernail, et cela pour une raison fort simple, c'est que cet animal craint beaucoup l'eau, et n'y entre jamais; si elle lui sert se gouverner, c'est dans les airs, quand il fait ses bonds prodigieux, qui le transportent d'un arbre un autre, douze ou quinze pas de distance. Mais elle ne peut pas non plus lui servir de parachute, ainsi qu'on l'a prtendu; car, place l'extrmit de son corps, dans une chute, elle lui ferait faire plutt la culbute, et il tomberait sur la tte. Qu'il nous soit permis, pour complter les dtails de murs des Sciiiriis, de rapporter ce que Buf- fon dit de l'espce typique de ce genre; car, dans ce groupe, l'un des plus naturels de l'ordre des Rongeurs, toutes les espces ont peu prs les mmes habitudes, et ce que nous dirons de Tune d'elles pourra s'appliquer galement aux autres. L'cureuil est un joli petit animal qui n'est qu' demi sauvage, et qui, par sa gentillesse, par sa docilit, par l'innocence mme de ses murs, mri- terait d'tre pargn; il n'est ni carnassier, ni nuisible, quoiqu'il saisisse quelquefois des Oiseaux; sa nourriture ordinaire sont des fruits, des amandes, des noisettes, do la fane et du gland; il est propre, leste, vif, trs-alerte, trs-veill, trs-industrieux; il a les yeux pleins de feu, la physiono- mie fine, le corps nerveux, les membres trs-dispos : sa jolie figure est encore rehausse, pare par une belle queue en forme de panache, qu'il relve jusque dessus sa tte, et sous laquelle il se met l'ombre; le dessous de son corps est garni d'un appareil tout aussi remarquable, et qui annonce de grandes facults par l'exercice de la gnration; il est, pour ainsi dire, moins quadrupde que les autres; il se tient ordinairement assis presque debout, et se sert de ses pieds de devant comme d'une main pour porter sa bouche; au lieu de se cacher sous terre, il est toujours en l'air; il approche de> Oiseaux par sa lgret; il demeure comme eux sur la cime des arbres, parcourt les forts en sau- tant de l'un l'autre, y fait aussi son nid, cueille les graines, boit la rose, et ne descend terre que quand ces arbres sont agits par la violence des vents. On ne le trouve point dans les champs, dans les lieux dcouverts, dans les pays de plaine; il n'approche jamais des habitations; il ne reste point dans les taillis, mais dans les bois de hauteur, sur les vieux arbres des plus belles futaies. II craint l'eau plus encore que la terre... Il ne s'engourdit pas comme le Loir pendant l'hiver, il est en tout temps trs-veill; et, pour peu que l'on touche au pied de l'arbre sur lequel il repose, il sort de sa petite bauge, fuit sur un autre arbre ou se cache l'abri d'une branche. II ramasse des noi- settes pendant l't, en remplit les troncs, les fentes d'un vieux arbre, et a recours, en hiver, sa provision; il les cherche aussi sous la neige, qu'il dtourne en grattant. 11 a la voix clatante, et plus perante encore que celle de la Fouine; il a de plus un murmure bouche ferme, un petit grogne- ment de mcontentement qu'il fait entendre toutes les fois qu'on l'irrite. Il est trop lger pour mar- s 24 HISTOIRE NATURELLE. cher; il va ordinairement par petits sauts et quelquefois par bonds; il a les ongles si pointus et les mouvements si prompts, qu'il grimpe en un instant sur un htre dont l'corce est fort lisse. On entend les cureuils, pendant les belles nuits d't, crier en courant sur les arbres les uns aprs les autres; ils semblent craindre l'ardeur du soleil; ils demeurent pendant le jour l'abri dans leur domicile, dont ils sortent le soir pour s'exercer, jouer, faire l'amour et manger; ce domicile est propre, chaud, et impntrable la pluie; c'est ordinairement sur l'enfourchure d'un arbre qu'ils s'tablissent; ils commencent par transporter des bchettes, qu'ils mlent, qu'ils entrelacent avec de la mousse; ils la serrent ensuite, ils la foulent et donnent assez de capacit et de solidit leur ou- vrage pour y tre Taise et en sret avec leurs petits; il n'y a qu'une ouverture vers le haut, juste, troite, et qui suffit peine pour passer; au-dessus de l'ouverture est une espce de couvert en cne qui met le tout l'abri, et fait que la pluie s'coule par les cts et ne pntre pas. Ils produisent ordinairement trois ou quatre petits; ils entrent en amour au printemps, et mettent bas au mois de mai ou au commencement de juin; ils muent au sortir de l'hiver; le poil nouveau est plus roux que celui qui tombe. Ils se peignent, ils se polissent avec les mains et les dents, ils sont propres, ils n'ont aucune mauvaise odeur; leur chair est bonne manger. Le poil de la queue sert faire des pinceaux; mais leur peau ne fait pas une bonne fourrure. Fig. 10. cureuil fossoyeur. Contrairement l'opinion de Buffon, qui pensait que les cureuils taient des animaux propres aux contres tempres et froides des deux continents, on sait aujourd'hui que le plus grand nom- bre d'espces de ce genre appartiennent, au contraire, aux contres chaudes, soit continentales, soit insulaires de l'Asie; mais, en outre, les deux Amriques, l'Europe et l'Afrique, sont remplies, soit des nombreuses espces du genre, soit des populations nombreuses de quelqu'une de ces espces : l'Australie et la grande le de Madagascar seules paraissent ne pas avoir d'cureuils. On comprend que dans un genre aussi nombreux en espces que celui des cureuils, on a d cher- cher former plusieurs subdivisions particulires, et c'est ce qui est arriv. Plusieurs des groupes qu'on a crs sont trop caractriss pour que nous ne les adoptions pas comme genres distincts; tels sont les Tamia, Pteroimjs, Anisomjx, Ciinomijs et Sciuropterus; mais d'autres, tels que ceux des Funambuhis, Xerus ou Speromsciiiriis , Gucrliiiguet ou Macroxus, n'en diffrent pas d'une manire assez notable pour que nous n'ayons pas cru, avec Lesson, devoir les runir aux Ecureuils pro- prement dils comme de simples subdivisions secondaires. RONGEURS. 25 4" SOUS-GENHE. ECUREUILS PROPREMENT DITS. SCIURUS. Linn. Loco cilalo. CARACTRES DISTINCTIFS. Crne assez allong, trcs-arqii. Os (lu nez lcjremcnt inclines. Oreilles mdiocres, avec un pinceau de poils dans le plus grand nombre des cas. Queue assez longue, garnie de poils longs, ceux des cis disposs comme les barbes d'une plume. Ce sons-2;enre est propre l'Europe, une partie de l'Asie et l'Amrique tant mridionale que septentrionale; il renferme une vingtaine d'espces et en comprendrait un beaucoup plus grand nom- bre si l'on n'en runissait ensemble plusieurs espces nominales, en ne les considrant que comme des varits les unes des autres. 1. ESPCES EUROPENiNES. 1. ECUREUIL COMMUN. SCIURUS VULGARfS. Linn. CATACTnES SPCIFIQUES. Pelage d'un roux plus ou moins vif en dessus, et passant quelquefois au gris, blanc en dessous; oreilles garnies de longs poils, formant un pinceau au bout de chacune. Longueur de la tte et du corps variant de 0'",02 0'",04; celle de la queue tant peu prs la 'a mme. F\; Ils ne produisent pas en cap- tivit. La chair de l'cureuil est bonne manger, mais elle est nanmoins peu recherche. La fourrure de la varit commune de notre pays n'est nullement estime, tandis que celle de la varit du Nord, qui porte, ainsi que nous l'avons dit, la dnomination de Petit-Gris, est souvent employe dans les arts, et a donn lieu une branche assez importante du commerce de la pelleterie. Les poils de la queue de cet animal ont quelquefois servi faire des pinceaux. 28 mSTOlUE NATUI5I:LLK 2. ECURKl]II. DKS AIJ'ES. SCIliniIS Al.PIMJS. Vv. Ciivicr. Cabactues spcifiques. Pelage d'un brun fonc, presque noir, quelquotbis piquet (le blanc, jauntre sur le dos; parties infrieures d'un blanc trs-pur; face interne des menibrts grise, bord des lvres blanc; pieds d'un fauve assez pur; une bande fauve sparant les couleurs du dos et du ventre; oreilles avec nn pinceau; queue noire vue de prolil, brunAlre vue en dessus, parce que, sur leur lon- gueur, les poils sont anneis de noir et de fauve clair, et de noir pur seulement la pointe, et ces poils sont divergents comme dans l'Ecureuil commun, lin peu plus petit que le prcdent. Cette espce, que l'on a longtemps regarde comme une simple varit de l'Kcurenil commun, el qu'ony runit mme encore quelquefois, semble en tre cependant bien distincte. Pour les proportions et la taille, elle ressemble lEcureuil commun, mais la tte est plus petite el le systme de colo- ration est diffrent. Un mle et une femelle de cette espce ont longtemps vcu la Mnagerie du Musum; ils ont mu plusieurs fois et leur pelage n'a pas chang; loutelois, dans l't, les parties brunes avaient plus de noir que pendant l'hiver, saison pendant laquelle la queue i;risonnait. Cet cureuil habite les Pyrnes, et les Alpes tant en France qu'en Espagne el en Suisse; il n'y est pas irs-rare. 2 ESPECES AMERICAINES. 5. GUREUIL CAPISTPATE. SCIIJRUS CAPISTRATVS. Bosc, A. G. Dcsmarcsl. Caractres spcifiques. Pelage ordinairement gris-de-fer, avec la tte noire; quelquefois gris; ventre noir, ou 1/ien entirement noir; oreilles et bout du museau conslammenl blancs. Plus grand que l'Ecureuil commun; la longueur de la lle et du corps est de 0'",66. Cette espce se trouve dans les forts de la Caroline du Sud, et principalement dans les environs de Carleston ; elle habite les lieux secs, particulirement dans les cantons plants de pins, de la semence desquels elle fait, dans la saison, sa nourriture presque exclusive. Les petits courent dj sur les bran- ches au mois de mars. Lorsqu'il aperoit les hommes, il s'applique Irs-exaclemenl sur la partie su- prieure des branches, o il se tient et reste tout fait immobile. Quand il saute d'un arbre l'autre, il s'aplatit, en quelque sorte, afin d'offrir une moins grande surface l'air. Cet animal varie considrablement; aussi a-t-on cru devoir y former plusieurs espces particu- lires, qui ont t parfois adoptes par certains zoologistes, et, au contraire, repousses par d'autres. Les principales varits sont: A Le Petit-Gris de Duffon ou cureuil brdn (Schiriis cinereus, Schreber; Sciurus Carolinensis, Linn). Il est habituellement d'un gris fauve, piquet de noir en dessus; d'autres fois, il est d'un gris blanchtre, etc.; il manque de pinceaux aux oreilles; un peu moins grand que le type. On le rencon- tre en Pensylvanie et la Caroline, o il s'est considrablement multipli depuis qu'on y cultive le mas. B. Le CoQUALMN de Ruf/on (Sciurus variegalus, Linn). Pelage roux vif et noir en dessus; dessous v corps d'un roux orang; bout du museau et des oreilles blanc. Du double peu prs plus grand que l'cureuil commun; se trouve au Mexique. G. cureuil noir {Sciurus niper, Linn). D'un noir fonc en dessus, et d'un noir bruntre en des- sous; quelquefois il prsente le bout du nez, ou les pieds, ou le bout de la queue, ou un collier sur le cou, plus ou moins blanchtre; de la grandeur de noire cureuil commun. Il habite l'Amrique du Nord el le Mexique, etc. D. Capistrate a grande queue. Celle varit est surtout remarquable par la longueur de la queue, beaucoup plus dveloppe que dans le type. Un fait curieux se rapporte l'histoire de la varit que nous avons indique sous la dnomination Fig. 1. Souris. Fig. 2. Campagnol, (Mle et femelle. l'I. 7 FiONGEUUS. 29 de PclU-Gr'is. En 1749, la prime accorde en Amrique pour la destruction de cet animal, qui fait un grand mal la culture, et qui s'levait trois pences par tte, monta huit mille livres sterling, c'est--dire qu'on en tua environ un million deux cent quatre-vingt mille. Mais depuis lors le gou- vernement des tats-Unis d'Amrique, s'apercevant que cette prime pouvait ruiner le trsor la r- duisit de moiti, et la supprima entirement plus tard. Fig. 12. liciiieiiil capistrate. (Mle.) 4. CUREUIL D'HUDSON. SClUnUS HUDSONIUS Pennanl. CAP.ACTinEs SPCIFIQUES. Pelage d'un brun rousstre en dessus et sur la tte, blanchtre en dessous; une raie noire occupant les flancs; queue plus courte que le corps, d'un brun rousstre, borde de noir; moustaches trs-longues, noires. Un peu plus petit que l'cureuil commun. Il habite les forts les plus froides de l'Amrique septentrionale, et principalement celles de la baie d'Hudson. On regarde comme n'en tant que des varits de coloration les Sc'mrus rubrolineatns. A. G. Des- marest, et S. ruber, Rafinesque. Une varit propre la Colombie en est probablement distincte sp- cifiquement, et constitue le Sciia^us Pcliardsonn, Bachman. 5. I^CUREUIL A VENTRE ROUX. SCIURUS RUFIVENTRIS Etienne Geoffroy Saint-Hilaiic. Cap.actres spcifiques. Pelage d'un gris brun en dessus, d'un roux vif en dessous; queue moins longue que le corps, brune l base et fauve l'extrmit; pieds bruns; oreilles sans pinceaux. De la grandeur de l'cureuil commun. De l'Amrique du Nord, dans les environs de la baie d'Hudson. C'est le Sciurus fulvivcnlris d'Ilermann. 50 lIlSTOniE NATUUELLE. GURr'UlL DE LA LOUISIANE. SCIURIS LUDOVICIANUS. Curlis. CARACTrs SPCIFIQUES. Pelage d'un gcis fonc en dessus, d'un brun rousstre en dessous; par- lie interne des membres de cette dernire couleur; queue trs-large, plus longue que le corps. Lon- gueur de la tte et du corps, 0'",CG. Se trouve au bord de la rivire Rouge. Parmi les autres espces assez nombreuses de ce sous-genre, et que nous croyons inutile de d- crire, nous citerons seulement les suivantes : 1" Sciurus Carolineusis, Godman, ou Se. lencolis, Gap- per, du haut Canada et de la Caroline du Sud; 2" Sciurus macruura, Say, du Missouri; 3 Se. Leivi- sii, Grifiilh, du mme pays; 4" et 5 Se. lanufjhwsns et fulicjinoHus, Bachman, de la baie d'IIudson G" Se. submiratus, Bachman, de la Nouvelle-Orlans; 7" Se. Auduboni, Bachman, de la Louisiane 8" Se. Co//ici, Beechey's, Voij. de l'Amrique du PLK. dessous, avpc du brun sous le cou; cuisses rousses: pieds bruns; queue noirlre dans presque toute son tendue; membrane des flancs ayant un angle saillant prs du poignet. iiOngueur totale depuis le bout du museau jusqu' l'origine de la queue, 0"','48; longueur de la queue jusqu' l'extrmit des poils, 0"',5o. Ce Plromys est le Sciurus petauristn de Linn et de Pallas, et fe type du genre Pclauristus de G. Fischer. Dans celte espce, la tte est petite proportion du corps et de forme arrondie; le front est trs- large; le nez est d'un brun noir, ainsi que le tour des yeux et les mchoires, mais ces parties pr- sentent qiiol(]ues poils fauves mls aux noirs; les joues et le dessus de la tte sont mls de brun- noir et de blanc; les plus grands poils des moustaches sont noirs et ont prs de 0"',06 de longueur; les oreilles sont assez grandes et plates, garnies de poils d'un fauve noirtre; les poils de derrire ces oreilles sont d'un brun marron et ont plus de longueur que ceux du corps; le dessous du cou est d'une teinte brune; les extrmits antrieures en dessous et jusqu'au poignet, o commence le prolongement de la peau, sont d'un gris brun pointill de blanc, ainsi que cette peau elle-mme, qui y forme un angle trs-saillant et trs-marqu; les poils du dessus du corps, depuis la tte jusqu' la queue, sont d'un brun gris plus ou moins fonc et piquet de blanc, cette dernire couleur dominant en quelques endroits; le dessous du corps est d'une couleur cendre, mle de fauve et de brun; les cuisses, au-dessous des prolongements de la peau, sont d'un fauve noirtre; les jambes et les pieds sont d'un brun noir; la queue est ronde, d'un gris brun son origine, qui devient de plus en plus fonc jusqu' son extrmit; une petite membrane joint la base de la queue la base interne des cuisses. Chez quelques individus, le pelage est plus obscur. l'^i;:. 15 Plromys t{;ant. Cette belle espce habile Maiacca, Syncapore, les les Fliilippines et une asstz grande partie de l'archipL'l Indien, ses murs sont iis-pcu connues; on sait seulement qu'elle est nicturnc, et cela Fig. I. Gomys bourse. Fig. 2. Aprea PI 10. RONGEURS. Il sui'lout d'aprs des individus qu'on a observs en domesticit et qui dormaient conlinuenement pen- dant le jour. On mange quelquefois sa chair, qui est assez bonne. Deux autres espces de ce genre assez bien connues sont : 1" le Ptromys clatant, Pt. nitidns. Et. Geoffroy, de Java; et 2 le Ptromys flche, Pt. sagitta G. Cuvier, du mme pays : les autres espces sont le Ptcronvjs Icncogenys, Temminck, du Japon; Pi. (jenibarlns et lepidus, Horsfield, de Java; /*/. Horsficldu. Waterhouse, de l'Inde; Pi. aiirantiaciis, Wagner: Pi. elegans, Temminck, etc. 5'"'' GENRE. SCIUROPTRE. SCWROPTERdS. Fr. Cuvier, 1855. Dents des Mammifres. 2)ttoupo, cureuil; lrepov, aile. CARACTRES GNRIQUES. Sijslme dentaire : incisives. |; molaires, |^^; en totalit vincjt-deux dents, qui ont hcancoup plus de rapport avec celles des Ecureuils proprement dits qu'avec celles des Ptromys, auxquels les Sciuroptres ressemblent sous beaucoup d'autres points de vue. Tte un peu arrondie. Partie antrieure de la ligne du profil de la tte droite jusqu'au milieu des fronlaux, on elle prend une direction courbe trs arque, sans dpression iniermdiairc. Occiput saillant. Frontaux un peu allongs. Capacit du crne comprenant les trois cinquimes de la longueur de la tte. Oreilles arrondies. Yeux assez gros. Pieds et membrane place entre les membres disposs comme ceux des Ptrom]js. Taille plus petite que chez ces derniers. Queue longue, aplatie, couverte de poils distiques. Ainsi que nous l'avons dit prcdemment, les Sciuroptres ne diffrent gure des Ptromys, avec lesquels ils taient anciennement confondus sous !a dnomination de Palatouches, qu'ils ont seuls conserve; les uns comme les autres sont pourvus d'un dveloppement de la peau des flancs tendu, de chaque ct, entre les extrmits antrieures et les postrieures, pouvant servir comme de para- chute ces animaux lorsqu'ils sautent de branche en branche, et leur ayant fait donner la dnomi- nation vulgaire d'Ecureuils volants. Les Sciuroptres diffrent principalement des Ptromys par les formes du crne et par la disposition particulire du systme dentaire; sous le rapport du crne, les premiers s'loignent des seconds en ce que toute la partie antrieure de la figne de profil de leur tte est droite jusqu'au milieu des frontaux, o elle prend une direction courbe trs-arque, sans dpression intermdiaire, au lieu d'en avoir une trs-marque, comme les Ptromys; en ce que l'oc- ciput est bien saillant, au lieu de ne commencer se courber que trs en arrire; en ce que les fron- taux sont allongs et ont le rapport de leur longueur leur largeur comme deux est un, au lieu de l'avoir comme trois est deux; enfin, en ce que la capacit du crne remplit les trois cinquimes de la longueur de la tte, au lieu de n'en occuper que la moiti. Relativement aux dents, les incisives n'offrent rien de remarquable, et, comme celles des Ptromys, les suprieures sont unies et arrondies ne devant, et les infrieures, avec la mme forme, sont cependant plus troites. Les molaires res- semblent celles des cureuils proprement dits et des Tamias, plutt qu' celles des Ptromys, et sont, en mme temps, assez analogues celles des Marmottes et des Spermophiles. Il y a quatre grosses dents la mchoire d'en bas, et une trs-petite antrieure de plus, et caduque de bonni; heure, chaque ct de celle den haut; la mchoire suprieure, les trois premires vraies molaires prsentent chacune deux collines transverses, sommet mousse et spares par des sillons gale- ^'i IIISTOIRI] NATURELLE. ment transversaux, et ces collines sont runies, sur le bord interne seulemeni, par une crte large et circulaire; la dernire ne montre qu'une colline antrieure et sa partie jiostrieure est aj)latie. Toutes les molaires infrieures ont la mme forme entre elles, c'est--dire qu'elles prsentent dans leur milieu un creux circulaire, et, dans leur pourtour, une crte divise par une chancrure au bord interne et par une autre au bord externe; et du centre de chacune de ces chancrures nat un petit tubercule. .\vec rage, ces dents n'offrent plus qu'une surface unie leur couronne. On ne connat que trois espces de Sciuroptres, et elles sont particulires aux ri,Mons circumpo- laires ou borales de l'Europe, de l'Asie et de l'Amrique. Extrieurement, toutes se ressemblent par leur petite taille, les membranes velues de leurs flancs, leur physionomie, qui est gnralement celle deo cureuils, bien qu'elles aient les yeux plus gros que ceux de ces animaux; la longueur de leur queue, qui est aplatie, couverte de poils distiques, et non ronde comme celle des Piromys. La ma- nire de vivre de ces Rongeurs est trs-analogue celle des Ecureuils proprement dits; toutefois elle en diffre un peu en ce que ce sont des animaux essentiellement nocturnes. 1. ECUREUIL VOLAiNT DE SIBRIE Biisson. SCIUROPTERVS VOLAKS. Pallas, Fr. Cuvier. Caractres spcifiqoes. Tte arrondie; museau court et obtus; yeux grands et saillants; iris noir et pupille trs-grande; oreilles courtes, arrondies; moustaches de la longueur de la tte, roides, noires; membranes des flancs formant, derrire le poignet, une lgre avance arrondie en lobe et non anguleuse. Pelage d'un gris blanchtre cendr sur les parties suprieures, et d'un trs-beau blanc sur les infrieures; base des poils et duvet intrieur bruns; membrane des flancs borde, prs du corps et dans toute sa longueur, par une bande de gris brun; extrmit des pieds blanchtre; queue couverte de longs poils gris cendr, lgrement obscur vers leur pointe. Une varit est entirement blanche. La longueur totale de la tte et du corps est de 0'",18; celle de la queue est de 0'",12. Cette espce est le Pteromijs Sibiricus, A. G. Desmarest; c'est aussi le Polatouche des planches enlumines de Buffon, et le Polatoucha de quelques voyageurs. Ce Sciuroptre est un animal lgant par sa forme, mais triste et solitaire, se nourrissant des bourgeons et des jeunes pousses du bouleau et du pin, nichant dans un creux d'arbre et n'en sortant gure que la nuit, grimpant lestement sur les arbres, sautant de branche en branche avec facilit, et se soutenant un peu l'aide des mem- branes de ses flancs. La femelle met bas, au mois de mai, deux quatre petits, sur un lit de mousse qu'elle s'est prpar. 11 habite les forts de pins et de bouleaux de la Lithuanie, de la Livonie, de la Finlande, de la Laponie, de la Russie borale et surtout de la Sibrie. 2. POLATOUCHE. Buffon. ASSAPAN. Fr. Cuvier. SCIVROPTERUS VOLUCELLA. Pallas. Lesson. Caractres spcifiques. Museau moins pais que celui de l'espce prcdente; dessus de la tte, du corps et du prolongement de la peau des flancs couverts de poils d'un gris plus fonc et comme glac de nuances de rousstre, ces poils tant cendrs prs de la racine et d'un jaune rous- stre l'extrme pointe; yeux entours de cendr noirtre, avec une tache blanche au-dessus de cha- cun: bord de la peau des flancs plus brun que le milieu en dessus; tout le dessous du corps d'un blanc lgrement teint de jaune sur le bord des membranes et sur le dedans des cuisses et des jam- bes; dessus de la queue d'un brun trs-clair, et dessous d'un blanc jauntre; moustaches noires, longues de 0'",06. Plus petit que le prcdent, sa tte et son corps n'ont qu'une longueur de 0'",14, et la queue, au contraire, proportionnellement plus longue, une longueur de O^jOQ. Cet animal, qui est le Sciurus volucella de Pallas, que l'on nomme quelquefois Scidroptre ou Polatouche d'Amrique, se trouve dans les tats-Unis d'Amrique depuis le Canada jusqu'en Virginie, o il est nomm ssapan et Assapalnick, d'aprs les rapports des voyageurs. Il vit par petites troupes sur les arbres et se nourrit de noix, de graines et de bourgeons. En domesticit, ou plutt en capti- vit, il entasse toutes les provisions qu'on lui donne dans son rduit, et les cache sous de la mousse, ainsi que le font les cureuils de nos pays. Il ne sort que la nuit et a des mouvements trs-brusques. RONGEURS. 43 Lorsque le crpusr-ule descend sur les forts, de lent et paresseux qu'il tait, il devient d'une vivacilu et d'une agilit surprenantes; grce la membrane qui s'tend entre ses pattes, il peut franchir, d'un arbre l'autre, une distance prodigieuse, de plus de quarante cinquante pas, si l'on s'en rapporti^ aux voyageurs. Il ne descend pas de dessus les arbres, parce que, assure-t-on, sa marche est embai- rasse sur la terre. D'un naturel doux et tranquille, il s'apprivoise assez (acilement, c'est--dire qu'il devient tout fait inoffensif pour les personnes qui le touchent et qu'il s'habitue prendre sans crainte sa nourriture dans leur main; mais tout se borne l. Son intelligence ne se dveloppe en au- cune manire par l'ducation; il ne s'attache jamais son matre, et, s'il trouve l'occasion de re- conqurir sa libert, il y manque rarement; aussi doit-on le conserver dans des cages barreaux serrs. M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire dit que l'espce s'est reproduite la Malmaison, chez l'imp- ratrice Josphine, et que la femelle a mis bas trois petits. Plusieurs individus, ajoute-t-il, ont exist la mnagerie du Musum d'histoire naturelle. Ils se tenaient constamment cachs pendant le jour sous le foin qui leur sert de litire, et ne se montraient jamais que lorsqu'on venait l'enlever; alors, ils s'lanaient la partie suprieure de leur cage, et, si on les inquitait de nouveau, ils sautaient, du ct oppos en tendant les membranes de leurs flancs, au moyen desquelles ils parvenaient d- crire, en tombant, des paraboles d'une assez grande tendue. La troisime espce de ce genre est le Sir-Sik {Sciuropierns sobrinus, Shaw, Lesson), des bords du lac Iluron, dans l'Amrique septentrionale, dont une varit, propre aux Montagnes locheuses, a reu de Richardson le nom de Picrmmjs Alpiuus. Fig. 16. Sciurus anomalurus. 44 IIISTOIP.K NATIJIU'I.LE. DEUXIEME TRIBU ARCT031YENS. ARCTOMA. Animaux ayant, de mme que les Sciuriens, dix molaires suprieures et huit infrieures, toutes tuberculeuses; la tte est grosse; la queue est courte ou moyenne. Cette tribu est forme avec l'ancien genre linnen des Marmottes ou Arctomys, qui comprendrait, d'aprs les zoologistes modernes, cinq ou six genres distincts, ceux des Clllus, Spermopliilus, Cif- nomrjs, Arcioniijs, A^i'isonyx ou Aplodontia, et Lipura. Mais il semble que Ton ne doit rellement adopter que deux de ces groupes, ceux des Spermophiles et des Marmottes, qui, tout en ayant de grands rapports par leur caractristique, diffrent toutefois les uns des autres par des particularits remarquables. Tous semblert affectionner les rgions septentrionales, principalement en Europe et en Amrique, l'un d'eux, la Marmotte, est rpandu jusque dans nos montagnes et est bien connu de tout le monde; depuis ce Rongeur, qui, certes, ne rappelle gure le type des Sciuriens, l'Ecureuil commun, on peut cependant, par des dgradations presque insensibles, arriver aux Sciurides, et c'est principalement les Tamias chez ces derniers, et les Citilles chez les Arctomyens, qui tabli- ront le passage sriai d'une tribu l'autre. Cette tribu, (;ue nous dsignons sous les noms ' Arctomyens, constitue les Arcto)y>ycidce, Les- 6on, Arctomya, Arctomydinn de M. Ch. Bonaparte, et Arcionnjna de M. Gray. 1" GENRE. SPERMOPHILE. SPERMOPHILUS. Fr. Cuvier, 1822. Mmoires tlti Musum, t. IX. S-Trepfia, graine; iXew, j'aime. GAUACRS GNRIQUES Systme dentaire : incisives, |; molaires, |^: en totalit vingt-deux dents. Incisives semblables celles des Marmottes; molaires plus troites, colline antrieure rlrcie et talon qui unit celle colline la postrieure se prolongeant beaucoup plus intrieurement. Oreille borde extrieurement d'un hlix, tout a fait dtach de la tte. Pnpulie ovale. De grands abajoues. Doigts des pieds troits, presque compltement libres. Talon couvert de poils; doigts des pieds de derrire nus. Queue courte, grle. Les Spermophiles ont t crs par Fr. Cuvier aux dpens des Arctomys, dont ib diffrent sous plusieurs points de vue. Les molaires de ces animaux ne sont point tout fait semblables, quoiqu'elles paraissent avoir t formes d'aprs le mme modle que celles des Arctomys; en effet, celles de la Marmotte, peu prs circulaires, prsentent une surface divise en trois petites minences longitu- dinales par deux sillons qui s'arrtent en de du bord interne; celles du Souslick, plus larges leur ct externe qu' leur ct oppos, prsentent aussi deux sillons, mais l'antrieur seul s'arrte sans couper le bord interne de la dent, le postrieur n'est point arrt par cette partie qui semble avoir t retranche, ce qui explique la forme troite de ces molaires au ct interna de la mchoire, et la partie sur laquelle est le dernier sillon est beaucoup moins saillante que l'autre. Les formes de la ri". I. Mus raie iloisiilc. Fi';. 2. SperiiioiiliiiL' ray. l'I. nONGEURS. 45 tte offrent quelques diffrences, mais, au reste, assez peu importantes. Une tte de Marmotte, vue de profil, prsente une ligne droite depuis l'occiput jusqu' Torigine des os du nez, mais inflchie assez profondment au milieu du front; les paritaux et la partie suprieure des temporaux ne sont que lgrement arqus, leur courbure reprsente Tare d'un trs grand cercle, et la distance de l'an gle postrieur de l'apophyse zygomatique du temporal au sommet de la tte est la longueur de celle-ci comme cinq est un; vue de face, elle frappe d'abord par la largeur des frontaux, leur en- foncement entre leurs apophyses orbitaires et par l'tendue de la fosse du temporal qui gale la fosse orbitaire; en outre, les apophyses orbitaires des temporaux partagent peu prs la longueur de la tte en deux parties gales. .\u contraire, une tte de Souslick, type du genre Spermophile, vu( de profil, prsente une ligne peu prs uniformment et fortement courbe partir de l'occiput jus- qu' l'extrmit des os du nez; ses temporaux et ses paritaux ont une convexit forme par un arc de cercle assez petit, et la distance de l'angle postrieur de Tapophyse zygomatique du temporal au sommet de la tte est la longueur de celle-ci comme trois et demi est un; vue de face, ce qui distingue le plus cette tte de celle de la Marmotte est la grandeur de la fosse orbitaire et la peti- tesse de la fosse temporale; l'intervalle qui spare l'apophyse orbitaire du frontal, des paritaux et des temporaux, est de moins d'une ligne, et elle est de six de la pointe de ces apophyses aux lacry- maux; enfin, ces apophyses sont presque d'un tiers plus en arrire que celles de la Marmotte, par rapport la longueur totale de la tte. Les oreilles externes des Marmottes se dtachent en grande partie de la tle, et ne prsentent d'apparence d'hlix qu' leurs bords antrieur et j>ostrieur; toute leur partie suprieure, qui se termine en pointe en arrire et que circonscrit l'arc d'un assez grand cercle, est unie et plate, et son intrieure transversale n'offre de remarquable qu'une minence inf- rieure qui est une continuation de la partie antrieure de l'hlix, et au bas de laquelle est l'orifice du conduit auditif. Jj'oreille des Spermophiles, au contraire, est entirement borde d'un hlix, et cette portion seule est dtache de la tte; sa partie antrieure, elle se reploie en dedans pour for- mer infrieurenient et au-dessus du trou auditif un bourrelet pais, large dans son milieu, qui s'ar- rondit son bord infrieur et donne, son bord suprieur, naissance un prolongement moins sail- lant que lui, et qui se lie un second bourrelet produit suprieurement par la partie' postrieure de l'hlix, lequel bourrelet vient se terminer de l'autre ct de l'oreille. Le Souslick a une pupille qui se rtrcit la lumire et prend une forme ovale; la Marmotte, au contraire, a une pupille constamment ronde. Les narines et la langue n'offrent aucune diffrence sensible; mais le reste des organes du got en prsentent de considrables; car les Marmottes sont prives d'abajoues et le Souslick en a de trs-grandes, qui naissent presque la commissure des lvres et s'tendent jusque sur les cts du cou. Les diffrences des organes du mouvement ne sont gure moins remarquables; le nombre des doigts est le mme; mais, autant les pieds de la. Marmotte sont larges et trapus, ses doigts forts et courts, autant les pieds et les doigts des Souslicks sont troits et allongs; chez ceux-ci, les doigts sont presque entirement libres; chez celles-l, ils sont runis par une forte membrane jusqu' l'ori- gine de la seconde phalange, et le Souslick n'a de nu aux pieds de derrire que les doigts et les tu- bercules qui en garnissent la base; tout le reste de la plante est revtu de poils, tandis que, chez les Marmottes, la plante entire est nue. En gnral, chez les Spermophiles, le pelage est tachet, et il est unicolore chez les Marmottes. D'aprs les caractres que nous venons d'indiquer, on voit que les Spermophiles et les Mar- mottes doivent tre gnriquement spars les uns des autres; mais, toutefois, s'ils ne doivent plus rester dans le mme genre, ils ne doivent pas non plus tre spars par de grandes distan- ces sriales. Leurs dents incisives sont semblables; leurs molaires diffrent peu, et il en est de mme de leurs intestins, en juger par ce que nous apprend Pallas. Les uns et les autres sont pour- vus de clavicules; on n'aperoit aucune diffrence importante dans les diverses parties du squelette qui constituent les membres, la colonne vertbrale et le thorax, et leurs murs diffrent peu. Des ressemblances aussi nombreuses et de cette nature tablissent de vraies relations naturelles, et si elles ne justifient pas le rapprochement complet que Gmelin avait fait de ces animaux, elles l'expli- quent et l'excusent, et dmontrent que nous devons laisser ces deux genres dans une mme tribu et c4 l'un de l'autre. Les Spermophiles se rapprochent beaucoup des Tamias, et servent en quelque sorte d'interm- diaire entre les Marmottes et ces cureuils de terre, qui se lient eux-mmes si intimement avec les 46 IIISTOIUE NATLIRKIXE. cureuils prupi'emcnl dits; aw, avec des dents qui diflrenl de celles du Souslick, les Tamias oni des abajoues sotublablcs aux siennes et le mme genre de vie. Le type de ce genre est le Souslick (Arc- tomijs Uns, Pailas), rongeur dont les liabitudes naturelles diffrent beaucoup de celles des Mar- mottes, jjuisque ces dernires se runissent en socit et ne recueillent qu'un peu de foin pour riiiver, tandis (juc les Sj)ermopliiles vivent solitaires et rassemblent principalement des graines ers quantit considrable, mais dont ils ne font cependant gure usage, attendu que, de mme que les Arclumijs, ils passent la saison rigoureuse plongs dans un profond sommeil. Les Spermophiles habitent les rgions les plus septentrionales de l'Asie, de l'Europe et de PAm- rique, et sont surtout trs-rpandus dans ce dernier pays. Quant aux espces, assez nombreuses, car on en indique plus de vingt, qui ont t runies aux Souslicks, elles ne sont pas encore suffisam- ment connues, et leur rapprochement n'a gure eu lieu que d'aprs leurs formes extrieures. 11 est probable que plus tard on devra former avec elles plusieurs genres distincts, et cela a mme dj t essay; mais, ainsi que nous l'avons dit dans un autre ouvrage, nous ne croyons pas, dans l'tat actuel de la zoologie, devoir accepter ces coupes gnriques, qui ne nous paraissent pas indispensa- bles; et nous nous bornerons indiquer comme simples subdivisions sous gnriques trs-secondai res les groupes des Cilillus, Sperniophilus et Cijnomys. \" SOUS-GENRE. CITILLE. CITILLUS. Pailas, 178G. Novaispecies Qiiadrupeduiii, clc. Nom d'espce transport au groupe. Le type de celte subdivision est le : SOUSLICK. SPERMOPHILUS CITILLUS A. G. Desniarrst. Caractres spcifiques. Pelage en dessus d'un gris brun, onde ou tachet de blanc par goutte- lettes, blanc en dessous. Longueur de la tte et du corps, de0'",40 0"',45; hauteur, environ 0",09; longueur de la queue, sans y comprendre les poils terminaux, 0'",08. Cette espce a t indique sous des noms divers par diffrents auteurs; c'est le SousiacKou ZinEt de Buffon, le Lapiin d'Allemagne de Brisson, le Glis chillus d'ErxIeben, V Arclomijs cilillns et Pailas et Gmelin, le Sperniophilus cilillus d'A. G. Desmarest, etc. 11 comprend, en outre, ainsi que nous le dirons bientt, plusieurs varits dont on a cherch dans ces derniers temps faire des espces particulires. Le Souslick a la tte assez volumineuse et moins dprime que celle des Marmottes; les yeux sont grands et saillants, d'un brun noirtre; les oreilles presque nulles, reprsentes seulement par un rebord court et pais, situ sur la marge postrieure du mat auditif; les moustaches sont noires, plus courtes que la tte; les abajoues s'tendent jusqu'aux cts du cou; le corps est allong, cylin- drique, couvert d'un poil assez doux et court, d'un gris plus ou moins brun ou fauve en dessus, et parsem de petites taches blanches plus ou moins apparentes, tantt sous la figure de gouttelettes bien distinctes, tantt formant de simples ondes; les parties infrieures sont d'un blanc plus ou moins teint de jaune; le tour des yeux et les pattes sont jauntres; la queue est mince, couverte de poils assez longs, de la couleur du fond du pelage, et souvent distiques. D'aprs ce que nous venons de dire, le systme de coloration du Souslick est trs-variable, et c'est pour cela que plusieurs naturalistes ont cherch former avec ces varits des espces qui sont pu- rement nominales, jusqu' ce qu'on les ait plus compltement tudies et qu'on puisse dire relle- ment si les diffrences qu'elles prsentent sont spcifiques. Ainsi, la varit pelage tachet est le Spermopliilns (jnilalns, Lesson, et se rapporte la varit de Y Arcloimjs cilillus, que Pailas dsi- gnait sous la dnomination de var. Casaniensis; la varit ondule, ou zonen blanches transver- sales la longueur du eorps, est le Speriuopliilus undululus, Lesson; enfin, une autre varit, que RONGEURS. 47 Buffon nomme Marmotte de Sibrie, et qui est d'un brun jauntre uniforme, avec la nuque cendre et la queue noirtre, constitue le Spermopliiliis concolor, Temminck. Les Souslicks vivent isolment, hors le temps des amours, et se creusent, sur les pentes des mon- tagnes, des terriers compliqus et profonds d'environ deux mtres, et ayant de deux cinq issues. En t, ils renferment dans ces galeries des graines de diffrentes sortes, telles que bl, chnevis, pois, lin, etc., qu'ils transportent dans leurs vastes abajoues. Malgr cette prcaution, qui cause de grands dgts l'agriculture, ces animaux ne semblent pas profiter de leurs rcoltes; car, de mme que les Marmottes, qui ne font pas de provisions, ils s'engourdissent pendant l'hiver. Les femelles, dont la gestation dure vingt-cinq trente jours, font chaque porte de trois huit petits, qui nais- sent, dit-on, sans poils et les yeux ferms. Si ces Rongeurs sont nuisibles aux habitants des pays qu'ils habitent, ils leur sont galement de quelque utilit ; en effet, leur chair est assez dlicate et bonne manger, et leur peau donne une fourrure dont l'aspect est agrable et qui est assez esti- me. On peut en avoir en domesticit; ils mangent alors de tout et font, dit-on, la chasse aux Souris et autres petites espces de Rongeurs ou d'Insectivores, ^ 5- ^^ Fis;. 17. Souslick. Cette espce se trouve dans toutes les contres du Nord et mme dans une partie des rgions tem- pres de l'ancien continent, telles que la Russie, principalement dans le pays situ entre le Volga et le lac Bakal, l'Autriche, la Hongrie, la Bohme, le Kamtchatka, les les loutiennes, etc. Elle existe galement dans la Tartarie; et l'on assure qu'on l'a aussi prise dans la Perse et dans llnde; mais, selon les naturalistes modernes, il est probable que les individus de ces derniers pays consti- tuent des espces distinctes. Telles sont les : 1" Cilillus Perskus, Lesson; Spermophilus concolor, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire; de la Perse et de l'Inde; 2 CitiUus leptodactylus, Eversmann, Lichtenstein; de Boukkarie; 5 CitiUus mugosaricus, Eversmann, Lichtenstein; ayant la mme patrie que l'espce prcdente; 4 CitiUus fulvus, Eversmann, Lichtenstein; galement de Boukkarie. On a signal, dans les sables d'Eppelsheim, des dbris fossiles qui se rapportent une espce de ce sous-genre : c'est le Spermophilus superciliosus de M. Kaup. M. Desnoyers a trouv, dans les brches osseuses de Montmorency, des ossements et plusieurs ttes entires de Spermophiles, qu'il rapporte la mme espce. On en a aussi signale Auvers, prs Pontoise, et dans les environs d'Is- soire, dparlement du Puy-de-l*me. 48 HISTOIRE NATURELLE. 2' SOUS-GENRE. - SPERMOPHILE. SPERMOPHILUS. Fr. Cuvier, 1822. Locn cilato. Cette division comprend une dizaine d'espces, toutes amricaines, et dont la plus connue es; la suivante. SPERMOPIIILE DE PARRY. Sl'ERMOPHlLUS PARRYI. Richardson. Caractres spcifiques. Museau conique; oreilles trs-courtes; queue longue, noire au bout; corps tachet, en dessus, de plaques noires et blanches; ventre ferrugineux. Cette espce habite la presqu'le Melviile. On en a aussi trouv des individus dans les Monta- gnes Rocheuses; et, comme le pelage de ces derniers est diffrent de celui du type, M. Richardson en a fait deux varits, qu'il nomme eriilliroglulleia et pliognata. Les autres espces authentiques de ce groupe sont : 1 Spermophile de Hood {S. trdecmlineatus^ Mitchill); 2 S. de Richardson {S. Richarilsonnt, Sabine); o^S. de Franklin (S. Franldinii, Sabine), de l'Amrique du Nord ; 4" Arctonuis pucinosn, Gmelin; 5 S. Douqlas, Richardson, des Montagnes Rocheuses; 6 Citillus Mexicanus, Lichtenstein, de Toluca; 7" S. Beecheiji, Richardson; 8" S. spilio- soina, Bennett; et 9'^ S macroxus, Bennett, de Californie. 3" SOUS-GENRE - CYNOMYS. CYNOMYS. Rafincsque, 1817. Airi. Montbiy Magazine. Kutov, Chien; [au;, Rat. Cette division ne renferme qu'une seule espce bien dtermine, propre rArarique du Nord, le : SPERMOPHILK SOCIAL. CYNOMYS SOCIALIS. Rafinesque. Caractres spcifiques. Pelage brun rousstre sale et ple, entreml de poils gris et de poils noirs. Longueur totale, 0"',18. Cette espce est V Arciomys Ludovcianus, Say, A. G. Desmarest; \e Spermophilus Ludovicianus , Ord, Richardson; Cynomys socialls, Rafinesque, et Arctomijs latrans, Harlan. On y runit aussi le Cynoiuys griseus, Ralinesque, dont la taille est la mme, qui habite le mme pays, qui aurait des ongles plus longs, et dont le pelage fin serait entirement gris. Le Cynomys social est plus grand que le Souslick; son pelage est assez variable pour le systme de coloration : cependant dans le plus grand nombre des cas il est d'un biun rousstre sale, peu color, avec quelques poils gris et noirs; mais, dans quelques cas, sa fourrure est entirement grise. Celte espce habite les prairies; elle n'est pas rare dans l'Amrique du Nord, principalement dans la province du Missouri. [.j.v -J . Col'luill llllll Fi". ^2 et 3. Pili'i Imle et lemelle). l'I \l 2"- GKNRE. MARMOTTE. ARCTOMYS Scli.ehor, 170i. iJie Sauthiere, etc. Apz 0,-, Ours; (i.u;, Uat. CARACTRES GNRIQUES. Syslme dentaire : incisives, |; molaires, l^}; en tolalil vingl-deux dnis. Les incisives ircs- forles, fuce nnlrieure arrondie; les infrieures un peu plus comprimes (pie les suprieures. Molaires simples, prsenlanl a leur couronne des saillies et des tubercules mousses, dont un, ant- rieur et interne, est le plus saillant. Corps pais, trapu. Tte large, plate en dessus. Pas d'abajoues. Veux grands. Oreilles courtes, arrondies. Pattes robustes: celles de devant termines par quatre doigts distincts et un rudiment de pouce, et celles de derrire par cinq doiqts. Ongles de tous les pieds robustes, comprims, crochus. Queue assez courte, velue. La dnominaiion de Marmotte vient du mot italien Marmotta, lequel lire peut-tre son origine de Murmeltliier, nom qui, au rapport de Gesner, tait anciennement appliqu aux animaux qui nous occupent. D'abord donn un Rongeur des hautes montagnes de l'Europe, ce nom fut tendu quel- ques autres Mammifres qui olfrent avec lui les plus intimes rapports. Linn et Pallas confondirent cependant ces animaux avec les Rats; ce dernier en fait toutefois une section particulire sous la d- nomination de Mures soporosi. Brisson et Erxleben les placrent dans leur genre Glis, division incohrente qui renfermait, selon le premier, les Loirs, les Marmottes et le Hamster; et de plus, selon le second, le Zemmi, les Lemmings et le Campagnol conome. C'est Schreber le premier et peu aprs Gmelin qui isolrent les Marmottes sous le nom d'Arctomgs, le premier dans son Die sagtliiere, et le second dans son dition du Systema nalur de Linn. Un peu plus tard, en 1779, Blumenbach, dans son Handbuck der Nalurgeister, proposa d'en changer la dnomination latine en celle de Marmotta; mais ce changement inutile n'a pas t adopt. Depuis, tous les zoologistes ont toujours conserv ce genre, tabli en effet sur des caractres nettement tranchs; mais, le nombre des espces venant augmenter assez considrablement, ils ont cru devoir le partager en un assez grand nombre de groupes, et en ont ainsi fait une tribu particulire. De tous ces genres crs aux dpens des Arcionnjs, l'un d'eux seulement semble naturel : c'est celui des Spermoptiilus, dont nous avons dj;\ parl et dont nous avons expos avec soin la caractristique diffrentielle; parmi les autres, nous nous bornerons seulement citer le genre Anisongx ou Aplodontia, dont nous avons dit quelques mots en traitant des Sciuriens, et le genre Lipura d'Illiger, qui n'est fond que sur une espce assez peu connue, le Lipura Hudsonia, Richardson, qui provient de la baie d'Hudson et de la Colombie, qui a t ballott dans les genres Hgrax et Arctonujs, et dont Harlan faisait son Arctonujs bra- chijurus. Les Marmottes ont des formes lourdes et trapues; leur tte plate et paisse, leurs oreilles arron- dies, leurs membres courts et larges, leur petite queue, et de plus leur paisse et grossire fourrure, leur donnent une physionomie particulire qu'indique assez bien le nom 'Arctomijs (apicrc?, Ours; uu;. Rat), fond sur les rapports de forme que l'on a cru trouver entre ces Rongeurs, les Rats et les Ours. Leur (^marche est lourde et embarrasse; elles courent mal, mais peuvent s'aplatir de manire passer par des fentes assez troites. L'un des meilleurs caractres que nous prsentent ces animaux nous est fourni par la disposition de leur systme dentaire, que Fr. Cuvier a tudi avec soin. Les Marmottes ont, ,1 la mchoire sup- 50 HISTOII'.K NATIIHKLLF. lieure, deux incisives et cinq molaires de chaque ct, et rinfrieure une molaire de moins. Les incisives sont fortes, paisses, et, comme chez tous les Rongeurs, spares des molaires par un grand espace vide. Les molaires, d'une manire trs-gnrale, sont simples, couronne garnie de saillies et de tubercules mousses. A la mchoire suprieure, Tincisive est arrondie et unie en devant; elle nat de la partie antrieure et interne du maxillaire, au-dessus de la premire molaire. La premire molaire est un simple tubercule une seule racine; les trois suivantes, qui ont la mme grandeur, sont partages transversalement par deux sillons, lesquels produisent trois collines : le premier de ces sillons traverse entirement la dent, mais le second est arrt par une crte ou un talon interne qui runit Tcxtrmit des deux collines postrieures. Ces dents ont trois racines, deux externes et une interne. La dernire ou la cinquime molaire ressemble aux autres, si ce n'est par sa dernire colline, qui s'est tendue postrieurement en une sorte de talon auquel corespond la racine analogue la seconde racine externe des molaires prcdentes. A la mchoire infrieure, l'incisive est sembla- ble celle de la mchoire suprieure et nat au-dessous de la dernire molaire. Les autres mo- laires sont de grandeur gale et toutes de formes semblables; elles prsentent, leur ct externe, une chancrure; leur ct interne, un creux circulaire qui comprend toute la largeur de la dent, et, leur bord antro-interne, un tubercule droit et trs-saillant, qui va diminuant de grandeur de la premire la dernire. La premire de ces dents a, en outre, au collet de la racine et sa face antrieure, un creux bord d'une petite crte. Lorsque ces dents sont arrives un certain degr d'usure, toutes leurs saillies s'effacent, et leur couronne devient tout fait unie; mais les unes et les autres subsistent durant la vie entire de l'animal. D'aprs ce que nous venons de dire, l'on voit que les Marmottes ont quelque ressemblance avec les cureuils sous le rapport de leur systme dentaire; mais elles en diffrent beaucoup par leurs autres caractres, que nous allons passer en revue. Les yeux sont petits, pupille ronde, paupires fortes et paisses : l'interne tant toutefois peu dveloppe. Le mufle n'est qu'une partie nue, et sans doute glanduleuse, place entre les deux na- rines et divise par un profond sillon longitudinal qui va ensuite sparer la lvre suprieure en deux portions; l'extrmit du museau forme une large surface arrondie, spare du mufle par un repli transversal et nu. Les narines sont formes d'une ouverture antrieure prolonge sur les cts en un sinus large et lgrement arqu vers le bout. L'oreille est petite, courte, assez mince, arrondie, sim- ple : on n'y voit qu'un rudiment d'hlix qui rentre dans la partie antrieure de la conque, et forme suprieurement un cul-de-sac du fond duquel s'lve un pli qui traverse l'oreille. La langue est courte, trs-paisse, arrondie et douce; ses bords paraissent comme relevs sur les cts de sa partie antrieure, ce qui forme un sillon longitudinal trs-profond. Les lvres sont paisses et cour- tes, et forment, leur angle de runion, une rduplicalure assez large. Il n'y a pas d'abajoues dans l'intrieur de la bouche, ainsi que cela se voit dans les Spermophiles. Les soies des moustaches sont fortes, longues et implantes dans une paisse couche musculeuse : on trouve quelques autres bou- quets de soies, l'un sur les sourcils, l'autre sur la joue, et le troisime sous la gorge. Le pelage est long, pais et compos de poils de deux sortes : de laineux nombreux, assez longs et peu friss et de deux couleurs; et de soyeux plus longs, peine aus-si nombreux et ordinairement annels, de plu- sieurs couleurs. Les membres sont courts et forts : les antrieurs se trouvent termins par une main large, paisse, divise en quatre doigts courts et robustes, de longueur peu ingale, runis jusqu' la seconde pha- lange par une membrane paisse, et arms d'ongles forts et reploys en gouttire; en haut de la par- tie interne du carpe se trouve un trs-petit rudiment de pouce de forme conique et protg par un petit ongle plat. Les membres postrieurs ont un pied court et large, termin par cinq doigts, sem- blables, pour la forme, ceux de la main, runis comme eux jusqu' la premire phalange, mais munis d'ongles plus forts et plus courts : les trois doigts du milieu, de longueur peu diffrente, sont plus allongs que les deux latraux, qui sont les plus courts, et c'est l'interne qui est le moins long de tous. La paume, la plante et le dessous des doigts sont entirement nus et marqus de sillons assez rguliers et plus larges que ceux de la paume de la main de l'homme; le pouce offre cinq tubercules ' les trois premiers rpondent la face des doigts, l'un correspondant au quatrime doigt, l'autre au second et au troisime doigt, et le dernier au premier doigt : les deux autres tubercules occupent la partie postrieure de la paume; ils sont extrmement dvelopps, trs-pais et trs-saillants : l'un occupe le bord interne et contient le rudiment de paume, et l'autre contient le bord externe. La RONGEURS. 54 plante est garnie de six tubercules, quatre placs la base des doigts comiDe dans la pouce, except qu'il y en a un de plus pour le pouce, et que les deux autres sont placs peu de distance des qua- tre prcdents : Tun au bord externe et Fautre l'interne; le reste du talon est lisse et entirement nu. La queue est trs-courte, cylindrique et entirement couverte de longs poils. D'une manire gnrale, l'anatomie des Arcioniijs a t peu tudie; cependant on sait quelque chose sur les parties internes de l'organisme de la Marmotte proprement dite. L'ostologie en a t tudie par Daubenton dans Y Histoire naturelle gnrale et parliciiiire de Bitffon, et nous donnerons un extrait de ce qu'il en dit La tte du squelette a beaucoup de rapport celle du Rat d'eau, du Campagnol, etc., par la forme principale des os. Il a sur l'occiput une arte transversale trs-saillante, et deux autres beaucoup plus petites sur le sommet. Le frontal est large et concave. Les os propres du nez sont longs et larges. Il n'y a point de trou maxillaire au-devant de l'orbite, car il se trouve au-dessus d'une petite apophyse qui est place ct de la racine de la premire molaire. Le contour des branches de la mchoire infrieure forme une grande apophyse dirige en arrire... Les vertbres cervicales n'avaient presque point d'apophyses pineuses, except la seconde, qui en avait une trs-grande, plus tendue en arrire qu'en avant; la branche infrieure de rapohyse trans- verse de la sixime vertbre cervicale s'tendait en arrire sous l'apophyse transverse de la sep- time. Il y avait douze vertbres lombaires et douze ctes, sept vraies et cinq fausses... Le sternum tait compos de cinq os; la partie antrieure du premier os avait beaucoup de largeur et s'articulait avec les premires ctes, une de chaque ct... Les vertbres lombaires taient au nombre de sept; elles avaient des apophyses pineuses larges et courtes... Le sternum avait cinq fausses vertbres et la queue vingt-deux, qui taient toutes trs-courtes. La partie antrieure de l'os de la hanche tait un peu recourbe en dehors... L'omoplate ressemblait presque en entier celle de l'cureuil; elle tait seulement un peu plus large. Les clavicules avaient moins de courbure; mais les os du bras et de l'avant-bras, de la cuisse et de la jambe ne diffraient gure de ceux de l'cureuil qu'en ce qu'ils taient, proportion, plus gros, et que le tibia formait une convexit au-devant sur sa longueur. Le premier rang du carpe tait compos de trois os... Il y avait six os dans le second... Il n'y en avait que quatre dans le mtacarpe. Le carpe tait compos de sept os comme dans la plupart des ani- maux. Il y avait cinq os dans le mtatarse; l'extrmit suprieure, la cinquime, tait saillante, re- courbe en arrire et un peu en dehors. D'aprs ce que nous venons de dire, on peut voir que les caractres ostologiques des Marmottes rapprochent aussi beaucoup ces dernires des Ecureuils, de mme que nous l'avions vu pour la plupart des caractres extrieurs de ces animaux. Daubenton con- sacre quelques pages l'tude des autres parties molles de la Marmotte; nous ne les reproduirons pas ici, et nous y renvoyons le lecteur. Chez les mles, les testicules ne sont point renferms dans un scrotum particulier, et le gland est, ce qu'il parat, simplement conique et peu allong; chez les femelles, la vulve ne se montre au dehors que sous l'apparence d'une fente longitudinale et courte, garnie de deux lvres paisses et fortes, surmontes de quelques poils. Il y a de chaque ct, du moins chez la Marmotte des Alpes, cinq mamelles, deux pectorales et trois ventrales. Leurs cris ne consistent qu'en un grognement doux, ou un gros murmure qui se change, dans la colre ou la surprise, en un sifflement fort et aigu. Elles se fouissent avec promptitude une retraite profonde, dans laquelle plusieurs individus se retirent pendant l'hiver, passant cette saison dans un tat lthargique dont on n'a pu encore exactement apprcier la cause. D'aprs ce que l'on sait de l'es- pce europenne, il paratrait que les Marmottes vivent en socit, et que, dans les beaux jours du printemps, elles viennent brouter ou jouer l'entre de leur terrier, dont elles ne s'loignent jamais; et l'on assure que, dans toutes leurs sorties, Tune d'entre elles, place au sommet de quelque rocher voisin, fait l'office de sentinelle avance et avertit les autres, par un silflcment aigu, de la pr- sence de l'ennemi; alors, toute la troupe rentre dans sa retraite, ou bien se tapit sous les rochers. Elles recueillent dans leur terrier une assez grande quantit de foin qu'elles transportent dans leur bouche; elles s'en forment un lit pais, dans lequel elles se blottissent pour passer l'hiver, et, l'approche de cette saison, elles ont soin de fermer, en y accumulant de la terre, l'entre de leur terrier. Elles ne forment pas de provisions; mais, quand elles entrent dans leur retraite hivernale, elles sont trs-grasses et garnies sur l'piploon de feuillets graisseux trs-pais, qui paraissent suffi- sants pour rparer les pertes qu'elles peuvent prouver par l'action vitale qui leur reste: mais ce fait, et surtout l'expliciitior qu'on en a donne, ne sont pas, ainsi que nous le dirons, admis par tout le 52 lllSTOinK NATUI'.KI-LE. o monde. I.ciir iiourrituro ordinaire ne consiste qu'en matires vgtales, et surtout en racines, mais on les iiabilne sans peine manger de la viande; car ce sont des animaux essentiellement omnivo- res. Nous complterons ces dtails de murs en ])arlant de la Marmotte commune; l'on ne connat gure, en effet, les habitudes naturelles que de cette espce, et, sous ce point de vue, les espces amricaines sont bien peu connues. (lomme il tait anciennement form, le genre Marmotte, ou plutt Arctonujs, conipienait un grand nombre d'espces propres l'ancien comme au nouveau continent; mais, tel qu'il est restreint au- jourd'hui, il ne renferme plus que six ou sept espces, qui sont particulires aux hautes montagnes de r [Europe et quelques provinces de l'Amrique septentrionale. Le type est : 1. M-UIMOTTI-:. Biilon. ARCTMYS MARrMTTA. I,iim Caractp.es spcifiques. Pelage gris jauntre, avec des teintes cendres sur la tte; dessus de la tte noirtre; bout de la queue noir; pieds blanchtres: tour du museau d'un blanc gristre. Lon- gueur totale de la tte et du corps, 0"',34; queue assez courte. La Marmotte commune ou des Alpes, que Blumenbach dsignait sous la dnomination 'Arctomiis Alpinn. nom que lui appliquent encore aujourd'hui certains zoologistes, a la tte plate sur le chan- frein, le museau gros et court, les yeux assez grands, noirs; les oreilles trs-courtes et comme tronques, les moustaches trs-fortes, le pelage d'un gris noirtre plus ou moins fonc sur le (orps, la tte et les flancs; le dessus de la tte noirtre, les joues et les oreilles grises, le dessous du cou et la face infrieure du corps d'un gris lgrement teint de rousstre; les poils de son dos sont rudes et grossiers, ceux du ventre plus doux; la queue est garnie de longs poiis trs-touffus, lesquels sont noirs et d'un brun rousstre dans quelques endroits; ongles robustes, pointus, noi- rtres. Nous reproduisons ici une partie de ce que dit Bulfon des murs de cet animal, tout eu faisant remarquer, avec quelques auteurs, qu'il a peut-tre exagr leur tat d'ducabilit. La Marmotte, prise jeune, s'apprivoise plus qu'aucun autre animal sauvage, et presque autant que nos animaux domestiques; elle apprend aisment saisir un bton, gesticuler, danser, obir en tout la voix de son matre; elle est, comme le Chat, antipathique avec !e Chien, lorsqu'elle commence tre fa- milire dans la maison et qu'elle se croit appuye par son matre, elle attaque et mord en sa pr- sence les Chiens les plus redoutables. Quoiqu'elle ne soit pas tout fait aussi grande qu'un Livre, elle est plus trapue et joint beaucoup de force beaucoup de souplesse; elle a les quatre dents du devant des mchoires assez longues et assez fortes pour blesser cruellement ; cependant elle n'atta- que que les Chiens et ne fait mal personne, moins qu'on ne l'irrite. Si l'on n'y prend pas garde, elle ronge les meubles, les toffes, et perce mme le bois lorsqu'elle est renferme. Comme elle a les lisses trs-courtes et les doigts des pieds faits peu prs comme ceux de l'Ours, elle se tient souvent assise, et marche comme lui aisment sur ses pieds de derrire; elle porte sa gueule ce qu'elle saisit avec ceux de devant, et marche comme rcureuil; elle court assez vite en montant, mais assez lentement en plaine; elle grimpe sur les arbres, elle monte entre deux parois de rochers, en- tre deux murailles voisines, et c'est des Marmottes, dit-on, que les Savoyards ont appris grimper pour ramoner les chemines. Elles mangent de tout ce qu'on leur donne, de la viande, du pain, des fruits, des racines, des herbes potagres, des choux, des Hannetons, des Sauterelles, etc.; mais elles sont plus avides de lait et de beurre que de tout autre aliment. Quoique moins enclines que le Chat drober, elles cherchent entrer dans les endroits o l'on renferme le lait, et elles le boivent en grande quantit en marmoiiant, c'est- dire en faisant comme le Chat une espce de murmure de contentement. Au reste, le lait est la seule liqueur qui leur plaise, elles ne boivent que trs-rarement de l'eau et refusent le vin... La Marmotte a la voix et le murmure d'un petit Chien lorsqu'elle joue ou quand on la caresse; mais, lorsqu'on l'irrite ou qu'on l'effraye, elle fait entendre un sifflet si per- ant et si aigu, qu'il ble.>:se le tympan. p]lle aime la propret, et se met l'cart, comme le Chat, pour faire ses besoins; mais elle a, comme le Rat, surtout en t, une odeur trs-forte qui la rend trs- dsagrable; en automne, elle est trs-grasse; outre un trs-grand piploon, elle a, comme le Loir, ROiNGElT.S. 53 deux feuillets graisseux fort pais; cepeiulant elle n'est pas galement grasse sur toutes les parties du corps; le dos et les reins sont plus chargs que le reste d'une graisse ferme et solide, assez sem- blable la chair dos ttines du Buf. Aussi, la Marmotte serait assez bonne manger si elle n'avait pas toujours un peu d'odeur, qu'on ne peut masquer que par des assaisonnements trs-forts. Fi;;, 18. Maimotlc sriise. '( Cet animal, qui se plail dans la rgion de la neige et des glaces, qu'on ne trouve que sur les plus hautes montagnes, est cependant sujet plus qu'un autre s'engourdir par le froid. C'est ordi- nairement la fin de septembre ou au commencement d'octobre qu'elle se recle dans sa retraite pour n'en sortir qu'au commencement d'avril : celte retraite est faite avec prcaution et meuble avec art; elle est d'abord d'une grande capacit, moins large que longue et trs-profonde, au moyen de quoi elle peut contenir une ou plusieurs Marmottes sans que l'air s'y corrompe; leurs pieds et leurs ongles paraissent tre faits pour fouiller la terre, et elles la creusent en effet avec une merveilleuse clrit; elles jettent au dehors derrire elles les dblais de leur excavation; ce n'est pas un trou, un boyau droit ou tortueux, c'est une espce de galerie faite en forme d'Y, dont les deux branches ont chacune une ouverture et aboutissent toutes deux un cul-de-sac qui est le lieu du sjour. Comme le tout est pratiqu sur le penchant de la montagne, il n'y a que le cul-de-sac qui soit de niveau; la branche infrieure de l'Y est en pente au-dessous du cul-de-sac, et c'est dans cette partie, la plus basse du domicile, qu'elles font leurs excrments, dont l'humidit s'coule aisment au dehors; la branche suprieure de lY est aussi un peu en pente et plus leve que le reste; c'est par l qu'elles entrent et qu'elles sortent. Le lieu du sjour est non -seulement jonch, mais tapiss fort pais de mousse et de foin; elles en font ample provision pendant l't; on assure mme que cela se fait frais ou travaux communs, que les unes coupent les brandies les plus iines, que d'autres les ramassent, et que, tour tour, elles servent de voitures pour les transporter au gte; l'une, dit-on, se couche sur le dos, se laisse charger de foin, tend ses pattes en haut pour servir de ridelles, et ensuite se laisse traner par les autres, qui la tirent par la queue et prennent garde en mme temps que la voi- ture ne verse. C'est, ce qu'on prtend, par ce frottement trop souvent ritr qu'elles ont presque toutes le poil rong sur le dos. On pourrait cependant en donner une autre raison : c'est qu'habitant sous la terre et s'occupant sans cesse la creuser, cela suffit pour leur peler le dos (1). Quoi qu'il en soit, il est sr qu'elles demeurent ensemble et qu'elles travaillent en commun leur habitation; elles y passent les trois quarts de leur vie; elles s'y retirent pendant l'orage, pendant la pluie, ou ds (l) Nous n'avons pas besoin de l'aire observer que LCUe dernire explicilion semble plus probable que la prcmicra. 54 IIISiOil NATIILLE. qui] y a qiiehjue diinger; elles n'en sortent mme que dans les plus beaux jours et ne s'en loiifnent gure; Tune fait le guet, assise sur une rodie leve, tandis que les autres s'amusent jouer sur le gazon ou s'occupent le couper pour en l'aire du foin, et lorsque celle qui fait sentinelle aperoit un homme, un Aigle, un Chien, etc., elle avertit les autres par un coup de silflet, et ne rentre elle-mme que la dernire. Elles ne font pas de provisions pour l'hiver, il semble qu'elles devinent qu'elles seraient inutiles; mais, lorsqu'elles sentent les premires approches de la saison qui doit les engourdir, elles travail- lent fermer les deux portes de leur domicile, et elles le font avec tant de soin et de solidit, qu'il est plus ais d'ouvrir la terre partout ailleurs que dans l'endroit qu'elles ont mur. Elles sont alors trs-grasses; il y en a qui psent jusqu' vingt livres; elles le sont encore trois mois aprs, mais peu peu leur embonpoint diminue, et elles sont maigres sur la fin de l'hiver. Lorsqu'on dcouvre leur retraite, on les trouve resserres en boule et fourres dans le foin; on les emporte tout engourdies, on peut mme les tuer sans qu'elles paraissent le sentir; on choisit les plus grasses pour les manger et les plus jeunes pour les apprivoiser. Une chaleur gradue les ranime comme les Loirs, et celles qu'on nourrit la maison, en les tenant dans des lieux chauds, ne s'engourdissent pas et sont mme aussi vives que dans les autres temps... Au reste, il n'est pas sr qu'elles soient toujours et constam- ment engourdies pendant sept ou huit mois, comme presque tous les auteurs le prtendent. Leurs terriers sont profonds, elles y demeurent en nombre, il doit donc s'y conserver de la chaleur dans les premiers temps, et elles y peuvent manger de l'herbe qu'elles y ont amasse. Attmann dit mme que les chasseurs laissent les Marmottes trois semaines ou un mois dans leur caveau avant que d'al- ler troubler leur repos; qu'ils ont soin de ne point creuser lorsqu'il fait un temps doux ou qu'il souf- fle un vent chaud; que, sans ces prcautions, les Marmottes se rveillent et creusent plus avant; mais que, en ouvrant leurs retraites dans le temps des grands froids, on les trouve tellement assoupies qu'on les emporte facilement. On peut donc dire que, tous gards, elles sont comme les Loirs, et que, si elles sont engourdies plus longtemps, c'est qu'elles habitent un climat o l'hiver est plus long. (( Ces animaux ne produisent qu'une fois l'an; les portes ordinaires ne sont que de trois ou qua- tre petits; leur accroissement est prompt, et la dure de leur vie n'est que de neuf ou dix ans; aussi l'espce n'en est ni nombreuse ni bien rpandue. Ajoutons quelques dtails relativement l'engourdissement des Marmottes, dont on s'est beaucoup occup. Lorsque ces animaux hivernent, ils sont ordinairement trs-gras, et leur piploon est charg d'une grande abondance de feuillets graisseux; tandis que, au contraire, ils sont trs-maigres et psent sensiblement moins quand ils sortent de leurs terriers au printemps. Mangili dit ce sujet : Cette diffrence de poids nous prouve videmment que la graisse dont les Marmottes sont pourvues leur est infiniment mile; non-seulement il s'en consomme une partie pendant le sommeil lthargique, mais elles en sont encore nourries pendant l^s intervalles de veille auxquels elles peuvent tre exposes par l'lvation ou l'abaissement de la temprature. A cela, qui tait gnralement admis, M. Boitard objecte que la lthargie des Marmottes, pas plus que celle de tous les animaux hiber- nants, n'est point du tout un sommeil, mais une suspension plus ou moins complte de toute circu- lation; dans ce cas, aucun genre de nutrition ne peut s'oprer; la graisse leur devient donc parfaite- ment inutile pendant leur engourdissement; d'ailleurs, quand on dterre des Marmottes la fin de l'automne, on en trouve de grasses, mais on en prend aussi de trs-maigres; de quoi se nourrissent ces dernires? Cette graisse, quand elles en ont, ne leur peut donc tre utile qu'au printemps, lors- qu'elles sortent de leur trou et qu'elles ne trouvent alors qu'une nourriture peu abondante. L'tat lthargique dure dej uis le commencement de dcembre jusqu' la fin d'avril, et quelquefois depuis octobre jusqu'en mai, selon que l'hiver a t plus ou moins long. Quel que soit le froid qu'ils aient supporter quand ils sont sortis de leur tat normal, soit par la maladie, soit par un simple chan- gement d'habitude, comme, par exemple, l'esclavage, les animaux hibernants d'une manire gnrale peuvent mourir gels, mais ils ne s'engourdissent pas; il en rsulte donc que, lorsque l'hiver est trs- rigoureux et le froid excessif, les animaux engourdis se rveillent, souffrent beaucoup et finissent par mourir gels si la temprature ne change pas aprs un certain temps; toutefois les Marmottes cou- rent rarement cette funeste chance, parce que leur trou est si profond et si bien bouch, que la temp- rature se maintient toujours quelques degrs au-dessus de zro. Fijf. i liraphiurc du Cap. Fig. 2. Coendou queua prenante. PI 15 RONGEURS. 55 La Marmotte se trouve sur le sommet des montagnes leves de l'Europe, prs des glaciers; en France, principalement, on la rencontre assez souvent dans les Alpes et les Pyrnes. On en a signal quelques individus dans les parties montagneuses de l'Asie. 2. BOBAC. Buffon. ARCTOMYS BOBAC. Schreber. Caractres spcifiques. Pelage gris noirtre en dessus, gristre sur les extrmits des mem- bres; queue rousstre; dessous du corps d'une couleur plus ple. Lgrement plus grande que la Marmotte commune. Cette espce est la Marmotte de Pologne des voyageurs et le Mus arctonufs de Pallas; elle habite non-seulement la partie septentrionale de l'Europe, mais encore le nord de l'Asie jusqu'au Kamt- chatka; elle n'est pas rare en Pologne, et il parait qu'elle ne descend gure au-dessous de cette latitude. Ses habitudes sont les mmes que celles de la Marmotte commune; mais, comme elle vit dans des pays beaucoup plus froids, elle ne creuse son habitation que sur le penchant des collines peu leves, l'exposition du midi. Elle recherche surtout les plantes olraces pour sa nourriture, et creuse son terrier dans des terrains trs-durs. Les autres espces sont : 1 Monax, Edwards, ou Marmotte dd Canada, Buffon; Arctoinijs monax, Linn, des tats-Unis d'Amrique; 2 M. de Qubec, A. emptra, Schreber, du Canada; 5' A. cali- gnia, Eschschaltz, de la baie de Bristol; et i" Ihjrax Hndaonms, Schreber, ou A. bradnjurus, Har- lan, type du genre Lipiira, llliger, et propre la baie d'Hudson, M. kaup a signal dans les sables d'Eppelsheim des dbris d'une Marmotte fossile qu'il nomme Arclomiis prmigeniti, et qui est plus grande que la Marmotte commune; on l'a aussi trouve la bar- rire de Fontainebleau, Niort, et aux environs d'Issoire. M. Pom.el signale galement, dans les alluvions ponceuses d'Auvergne, des dbris d'un autre Arclomijs. DEUXIME FAMILLE. MURDES. Mf///i).:. Isidore Geoffroy Saint-Iilairc. ^^ J^ Quatre molaires au plus de chaque cl des deux mchoires. *; ---' Yeux de (jrandcur ordinaire. Pas d'abajoues extrieures. Roucjeuvs fortement clavicules. Linn a compris sous la dnomination gnrique de Rat, ou plutt de Mus, la plus grande partie des Rongeurs connus de son temps; car, en efi'et, ces animaux ont, avec la Souris ou le |^.j; des an- ciens, un assez grand nombre de points de ressemblance. Toutefois, les progrs de la science n'ont pas permis aux naturalistes modernes de confondre sous une mme dnomination tant d'espces qui, quoique assez semblables entre elles sous beaucoup de rapports, diffrent aussi d'une manire trs- sensible par la disposition de leur systme dentaire et de leur squelette, par leurs organes des sens, par leurs murs et par leur habitat. Les Mus de Linn ont donc t diviss mesure qu'on les a mieux connus, et le nombre des genres qu'on a fonds leurs dpens est aujourd'hui de plus de cent. La plupart de ces coupes gnriques peuvent tre admises comme bases sur des caractres 50 IIISTOIIiK NATUI'.r.LM'. assez imprt;>nts; niais un ccilain noiiibri' d en ire elles peuvent lro rejelees comme iiiniiles. C'esl, avec ce grand i^roupe qu'on :i cr la famille des Murids ou Muriens, et l'on y a, particulirement M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, fait rentrer quelques autres genres linnens, tel que celui des Castors. D'une manire gnrale, les Mnrids sont caractriss par leurs molaires, le plus souvent au nom- bre de trois paires, par leurs yeux de grandeur ordinaire, leurs oreilles assez peu dveloppes, leurs membres constitus peu prs comme ceux du Hat, et par leur queue plus ou moins longue; en ou- tre, leur tte est assez petite, leur trou sous-orbitaire est mdiocre, allong verticalement et tout dif- frent de celui des Sciurids, qui est trs-petit, aussi bien que de celui des Porc-pics, cbimys, Ca- biais. Chinchilla, etc., qui est, au contraire, trs-ample. Les Murids, d'aprs la plupart des auteurs et priiu;ipalement selon M. Isidore Geoffroy Saiiit-Ui- laire. comprennent les Castors, les [>ats proprement dits et les nombreuses subdivisions qu'on y a formes, les Loirs, les Gerboises et les Hlamys, qui chacun forment des tribus particulires, qui ont reu les dnominations de Castoriens, Muriens, Gliriens, Dipodiens et Illamyens. Tous les zoolo- gistes ne sont pas cependant du mme avis, et c'est ainsi que M. Paul Gervais laisse le Casior dans la famille des Sciurids, et qu'il le regarde comme le reprsentant aquatique des animaux de ce groupe naturel. l>'un autre ct, si l'on n'avait gard qu'aux caractres extrieurs, on runirait aux animaux de cette famille plusieurs Rongeurs qui en diffrent toutefois notablement, et mme cer- tains autres Mammifres, comme les Musaraignes, de la famille des Insectivores; mais des carac- tres de premire valeur les en sparent aisment. Les Murids sont, en gnral, des animaux assez petits; peu d'entre eux atteignent une taille moyenne, et surtout un trs-petit nombre une taille leve. Us sont rpandus dans toutes les parties du monde; car l'Ocauie, qui comprend si peu de Mammifres ordinaires, en possde un certain nombre: mais c'est surtout l'Amrique et l'Europe qui en renferment le plus. Ces Ptongeurs sont omnivores, et l'on sait les dgts considrables qu'ils occasionnent nos plan- tations, nos champs, aux objets nombreux que nous emmagasinons pour l'exportation industrielle ou pour la consommation locale, etc. D'aprs cela, on comprend de quelle utilit est leur tude, quoi- que en eux-mmes ils ne prsentent rien de bien remarquable. Ainsi que nous l'avons dit, nous subdivisons celte famille en cinq tribus : celles des Castoriens, HTurkns, Gliriens, Dipodiens et Illantijens. PREMIRE TRIBU. CASTORIEINS. CASTORII. Nobis, Quatre molaires de chaque ct aux deux mchoires Membres postrieurs lgrement plus longs que les antrieurs. Pattes postrieures entirement palmes. Queue plate. Rongeurs essentiellement aquatiques Un seul genre d'animaux actuellement vivants entre dans cette tribu, c'est i:elui des Castors; deux groupes d'animaux fossiles, les Trogoniherium et les Steneofiber, doivent y tre joints et ne con- stituent gure que deux subdivisions secondaires d'un mme genre. Les deux caractres qui, immdiatement, distinguent les Castoriens des autres Muriens et mme de tous les Plongeurs, consistent dans leurs pattes de derrire, qui sont entirement palmes et leur ser- vent comme de rames, et dans leur queue aplatie horizontalement en forme de large spatide que re- P.ONGKLUS. 57 couvrent des cailles. Chez certaines Marmottes, et principalement dans VArctomijs cnijicira, les pat. tes de derrire prsentent dj des membranes qui unissent les doigts: c'est un rapport que Ion doit signaler entre les deux divisions. On sait que l'instinct, on peut mme en quelque sorte dire l'intelligence des Castors, est Irs-d- veloppe, ce que montrent surtout les retraites qu'ils savent se construire; nous nous en occuperons avec soin en traitant l'histoire du genre Castor on Fiher, que nous terminerons en donnant quelques dtails sur les Trogoniherium et Steneofiber. GENRE UNIQUE. CASTOR. FIBER. Linn, 1755. Systema nalurae. Fiber, nom appliqu l'espce typique du genre par les anciens. CARACTRES GNRIQUES. Sijstme dentaire : incisives, |; molaires, |^; en totalit vnujl dents. Incisives trh-forlcs, h face antrieure plate et face postrieure anguleuse. Molaires composes, aijanl leur couronne h peu prs plate et prsentant des circonvolutions de l'mail et dc^s cliancrures sur les cts; trois ex- ternes et une interne la mchoire suprieure, et une externe et trois internes ta mchoire infrieure. Ligne dentaire suprieure plus carte postrieurement; les infrieures, au contraire, plus loignes l'une de l'autre en avant. Yeux petits. Oreilles courtes, arrondies. Doigts au nombre de cinq tous les pieds; les antrieurs courts, peu spars; les postrieurs plus longs, runis par une membrane. Deux poches, situes de chaque ct des organes gnitaux des mles, renfermant une matire onctueuse, odorante, appele castor eum. Queue large, dprime, ovalaire, nue et cailleuse. c.-_ Fig. 19. Castor d'Europe. Ues Grecs et les Latins dsignaient sous les noms de vadTw? et de Fiber notre Castor terrier et so- litaire, connu plus particulirement autrefois en France sous la dnomination de Bivre; car ils igno- r. 8 S HISTOIRE NATUnELI.K. raient l'cxislence dos Castors qui vivent en soeil, et qui se eonsiruisent i:. tenir debout. A mesure que les uns plantent ainsi Umu-s pieux, les autres vont chercher de la terre, qu'ils gAchent avec leurs pieds et battent, dit-on, avec leur qucuc; ils la porlcnl dans leur gueule et avec les pieds de devant, et ils en transportent une si grande quantit, qu'ils en remplissent tous les intervalles de leur pilotis, (le pilotis est compos di> plusieurs ranii;s de pieux, tous gaux en hauteur et tons plants les uns contre les autres; il s'tend d'un bord l'autre de la rivire; il est rempli et maonn partout : les pieux sont plants verticalement du ct de la chute de l'eau; tout l'ouvrage est, au contraire, en talus du ct qui en soutient la charge, en sorte que la chausse, qui a dix ou douze pieds de largeur sa base, se rduit deux ou trois pieds d'paisseur au sommet; elle a donc non-seulement toute l'tendue, toute la solidit ncessaires, mais encore la forme la plus convenable pour retenir l'eau, l'empcher de passer, en contenir le poids et eu rompre les etorts. Au haut de la chausse, c'est--dire dans la partie o elle a le moins d'paisseur, ils pratiquent deux ou trois ouvertures en pente, qui sont autant de dcharges de superficie qu'ils largissent ou rtrcissent se- lon que la rivire vient hausser ou baisser, et lorsque, par des inondations trs-grandes ou trop subites, il se fait quelques brches leur digue, ils savent les rparer et travaillent de nouveau ds que les eaux sont baisses. 11 serait superflu, aprs cette exposition de leurs travaux pour un ouvrage public, de donner encore le dtail de leurs constructions particulires si dans une histoire l'on ne devait pas tenir (ompte de tous les faits, et si ce premier ouvrage n'tait pas fait dans la vue de rendre plus commodes leurs petites habitations : ce sont des cabanes, ou plutt des espces de maisonnettes bties dans leau sur un pilotis plein, tout prs du bord de leur tang, avec deux issues : l'une pour aller terre, l'autre pour se jeter l'eau. La forme de cet difice est presque toujours ovale ou ronde; il y en a de plus grands et de plus petits, depuis quatre ou cinq jusqu' huit ou.dix pieds de diamtre: il s'en trouve aussi quelquefois qui sont deux ou trois tages; les murailles ont jusqu' deux pieds d'paisseur; elles sont leves aplomb sur le pilotis plein, qui sert eu mme temjvs de fondement et de plancher la maison. Lorsqu'elle n'a qu'un tage, les murailles ne s'lvent droites qu' quelques pieds de hauteur, au-dessus de laquelle elles prennent la courbure d'une vote en anse de panier; cette vote termine l'difice et lui sert de couvert; il est maonn avec solidit, et enduit avec pro- pret en dehors et en dedans; il est impntrable l'eau des pluies, et rsiste aux vents les plus im- ptueux; les parois en sont revtues d'une espce de stuc si bien gch et si proprement appliqu, qu'il semble que la main de l'homme y ait pass; aussi la queue leur sert-elle de truelle pour appli- quer ce mortier, qu'ils gchent avec leurs pieds. Ils mettent en uvre diffrentes espces de mat- riaux, des bois, des pierres, et des terres sablonneuses qui ne sont pas sujettes se dlayer par l'eau; les bois qu'ils emploient sont presque tous lgers et tendres; ce sont des aunes, des peupliers, des saules, qui naturellement croissent au bord des eaux, et qui sont plus faciles corcer, couper, voiturer que des arbres dont le bois serait plus pesant et plus dur. Lorsqu'ils attaquent un arbre, ils ne l'abandonnent pas qu'il ne soit abattu, dpec, transport; ils le coupent toujours un pied ou un pied et demi de hauteur de terre; ils travaillent assis, et, outre l'avantage de cette situation commode, ils ont le plaisir de ronger continuellement de l'corce et du bois, dont le got leur est fort agrable; car ils prfrent de l'corce frache et du bois tendre la plupart des aliments ordi- naires; ils en font une ample provision pour se nourrir pendant l'hiver; ils n'aiment pas le bois sec. C'est dans l'eau et prs de leurs habitations qu'ils tablissent leur magasin; chaque cabane a le sien proportionn au nombre de ses habitants, qui tous y ont un droit commun, et ne vont jamais piller leurs voisins. On a vu des bourgades composes de vingt ou de vingt-cinq cabanes; ces grands ta- blissements sont rares, et cette espce de rpublique est ordinairement moins nombreuse; elle n'est le plus souvent compose que de dix ou douze tribus, dont chacune a son quartier, son magasin, son habitation spare; ils ne souffrent pas que des trangers viennent s'tablir dans leurs enceintes. Les ])lus petites cabanes contiennent deux, (juatre, six, et les plus grandes dix-huit, vingt, et mme, dit-on, jusqu' trente Castors, presque toujours en nombre pair, autant de femelles que de mles; ainsi, en comptant au rabais, on peut dire que leur socit est souvent compose de cent cinquante ou de deux cents ouvriers associs, qui tous ont travaill d'abord en corps pour lever le grand ou- vrage public;, et ensuite par compagnie pour difier des habitations particulires. Quelque nom- breuse que soit cette socit, la paix s'y maintient sans altration; le travail commun a resserr leur union; les commodits qu'ils se sont procures, l'abondance des vivres qu'ils amassent et consom- RONGKURS. 65 ment ensemble, servent l'entretenir; des apptits modrs, des g:oills simples, de l'aversion pour la chair et le sang, leur tent jusqu' l'ide de rapine et de guerre : ils jouissent de tous les biens que l'homme ne sait que dsirer. Amis entre eux, s'ils ont quelques ennemis en dehors, ils savent les viter: ils s'avertissent en frappant avec leur queue sur l'eau un coup qui retentit au loin dans toutes les votes des habitations; chacun prend son parti, ou de plonger dans le lac, ou de se receler dans leurs murs, qui ne craignent que le feu du ciel ou le fer de l'homme, et qu'aucun animal n'ose en- treprendre d'ouvrir ou de renverser. Ces asiles sont non-seulement trs-srs, mais encore trs-pro- pres et trs-commodes; le plancher est jonch de verdure; des rameaux de buis et de sapin leur ser- vent de tapis, sur lequel ils ne fontni ne souffrentjamais aucune ordure: la fentre qui regarde sur l'eau leur sert de balcon pour se tenir au frais et prendre le bain pendant la plus grande partie du jour; ils s'y tiennent debout, la tte et les parties antrieures du corps leves, et toutes les parties post- rieures plonges dans l'eau; cette fentre est perce avec prcaution; l'ouverture en est assez leve pour ne pouvoir jamais tre ferme par les glaces, qui, dans le climat de nos Castors, ont quelque- fois deux ou trois pieds d'paisseur; ils en abaissent alors la tablette, coupent en pente les pieux sur lesquels elle tait appuye, et se font une issue jusqu' l'eau sous la glace. Cet lment liquide leur est si ncessaire, ou plutt leur fait tant de plaisir, qu'ils semblent ne pouvoir s'en passer; ils vont quelquefois assez loin sous la glace, c'est alors qu'on les prend aisment en attaquant d'un ct la cabane, et les attendant en mme temps un trou qu'on pratique dans la glace quelque distance, et o ils sont obligs d'arriver pour respirer... C'est au commencement de l't que les Castors se rassemblent; ils emploient les mois de juillet et d'aot construire leur digue et leurs cabanes; ils font leur provision d'corce et de bois dans le mois de septembre, ensuite ils jouissent de leurs travaux, ils gotent les douceurs domestiques; c'est le temps du repos, c'est mieux, cest la saison des amours. Se connaissant, prvenus l'un pour l'autre par l'habitude, par les plaisirs et les peines d'un travail commun, chaque couple ne se forme pas au hasard, ne se joint pas par pure ncessit de nature, mais s'unit par choix et s'assortit par got; ils passent ensemble l'automne et l'hiver; contents l'un de l'autre, ils ne se quittent gure; l'aise dans leur domicile, ils n'en sortent que pour faire des promenades agrables et utiles; ils en rapportent des corces fraches, qu'ils prfrent celles qui sont sches ou trop imbibes d'eau. Les femelles portent, dit-on, quatre mois; elles mettent bas sur la fin de l'hiver, et produisent ordinaire- ment deux ou trois petits; les mles les quittent peu prs dans ce temps; ils vont la campagne jouir des douceurs et des fruits du printemps; ils reviennent de temps en temps la cabane, mais ils n'y sjournent plus : les mres y demeurent occupes allaiter, soigner, lever leurs petits, qui sont en tal de les suivre au bout de quelques semaines; elles vont leur tour se promener, se r- tablir l'air, manger du Poisson, des crevisses, des corces nouvelles, et passent ainsi l't sur les eaux, dans les bois. Ils ne se rassemblent qu'en automne, moins que les inondations n'aient renvers leur digue ou dtruit leurs cabanes; car alors ils se runissent de bonne heure pour en r- parer les brches. Il y a des lieux qu'ils habitent de prfrence, o l'on a vu qu'aprs avoir dtruit plusieurs fois leurs travaux, ils venaient tous les ts pour les rdifier, jusqu' ce qu'enfin, fatigus de cette per- scution et affaiblis par la perte de plusieurs d'entre eux, ils ont pris le parti de changer de demeure eX de se retirer au loin dans les solitudes les plus profondes. C'est principalement en hiver que les chasseurs les cherchent, parce que leur fourrure n'est parfaitement bonne que dans cette saison; et lorsque, aprs avoir ruin leurs tablissements, il arrive qu'ils en prennent en grand nombre, la socit, trop rduite, ne se rtablit point; le petit nombre de ceux qui ont chapp la mort ou la captivit se disperse; ils deviennent fuyards; leur gnie, fltri par la crainte, ne s'panouit plus; ils .s'enfouissent, eux et tous leurs talents, dans un terrier, o, rabaisss la condition des autres animaux, ils mnent une vie timide, ne s'occupent plus que des besoins pressants, n'exercent que leurs facults individuelles, et perdent sans retour les qualits sociales que nous venons d'ad- mirer... Tous les voyageurs s'accordent dire qu'outre les Castors qui sont en socit, on rencontre partout dans le mme climat des Castors solitaires, lesquels, rejets, disent-ils, de la socit par leurs dfauts, ne participent aucun de ses avantages, n'ont ni maison, ni magasin, et demeurent, comme le Blaireau, dans un boyau sous terre : on a mme appel ces (vastors solitaires Castors 1er- C4 HISTOIRE NATURELLE. ricrs; ils sont aiss reconnatre; leur robe est sale, le poil est rong sur le dos par le froltement de la terre; ils habitent coninio les autres assez volontiers au bord des eaux, o quelques-uns mme creusent un foss de quehiues pieds de profondeur pour former un petit tang qui arrive jusqu' l'ouverture de leur terrier, qui s'tend quelquefois plus de cent pieds en longueur, et va toujours en s'levant afin qu'ils aient la facilit de se retirer en haut h mesure que l'eau s'lve dans les inon- dations; mais il s'en trouve aussi, de ces Castors solitaires, qui habitent assez loin des eaux dans les terres. Tous nos Bivres d'Europe sont des Castors terriers et solitaires, dont la fourrure n'est pas beaucoup prs aussi belle que celle des Castors qui vivent en socit. Tous diffrent par la couleur, suivant le climat qu'ils habitent; dans les contres du nord les plus recules, ils sont tous noirs, et ce sont les plus beaux; parmi ces Castors noirs, il s'en trouve quelquefois de tout blancs ou de blancs tachs de gris, et mls de roux sur le chignon et sur la croupe. A mesure qu'on s'loigne du nord, la couleur s'daircit et se mle; ils sont couleur de marron dans la partie septentrionale du Canada, chtains vers la partie mridionale, et jaune ou couleur de paille chez les Illinois. Un trouve des Castors en Amrique depuis le trentime degr de latitude nord jusqu'au soixantime et au del; ils sont trs-communs vers le nord, et toujours en moindre nombre mesure qu'on s'avance vers le midi : c'est la mme chose dans l'ancien continent; on n'en trouve en quantit que dans les contres les plus septentrionales, et ils sont trs-rares en France, en Espagne, en Italie, en Grce et en Egypte... Fig. 20. Castor du Canada. Les Castors habitent de prfrence sur les bords des lacs, des rivires et des autres eaux dou- ces; cependant il s'en trouve au bord de la mer, mais c'est principalement dans les mers septentrio- nales et surtout dans les golfes mditerranens qui reoivent de grands fleuves, et dont les eaux sont peu sales. Ils sont ennemis de la Loutre; ils la chassent et ne lui permettent pas de paratre sur les eaux qu'ils frquentent. La fourrure du Castor est encore plus belle et plus fournie que celle de la Loutre; elle est compose de deux sortes de poils : l'un plus court, mais trs-touffu, fin comme le duvet, impntrable l'eau, revt immdiatement la peau; l'autre plus long, plus ferme, plus lustr, mais plus rare, recouvre ce premier vtement, lui sert, pour ainsi dire, de surtout, le dfend des or- dures, de la poussire, de la fange : ce second poil n'a que peu de valeur, ce n'est que le premier que l'on emploie dans nos manufactures. Les fourrures les plus noires sont ordinairement les plus fournies, et par consquent les plus estimes; celles des Castors terriers sont fort infrieures celles des Castors cabanes. Les Castors sont sujets la mue pendant l't, comme tous les autres Quadru- pdes; aussi la fourrure de ceux qui sont pris dans cette saison n'a que peu de valeur. La fourrure des Castors blancs est estime cause de sa raret, et les parfaitement noirs sont presque aussi rares que les blancs. Mais, indpendamment de la fourrure, qui est ce que le Castor fournit de plus prcieux, il donne encore une matire dont on a fait un grand usage en mdecine. Cette matire, que l'on a appele castortum, est contenue dans deux grosses vsicules que les anciens avaient prises ton pour les testicules de l'animal. Les sauvages tirent, dit-on, de la queue du Castor une huile dont ils se ser- vent comme de topique pour diffrents maux. La chair du Castor, quoique grasse et dlicate, a ton- HONG ECUS. C: jours un got amer assez dsagrable : on assure qu'il a les os excessivement durs; ses dents sont galement trs-dures, et si tranciiantes, qu'elles servent de couteau aux sauvages pour couper, creu- ser et polir le bois. Ils s'habillent de peaux de Castors, et les portent, en hiver, le poil contre la chair : ce sont ces fourrures, imbibes de la sueur des sauvages, que l'on appelle Castors fjras, dont on ne se sert que pour les ouvrages les plus grossiers. Les peaux de Castors forment une grande branche du commerce des Europens dans les parties septentrionales de l'Amrique. On les distingue, sous ce rapport, en trois sortes : les Castors rjras, dont nous avons dit quelques mots; les Castors neufs et les Castors secs. Les Castors neufs sont les peaux des Castors qui ont t tus pendant l'hiver et avant la mue; elles sont trs belles, et ne sont employes que comme fourrures. Les Castors secs proviennent de la chasse d't, durant le temps de la mue : ces dernires peaux, qui ont perdu une partie de leurs poils, ne servent qu'au feutrage, et sont employes par les chapeliers; mais on doit dire que, depuis l'invention des chapeaux de soie, elles sont beaucoup moins recherches qu'autrefois. On fait aussi des draps avec le poil de Castor ml avec de la laine de Sgovie; mais ces draps, par leur qualit, sont infiniment au-dessous des draps ordinaires; ils ne gardent pas bien la teinture, et deviennent secs et durs comme le feutre. Un autre produit du Castor est le cnstoreum, substance rsinode d'un brun rougetre l'ext- rieur et d'un fauve jauntre l'intrieur; d'une odeur forte, pntrante et ftide; d'une saveur acre et amre, et qui est compose de castoriiie, d'une huile volatile, de rsine, de mucus, d'albumine, d'osmazne, de carbonate, de benzoate, etc. Administr en mdecine sous forme de teinture alcooli- que la dose de dix vingt grains, il agit comme excitant de la circulation et sdatif du systme nerveux; aussi est-il employ dans l'hystrie, l'hypocondrie, etc. Daubenton a donn, dans V Histoire naturelle de Buffon, quelques dtails sur l'ostologie du Cas- tor; nous renvoyons le lecteur ce travail, que nous ne pouvons analyser ici, ainsi qu' VAnatoinie compare de G. Cuvier. Parmi les autres points de l'anatomie de ce Rongeur, nous dirons seule- ment que le cerveau manque de circonvolutions, tandis que le cervelet, au contraire, est profond- ment feuillet dans ses trois lobes. Jl existait autrefois des Castors dans une grande partie de l'Europe septentrionale, et il y en avait galement en Angleterre. En France, cette espce, aujourd'hui limite une portion du Rhne, vivait dans une tendue plus considrable du cours de ce fleuve et dans ses principaux affluents, le Gardon, la Durance, l'Isre, etc. Il y avait aussi des Castors dans la Somme, dans la Seine, etc.; la petite rivire de Bivre, qui se jette dans la Seine l'extrmit de Paris, prs le pont d'Austerlitz, parat leur devoir son nom, et, dans le Midi, on les appelle aujourd'hui Vibr, dnomination qui a sans doute la mme origine que celle de Dicvre, Fiber, etc. Ainsi que nous l'avons dit, le Rhne est le seul fleuve en France qui nourrisse des Castors, et il y en a encore aujourd'hui en assez grande quantit dans la partie mridionale de ce tleuve pour que l'on s'tonne de l'assertion de quelques auteurs au sujet de la disparition complte de ces Rongeurs; cependant il est craindre que cette extinction ne soit prochaine. Les dgts qu'ils occasionnent parfois dans les plantations, et en particulier dans les oseraiesou saussaies, le prix de leur fourrure, leurs poches de castorum, leur chair, qui est bonne manger; le soin que les naturalistes mettent se les procurer pour les mus'es publics, sont autant de causes qui hteront la destruction complte des Castors et mme peut-tre aussi de ceux plus abondants propres l'Amrique, Aujourd'hui, on tue de temps en temps des Castors d'Europe auprs d'Arles, ainsi qu' la hauteur de Beaucaire etTarascon, ou mme auprs d'Avignon. Quelques-uns remontent encore au del, jusqu'au pont Saint-Esprit; et il peut en venir accidentellement dans l'embouchure de l'Isre. Dans certains cas, ils entrent aussi dans le Gardon et dans la Durance. Ceux qui restent dans le Rhne frquentent les les de ce fleuve, et ils se retirent dans des terriers qu'ils creusent sous la berge. Nulle part ils ne construisent comme en Amrique; car la prsence de l'homme est un obstacle constant l'exercice de leur industrie; mais G. Cuvier rappelle qu'Albert le Grand, au treizime sicle, a connu les cabanes des Castors europens. M. Paul Gervais, auquel nous empruntons quelques-uns des d- tails que nous venons de donner, fait observer que, dans la proprit de la Tour-de-la-Motte, trois lieues de Saint-Gilles, dans le dpartement du Gard, un des terriers habits aujourd'hui par les Castors fut mis dcouvert par l'boulement d'une digue; il servait plusieurs Castors; sa longueur tait de quinze mtres environ, et il occupait toute la largeur de la chausse; son intrieur taient plusieurs compartiments, et l'un d'eux renfermait des branches de saules, dont quelques-unes, fixes en terre, n (w; iiisToim'; nati rkllk. avaient pouss des feuilles. En i,^ni'al, c'est pendant les grandes eaux et au moment mme des fortes crues que Ton prend des Castors Leurs les, leurs terriers, les endroits o ils se nourrissaient tant alors inonds, ils viennent dans les lieux plus levs pour y trouver des aliments, et, comme ces lieux sont aussi ceux que l'homme habite le loni*- du fleuve, les Castors y sont plus exposs tre tus ou faits prisonniers. En 18i0, pendant une crue, on en a pris un sur le port mme d'Avignon; dans quelques endroits, on les attrape en creusant des trous dans lesquels on met des tonneaux dfon- cs et recouverts seulement de branchages, d'herbes et d'un peu de terre : les Castors tombent dans ces piges et ne peuvent plus en sortir; on s'en empare alors, et il est facile de les conserver vivants, car ils ne cherchent pas mordre, et ils sont peu difficiles sur le choix des aliments : les jeunes pousses de saules sont cependant la nourriture qu'ils prfrent, et il est trs-probable que le prin- cipe particulier qu'elles renferment donne au castorum son caractre dominant. Ou prend de temps en temps des Castors au chteau d'Avignon, en Camargue. Le muse d'Arles possde des jeunes de cette espce pris sur les bords du Rhne, et, dans plusieurs autres muses, on en conserve des exem- plaires adultes. L'anne 1840, qui fut marque en France par une si terrible inondation, parat leur avoir t funeste : on en tua alors plus que d'habitude. Autrefois ils taient plus nombreux, puisque les religieux dune ancienne chartreuse, situe sur la rive droite du Rhne, Villeneuve-les-Avignon, avaient rang la chair de ces Rongeurs parmi les mets maigres, et qu'ils en vendaient en grand nom- bre des saucissons fort estims dans le pays. Plusieurs de ces Castors europens ont t conservs plus ou moins longtemps dans nos mnage- ries. J'ai eu, dit Fr. Cuvier, dans la mnagerie du Jardin du Roi, deux Castors terriers : l'un, en- voy de Vienne, en Autriche, venait du voisinage du hanube; l'autre avait t pris, presque au moment de sa naissance, dans le Dauphin, sur les bords du Gardon, et il offrait cette particularit remar- quable d'avoir t allait par une femme; aussi tait-il tout fait priv, et, sans les dgts qu'il occa- sionnait en coupant tout ce qu'il rencontrait avec ses fortes incisives, on n'aurait point eu besoin de le tenir renferm... On leur donnait pour nourriture des branches de saule, dont ils mangeaient l'- corce; ds que ces branches taient peles, ils les rduisaient en petits fragments et les entassaient der- rire la grille de leur cage. Je crus voir dans ce fait une indication du penchant du Castor btir; et, pourvrifier ma conjecture, je leur fis donner del terre, de la paille et des branches d'arbres. Le len- demain, je trouvai toutes ces matires entasses derrire la grille et la fermant en partie; et, comme ils ne travaillaient pas au grand jour, je fis pratiquer de petites ouvertures dans les volets de leur loge, de manire que j'en tirai assez de lumire pour les observer et non point pour les empcher de se livrer leurs travaux. On leur donna de nouveaux matriaux de construction et l'instant mme ils se mirent l'ouvrage. L'intervalle qui se trouvait entre la grille et les volets qui fermaient la loge, et par o seulement la lumire et l'air pouvaient s'introduire, tait toujours le lieu o ils cherchaient construire. Placs sur le tas de terre, ils la jetaient avec force par derrire eux, ainsi que le bois et la paille qui y taient mls, l'aide de leurs quatre pattes, et du ct o ils voulaient la transpor- ter; ou bien ils en formaient des pelotes, qu'ils plaaient entre leur mchoire infrieure et leurs pieds de devant pour les pousser ainsi jusqu' leur grille; quelquefois c'tait simplement avec la bouche qu'ils portaient ces divers corps, et ils ne paraissaient mettre cela aucun ordre; mesure qu'ils plaaient ces matires, ils les pressaient les unes contre les autres avec leur museau, et, la fin du travail, il en rsulta une niasse paisse assez solide. Je les ai vus presque toujours travailler seuls, et plusieurs fois je les ai observs, un bton en travers dans la gueule, cherchant l'enfoncer coups redoubls dans leur difice, sans autre but apparent que d'y placer ce bton-l de plus. Ils empoi- gnent aussi les corps d'une seule main, et ils peuvent de cette manire prendre et porter les plus petites choses. Lorsque des bouts de bois dpassaient la surface de la grille, ils taient aussitt cou- ps. Il leur est arriv de mler avec de la terre, dans leurs constructions, le pain ou les racines qu'ils ne mangeaient pas, comme ils y mlaient le bois ou la paille; mais ils allaient les reprendre quand ils taient presss par la faim. Leur propret tait fort grande; ils couchaient constamment la mme place, et ils avaient grand soin de dposer bien loin de l leurs excrments. Quand ils ne dormaient pas, ils n'taient occuj)s qu' se lisser le poil avec leurs pattes et enlever les plus petites impure- ts. Ils mangeaient toujours assis dans l'eau et y apportaient leur nourriture. Lorsqu'ils se croyaient menacs de quelque danger, ils faisaient entendre un bruit sourd, frappaient avec force de leur queue, et se jetaient, avec l'apparence de la colre, sur l'objet qui les irritait. Du reste, l'existence Kiy. I. Souris d'j^ypte. l'ig. 2 iliniiolle. -' -^J^>,:r-. 1-iu- .",. _ I'; IL'U brun l'i. i: UOA'GEUUS. ' G7 diurne de ces animaux tait presque entirement remplie par le sommeil; et, comme tous deux taient mles, ils n'ont pu m'offrir aucune observation sur l'accouplement. Mais il rsulte de ce que je viens de rapporter que le Castor terrier ne diffre pas plus du Castor constructeur par l'instinct que par les organes, et que le genre de vie solitaire du premier ne doit tre attribu, comme le pensait Buf- ibn, qu' ce qu'il se trouve en petit nombre dans des contres o la culture et une grande popula- tion s'opposent au dveloppement de ses dispositions naturelles, l'existence de ses facults instinc- tives. D'aprs ce que nous venons de dire, on comprend que le Bivreou Castor de France, Castor Gnl- li, Et. Geoffroy Saint-IIilaire, le mme que le Castor terrier et que le Can'is Ponticiis des anciens, ne doit pas constituer une espce distincte du Castor fibcr de Linn, que Lesson nomme Castor Ame- ricanus En effet, nous avons dmontr que le premier ne diffrerait pas du second par ses habi- tudes naturelles si la civilisation n'tait pas venue gner son instinct naturel; et la caractristique diffrentielle qu'on en donne, et qui consiste principalement, pour l'espce europenne, en une taille plus grande, en un pelage plus rude et une queue proportionnellement plus longue, n'offre vrita- blement aucune valeur spcifique. Plusieurs localits o il n'existe plus actuellement de Castors vivants renferment des ossements de l'espce type de ce genre enfouisdans le sol, et qui semblenttmoigner qu'elles ont t frquentesau- trefoispar eux. Ces fossiles de Castors sont principalement enfouis dans les tourbires. Les localits o l'on en a recueilli sont, d'aprs M. Paul Gervais, Abbeville, dans la valle de la Somme, les environs de Paris, auprs de Port--l'Anglais, quelque distance du confluent de la Seine et de la Marne: Resson, dans le dpartement de l'Aube; la Fert-Aleps, dans Seine-et-Oise, et la caverne de Lunel- Viel, dans le dpartement de l'Hrault. D'autres fossiles du genre Castor ont t aussi indiqus par les palontologistes comme devant constituer des espces particulires; tels sont les dbris trouvs aux Barres, prs d'Orlans et ceux de Sansan, et \e Castor Issiodorensis, dcouvert dans les alluvions ponceuses d'Auvergne par M. Po- mel; mais ces fossiles sont trop imparfaitement connus pour que l'on puisse positivement affirmer qu'ils ne se rapportent pas au Castor fibcr. On peut probablement aussi indiquer comme de la mme espce lesCastor clveri, Croizet et De Parrieu, des terrains suprieurs d'Issoire; Danubii seu Galli, Marcel de Serres, des cavernes de l.unel-Viel, elDasijpus Arvernensls, Croizet et Jobert, des galets d'Auvergne. 11 n'en est pas de mme d'autres dbris qui constituent bien des espces particulires, comme le Castor {Cliaiicomiis) sigmodus, P. Gervais, dcouvert aux environs de Montpellier: et surtout le Castor (Steneofiber) Ficiflccjjsis, Et. Geoffroy Saint-Ililaire, trouv fossile dans le terrain Cainotherium el Dremoilicr'mm, de Saint-Graud-le-Puy, dans le dpartement de l'Allier. D'autres fossiles encore plus caractriss, et qui constituent le genre Trogontlierhim de M. G. Fis- cher de Waldheim {Zoocpios., 1815^ doivent tre rapports au groupe naturel des Castors. L'espce principale est le Trogontlierium Werneri, Fischer, trouv dans le lac de Jaroslawel, dans les envi- rons d'Azof, et qui est de taille beaucoup plus considrable que le Castor ordinaire. Une autre espce est le Trogontlierium Ciivieri, Fischer, Castor des tourbires, Castor trogonlher'mm, G. Cu- vier, des terrains de quatrime poque de la valle de la Somme, et, d'aprs M. Owen, de plusieurs parties de l'Angleterre. DEUXIEME TRIBU. MURIENS. MURir. Isidore Geoffroy Saint-Hilaiiv. Membres assez allongs; les postrieurs seulement un peu plus longs que les antrieurs. Pattes de derrire en gnral composes de doigts libres, non palms on palms, mais en partie seulement; pattes de devant prsentant quatre ou cinq doigts, et celles de derrire constamment cinq. 68 IJISTOIIU': NATURRM.r:. Onjles Imbiliielleuicnt crochus, cl propres a fouir la terre. Queue arrondie ou comprime, souvent longue, qucUpicfois trs-courte. Sjisicmc (U'uUiirc compos, h chaque mchoire et de chaque ct, d'une incisive cl de molaires 'ariunt en nombre de dcu.r, trois ou quatre. Yeux' et oreilles disposs comme ceux des liais. Taille cjnralement trs-petite et rarement moyenne. Aspect ressemblant presque toujours celui de notre lit ordinaire. Le nom de Mus, cr par Linn, ou celui de Rat, a t primitivement appliqu par les naturalistes tous les Rongeurs de petite taille; mais aujourd'hui il nVst emj)loy dans le sens rigoureusement mthodique que pour dsigner un genre, dont le Hat commun, le Surmulot, la Souris et le Mulot peuvent tre cits comme des exemples d'espces. Mais, si l'on a fond aux dpens de ce genre lin- nen un nombre considrable de genres, peut-tre mme trop multiplis, on n'en a pas moins senti la ncessit de les runir ensemble pour en former une division primaire ou tribu qui les renferme tous, et qui, consquemment, renferme, en grande partie au moins, le genre Mus de Linn. Dans la classification de M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire, que nous suivons presque compltement dans cet ouvrage, cette tribu porte le nom de Muriens, et renferme les genres principaux des Mijopoiame, IJijdromifs, Ondatra, Campagnol, Lemming, Olomys, Rat, Acomys, Hamster, Ctenomijs, Pe- phagomijs, Capromys, Dactijlomys, Nelomys, Echimys, etc., parmi lesquels nous formerons plu- sieurs divisions parliculires, telles que celles des Myopoiamites, Arvicoiites, Muriles, Echi- mysiics, Capromysiies et Clcnomysiles. Cette tribu, dune manire gnrale, correspond aux Muridce, Gray; aux Murina, Uliger, etc. Les Muriens se trouvent rpandus en assez grand nombre sur toute la surface du globe, et, dans quelques cas, sont trs-abondants. Ce sont des animaux de petite taille; peu d'entre eux, comme l'Ondatra, sont de taille moyenne; et beaucoup, comme la plupart des Campagnols et comme beaucoup de Rats proprement dits, sont trs-petils Ce sont gnralement des animaux qui vivent de matire vgtale, et dont le plus grand nombre font des provisions de graines; aussi sont-ils trs-nuisibles la culture, et, dans quelques cas mme, sont-ils la cause de la ruine complte des agriculteurs. 11 en est aussi qui vivent dans nos maisons et s'attaquent tout ce qu'ils rencontrent; tels sont le Rat commun, le Surmulot, la Souris, eto., qui, en raison mme de ce genre de vie, ont accompagn l'homme partout, et sont devenus, comme lui, cosmopolites. Les murs de ces Rongeurs sont trs-utiles tudier avec soin; car ce n'est que de cette tude que l'on pourra tirer les moyens de les dtruire; et c'est pour cela que nous nous ten- drons beaucoup sur leur histoire particulire. Outre les espces nombreuses que Ton voit actuellement vivantes dans toutes parties du monde, il en existait aussi un nombre considrable dans la faune antdiluvienne, ainsi que nous le montre l'- tude de leurs fossiles, et, ce qui est remarquable, c'est que c'est surtout parmi les animaux palonto- logiques de cet ordre qu'on trouve le plus grand nombre d'espces qui se rapportent des types encore existant aujourd'hui la surface du globe. Cela tient-il ce que ces espces, en gnral de petite taille et rpandues en grand nombre, n'ont pu tre dtruites aussi facilement que d'autres espces assez grandes ou de taille moyenne? ou bien cela ne tient-il pas plutt ce que l'tude d'animaux si petits tant trs-difficile faire avec soin, on n'a pu reconnatre aussi facilement que pour d'autres grou- pes d'animaux les diffrences qui peuvent exister entre les espces actuellement vivantes et les es- pces fossiles? MYOPOTAMITES. MYOPOTAMITE. Nobis. Pieds assez longs; ceux de devant composs de quatre ou cinq doigts libres, et ceux de derrire palms, mais non pasjusqu l'exlrmit des doigts. RONGEURS. 09 Queue assez longue, plus ou moins arrondie. Molaires au nombre de deux ou de quatre de chaque ct cl a chaque mchoire. Taille assez gramle ou moijenne. Corps rappelant un peu, pour la forme, celui du Castor. Nous placerons dans celte division deux genres seulement, ceux des Mijopotames et des IJijdro- mijs; le premier propre au Chili et le second la Nouvelle-Hollande, et qui ne comprennent chacun qu'un petit nombre d'espces. Quand on le connatra mieux, on pourra probablement aussi y joindre le genre Guillinomys de Lesson, qui ne renferme qu'une espce unique. Ces animaux sont des Mam- mifres essentiellement aquatiques, d'assez forte taille, et ayant d'assez nombreux rapports avec les Castors, auxquels ils taient anciennement runis; mais, en mme temps, offrant de i'analogie avec les Rats proprement dits. 1" GENRE. MYOPOTAME. MYOPOTAMUS. Commerson, HGO; iienne Geoffroy Saint-Hilaire, 1805. Annales du Musum, t. VJ. Mu;, Rdt; norauio:, fleuve. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, {-]; molaires, |^; en totalit vingt dents. Incisives fortes, teintes en jaune; molaires grossissant depuis la premire jusqu' la dernire, de mme forme peu prs que celles des Castors, c'est--dire composes d'un ruban osseux repli sur lui-mme; les molaires suprieures ressemblant beaucoup aux infrieures, et n'en diffrant gure qu'en ce que les pre- mires prsentent une chancrure leur face 'interne et trois l'externe, tandis que les secondes offrent une disposition tout fait contraire. Corps de forme rappelant celle du Castor. Tte large; museau obtus. Oreilles petites, rondes. Pieds longs, pentadactijles; ceux de devant libres, et ceux de derrire palms; les pouces ant- rieurs tr'es-courts. Ongles gros, obtus, peu arqus. Queue allonge, conique, forte, caUeuse, parseme de gros poils. Le genre Myopotame, indiqu depuis longtemps par Commerson et mme par Molina, n'a t vri- tablement connu et bien tabli que vers le commencement de ce sicle. Etienne Geoffroy Sainl-llilaire, runissant au Quouya, nom sous lequel D'zara avait fait connatre l'espce typique de ce groupe, deux autres Rongeurs rapports de la Nouvelle-Hollande par Prou et Lesueur, en avait form, sous la dnomination d'IJydromys, un genre, qu'il souponnait devoir tre plac entre les Castors et les Rats d'eau; mais ce n'tait que d'aprs des caractres peu srs, tirs seulement des pelleteries du Quouya, que ce Mammifre avait t runi aux deux autres espces que nous venons de nommer; aussi plus tard, lorsque des indications plus satisfaisantes furent venues complter ce qu'on connais- sait de cet animal, les zoologistes, et Etienne Geoffroy Saint-Ililaire lui-mme, ont-ils t conduits faire du Myopotamus de Commerson le type d'un genre distinct, et ont-ils en mme temps conserv le groupe des Hydromys pour plusieurs espces australasiennes. Les niammalogistes n'ont pas tous adopt le nom de Myopotamus \iow dsigner ce groupe; quelques-uns, et parmi eux Frdric Cuvier, lui ont appliqu, d'aprs Larranhaya, le nom de Potamys (Tre-ay-o;, fleuve; au,-, Rat); d'autres, avec G. Cuvier, l'ont appel Cou'ia, etc. Nous regrettons que l'espace nous manque pour rapporter les importants dtails anatomiques qui ont t donns sur ces animaux, en Angleterre, par M. Martin et, en France, par M. Lereboullet.,Nous rapporterons seulement un des faits les plus curieux de l'histoire de ces animaux, et qui consiste en ce que les mamelles sont presque dorsales, situes seulement quelques centimtres de la colonne 70 iiisToiRi' natl'i;i:llr. vertbrale et c'est ce quia valu cesHongeurs la dnomination de Masionolus {M. Papeiarii) (u.%13 Tc;, mamelle; votc?, dos), que leur a appliqu M. Wesnnil. La place du Myopolame n'est pas dlinilivemenl lixc dans la srie des Mammifres; mais, d'a- prs renscmhle de ses caractres et de ses murs, tout en ne l'loii^iianl ]ias trop des Mats, et sur- tout du genre Campagnol, on doit trs-probablement le rai)proclier galement des Castors. L'espce unique de ce genre est le : 5IY0P0TAME, Commerson, ou COYPOU, Molinn. HIYOPOTAMUS COYPUS. El. Geoffroy Saint-llilaire. Caractkrfs spcifiques. Teinte gnrale d'un brun marron sur les parties suprieures du corps : cette couleur s'claircissant sur les flancs et passant alors au rou\ vif, d un roux sale et presque obscur sous le ventre; toutefois ce systme de coloration tant assez variable, suivant la manire dont le Coypou hrisse ou abaisse ses poils, et cette mobilit dans le ton du pelage provenant de ce que chaque poil est d'un cendr brun son origine et d'un roux vif sa pointe. Le feutre, cach sous de longs poils, est cendr brun, d'une teinte plus claire sous le ventre; ses longs poils n'ont, sur ]^>. dos, que leur pointe qui est rousse, et ceux des flancs sont de cette dernire couleur dans la moiti de leur longueur. Comme chez tous les Mammifres qui vont souvent l'eau, les poils de la queue sont rares, (;ourts, raides, et d'un roux sale, et cet organe lui-mme est cailleux dans ses parties nues. Chez quelques individus, la couleur est plus pfde et tend passer au blanc, ce qui tient peut- tre une maladie albine. Le contour de la bouche et l'extrmit du museau sont blancs; les mous- taches, longues et raides, sont galement de la mme couleur, l'exception de quelques poils noirs. I^ femelle ne diffre pas du mle pour le pelage. La longueur totale de l'animal est d'environ 1*", sur laquelle la queue a plus de 0,5o. - :-^--:=== -rrrrS*^ -K * a^s-j^ ^ . i"" ^^r^* \C - ^ ~ ''^ifflsl^ ^- i^- g,-^ ^ . v'f Fij!;. 21 . Myopolainc Cette espce a reu des voyageurs et des zoologistes un assez grand nombre de noms; c'est le ihoi'OTAMfc, Mtioi)olamus, Commerson; Coyi'Ou ou Copu ci Mus cnijjnts, Molina; nnonija, D'Azara; RONGEUUS. 71 Ihjdromijs coypus, Et. Geoffroy Saint-Ililaire; Polamys co;ipu, A. G. Desmarest; Mus caslorides, Barrow; Couia, G. Cuvier; Mijopolamus coypus, El. Geoffroy Saint-Hilaire, A. G. Desmarest, G. Cu- vier, etc. D'Azara, Molina, et beaucoup plus rcemment M. Auguste Saint-Hilaire, ainsi que M. Gay, s'accor- dent donner au Myopotame un caractre doux : il semble s'attacher ceux qui prennent soin de lui et mange tout ce qu'on lui offre; il s'apprivoise facilement, aussi a-t on pu le rduire aisment en domesticit. On ne l'entend, dit-on, crier que lorsqu'il est maltrait, et alors sa voix consiste en un petit cri assez perant. A l'tat de nature, il habite les bords tles rivires dans des terriers qu'il sait se creuser, et il nage avec une grande facilit. La femelle fait de cinq sept petits par porte; elle en a le plus grand soin, et, dans leur jeunesse, les conduit partout avec elle. Cet animal est trs-commun dans les diverses provinces du Chili, de Bunos-Ayres et du Tucuman; il se trouve aussi, mais beaucoup plus rarement, au Paraguay et au Brsil. Le Myopotame a, par son pelage, des rapports nombreux avec le Castor; aussi sa fourrure, de mme que celle de ce dernier, a-t-elle t souvent employe dans le commerce de la chapellerie. Pen- dant trs-longtemps, et avant que l'on et des dtails zoologiques sur cet animal, on en importait, en Europe, les peaux par milliers, et elles portaient le nom de racoucJe; mais aujourd'hui cette bran- che de commerce est presque entirement dtruite. M. Lund a trouv, dans les cavernes du Brsil, quelques ossements fossiles, qu'il rapporte une espce de ce genre et laquelle il a appliqu la dnomination de Mijopolamus nni'ujuus; mais ces dbris fossiles sont loin d'tre suffisamment connus, et l'espce de M. Lund ne peut pas encore tre admise d'une manire positive. C'est auprs du genre Myopotame que vient se ranger le groupe gnrique des Guillinomys (Guil- lino, nom d'espce; p,-, Bat), indiqu par Lesson, en 1842, dans son ISouveau Tableau du Bcine animal: Mammifres, et qui ne renferme qu'une espce, le G. Cliilcnsis, Lesson; Casior hu'ido- br'ius, Molina, ou Guillino, qui se trouve aux bords des eaux douces du Chili. 2'"" GENBE. IIYDBOMYS. [lYDROMYS. Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, 1805. Annales du Musum, t. VI. Y^wf, eau; u-'J, Rat. CARACTRES GNRIQUES. Siistme dentaire: incisives, f; molaires, fE^f; en tolalil douze dnis seulement. Incisives assez minces; molaires simples : la longueur de chacune d'elles tant double de sa largeur; l'mail qui les traverse dans leur milieti se conlournant de manire que leur tranche figure assez bien le chiffre arabe huit (8), ce qui est surtout sensible par deux excavations assez profondes correspon- dant h l'espace circonscrit par les deux cercles qui forment ce chiffre. Pieds de devant quatre doigts de mdiocre longueur, libres, velus, avec des ongles petits, poin- tus, lgrement recourbs, et prsentant un pouce rudimentaire ayant un trs-petit ongle plat: pieds de derrire cinq doigts assez longs, runis jusqu'aux ongles par une membrane large, un peu velue, et termins par des ongles semblables ceux des pieds de devayit. Queue longue, ronde, couverte de poils trs-courts, peu fournis, un peu plus longs et plus abon- dants la base, et semblant l une continuation de ceux de la croupe. Nous avons dit, en dcrivant le genre prcdent, que ce groupe a t form avec deux animaux qui avaient t placs anciennement tort avec les Myopotames; depuis on en a fait connatre une troisime espce. Toutes proviennent de l'Ocanie, et ce fait doit tre marque; car on ne connat qu'un trs-petit nombre de Mammifres monodelphes propres cette partie du monde, qui. au con- traire, n'est riche qu'en Marsupiaux. En effet, les seuls .Mammifres monodelphes de la Nouvelle- Hollande ne se rapportent gure qu'aux genres Pteropus, Nydromys, Pseudoimjs, Mus Gerbillusel liapalotis. Le genre qui nous occupe prsente des carac^tres particuliers qui l'ont fait considrer 72 IlISTOIin-; NATIJHELLK. comme devant former une tribu particulire laquelle M. Gray a appliqu la dnomination ihjdro- mhui; toutefois les Ilytlromys offrent quelque analogie avec les Myopotames, et aussi, par leur genre de vie, avec les (lastors. Ces Rongeurs ont peu prs les formes de notre Fat d'eau, et, ce qu'il parat, ses habitudes; car, coninie lui, ils vont s'tablir prs des rivires, dans les excavations du rivage. Ce sont des ani- maux de petite taille. Leurs organes des sens sont Irs-peu connus; l'il parat petit; le nez res- semble assez celui des Rats; les oreilles sont courtes et arrondies. Leurs poils sont de deux sortes : les uns, laineux, forment une bourre assez paisse, trs-fine et trs-douce au toucher; et les autres, soyeux, plus longs et plus raides, les recouvrant presque entirement. La mchoire supiieure est garnie de moustaches longues et raides. L'espce la plus connue est : L'IIYDROMYS A VE.NTRE JAUNE. UYDROMYS CntlYSOGASTER. El. Geoffroy Saint-Iliiairc. Capacthes spcifiques. Dessus de la tte, du cou et des paules, dos, liant des fluncs, croupe, partie postrieure de la cuisse, poignet et doigts des pieds de derrire, d'un brun roux; gorge, c- ts de la tte et du cou, partie infrieure de l'paule et bras, poitrine, ventre, partie infrieure des flancs, devant de la cuisse et de la jambe, doigts postrieur et infrieur des membres, d'un roux jaune vif: tour de la bouche blanchtre; moustaches noires; queue d'un brun noirtre, avec le bout blanc. Taille semblable celle d'un petit Lapin. Cette espce est commune en Tasmanie. Les deux autres espces de ce genre sont V Uijdroniijs leiicocjasier, Et. Geoffroy Saint-Ililaire, qui habite les les du canal d'Entrecasteaux, et V IlijUromus fulvogasler, Ogilby, qui provient des bords de la rivire des Cygnes la Nouvelle-Hollande. Fig. '22. llydromys ventre jaune. UJcuxiiiue DiciAtot). AIWiCOLITES. ARVICOLIT^. Nobis. Pieds a cinq doigls; ceux de derrire d'une manire bien manifeste cl ceux de devant n'aiicint le pouce qu' Vciai riidimentaire et quelquefois trs-peu apparent; pas de palmalurc aux pieds "'^^ Fig. \ - l'illicdicii iii.'lniiiire. Fi;;. 2. Spnlyx Zeiu l'i. n; RONGEURS. 73 dans les espckes naijcuses, mais les bonis des cloigls garnis de cils raides qui les remplacent Ongles crochus cl indiquant des espces fouisseuses. Queue linaire ou arrondie, longue dans la plupart des espces, mais quelquefois 1res- courte, gnralement velue. Siistme dentaire compos de seize dnis : deux incisives et six molaires a chaque mchoire, dif- frant peu dans les divers genres. Taille mogenne dans un genre; petite et mme trs-petite dans les autres. Corps, par sa forme gnrale, rappelant un peu celui des liais proprement dits. Celte divftiion, qui renferme cinq ou six genres, est forme avec le genre naturel des Campagnols de De Lacpde, et renferme un assez grand nombre 'd'espces propres presque toutes les parties du monde, mais qui ont t plus particulirement tudies en Amrique et surtout en Europe, tant dans les parties mridionales que dans les glaciers des hautes montagnes. La plupart des Arvicolites sont des animaux granivores, formant des magasins de grains et de ra- cines, et faisant aussi de grands dgts l'agriculture, et, par leur taille gnralement petite, chap- pant souvent la destruction qu'on cherche en faire. Ce sont des animaux essentiellement terres- tres, quoique quelques-uns cependant soient, en partie au moins, aquatiques. Les genres que nous admettrons dans cette division sont ceux des Ondatras, des Campagnols ou Arvicola, subdiviss en Hemiotomys, Microtus, Arvicola, Mgodes et Mynomes, et auxquels on peut probablement joindre les deux groupes gnriques des Arvicanlhis et Pseudomys, des Sigmodons et des Lemmings. 3'"^ GENRE. ONDATRA. ONDATRA. De Lacpde et G. Cuvier, 1802. Tableau des Mammifres. Nom d'espce. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, |; molaires, |e|; en totalit seize dnis. Incisives suprieures pla- nes, tailles en biseau; infrieures aigus, arrondies antrieur enienl; molaires composes, a cou- ronne plane, et prsentant des lames cailleuses iransverses en zigzag. Pieds antrieurs quatre doigts, le pouce n tant que rudimentaire; pieds postrieurs cinq doigts : tous trs-diviss, avec leurs bords garnis de cils raides remplaant la membrane des pieds des Castors et autres Mammifres aquatiques. Queue longue, linaire, comprime latralement, peau nue, granuleuse, parseme de quelques poils. Des glandes pubiennes scrtant une matire blanchtre trs-odorante, et la versant par deux canaux, soit h la base du gland du mle, soit dans le canal de l'urtre de la femelle. Six mamelles ventrales. Le nom d'Ondatra, ou plutt Ondalhra, a t appliqu, par les Hurons, au Rongeur qui constitue l'espce unique de ce genre; la plupart des voyageurs qui ont parl des animaux de l'Amrique sep- tentrionale l'ont fait connatre sous la dnomination de Dai musqu, et c'est sous ce nom que son histoire, sa description et les principaux dtails de son anatomie ont t donns par le docteur Sar- rasin. Ce naturaliste regardait cet animal comme une espce de Castor, et cette ide fut longtemps partage par les zoologistes; c'est en effet dans ce genre que Brisson, Linn, Erxleben, etc., le firent entrer. Gmelin l'en spara; mais ce fut pour le runir son Mus coypus, notre Myopotame, et en former la premire division de son genre Rat. Cependant Buffon et Daubenton avaient dj annonc la grande analogie qui existe entre les formes et l'organisation intrieure de cet animal et du Rat d'eau, et un examen attentif n'a fait que confirmer depuis cette opinion : d'abord De Lacpde et G. Cuvier, qui crrent le genre Ondatra, comprenant la division des Campagnols a pieds palms, u' 10 74. ISTOIIU-; NATliriKLM;. puis surtout IV. (liivicr, (|iii n'en taisait (|ii'ii!ic simple espce du geurc Campaguol. De tout eela. il rsulte que le groupe des Ondatras, tout en ayant quelques rapports avec celui des Castors, en a encore plus avec celui des Campagnols, et euliu que l'analogie qu'il a avec les l'iats ne peut le faire trop loigner de la division (U\sMuriens. ONDATHA. liiillon, ()^DATItA /llumilCVS. Lcsson. Caractkrks SPCIFIQUES. La coulcur gnrale -du pelage est rousstre; une bande plus fonce, qui nat au-dessus du nez, s'tend sur tonte la longueur du dos; une teinte grise, lgre, se mle ({uelquefois la couleur principale, et cela est produit par les deux sortes de poils dont l'animal est. revtu : un duvet gris tirant lgrement sur le roux, extrmement lin et pais, long de 0'",015, re- couvre entirement la peau, et ce duvet est lui-mme recouvert par les poils plus gros, bruns, de la longueur de 0'",003, qui donne la couleur gnrale. Sa taille approche de celle du Livre : sa lon- gueur, viepuis le bout du museau jusqu' l'origine de la queue, qui est aussi longue que le corps, est de 0"\035; sa hauteur, au train de devant comme celui de derrire, est de 0"',010. Fis. 25. Ondatra. La tte de l'Ondatra est large et aplatie, ressemblant beaucoup celle du Rat d'eau; il a les yeux grands, les oreilles arrondies, couvertes de poils, trs-courtes. C'est un animal bas sur jambes. Ses pieds ont cinq doigts fortement onguiculs, surtout ceux de derrire; mais ils ne sont pas palms, et l'on observe seulement sur leur ct interne une membrane trs-troite, garnie de poils forts et longs, qui, s'entrelaant avec les poils de la membrane oppose, quivalent peu prs, pour les ef- fets, la membrane des animaux pieds palms. La queue, garnie d'caills comme celle des liais, est aplatie latralement; mais sa plus grande largeur ne va pas au del de 0"',015 0"',018. Le pe- lage varie assez considrablement dans ses teintes; aussi en distingue-t-on trois varits principales : RONGEURS. 7.H Tune presque iioirliT, qui a reu le nom de n'ujra; l'autre tachete ou niacalata, et la troisime entirement blanche ou alha. Quant l'espce elle-mme, c'est le Mus ou Castor zibctliicus, Linn; le Fihcr zibetliicus, Richardson, et VOvdalra zibctliicus deLesson et des naturalistes modernes. On peut juger, par ses formes gnrales, que l'Ondatra ne doit point avoir t dou des qualits ni soumis aux besoins qui supposent de la facilit, de l'aisance dans les mouvements. Son corps al- long, ainsi que le fait observer Fr. Cuvier, sa tte grosse, ses jambes courtes, s'opposent en effet une course rapide, des sauts agiles. Aussi l'Ondatra semble-t-il courir et se mouvoir sur terre avec le mme embarras que les Canards : on le voit se balancer dans sa marche comme ces Oiseaux, et alors tourner en dedans, comme eux, l'extrmit antrieure de ses pieds. JJais cette apparente imper- fection est compense par les gots, par les habitudes de cet animal, et l'harmonie entre ses facul- ts et ses besoins subsiste toujours parfaite. 11 trouve sa nourriture dans le fond ou sur les bords des eaux, et il passe sa vie dans des terriers qu'il se creuse sur le rivage ou dans des habitations ana- logues < celles des Castors, qu'il se construit au bord des marais, des tangs, et en gnral de toutes les eaux dormantes. Mais, si cette industrie pour la construction d'une retraite se rapproche de celle du Castor, elle est bien loin de l'galer, n C'est pendant l'automne que ces Rongeurs se runissent en un cert;iin nombre, et le plus souvent par famille; ils choisissent prs du rivage un emplacement qui puisse les mettre l'abri des inonda- tions, tout en leur permettant d'tablir des communications avec l'eau, et alors ils s'occupent tirer, ordinairement du fond de la rivire, la terre argileuse qui doit servir de base leur construction; ils la ptrissent fortement avec leurs pattes en la mlangeant des dbris de joncs, et, aprs l'avoir convenablement prpare, ils en forment une espce de dme. Celte hutte a environ neuf douze mil- limtres d'paisseur, et elle est recouverte l'extrieur par une couche de joncs paisse de vingt- quatre vingt-sept millimtres; sa grandeur varie suivant le nombre des individus qui doivent l'ha- biter, et leur est proportionnelle; et, quand elles ne sont destines qu' six seulement, leur diamtre en tous sens est de soixante-six millimtres environ. Une ouverture est mnage pour communiquer immdiatement avec la terre; mais elle se ferme quand les grands froids sont arrivs. Plusieurs ca- naux souterrains conduisent de l'intrieur de l'habitation au fond de la rivire. C'est par ces der- nires issues que l'Ondatra va chercher sa nourriture et qu'il essaye de s'chapper lorsque quelque danger le menace. La nourriture de ces animaux, qui, en t, se compose d'un assez grand nombre de plantes et de fruits de toute espce, semble consister uniquement, en hiver, en des racines de quelques plantes aquatiques. On dit cependant que ces animaux chisissent de prfrence diffrents Nymplia, et sur- tout VAcorus calainus. On a quelquefois attribu l'odeur de l'animal cette dernire plante; mais, aujourd'hui que l'organisation anatomique de l'Ondatra est mieux connue, cette ide n'est plus ad- mise. Il arrive parfois, lorsque l'hiver est trs-rigoureux, que les mares au bord desquelles ces Ron- geurs habitent se glent dans toute leur profondeur, et alors, assure-t-on, ces animaux ne trouvant plus aucune espce de nourriture, se dvorent les uns les autres. La voix de l'Ondatra est une sorte de gmissement que l'on peut facilement imiter. Cet animal n'est pas farouche, et, en le prenant jeune, on peut aisment l'apprivoiser. 11 ne nage ni aussi vite, ni aussi longtemps que le Castor : il va plus longtemps terre; il ne court pas et marche encore plus mal. Fr. Cuvier a donn des dtails sur la reproduction de ces animaux, et nous lui emprunterons ceux qui vont suivre Aussitt que le printemps renat, et que les neiges dcouvrent la terre, les Onda- tras entrent en chaleur; ils sortent alors de leurs cabanes, l'abandonnent, se sparent, et se rpan- dent dans les environs, chaque mle uni une femelle. Celle-ci met bas, bientt aprs, -cinq ou six petits, et une seule fois par an. On ignore la dure de la gestation; mais on sait que les jeunes sont dj grands au mois d'octobre. Ces animaux passent ainsi toute la belle saison dans l'isolement,, et ne se rassemblent qu' la lin de l'automne pour construire une nouvelle habitation; car on a ob- serv, dit-on, qu'ils ne retournent jamais celle de l'anne prcdente. L'poque du rut est, pour l'Ondatra, plus encore que pour beaucoup d'autres animaux, celle d'une rvolution extrmement re- marquable. Il semble passer alors une existence nouvelle; de nouveaux orgases se dveloppent en lui; tous ses rapports avec ce qui l'entourait auparavant sont changs, et, s'il prouve de nouveaux besoins, de nouveaux plaisirs, il court aussi de grands dangers. Tant que le froid le fient renferma; 70 IIISTOIIIK NATIJHEIJ.K. \Ians sa liutlo, ses organes crnrateurs ('talent rests dans une sorte d'oblitralion telle, que les inatoinistes qui dissqurent des Ondatras pendant l'hiver cherchrent en vain les parties dans les- quelles s'labore la liqueur sminale; leur petitesse fut cause qu'ils ne purent tre aperus. Mais, peine le dsir de la reproduction se fait-il sentir, que ces parties prennent un accroissement subit et considrable, et en mme temps se dveloppe un autre organe compos d'un double appareil de glandes duciuel naissent deux canaux qui, aprs avoir ramp le long de la verge, dans l'Ondatra mle, viennent aboutir l'insertion du bolanus: ils rampent de mme le long de l'urtre de la fe- melle, et finissent au-dessus du vagin. Ces corps glanduleux sont situs sous le muscle paussier, sur les grands obliques, un pouce et demi de l'os pubis; ils donnent naissance une matire assez semblable au lait par sa consistance et par sa couleur, et celte matire rpand une forte odeur de musc : d'o est venu le nom de Hnt musqu, sous lequel plusieurs voyageurs nous ont fait connatre l'Ondatra. Cette odeur est mme si forte, que, dans quelques cas, elle en devient dangereuse. Sarra- sin en a deux fois t rduit l'extrmit. Aussi les sauvages ont-ils donn le nom de puant un lac et une rivire sur les bords desquels ces animaux avaient coutume de s'tablir. Quant aux voya- geurs qui n'ont vu les Ondatras que hors du temps du rut, quelques-uns nous ont parl de l'odeur qu'ils rpandent comme plus agrable que celle du musc, de la civette, de l'ambre. Au reste, l'odeur musque parat tre particulirement propre au rgne animal : beaucoup d'animaux de toutes les classes, de tous les ordres, la rpandent abondamment; on peut mme la produire volont, suivant la manire dont on traite certaines matires animales. Nous devons observer que les Rats et plusieurs autres Rongeurs prsentent peu prs, l'poque du rut, les mmes phnomnes que l'Ondatra; on voit aussi leurs organes de la gnration prendre un dveloppement considrable, et on retrouve mme chez eux un appareil glanduleux semblable celui de l'Ondatra : seulement la liqueur qui en provient en diffre beaucoup par l'odeur. L'Ondatra se trouve dans une grande partie de l'Amrique du Nord; il est surtout assez abondam- ment rpandu au Canada. On dit qu'il parait se rencontrer en Amrique partout o se trouve le Cas- tor. La chasse de cet animal a lieu eh tout temps : en hiver, pendant sa rclusion, pour sa chair, que l'on dit tre alors trs-bonne, et (jui n'est mangeable que pendant cette saison; et pour sa peau, qui s'emploie la fabrication du feutre, et qui serait aussi utilise dans l'art du fourreur s'il tait possi- ble de la dbarrasser entirement de son odeur musque. C'est, au contraire, uniquement cause du musc que cette chasse a lieu en t. Alors le moyen le plus efficace des chasseurs pour l'attaquer est d'imiter la voix des femelles, assez semblable une sorte de gmissement. Le mle accourt tromp par ce cri. Ds que le chasseur s'en est empar, son premier soin est de lui arracher les glandes odo- rifrantes; il les enveloppe d''abord dans un morceau de peau, les fait scher et les livre ensuite au commerce. La chasse d'hiver a lieu principalement lorsque les dgels commencent; le sommet des huttes des Ondatras se montre alors au-dessus des neiges qui restent, et, en pratiquant avec clrit une ouverture dans cette partie, on s'empare de tous les individus qui n'ont pu s'chapper par les canaux souterrains. Le baron De Lahoulan, qui voyageait au Canada vers la fin du dix-seplieme si- cle, rapporte qu' cette poque les peaux de Rats musques entraient en grand nombre dans le com- merce; mais cette pelleterie n'est gure recherche aujourd'hui, et on ne la trouve que trs-rarement chez les fourreurs. 4"- GENRE. CAMPAGNOL. ABVICOLA. De Lacpde et Cuvier, 180. . Tableau mthodique des Mammifres. Avrum, champ; co?o, j'habite. CARACTRES GNRIQUES. Sii-iihue dentaire : incisives, j; molaires, jr:^; enlotalil seize dents. Incisives suprieures ussez lar()es, tailles en biseau; infrieures aigus; molaires composes, sillonnes sur les cts, cou- ronne marques d\in(jles ou de zigzags forms par la saillie des replis de l'mail : la plus grosse itue en avant et la plus petite en arrire. Oreilles assez qrandes ou mdiocres. /. {^i''- ku Caillai l'I 17 UONGKURS. 77 Taille Irs-pele; javibcs coitrlcs. Pieds (le devant aijant un rudiment de pouce cach sous la peau et n tant reprsent h l'ext- rieur que par un ongle, et prsentant quatre doijts munis d'ongles assez faibles; pieds de derrire cinq doigts onguiculs, non garnis de cils sur leurs bords, ni palms, quoique quelques espces nagent facilement. Queue ronde, velue, peu prs de In longueur du corps, et rarement courte. Mamelles pectorales et ventrales, en nombre variable de huit douze. Les Rongeurs dont noifs allons nous occuper maintenant ont toujours t runis, par les auteurs systmatiques anciens, dans le genre des Rats. Gmelin et Pallas avaient la vrit form des divi- sions dans ce groupe; mais elles taient assez vagues : De Lacpde et G. Cuvier en grouprent les espces plus naturellement, donnrent chacun des sous-genres qu'ils formrent des caractres pr- cis, et, les premiers, runirent un certain nombre de Rats sous la dnomination de Campagnols. Ce groupe secondaire est devenu d'abord un genre particulier, puis, dans ces derniers temps, une petite tribu dsigne sous les noms 'Arvicolcc, Lesson-, Arvicolid, Waterhouse ; Arvicolina, Ch. R- naparte, etc. On a donn de nombreux dtails sur Tostologie de la plupart des espces de Campagnols, et prin- cipalement sur celle de la tte, qui a souvent pu fournir des caractres spcifiques satisfaisants. Nous renvoyons ce sujet aux nombreuses notices de MM. De Selys-Longchamps, Gerbe, Mariins, etc., et nous nous bornons dire seulement que le nombre des paires de ctes peut varier de treize qua- torze, parce que ce fait remarquable a servi pour la classification. Des dtails importants ont t pu- blis sur le systme dentaire de ces animaux; nous citerons principalement l'tude consciencieuse qu'en a faite Fr. Cuvier dans son ouvrage classique sur les Dents des Mammifres. Chez les Campagnols, le museau est court, un peu obtus. Les oreilles sont larges, lgrement plus longues que le poil ou, au contraire, beaucoup plus courtes. Il n'y a pas d'abajoues, comme chez beaucoup de Muriens. Les yeux sont petits ou mdiocres. Les pieds antrieure ont quatre doigts onguiculs, et une verrue ou un ongle trs-petit remplaant le pouce : les postrieurs ont cinq doigts onguiculs; mais le pouce est trs-peu dvelopp. Les ongles sont mdiocres, arqus et comme en gouttires en dessous. 11 n'y a ni cils, ni palmures entre les doigts. Dans le plus grand nombre de cas, la queue est de la longueur du quart du corps; dans d'autres, elle dpasse un peu la moiti, et peut mme tre lgrement plus longue; elle est arrondie, compose de petits anneaux cailleux pres- que toujours revtus de poils courts. Le choix de la nourriture des Campagnols, qui, au reste, est gnralement toute vgtale, est trs- absolu pour chaque espce. Les uns sont granivores; d'autres recherchent les herbes aquatiques, et d'autres les racines des plantes potagres. L'existence de plusieurs des espces de Sibrie est en quelque sorte lie celle de certaines plantes de la famille des Liliaces, tels que l'ail, les tulipes, les lis, qu'elles dvorent, et dont elles remplissent leurs magasins; car tous les Campagnols sont remar- quables par l'instinct qui les porte plus ou moins rassembler des provisions dans une case parti- culire de leurs souterrains ou garennes. Ces garennes sont parallles au sol et plus ou moins lon- gues selon les espces. La queue de ces Rongeurs n'est pas prenante comme celle des Rats, et leurs ongles sont faits pour fouir et non pour grimper; aussi ne les voit-on jamais sur les arbres et sont-ils toujours sur le sol. La petitesse de leurs yeux et de leurs oreilles indique galement que ce sont des animaux essentiellement fouisseurs, et ces habitudes sont d'autant plus prononces, que ces carac- tres sont plus marqus. Cette rgle n'offre aucune exception, ainsi que le fait observer M. De Selys- Longchamps. Certaines espces sont sujettes oprer de grandes migrations, mais sans s'tablir pour cela dans de nouvelles rgions comme les Rats : tel est particulirement Arvicola conomus, en Asie, et, dit-on, dans le nord de l'Europe. Les Lemmings, qui forment un genre h peine distinct des Campagnols et dont nous nous occuperons immdiatement aprs, ont aussi ces habitudes au plus haut degr; ils voyagent, comme le Campagnol conome, en ligne droite, par troupes de plusieurs cen- taines de mille, sans se laisser arrter par aucun obstacle. Plusieurs Campagnols vivent auprs des eaux et semblent mme se plaire dans celles-ci; tel est par excellence VArvieola amphibius. D'aprs la quantit innombrable de ces animaux, selon certaines influences climatriques, et surtout d'aprs leur genre de vie, on comprend que ce sont des animaux trs-nuisibles l'agriculture, et contre 7S IIISTOIUK NATCl'.ELLi;. lesquels jii doit prciulro des |)i'('caiilions miles. Les dtails des murs de ces iloDyeurs sont irs- iiilressauls tudier, et nous y reviendrons avec soin en nous occupant plus particulirement de 'histoire des espces. Les Canipai^nols ont des reprsentants en Europe, en Asie, en Afrique et en Amrique; mais seule- ment dans les irgions septentrionales de ces deux dernires contres: et ils en auraient mme en Oca- nie si on devait runir ce i^enrc les Pscudomijs de I\l. Gray, ce qui n'est, du reste, pas bien dmontr. Ils semblent tre trangers l'Amrique mridionale et aux parties de l'Afrique et de l'Asie comprises dans l'hmisphre austral. Mais la plus grande majorit des espces sont particulires l'Asie cen- trale et l'Europe; elles paraissent y former des sections gographiques distinctes : les espces d'Asie sont cantonnes dans des zones spares dans le sens de la longitude, et d'autres d'aprs la hauteur du sol; celles cFEurope sont aussi localises d'une manire trs-positive, et, pour ne parler que des principales, nous dirons, d'aprs M. De Selys-Longchamps, que les Arvicoln mvplnbins, arvalis et rubidiis, semblent tre de toute l'Europe transalpine; que VA. terreslris est propre aux Alpes et la Suisse; VA vionlicola, aux Pyrnes, et probablement l'Espagne; VA. lvnlis, et deux autres espces, aux rgions leves des Alpes; VA . sublerrancns, aux pays situs entre la Meuse et la Seine; les A. (Icslrnclor, Savii, etc.. aux contres du nord des Alpes; les A. socialis, (cconomus, etc., seraient circonscrites au dsert situ entre le Volga et le Jack. C'est en 1805 que ce genre a t vritablement tabli, par De Lacpde et G. Cuvier, sous la de- nomination iVArvicola, nom qui a t assez gnralement adopt en France et en Italie, surtout par Fr. Cuvier, A. G. Desmarest, Lesson, et MM. Ch. Bonaparte, Savi, De Selys-Longchamps, .Martins. Gerbe, etc. ; quoique cependant le nom d' Iliipiidn'us (u-r.o^y.io;, qui vit sous terre), qui lui a t appli- qu, en 181i seulement, par llliger [Prodromiis sijatcmahcus Mammaimmcl Av'mm), a t adopt par certains zoologistes, et surtout par ceux d'Allemagne. Depuis, les Lf.mmikgs (Lcmnius), Geoffroy et G. Cuvier, en ont t spars avec raison, et s'en distinguent en particulier par leur queue telle- ment courte, qu'elle est peine visible; et Ton a cherch y former quelques groupes gnriques particuliers, tels que ceux de MicnoxF, {Microtiis), Schranck, et Myode {Mijodcs) (p.u;, Rat; euo;, as- pect), cr par Pallas {Zoojraphic Russo-Amihqnc, I, 18H), qui n'ont pas t adopts, et qui correspondent presque entirement au groupe des Arv'icola. Plusieurs travaux monographiques ont t i)ublis sur les Campagnols, et nous citerons seulement ceux que M. De Selys-Longchamps a donns d'abord dans ses Eludes de Micromammalofjie, puis dans la Revue zoologique de M. Gurin- .Mneville relativement aux espces europennes de ce groupe, et nous n'indiquerons que dans nos descriptions spcifiques les noms des mammalogistes, principalement nombreux en France, qui ont d.crit de nouvelles espces. Selon M. De Selys-Longchamps, la place que le genre des (Campagnols ainsi conu doit occuper dans la srie des Rongeurs clavicules est indique par la forme de leurs molaires composes, qui les rapproche des Castors d'une part et des Livres d'autre part, qui sont inclaviculs; mais leurs autres affinits ne permettent pas de les classer suivant une srie entirement linaire; ainsi, les grandes espces aquatiques longue queue et oreilles courtes passent aux Castors par le genre Ondatra, tandis que celles oreilles et queue courtes inclinent vers les Rats-Taupes ou Aspalax par le genre Lemming. Mais les Campagnols, aussi terrestres, oreilles et queue plus longues, forment un embran- chement particulier qui se rapproche des vrais Rats ou Mus par plusieurs genres exotiques dents semi-composes. Dans ses premires notices sur les Campagnols, M. De Selys-Longchamps avait, d'aprs des consi- drations tires de la longueur des oreilles et de la queue de ces Rongeurs, form des sections et des groupes particuliers, et, quoiqu'il ail, en partie au moins, abandonn cette mthode dans ses der- niers ouvrages, nous n'avons pas cru cependant devoir ne pas nous en servir pour classer les espces que nous dcrirons. Toutefois nous devons, avec le savant mammalogiste de Lige, prvenir que l'on ne doit lever aucune de ces sections au rang de genres ou de sous-genres. Car toutes passent de I une l'autre par des nuances insensibles dans la longueur de la queue et des oreilles; et, quant au caractre tir de la racine des dents, il est probable qu'il existe un degr plus ou moins fort chez d'autres espces. Quoi qu'il en soit, les groupes que nous admettons sont les suivants : Premire section. i" Groupe. Hem'wlonnjs, De Selys-Longchamps. 5'' Groupe. Hlkrolus, Sciiranck. lioNCEri'.S. 79 l)oii\inie section, - l"' (Ironpc. Arvicola, De St'lys-Ltmgchamps. 'i'Ciroupe. Myodes, {'allas. Troisime section. ^lynoincs, (raprs un i^enre cr par Raliiiesqae pour des espces amri- caines qui peuvent rentrer dans le t^roupe des Campai^nols. Enlin nous y runirons, mais avec doute, les genres, Arvicantliis, Lesson, et PCH. CAMPAGNOL FA13VE. ARVICOLA FLLVUS. A. G. Desmarest. Caractres spoifiquks. Pelage d'un fauve jauntre clair en dessus, blanchtre en dessous. Oreilles externes presque nulles, nues. Pieds d'un jauntre clair. Queue de la longueur du tiers du corps. Taille de VArvicola arvalis. Cette espce, que M. El. Geoffroy Saint-Hilaire range dans le genre Lemming, et Brants dans celui des Hypudus, habite la France, la Belgique, etc.; mais est excessivement rare partout. M. Selys- Longchamps dit que cet animal est voyageur. G. CAMPAGNOL DE SAVI. ARYICOLA SAVII. Selys-Longchamps. Caractres spcifiques. Pelage d'un gris brun en dessus, cendr en dessous, bicolore, bru- ntre sur les parties suprieures, blanchtre sur les infrieures. Pieds d'un cendr clair. Oreilles externes un peu velues, beaucoup plus courtes que le poil. Queue un peu plus courte que le tiers du corps. Taille de VArvicola arvalis. Ce Campagnol a les formes du prcdent; mais ses oreilles sont un peu moins nulles, quoique infi- niment plus courtes que le poil; le pelage est d'un brun gris terreux en dessus et cendr en dessous, ce qui lui donne peu prs l'apparence des individus clairs du Campagnol souterrain. Il se trouve en Toscane, en Lombardie et probablement dans toute l'Italie. M. Grespon affirme qu'il existe aussi en Provence. Il est, comme VArvicola arvalis, sujet une immense multiplication : le prince Ch. Bonaparte assure qu'on en tua onze mille dans une seule ferme des tats romains en une saison. 11 aime les lieux secs, se creuse deux ou trois garennes courtes, dont l'une sert de maga- sin et l'autre de nid. Sa nourriture consiste en crales, et, dans la campagne de Pise, il semble, d'aprs M. Savi, montrer une grande prfrence pour les fves, et il en remplit son magasin quand il en trouve l'occasion. Il prsente des varits blanches et tapiresde blanc {albus et cdbomaculatus). Tout rcemment, M. Gerbe (Bvue et Magasin de Zoologie, 1852) a fait connatre une nouvelle e.sp(;e de ce groupe, son Campagnol de Selys (Arvicola Selysii), qui semble tablir le passage des Microtus aux Arvicola. Il est, en dessus, d'un fauve ferrugineux, fauve cendr ple en dessous, avec RONGEURS 83 les cts (lu corps plus Lrillanls; les pieds d'un cendr blancliAtre; les oreilles prominentes, poilues; les moustaches grles, plus courtes que la tte; la queue fauve en dessus, hianclitie en dessous. Il vit sur les montagnes de Barcelonnette une hauteur de deux mille mtres au-dessus du niveau de la mer. C'est au mme groupe que doivent se rapporter le Campagnol incertain (Arvicola hicerlus), De Se- lys, qui habite le midi de la France, et je Campagnol des Pyuknes (^^1. Pyrennicus), Selys, que Ton a trouv dans les Pyrnes une grande lvation, dans les rgions froides du pic du Midi; et que M. Rambur a galement rapport de la Siei a-Nevada, en Espagne. 7. CAMPAGNOL CONOME. ARVICOLA CECONOMVS Pallas, A G. Dcsinuic.-^t Cap.actres spcifiques. Pelage bruntre, rsultant du mlange des poils gris fonc et noirtres; les jaunes tant plus nombreux sur les flancs et sur le dos, et les blanchtres sur le ventre. Tte pro- portionnellement plus petite et plus courte que dans Y Arvicola arvaiis. Museau plus prolong, brun son extrmit, revtu d'une petite crte de poils hrisss. Oreilles externes nues, beaucoup plus courtes que le poil. Yeux trs-petits. Queue galant peine le quart du corps, trs-bicolore et poilue, noire en dessus, blanchtre en dessous, compose d'anneaux cailleux entre lesquels s'lvent des poils nombreux trs-longs, surtout la face infrieure. Taille un peu plus forte que celle de V Arvi- cola arvaiis. Cette espce, que G. Cuvier nomme Campagnol des prs, et Vicq d'zyr Fgoule, a t successi- vement rang par Pallas et Gmelin dans le genre Mus, par Brants dans celui des Ihjpmlus, par A. G. Desmarest dans celui des Arvicola. et par Tiedemann dans celui des Lcmmus. Plusieurs auteurs ont pens que le Campagnol conome se trouvait en Europe; mais M. De Selys- Longchamps croii que ces auteurs ont pris pour lui, soit des Arvicola Savii, soit des Arvicola fui- vus, soit des Arvicola subterraneus, etc., et que cette espce n'habitait que les valles profondes et humides de la Sibrie, depuis l'Irtisch jusqu'en Daourie d'une part, et jusqu'au Kanichatka d'autre part : toutefois, le prince Ch. Bonaparte, probablement d'aprs Eversmann, dit qu'il se montre dans les dserts au nord de l'Oural. C'est un des Rongeurs les plus nuisibles l'agriculture par les grandes provisions qu'il rassem- ble dans son terrier. C'est un animal fouisseur, se creusant sous les gazons des magasins considra- bles ct du terrier qu'il habite, et dans lesquels il rassemble jusqu' quinze kilos de racines de diverses sortes; les unes de bonne qualit, mme pour la nourriture des hommes, et les autres vn- neuses. Il voyage en grandes troupes et toujours en ligne droite, en traversant la nage les rivires qu'il rencontre sur sa route. 11 s'accouple au printemps, et la premire porte est mise bas au mois de mai, et compose seulement de deux ou trois petits. La femelle en fait encore une ou deux dans le restant de l't et de l'automne. A l'poque du rut, elle rpand une odeur trs-forte, trs-ftide, un peu musque. En hiver, ce Campagnol ne s'endort pas, et fait usage des provisions qu'il a ramasses pendant l't. SECTION SECONDE Oreilles exlernes, aussi longues que le poil, bien dveloppes. Yeux variables en grandeur, sou- vent prominents. i" groupe. CAMPAGNOLS PROPREMENT DITS. ARVICOLA. Selys-Longchanips. Lnco cititlo. Queue de la longueur du tiers ou du quart du corps. Molaires sans racines, caracthr commun Si IIISiOlliK NATlini'LLE. aux groupes prccdeiil.s. Oreilles externes, aussi louyues ou un jieu plus hnKjucs (pie le poil, bien dveloppes 8. CAMPAGNOL SOUTERRAIN MtVICOLA SliUTEliRAlVEUS. Selys-Lcngcliamps. Caractres spcifiques. Pelage presque entirenienl a un i,n'is noirtre plus ou moins fonc, l'ox(;eption de la gorge, qui est cendr fonc, et du ventre, dont les poils cendrs sont termins de blanc dans le pelage complet; mais variant quelquefois un peu plus la coloration. Pieds d'un cendr fonc. Oreilles mdiocres, presque nues, de la longueur des poils. Yeux trs-petits. Queue de la lon- gueur du tiers du corps, bicolore, noirtre en dessus, blanche en dessous. Taille un peu plus forte que celle de VArvicoln arvensis. Treize paires de ctes. Son pelage est ordinairement du mme gris en dessus que la Souris, tandis que VArvicola arven- sis est d'un fauve gristre, approchant de la nuance du Mulot. Les trs-jeunes individus sont d'un noir un peu bleutre uniforme, avec la peau des oreilles blanche. Il habite les environs de Paris, la Flandre et la Belgique, et probablement aussi la Sude. Aux environs de Lige, il est commun dans les jardins potagers situs non loin des rivires. Il se trouve aussi dans les prairies humides, mais jamais dans les champs. Se nourrit de racines, principalement de cleri, de carottes et d'artichauts, et cause par l de grands ravages dans les jardins. Vit tou- jours souterrainement dans ses garennes; aussi ne tombe-t-il que bien rarement dans les trous dcouvert que l'on fait pour prendre VArvicola arvensis; c'est au moyen d'une pince ressort qui l'trangle au moment o il se saisit de l'amorce qu'on parvient s'en dbarrasser. Ce Campagnol n'est pas sujet se multiplier comme celui des champs. Chaque famille vit dans un semis spar de cleri ou d'un autre lgume. Dans ses garennes, ou trouve un magasin o il rassemble ses provisions, qui sont composes de petits morceaux de lgumes d'gale grosseur; trs-souvent ce sont aussi des frag- ments de racine de grand liseron. 9. CAMPAGNOL DES CHAMPS. ARVICOLA ARVALIS. Linn. Caractres spcifiques. Pelage des parties suprieures d'un fauve jauntre plus ou moins ml de gris bruntre, surtout chez les femelles. Une ligne d'un jaune plus pur sur les flancs. Dessous du corps d'un blanc sale. Pieds revtus de poils plus courts et plus rigides que ceux du corps, d'un blanc jauntre. Oreilles assez grandes, plus longues que le poil, garnies de petits poils courts, jau- ntres. Yeux prominents, volumineux, si on les compare ceux du Campagnol souterrain. Queue de la longueur du quart du corps ou lgrement plus longue, couverte de poils courts, d'un jauntre sale, peu prs unicolore Huit mamelles, dont quatre pectorales. Treize paires de ctes. Taille de la Souris; ayant environ 0"\015 de longueur pour le corps chez les adultes. Cette espce est le Campagnol de Buffon; le Mis arvalis, Linn; Arvicola arvalis, Griffith, Selys; Lemnius arvnlis, Tiedemann; Hypudus arvalis, Brants; Arvicola agreslis, Fleming; Arvicola vul- garis, A. G. Desmarest, etc. Son systme de coloration varie assez considrablement, soit selon l'ge, soit individuellement. Les jeunes ont frquemment le ventre cendr au lieu de l'avoir blanchtre. On a indiqu plusieurs varits, telles que deux varits albines (albus) : l'une blanche, yeux rouges, et l'autre d'un blanc jauntre; une varit tapire de blanc {maculatus), et une autre d'un noir profond (ater). Le Campagnol des champs se trouve dans presque toute l'Europe, l'exception de l'Angleterre et de l'Italie; il est surtout commun en France et en Belgique, s'tend jusqu' l'ouest de l'Obi, en Sibrie. On l'a observ dans les Alpes plus de six mille pieds d'lvation prs de l'hospice du Saint- Gothard, et on l'a signal comme propre au pic du iMidi dans les Pyrnes. Mais les plaines cultives sont la vritable babitation de cet animal, qui y devient un flau par son extrme multiplication. Avant l'poque de la moisson, il coupe la lige des bls pour en faire tomber l'pi; cette nourriture venant lui maujuer, il dvore les racines des jeunes trfles, ])uis se rejette ensuite sur les champs riONGEUliS. 85 de carottes; et, enfin, l'approche de l'hiver, aprs avoir attaqu les semailles de froment, il vient se rfugier en grand nombre dans les meules de bl; et, dans d'autres cas, il se retire dans les bois, o il trouve facilement de quoi subsister jusqu'au printemps, o il va recommencer ses ravages dans les champs. Ce Campagnol vit en socit, et, lorsque les femelles veulent mettre bas, ce qui leur arrive deux fois par anne, au printemps et en automne, elles creusent une excavation particulire, en garnissent le fond de mousse ou d'herbe sche, et mettent au monde de six dix petits. Dans certaines annes, ces animaux sont en quantit innombrable dans nos champs et y occasionnent des dgts normes; c'est ainsi qu'au commencement de ce sicle le seul dpartement de la Vende, comme cela est constat par des procs-verbeaux rguliers, a prouv, dans moins de deux annes, une perte de prs de trois millions par le fait de ces Rongeurs. Mais, dans d'autres annes, le nombre de ces animaux diminue considrablement, et ils semblent mme disparatre peu prs compltement. Comment expliquer des faits si singuliers? Disons ce qu'en rapporte Fr. Cuvier. 11 est facile de concevoir l'innombrable multitude de ces animaux toutes les fois que sont dtruits les agents qui servent la rprimer et maintenir dans la nature cet quilibre par lequel subsistent les tres qui la composent. 11 ne faut donc pas chercher la cause de cette multiplication dans des circonstances qui auraient favoris la reproduction de ces animaux, mais dans celles qui ont fait disparatre la puissance qui en dtruisait les effets. Les ravages affreux, la famine, que tranent ordinairement aprs eux les Campagnols dans les cantons o ils s'tablissent doivent tre des motifs assez puissants pour faire rechercher les causes vritables qui communment bornent le nombre de ces animaux. On pourrait alors prvenir les dangers que l'on aurait courir. Sans doute plusieurs circonstances concourent modrer la multiplication des Campagnols; mais, la manire subite avec laquelle d'innombrables lgions de ces animaux paraissent et couvrent de grandes ten- dues de terre, il semble qu'une force plus puissante que celle que nous connaissons agit dans le si- lence et loin de nous pour nous dbarrasser de ces dvastateurs; et cette supposition acquiert encore plus de vraisemblance en songeant que ces animaux disparaissent avec la mme promptitude avec laquelle ils se sont montrs. Cette question rsolue offrirait non-seulement un secours l'agriculture contre un de ses plus dangereux ennemis, mais elle donnerait encore au philosophe de nouvelles lu- mires sur l'conomie gnrale de la nature. Pour complter l'tude des murs du Campagnol des champs, qu'il nous soit permis d'emprunter M. Selys-Longchamps quelques nouveaux dtails. J'ai vu, dit-il, les Campagnols devenir presque rares en certaines annes sans que l'on puisse se rendre compte de la cause de cette destruction ni de celle qui les ramne en si grand nombre une ou deux fois tous les dix ans. Je suis tent de croire qu'ils oprent de grandes migrations pendant certaines annes. C'est sans doute dans une de ces circon- stances que je les ai vus, en iSo'i, envahir eu si grand nombre un jardin potager entour d'eau et de murailles, qu'il en tombait plus de soixante par jour dans un petit tonneau dispos cet effet le long des murs. Lorsqu'ils sont pousss par la faim, ils se dvorent les uns les autres. On dit que les pluies continuelles les font prir. Les Oiseaux de proie en dtruisent une grande quantit, surtout les Chouettes et les Buses. J'ai dissqu des Buses qui en avaient aval jusqu' quinze. Le Hron s'en nourrit galement. On voit que ces Oiseaux, qui ne nuisent que rarement aux basses-cours, et pren- nent diflicilement le gibier, doivent tre respects par les agriculteurs, qui confondent tort dans une mme rprobation toutes les espces d'Oiseaux de proie. Plusieurs procds ont t essays pour se dbarrasser des Campagnols. On a tent de les empoisonner au moyen de carottes prpares avec de l'arsenic, que l'on place dans les garennes; mais cette mthode offre des dangers rels pour les autres animaux. On a aussi essay d enfumer leur demeure, et cette opration est bien prfrable, pourvu que l'atmosphre en facilite la russite. Une excellente pratique, qui est employe par les cul- tivateurs de la llesbaye, dans la province de Lige, consiste creuser dans les champs, au moyen d'une tarire en fer, un grand nombre de petits trous ronds d'un diamtre de douze quinze milli- mtres. Les Campagnols y tombent, et on vient les tuer deux fois par jour avant qu'ils n'aient eu le temps de sortir en creusant des garennes latrales. Du reste, une pratique semblable est indique ds 1807 par Tessier comme ayant t mise en usage dans la Vende par M. Thieffries, ancien officier de cavalerie, cl Tessiev {Dictionnaire des Sciences naturelles, t. VI, p. 319) dcrit mme avec soin la tarire invente pour percer les trous dans lesquels tombent les Campagnols qu'on veut dtruire. 80 IIISTUIHE NATURELLI'l. Un assez grand nombre dVspces ont t jadis oonfondnesavec celle-ci et n'en ont t distingues d'une manire complte que dans ces derniers temps; telles sont : 1 Campagaol BniTANMQin: {Arvcola Brilanmcns), Selys-Longchamps. De l'Angleterre et de l'Ecosse, o il parait remplacer 1'^. arvalis, dont il n'est peut-tre qu'une varit; c'est l'yl. agrcs- tis. Fleming. 2 CAMrAGNoi, MINEUR (Arv'icola cuniciilarius), Jules Ray, De Selys. Cette espce, (jui habite les prairies des environs de Troyes en C-hampagne, diffre principalement de YArvicolu arvalis par ses oreilles plus courtes, plus velues; par sa queue bicolore, le dos plus fonc et le ventre blanch- tre, reflets chamois. 3" Cami'ao'Ol agreste (Arvcola agrcslis), Linn. Habite la Sude et la Norwge, depuis la Sca- nie jusqu'au soixante-sixime degr de latitude; mais point dans les montagnes alpines. Campagnol nglig [Arvcola neglectus), Thompson. Se trouve en Angleterre, en Ecosse, en Belgique, en France, au nord de la Seine et l'ouest de la Moselle, dans les Pyrnes, etc. 5 Campagnol arnicole {Ai^vicola arenicola), De Selys. Des les de la mer Baltique et de la Hollande. M. De Selys lui runit peut-tre tort le Lemmus insularis, Wilson, qui habite les mmes pays. 6 Campagnol moyen (Arvicola mdius), Wilson. De Laponie et des Alpes norwgiennes. 7" Campagnol a tte de Rat (Arvicola raticeps), Keyzerlik et Blassius. Des parties arctiques de la Russie; d'aprs M. Sundervall, il serait identique avec le prcdent. 8 et 9 Campagnols de Lebrun et de Lavernede (Arvicola Lebninii cl Lavcrncdii), Crespon. Ces deux espces, encore incertaines, ont t prises dans le midi de la France. Les deux espces suivantes, galement europennes, seraient trs-remarquables si cela se confir- mait, parce qu'elles ne prsenteraient que douze paires de ctes : ce sont le Campagnol social (Arvi- cola socialis, A. G. Desmarest), Pallas, des dserts situs entre le Volga et le Jak, et 1'^. diiodecim- costatus, Selys, qui est insuflisamment connu, et qui aurait t trouv auprs de Genve et de Mont- pellier. Parmi les espces trangres l'Europe, nous citerons seulement : 1 le Campagnol des ails (.4. alliaris, Pallas), A. G. Desmarest, qui habite l'Asie et particulirement la Sibrie; et parmi les esp- ces amricaines plus nombreuses, 2 Y Arvicola xantliognalhus, Leach, de la baie d'Hudson; o Ar- vicola dasijtriclws, Wied, du Brsil; 4 Arvicola Peusglvatica, Ord, des tats-Unis; 5 Lemmus Noveboraserisis, Rafinesques, des montagnes Rocheuses; & Arvicola Borealis, Richardson, de l'Am- rique du Nord, et 7 Arvicola Gapperi, Vigors, du haut Canada. 2'e GROUPE. CAMPAGNOLS MURINS. MYODES. Pallas, Selys-Longcbamps, 1811. Zoographie russo-asialiquc. Oreilles externes un peu plus longues que le poil, bien dveloppes. Moustaches trs-longues. Queue rarement mdiocre et souvent plus longue ou aussi longue rjuc le corps. Dans quelques es- pces (Arvicola rutilus, Wageri, etc.), les molaires ont des racines chez les vieux individus; mais pas de racines chez les jeunes. Treize paires de ctes. Ce groupe renferme une quinzaine d'espces propres l'Europe et l'Asie, et qui offrent plus de rapports avec les Rats que les premiers Campagnols que nous avons tudis. Parmi el'es quelques- unes vivent sur les liantes montagnes une lvation trs-considrable au-dessus du niveau de la RONGEURS. 87 mei"; l'une d'elle, dcrite rcemment par M. Martins, VArvicola nivalis, nous a paru assez intres- sante pour que nous soyons entr son sujet dans de grands dtails. Fig. 20. Campagnol (Myodes) de Nager. 10. CAMPAGNOI, DES RUISSEAUX ARVICOLA GLAREOLUS. Schrebcr. Caractres spcifiques. Pelage des parties suprieures d'un roux ferrugineux, plus ou moins vif selon la saison, les poils tant termins de noirtre : la couleur rousse se fond sur les cts du corps et de la tte en un cendr brun, qui lui-mme disparat pour faire place au blanchtre du des- sous, avec un glac roux clair sur tout le .ventre. Oreilles assez grandes, un peu ovales, plus longues que le poil, garnies de petits poils rousstres; une touffe de poils blancs trs-fins et cache derrire l'oreille. Yeux prominents. Queue un peu plus longue que la moiti du corps, couverte de poils courts, noirtres en dessus, d'un blanc jauntre en dessous : ces poils cachant les anneaux cail- leux, qui sont au nombre de plus de quatre-vingt-dix. Pieds d'un blanc sale, un peu plus longs que ceux de VArvicola arvals, ainsi que les doigts. Taille du Campagnol des champs. Cette espce, dont la synonymie est trs-embrouille, se rapporte au Mus riuilus, varietas, Pallas; au Lemmus fulvns, Geoffroy, Millet; Arv'icola riifesceiis, )e Selys; VHypudus hercyniens, Mehlis; au Lemmus rtibidus, Billon. Il se trouve dans les bois humides et frquente le voisinage des petits ruisseaux, sur le bord des- quels il creuse souvent ses garennes; M. Yarrell dit qu'il se construit un nid en laine. On en a trouv des individus sur les collines qui entourent la ville de Lige. Il semble habiter toute l'Europe entre le quarante-troisime et le soixante-cinquime degr de latitude, except en Irlande, et se trouve de l'est l'ouest entre les Pyrnes et l'Oural. a. CAMPAGNOL DE WAGER. ARVICOLA WAGERI. Schinz, Gerbe. Caractres spcifiques. Vertex, nuque et dos, d'un roux chtain clairon d'un roux ferrugineux plus ou moins vif; cts du corps et face d'un cendr brun ou rousstre; moustaches plus longues que la tte; oreilles grandes, arrondies, noirtres ou bruntres dans leur moiti suprieure, et plus claires dans la partie infrieure; pieds blanchtres; queue peu prs de la longueur du corps, noi- rtre ou bruntre en dessus, d'un blanc jauntre ou jauntre en dessous, et termine par un petit pinceau long de O'",005. Plus petit que le Campagnol des champs. M. Schinz avait fait connatre cette espce d'une manire incomplte, et rcemment, en 1852, 88 HISTOIRE NATURELLE M. Gerbe en a donn une descriplion dtaille. Celte espce, qui se trouve au mont SaintGothard, n'est pas trs-rare en Provence, dans le dpartement des Dasses-AIpes. On le trouve dans les hautes montaincs deux mille mtres au-dessus du niveau de la mer; mais il descend dans les valles et les collines boises, et semlilo prfrer les contres exposes au nord. 11 fait sa dcMneure de tout ce qui peut lui offrir un abri, et ne prend jamais trop de peine pour se creuser un terrier compliqu comme la plupart de ses congnres. Les trous abandonns par d'autres animaux, une crevasse pro- fonde qu'il accommode ses besoins, sont le plus souvent ses lieux de retraite. 11 s'tablit aussi dans les tas de pierres, sous les genvriers fourrs, dans les broussailles et les herbes paisses. On ne sait s'il fait des magasins d'hiver; mais M. l'abb Caire assure que, pour satisfaire ses besoins d'alimentation, ce Campagnol sort de sa retraite en toutes saisons, et que, mme par les plus grands froids, il vague sur la neige. Sa nourriture consiste en grains de plusieurs sortes et en herbes. 12. CMJPAGS'OL A QUliUE Rr.ANCHE. ARVICOLA LEVCURUS. Gerbe. Caractres spcifjqoes. Pelage, en dessus, d'un gris cendr, lgrement lav de blanc jauntre ou de fauve trs-clair, surtout la croupe; en dessous, entirement blanc; cts du corps jauntres; pieds blancs; moustaches paisses, plus longues que la tte; oreilles grandes, plus longues que le poil environnant, noirtres ou bruntres; queue assez paisse, entirement blanche, d'un tiers plus courte que le corps. Taille plus petite que celle de VArvicola arvalis. M. Gerbe dit que cette espce, assez voisine de VArvicola arvalis, se trouve dans les Basses- Alpes, aux environs de Barcelonnette, quelquefois une lvation de mille cinq cents mille huit cents mtres au-dessus du niveau de la mer; mais il descend aussi dans les valles lorsqu'il est chass par les neiges. Il habiterait aussi, dit-on, les Pyrnes. Il terre moins que la plupart de ses congnres, et se rfugie dans les granges, les chalets, dans les foins, eic. Il se nourrit d'herbes, de racines et de grains, et semble rechercher sa nourriture dans toutes les saisons. 13. CAMPAGNOL DES NEIGES. ARVICOLA NIVALIS. Martins. Caractres spcifiques. Pelage d'un gris noirtre, passant en quelques semaines au gris cendr sur l'animal empaill, et mlang de jaune sur les flancs. Poils des cts plus longs que ceux du dos. Ventre d'un gris cendr clair macul de blanc sale et de noir. Oreilles saillantes, arrondies, plus longues que les poils du pelage environnant, et hrisses elles-mmes de poils courts peu ser- rs. Yeux mdiocres. Moustaches plus longues que la tte, implantes dans tout l'intervalle compris entre l'il et les narines, couvertes de poils soyeux, blancs, noirs ou bicolores. Pattes blanchtres, armes d'ongles crochus, concaves en dessous, au nombre de quatre aux pattes de devant, de cinq plus recourbs et plus forts celles de derrire : celles de derrire dpassant d'un tiers environ la longueur des extrmits antrieures. Queue plus longue que la moiti du corps, compose d'anneaux trs-serrs et hrisss de soies blanchtres trs-courtes en dessus, un peu plus longues en dessous et dpassant l'extrmit de la queue de deux millimtres environ. De la taille peu prs du Campa- gnol des champs. Longueur totale, O'",09o; de la queue, 0'",055. Quelques particularits anatomiques ont t signales par M. Martins, et nous renvoyons le lecteur son important travail. Celte espce est voisine des Myodes alliarius et saxaiilis, de VArvicola rubidus et de quelques autres, mais en diffre nanmoins par des caractres importants. Ds i8H , le colonel Weiss avait vu ce Rongeur au sommet du Faulhoru; il fui revu depuis trois mille quatre cent cinquante-cinq mtres de hauteur; en 1852, par M. Hugi; d'aprs cela, on aurait tort de croire que le Campagnol des neiges a suivi l'homme l'poque o une maison a t construite au .sommet du Faulhorn, car cela n'a eu lieu qu'en 1833. Mais c'est M. Martins qui l'a fait connatre, d'abord dans les Comptes rendus de l'Acadmie des Sciences, 1842, puis dans les Ann. des Se. naturelles, deuxime srie, t. XIX, et troisime srie, t. VIII. et qui a observ qu'en t au RONGEURS. 80 moins il sjourne, au-dessus ou prs de la limite des neii;es elerncUes, plus de deux mille sept, cent huit mtres de hauteur. 11 habite volontairement dans ces rgions glaces, puisque toutes les espces de son genre vivent dans la plaine au milieu des cultures, autour et mme dans les mai- sons. Pour lui, on le trouve aussi quelquefois dans les habitations des hommes; et, en hiver, quel- ques-uns s'y rfugient, tandis que le plus grand nombre restent dans leurs terriers sur la montagne. VArv'icola nivalls est un animal essentiellement herbivore, et il trouve, dans les tristes rgions qu'il habile, une nombreuse rcolte de plantes dont il se nourrit. M. .1. A. Wagner l'a dcrit et ligure sous le nom d''IIiipucliis Alpinns, d'aprs un squelette et deux peaux qu'il avait reus du mont Sainl- Gothard; entin M. Schinz lui a impos le nom cVIIijpudus nivicola, d'aprs des individus prove- nant galement de la mme localit. Le Campagnol des neiges habite de prfrence, dans les Alpes, une zone comprise entre deux mille cent et deux mille sept cents mtres, c'est--dire depuis la limite du rhododendron jusqu' celle des neiges ternelles. L'exception que semble prsenter le Sainl-Gothard est plus apparente que relle; car le dcroissement de la temprature est trs-rapide le long des pentes de ce massif. On rencontre ensuite quelquefois VArvicola nivrtHs dans ces oasis de vgtation qui surgissent et l au milieu des champs de neiges ternelles, des hauteurs qui dpassent quelquefois trois mille mtres au-des- sus du niveau de la mer. Mais c'est surtout dans les auberges peu nombreuses que l'on trouve dans les Alpes que ces Rongeurs pullulent. Les terriers sont simples ou composs, et s'ouvrent par un ou plusieurs trous circulaires de deux centimtres de diamtre devant lesquels on voit souvent del terre rejete de l'intrieur des galeries avec les crottes des animaux qui les habitent. Les terriers eux-mmes sont rectilignes et termins en cul-de-sac vas dans lequel il y a un peu de foin ou des dbris de racines et de feuilles, surtout du silne ncauls hach trs-menu. Ces terriers ont en gnral de vingt vingt-cinq centimtres de long; le plus souvent ils sont ramiiis, et se divisent en un grand nombre de galeries irrgulires qui pntrent entre les pierres, et prsentent plusieurs orifices loigns les uns des autres. Jamais on n'y trouve de provisions, mme au commencement d'octobre, immdiatement avant les premires neiges de l'hiver. Dans une course au glacier de Grindelwald, en janvier 1852, M. Ilugi a constat le premier que ce Campagnol ne tombe pas en lthargie pendant l'hiver. En entrant dans le chalet de la Stieregg, ce voyageur mit en fuite plus de vingt de ces animaux. Ce fait a t confirm par l'aubergiste du Faulhorn, qui abandonne chaque anne sa maison en automne pour descendre dans la plaine; en 1845, il monta pour la visiter au milieu de l'hiver, et il y trouva plusieurs Campagnols aussi vifs et aussi alertes que pendant l't. D'aprs cela, comme le remarque M. Ch. Martins, il semble que l'o- pinion de M. Obwald Ileer, qui suppose que, pendant l'hiver, ces Campagnols descendent dans les rgions subalpines, n'est pas exacte : en effet, ces voyages seraient bien difficiles pour des animaux qui habitent des rochers isols au milieu de vastes glaciers, puis les bergers des hautes Alpes au- raient remarqu ces migrations, et l'on a vu que les premires neiges d'octobre trouvent encore tous ces Rongeurs sur les montagnes. Ces Campagnols n'migrent donc pas en hiver, ne s'endorment pas pendant les froids pouvantables qui rgnent sur les sommets qu'ils habitent, leur pelage ne change pas, et ils n'amassent pas de provisions comme plusieurs de leurs congnres; il semblerait donc qu'ils continuent vivre dans leurs terriers, et circulent entre la neige et le sol comme les ficmmings, et qu'ils y trouvent des plantes herbaces qui se conservent sous la neige. La temprature propre de (ette espce est assez leve; M. Ch. Martins a constat qu'un petit thermomtre, enfonc dans l'ab- domen d'ufie grosse femelle, resta stationnaire trente-six degrs neuf diximes. Runis dans une cage, ces Campagnols se blottissent dans un coin, serrs les uns contre les au- tres, mme lorsque la temprature du milieu ambiant est quatorze degrs. Le plus souvent ils se cachent sous la mousse et font entendre in petit grognement accompagn de grincements de dents trs-faibles en se frottant souvent le museau avec le ct radial des deux mains. Quand ils dorment, le ventre se dilate beaucoup chaque inspiration. Leur humeur n'est point belliqueuse comme celle des Lemmings, qui se battent entre eux jusqu' ce que mort s'ensuive. Jets dans l'eau, ils nagent trs-bien, en s'lanant par saccades. Comme l'indique son systme dentaire et son estomac, qui offre un peu les traces de divisions de celui des Ruminants, les Arvicola nivalis sont purement herbivores, et repoussent constamment une nour- i,' 12 90 IIISTOir.K NATIIIKI-LK. ritiire animale. Ils sont, au contiaiio, irs-fiiands de miel cl d'avoine, qu'ils n'ont pas dans leur patrie, et man^cnt toutes les plantes alpines, except les carex, les liiznla, les arbulus, etc., dont les tiges et les feuilles sont trop coriaees. Us mangent avidement les plantes suivantes : .silne acait- lix, pan (tlphin, polenrilla (jraiidiflora, (jeum montanii!. (jo]ia s'iuiplcx, ccraslhim htlipilium, tri- fol'nnii prdlciisr, lcp\din\n itlpinniu; (DilInjUis vnhic.raiia. clinjscuulieninin aljnniim, (jcnana cani- pcstris, hnvanca; ainhis alpiiia, cmnpanula HrjuifulKi. pusilld; saxifraiia uziloidcs, scilum alra- tum. et les feuilles du cirshim spinoslssimum; ils ont des prfrences pour certaines parties de la plante : les (leurs de fjeum et de polenlilla, par exemple; ils rongent avec avidit les racines des ra- nunciilnsctlpcslr'is et glacialis, qui sont d'une cret exti'me; cl M. Cli Martins en a vu un qui mangea les feuilles de sept tiges (Vaantinim napcllns de deux trois dcimtres de haut sans l'ien perdre de sa vivacit. Malgr cette nourrituie, les individus gards en domesticit, et la mnagerie du Mu- sum en a possd deux pendant quelques mois, prfrent toute autre nourriture de la laitue, de la chicore, de l'avoine, des morceaux de pommes, etc. A ces dtails nous pourrions encore ajouter quelque chose relativement aux conditions d'exis- lence de ce Campagnol; mais nous nous bornerons renvoyer ce que M. Ch. Marlins dit ce sujet iAnn. Se. nal., 18i8, p. 201), et nous ne rapporterons que la conclusion qu'en tire notre savant naturaliste; car lie parat paradoxale, et est cependant explique par lui d'une manire trs proba- ble; c'est que le Campagnol des neiges habite les sommets levs des Alpes, parce qu'il est plus frileux que ses congnres, et que. le sol dans lequel il creuse ses terriers est plus chaud pendant l hiver sur les montagnes que dans la plaine. C'est auprs de celte espce que viennent se ranger : 1 le Cami'agnol de Baili.o:* [Arvicola Bail- lonii). De Selys, qui diffre de Varvali.'i, \ par sa taille beaucoup plus (orte et sa queue propor- tionnellement plus courte; 2 par ses pieds postrieurs, plus courts en proportion; 5" par la colora- tion du corps et de la queue, d'un gris plus fonc et moins jauntre en dessus, gris ardois en dessous, et doux au toucher comme le pelage du nivalis; mais, d'un autre ct, il se distingue de ce dernier par ses ])ieds et sa queue plus courts, il habile les parties leves du mont Sainl-Gothard; et 2 VArvieola rufofuscus, Schinz, qui se trouve dans les mmes contres que VA. Daillonii, et en est trs-voisin, sinon identique, comme le pense M. De Selys. Trois autres espces du nord de l'Europe sont : 1 VArvieola rnlihis. Pallas, de Laponie et de Finlande; 2 VA. rvfoeanus. Sundewall, de Laponie; et T." 1.4. (jrefjaHs, Pallas, particulier ;i la Sibrie occidentale. Quelques autres espces, purement asiatiques, ont t dcrites ; telles sont VArvieola saxatilis, A. G. Desmarest, de la Sibrie orientale, et qui pourrait bien se retrouver en Europe; le Mus nd- crnriis, Gmelin, de la Perse; et VHypudmus Sijrinens, I>ichtenstein, propre la Syrie. Campagnol (Microlus) de Selys. RONGEURS. m SICTION TROISIEME. MVKOMES. MYNO.MES. Rafinesqiio, 1828. Ani. Moiithly Magazine, I. II. Qneite velue, apJalie, calleiise comme chez les Onchilms. Quatre dohjls seulement a cliaqua pied, avec un doicft interne trs-court. A l'exemple de M. De Selys-Longchamps, nous ne considrons le genre Mtjnomes de Ralinesque que comme un simple groupe du genre naturel des Campagnols. En effet, il en a tout fait le mme systme dentaire, les mmes caractres gnraux, et n'en diffre rellement que par la disposition particulire et la grandeur de sa queue. La seule espce de ce groupe est le : 14. CAMPAGNOL DES PRAlRItS. AhVICOLA PEXSYLVAMCA. Ont et W.irliin. C.vRAGTiiES siciFiQUEs. Pelage fauve bruntre en dessus, blanc gristre en dessous. Longueur de la tte et du corps, 0'",012; de la queue, 0"',02. Cette espce, que Rafinesque nomme Mynomes pratenss, habite le bord des rivires, et vit de bulbes de liliaces, et plus particulirement de ceux de l'ail. 11 n'est pas rare aux tats-Unis d'Am- rique. Nous rangerons aussi dans le genre Campagnol le Lemmus Nilol'icus, Et. Geoffroy, dont Lesson {Nouv. Tab. du Rgne animal. Mammifres. 1842) a fait son genre Arvicantliis, dont il n'a pas publi les caractres. Celte espce habite l'Egypte; son pelage est brun ml de fauve sur le dos, gris jauntre sur le ventre; les oreilles sont presque nues et bruntres, et la queue est brune, pres- que aussi longue que le corps. Quelques auteurs ont galement rapproch, sinon runi ce genre, le groupe des Pscudomys i^i'j^'.;. faux; ao:, Rat), cr par M. Gray {Proceedinc/s of znolocjical Socictij of London, 1832), qui ne renferme qu'une seule espce, le Pscudomijs Australis, Gray, surtout remarquable par son habitat. Nous rpterons, en terminant l'histoire des Campagnols, que plusieurs espces, soit rcentes, soit perdues, se trouvent dans divers terrains l'tat de fossile; mais que c'est principalement dans les couches osseuses du rocher de (Jette que G. Cuvier en a signal des restes fossiles qui ne prsentent, au reste, aucune diffrence caractristique avec les os des Campagnols ordinaires. 5"'^ GENRE. SIGMODON. SIGMODON. Say el Ord. 1820. Zoological journal, t. II. li'.ru.a, sigma; c^cu;, ileiil. CARACTRES GNRIQUES. Sij.stme dentaire : incisives, j; molaires, | ; en lolaHlr .'n)l)laiIe l'aboiement d'un petit Chien, et ne dranj^ent leur marciie qu'aprs avoir fait tous les efforts possibles pour surmonter l'obstacle qu'ils rencontrent : alors ils se dbandent et se ca- chent, jusqu' ce que le dan!;er soit pass, dans les trous, dans les broussailles et sous les pierres des lieux voisins. Mais une chose trs-remarquable, c'est que ces animaux disparaissent aussi subi- tement qu'ils se sont montrs; et, lorsque ce n'est pas par une cause qui les dtruit compltement, ils infectent l'air et causent des maladies. Ces animaux, comme on le prsume, sont trs-feconds. Nous iijnorons les circonstances de la gestation; mais on dit que leurs petits ne retardent point leur marche, parce qu'ils les emportent avec eux. Les Lemmings servent de nourriture tous les animaux carnassiers qui habitent les rgions septentrionales de l'Europe, mais particulirement aux Renards et aux animaux de la famille des Martes; ils ne sont d'aucune utilit pour nos besoins. Une troisime espce europenne, propre la Sibrie, principalement dans les contres situes au nord de l'Ohy, est le Lksiminc, a collier, Vicq d'Azvr, Leminns lorfjuatus, Pallas. Entin, nous ne citerons parmi les espces particulires l'Amrique que le Lemmus Hudsonins, Eorster, qui se trouve surtout dans la terre de Labrador. Le ZoKOR et le Sukerkan, jadis rangs dans ce groupe, constituent des genres tout fait distincts "X _ Fi?. 28. LeiiiininiT. G lOllCUIC/ COicn biOl). MURITES. MURITjE. Nobis. CARACTHES DlSTlNCTll'S. Pieds asseZ: courl<, galement dcveloj)j)cs : les anlcreurs quatre doigts onguiculs cl avec une verrue recouverte d^uu ongle irs-obtus en place de pouce : les postrieurs mdiocrement allongs, cinq doigts onguiculs RONGEUhS. * 95 Ongles assez cvoclius. Queue loniue ou trs -longue, nue ou ccalleuse. Systme dcnlaire compos de seize dents, une mcisvc el trois molaires de chaque ct cl clia (juc mchoire. Les particularits de ce snslmc dentaire variant selon les diverses subdivisioiis gcn- riqiies. Taille gnralement petite; forme analogue h celle des Rats. Les longeiirs qui constituent cette division sont essentiellement ceux qui rentraient dans l'an- cien yenre Rat ou Mus, qui, dans ces derniers temps surtout, a t subdivis en un nombre assez considrable de genres, et qui comprend beaucoup d'espces propres toutes les contres de la terre, et dont quelques-unes sont mme devenues cosmopolites. Ces animaux sont ordinairement de petite taille; ils sont omnivores, c'est--dire qu'ils se nour- rissent de toutes les substances qui se trouvent leur disposition, et c'est principalement en raison de cela que la plupart d'entre eux sont si nuisibles l'homme, dont ils mangent les substances ali- mentaires, les habillements, etc. Mais le plus grand nombre vivent dans les bois ou dans les champs de matires vgtales, qu'ils peuvent ronger avec une grande facilit. Presque tous les Muritessont terrestres; un trs-petit nombre seulement a des habitudes aquatiques. D'assez nombreuses subdivisions ont t formes dans cette tribu; les groupes que nous adopte- rons, d'aprs Lesson, sont ceux des Rats arvicoles, vrais Rats, Rats-Loirs et Rats ciiymyformes, dans lesquels nous placerons les genres particuliers crs par les auteurs modernes. Nous avouerons que nous ne savons pas si nous sommes parvenu tablir un ordre vritablement naturel dans notre disposition sriale, et que le groupe des vrais liais sera, pour une partie au moins, une sorte de division iVineerKa sedis dans laquelle nous placerons plusieurs genres de Muriens, que nous ne pour- rions disposer avec certitude dans les autres subdivisions. Nous dirons aussi que le peu d'intrt que prsentent, en gnral, la plupart des espces nous a engag ne pas entrer dans de nombreux dtails sur les caractres gnriques ainsi que sur les descriptions spcifiques, except toutefois pour le genre Rat proprement dit, le plus important de tous. i" GROUPE. RATS ARVICOLES. Lesson. Les espces que nous placerons dans ce groupe particulier offrent en mme temps des caractres voisins de ceux des Campagnols et des Rats, et servent ainsi tablir le passage sriai entre ces deux grands genres naturels. On y range un nombre trs-restreinl de Rongeurs qui proviennent de l'Afrique mridionale et de TAmrique du Sud, et qui constituent les deux genres Otomys, Fr. Cuvier, on Eurgolis, Drandt, cl Reithrodon, Waterhouse. 7'" GENRE. OTOMYS. OTOMYS. Fr. Cuvier, 1825. f" n?, oreillt; [J.'j, Ual. S ncnls (les Mammifres. CARACTERES GENERIQUES. 'V Molaires suprieures couronne forme de lames transversales un peu arques, bordes d'mail. cl dont le nombre est de trois pour la premire, de deux pour la seconde et de quatre pour la troi- sime : molaires infrieures ayant moins de largeur que les suprieures, h lames moins arques, au nombre de quatre pour la premire et seulement de deux pour chacune des deu.r, dernires. )(; iiisToii'.i: N.\T[;ni'LLE. l'V. (Itivier a Inriitc, sous le iiniii d'Olomijs, un i^enre (|iii ne (litii! ircllcmoul des lats proj)!''- iiuMiI (lits ou des Max que par les caractres odoutologifiiios que nous venons d'indiquer, et qui se rapproche en mme temps assez des Campa;;nois. M. lirandt a dsiiJi'ii iCeslaclil (1er Mii'izni, 1(S27) le muKt groupe sous la dnomination ' linjoiis (rjpu:, large; o).-, bouche), qui a t souvent adop- te par les zouloi;isles. Les espces de ce groupe proviennent de l'Afrique mridionale, et principalement des environs du cap de Bonne-Esprance; ce sont : i I'Otomys a dkux taiks (Olonnjs bisiilcnlus), Vv. (luvier, que M. Rrandt a dsigne sous le nom 'Iinius irrorala; 2 I'Otomys du Cap ou Najiaquois (Olomys Cn- prnsis), Vr. Cuvier. A ces deux espces on peut enjoindre une troisime, dont la patrie n'est pas indique par les auteurs ; c'est VEuriiolis pallida, Wagner. Fig. 29. Otomys namaquois. 8'" GENRE. P.EITHRODON. BEITHRODON. Waterhonse, 1857. Procpeding^ nf znnlogical Society of I omlon. PeiG^ov, sillonne; o'^O'j; denl. CARACTRES GNRIQUES. Incisives suprieures marques, en avanl, d'un sillon vertical. Molaires dcroissant en gran- deur de la premicrc la dernire. Tte forte; crne un peu largi. Queue mdiocre, velue. Un caractre remarquable de ces animaux, et en gnral de beaucoup de Rats de l'Amrique mri- dionale, c'est leur tendance ressembler, par la forme de leurs molaires et un peu aussi par plu- sieurs autres particularits, aux Campagnols et aussi au genre Octodon. C'est ce qui fait que les Bcitlirodons sont parfois indiqus vulgairement sous la dnomination de Dais-Canipagnols, ou de Jials-Arvicoles, que nous avons employe pour distinguer un petit groupe distinct de liais. Les Reithrodons appartiennent l'Amrique du Sud, et M. Waterhouse en a fait connatre trois espces particulires dans les l'rocecdings de la Socit zoologique de Londres |)Our 1857, et dans la partie mammalogique du Vogage du lieaglc; ce sont les Beilhrodon igpicus de la Plata. cunicu- loides de la Palagonie, et chinchil laides du dtroit de Magellan, dont les deux dernires, ainsi que l'indique leurs noms, oifrent quelque analogie loigne avec le Lapin et avec le Chinchilla. a*" CRDUPF,. VRAIS RATS. Lesson. Les Rongeurs que l'on pla(-c dans ce groupe sont les espces vritablement typiques de la tribu des Muriens de M. Isidore Geoffroy SaintHilaire; car c'est parmi eux que nous trouverons le Rat RONGEURS. 97 ordinaire, le Surmulot, la Souris, le Mulot, etc. Ds lors on comprend que ce sont de tous les Mam- mifres ceux qui sont le plus essentiellement Rats, et que tous, ou presque.tous, rentraient ou pour- raient rentrer dans le genre naturel des Mus de Linn. On connat plus de cent espces de ce groupe, et elles sont rpandues dans toutes les parties du monde. On peut mme dire que, tout au moins pour certaines d'entre elles et des plus importantes, leur patrie originaire n'est pas connue d'une manire bien positive; car beaucoup de ces animaux ont suivi l'homme partout, et. trouvant partout sa suite les moyens de pourvoir leurs besoins naturels, sont devenus cosmopolites. Des genres nombreux ont t forms dans ce groupe, la plupart pour des espces actuellement vivantes et quelques autres pour des espces que l'on n'a rencontres, jusqu'ici au moins, qu' l'tat fossile. Le principal de tous ces genres est celui des Bats ou des Mus; parmi les autres, nous cite- rons seulement ceux des Pliijllolis ou Hespcroniys, Scapteromys, Oxiinnjsterus, Abrollirix, I\eo- tomn, Sminllius, Akodon, etc.; enfin nous grouperons avec doute un autre genre dont la place n'est pas encore dtermine d'une manire bien positive, celui des Pillieclnre, Fr. Cuvier, qui nous a paru trop intressant tudier pour que nous n'en disions pas quelques mots. 9"- GENRE. - RAT. MUS. Linn, 177)5. Systenia natuijr. Mj;, Rat. CARACTRES GiNRIQUES. Sifsihne dentaire : incisives, f : molaires, l~l; en totalit seize dents. Incisives suprieures as- sez courtes, en coin; les infrieures longues, comprimes, trs-aigus. Molaires simples, couronne (jarnie de tubercules mousses : l'antrieure tant la plus grande tant en haut quen bas; toutes peu prs aussi longues que larges. Museau assez prolong, plus ou moins aigu. Oreilles dveloppes, oblongues ou arrondies, souvent nues. Pas d'abajoues. Yetion assez saillants, moins dvelopps que dans d'autres Bongeurs. Pieds antrieurs quatre doigts onguiculs et une verrue recouverte d'un ongle trs-obtus en place de pouce; pieds postrieurs mdiocrement allongs, non palms, cinq doigts onguiculs. Queue rarement plus courte que le corps, longue ou trs-longue, trlile, nue, quelquefois flo- conneuse au bout, et cailleuse. Ces cailles, trs-petites, formant des anneaux dont le nombre est constant dans chaque espce, et de dessous lesquels sortent les poils. Pelage compos de poils doux et de poils plus ou moins rudes, assez raides, principalement sur les parties suprieures, et ayant, dans quelques espces, la tendance se changer en pirjuants. Sifslmc de coloration blanc, gris, roux ou noir; jamais brillant. Taille moyenne et souvent mme petite. Ccum assez petit. Le nom de Ptat et celui de Mus, Linn, a t primitivement appliqu, ainsi que nous l'avons dit, par les naturalistes, tous les Rongeurs de petite taille; il a t ensuite employ pour dsigner pres- que tous les animaux qui entrent dans la tribu des Muriens, et enfin aujourd'hui il est encore plus restreint et n'est plus appliqu qu' des Rongeurs qui, comme le Rat commun, le Surmulot, la Sou- ris, le Mulot, etc., prsentent l'ensemble des particularits organiques que nous avons indiqu dans nos caractres gnriques. Brisson et Pennant donnaient ce genre le nom de Battus. L on a mme cherch le partager en plusieurs sous-genres; nous indiquerons trois de ces subdivisions : celles des Mus Anclorum, Museulus, Rafinesque, et Micromys, Lesson. Le systme dentaire des Rats donnant les meilleurs caractres de ce genre, nous croyons devoir transcrire la description qu'en a publie Fr. Guvier. Il y a deux incisives chaque mchoire et trois 13 98 iiisToii'.E natciiklm:. niolnircs (\o cli.'iqiui cto dos deux inAclioircs. A la niiiclioiir suprieure, l'iucisive est lisso cl plate autriourcnuiit; olle nait. (Iqs cics de la |)arlie aulrioure du maxillaire. Les trois melielires vont en diminuant de i;randeur de la premire la dernire; elles sont d'abord rcmar(|ables en ce qu'elles sont couches d'avant en arrire, et ce caractre existe presque constamment. La premire se ('ompose de six tubercules, qui, considrs dans leur ordre transversal, se pi'scntcnt ainsi : deux en avant, l'un })lus i>ros. corresjKjndaiit la partie moyenne de la dent, et l'autre au (t interne; trois ensuite, deux j)etits sur les bords, le plus yrand dans le milieu, et un cnlin i\ la partie postrieure de la dent, et de la grandeur du tubercule moyen des trois prcdents. Cette disposition de cfrands tubercules au milieu et de petits sur les bords donne la forme d'un trfle la ligne onduleuse qu'ils forment. La seconde est forme de quatre tubercules, un en avant du ct interne, deux au milieu, disposs obliquement de dehois en dedans, et d'avant en arrire, le quatrime en arrire au ct externe. La dernire en a galement quatre disposs entre eux comme ceux que nous venons de dcrire, c'est- -dire qu'elle ressemble celle qui la prcde. A la mcboire infrieure, l'incisive est semblable ;\ celle de la mchoire suprieure; elle nat fort en arrire et au-dessus des molaires, du milieu de la branche montante du maxillaire, o son bulbe a produit une petite saillie. Les mchelires vont en diminuant de grandeur de la premire la troisime; elles sont penches dans le sens inverse de celles qui leur sont opposes, et elles sont galement formes de tubercules. La premire en a cinq : un petit antrieurement, deux au milieu et deux postrieurement. La seconde en a quatre, disposs aussi par paires : deux en avant et deux en arrire. La dernire n'en a que trois : un en avant et une paire ensuite. Ce systme dentaire a t tudi dans la plupart des espces typiques europennes, ainsi que dans plusieurs espces exotiques, et il est peu prs le mme, sans modifications bien impoi'tantes, pour toutes les espces du mme genre. L'ostologie de ces Rongeurs est importante connatre, et lions renvoyons aux travaux particu- liers de Daubenton et des anatomistes modernes; nous nous borneroiiS dire qu'elle prsente quel- (|ue analogie avec celle des cureuils. L'espce nous manque aussi pour donner des dtails sur les autres parties de l'anatomie interne des animaux qui nous occupent. La forme de la tte des Rats est assez obtuse, et ne se termine point par un museau fin et coni- que comme celui qui a valu aux Loirs le nom de Mifoxin (de u.j:, Rat; ^Im:, pointu); leurs yeux, mdiocrement ouverts, ne sont pas trs saillants et globuleux comme ceux de ces derniers Ron- geurs; leurs oreilles, trs-grandes, arrondies ou ovalaires, sont minces et couvertes d'un poil si court, qu' premier aspect elles semblent nues; leur bouche n'a pas d'abajoues comme celle des Hamsters; leurs pieds, mdiocrement longs et termins par des doigts minces, offrant des ongles aigus et grles, ne prsentent pas les dispositions de grandeur des Gerboises et des lllamys; le pouce des mains est trs-court, tuberculeux, ou mme n'est reprsent que par une saillie garnie d'un ongle obtus; il n'y a pas de membrane entre les doigts des pieds de derrire comme chez les Ilijdromijn, ni de ranges de cils raides comme dans les Ondatras. La queue, dont la longueur est souvent gale ou plus considrable que la tte et le corps runis, est ronde la base et insensible- ment conique jusqu' l'extrmit; elle est recouverte par des cailles trs-petites disposes par an- neaux ou verticilles entre lesquels apparaissent des poils longs, raides et assez rares; sa forme et sa disposition distinguent facilement les Rats des Ondatras, chez lesquels la queue est comprime latra- lement; des Castors, o elle est largie et aplatie horizontalement; des Loirs, des Gerboises et des Campagnols, dont la queue est entirement velue; enfin des Hamsters, des Marmottes, des Lemmings, chez lesquels elle est trs-courte; des Aspalax, qui en sont dpourvus, etc Le pelage est ordinaire- ment assez dur, ou plutt, au milieu des poils fins qui recouvrent les parties suprieures de ces ani- maux il y a beaucoup de poils plus longs, plats, et plus durs que les autres, et qui, chez quelques espces, rappellent un peu les piquants des Ecliimijs. La taille des Rats est mdiocre, ou plutt assez petite, et la plus grosse espce n'a gure plus de 0"',05o de longueur totale pour la tte et le corps runis. Ces Rongeurs sont essentiellement om- nivores, comme le montre la disposition particulire de leurs molaires; cependant ils prfrent le plus habituellement une nourriture vgtale, et surtout des giains et des racines. Quelques-uns sont aussi avides de matire animale en dcomposition; lorsque la disette se fait sentir, les Rats s'atta- quent mutuellement, et les plus faibles deviennent la proie des plus forts, qui ensuite se battent entre eux. C'est par ce motif que certaines espces assez faibles, comme le Rat ordinaire, semblent pij^ i itystroitiy pieds blancs. l'ii;. -2. Gerbille de Sliaw. 15. U(lNGl<:iJRS. 99 (liiiiiiiiier cliuque jour, parce que de plus fortes, comme le Surmulot, 1( ur loin une cliasse continuelle et meurtrire. Nanmoins les espces ne sont pas dtruites entirement, parce que les jeunes crois- sent rapidement et sont bientt en tat de reproduire eux-mmes. A l'poque des amours les mles se livrent entre eux des combats furieux pendant la dure desquels ils font entendre des sifflements aigus. Les mamelles sont en nombre variable de quatre douze; les mles sont trs-lascifs et ont des temps de rut marqus pendant lesquels leurs ori^anes principaux de la reproduction, qui habituelle- ment sont intrieurs et comme atrophis, deviennent trs-volumineux et forment une saillie trs- considrable au-dessous de la queue; les femelles, qui font quelquefois plusieurs portes par an, produisent dans chacune d'elles un nombre toujours considrable de petits, qui parfois s'lve jus- qu' dix ou quinze. L'instinct naturel de ces animaux n'offre rien de bien remarquable. Quelques-uns se creusent des terriers trs-simples, peu tendus, sans profondeur, et peu d'entre eux \ runissent des provisions pour Ihiver, comme le font les Campai^nols et d'autres Piongeurs Presque tous les Piats, sinon tous, ne subissent pas d'engourdissement hivernal; toutefois on a dit que certaines es- pces s'engourdissent, comme les Loirs, pendant l'hiver; mais ce fait a encore besoin de confirma- tion. Plusieurs se sont attachs l'homme et ont t transports partout o il s'est tabli. La Souris, qui ne (piilte pas ses habitations, parat tre, de toutes les espces qu'on pourrait domestiquer, celle qui existe primordialement en Europe, et que les anciens dsignaient particulirement sous le nom grec de Mu:, dont les Latins ont fait leur Mus; quant la plupart des autres espces europennes, elles ont t introduites par le commerce des hommes; c'est ainsi que le Rat ordinaire ou le Hat noir est apparu le premier, que le Surmulot est venu ensuite, et que rcemment on a signal le ^[ns Alcxandrinns en Italie, et une autre espce dcrite par Lesson, 1<^ Mus subcruleus, Rochefort. Nous avons dit que Linn, le premier, a cr et restreint le genre Rat; car auparavant le nom de ]\[us tait appliqu presque tous les Rongeurs, depuis on a fond ses dpens un grand nombre de groupes gnriques, et l'on a mme cherch former des subdivisions parmi les espces qu'on a laisses dans ce genre, et qui proviennent de toutes les parties du globe. Les seules subdivi- sions que nous adopterons sont celles des Mus, Musculus et Microniijs, encore ferons-nous ob- server que ces groupes ne sont pas bien caractriss et que |)lusieurs espces passent facilement de l'un l'autre. 1^ GROUPE. MIS. Auctorum. Ce groupe ne renferme que cinq ou six espces, qui toutes se trouvent en Europe, et se sont en mme temps rpandues avec l'homme sur un grand nombre de points du globe. i SURMULOT. MUS DECUMANUS. PalLis. Caractres spciFinuts. Yeux plus gros que ceux du Rat noir ou Rat vulgaire, et sortants, grands, ronds, noirs. Oreilles proportionnellement plus courtes, plus arrondies et un peu velues. Museau plus court, mais tte plus allonge. Chanfrein plus arqu et mchoire infrieure presque gale en longueur la suprieure. Tout le dessus du corps d'un brun rousslre ou ferrugineux terne, ml de gris; les poils tant ardoiss la base, et les plus longs noirtres. Dessous du corps cen- dr clair ou blanchtre. Tout le pelage gnralement rigide et comme hriss. Pieds presque nus, non palms; leur peau couleur de chair. Queue plus courte que le corps, presque nue, couverte de petites cailles formant un peu plus de deux cents anneaux. Mamelles au nombre de douze. Taille plus forte que celle du Rat ordinaire; longueur totale du corps, mesur depuis le haut du museau jusqu' l'anus, 0"\28; de la tte depuis l'occiput jusqu'au bout du nez, 0'",07; de la queue, 0"',21; des oreilles, 0"\02. Celte espce est le Mus sijlveslrls. Rrisson; le Mus Norivegicus. Linn, Erxleben; le Mus decu- 100 HISTOIRE NATURELLE )naniis, l'allas ((lnomiiialion qui a pivvalii); \c Mus griseus, PennanI; c'est sous la dnominalion (le SuHMULOT qu'il a ctc lo \)his souvenl indiqu, vl c'est sous ce nom que Bufl'on l'a dcrit; le Pouc du mme auteur semble aussi n'en tre qu'une simple varit. C'est le Wanderralle des Allemands, et le Norwaii-Iint des Anglais. On connat un assez grand nombre de varits de cette espce, quoique cependant elles soient beaucoup jtlus rares (|ue dans le Piat ordinaire. Les unes sont dues des influences climatriques, tels seraient les 3Ius dccnmrntus Norwcificus et sfjlveslris; toutes les autres, en plus grande quan- tit, ne sont dues qu' l'albinisme ou des changements peu considrables du systme de coloration : oe sont les varits blanche [albus. Lesson), blanchtre {albuhis], couleur de cannelle {cinnamo- meus), uniformment gris de perle (griseus) et tachet de gris et de brun (niaculatus) . Mais nous devons faire observer avec M. De Selys-Longchamps que l'on distingue toujours facilement ces va- rits de celles des autres espces du mme genre la longueur de la queue et la forme de la tte et des oreilles. Fig. 30. Rat Surmulot. Le Surmulot est la plus grande espce de Rat d'Europe. Il est indigne de l'Inde et de la Perse, et s'est introduit en Angleterre vers i730, import par le commerce maritime. Ce n'est gure qu'en 1750 que son existence a t signale en France. De l'Angleterre et de la France, il a fait invasion dans tous les ports de mer, et s'est propag au point qu'il habite maintenant non-seulement toute l'Europe, mais encore l'Amrique, une partie de l'Afrique et de l'Ocanie, et, en un mot, toutes les contres o les Europens ont des colonies. Il s'est en quelque sorte constitu le compagnon de l'homme, et, comme lui, est devenu cosmopolite; et, comme il est plus fort que le Rat ordinaire, qui existait dj dans beaucoup des lieux o il a pntr, il l'a dtruit et remplac presque partout. En 1727, peu prs la mme poque o le Surmulot tait transport par mer en Angleterre, il parat, d'aprs le tmoignage de Pallas, qu'il fit irruption par terre dans la Russie mridionale par Astrakan; et y apparut en si grande quantit la fois qu'on ne pouvait rien soustraire son atteinte; il venait du dsert de l'ouest, et avait travers le Wolga, dont les flots durent en engloutir un grand nombre. Buffon a appliqu cette espce le nom de Surmulot, cause de sa ressemblance extrieure avec le Mulot, qu'il dpasse nanmoins beaucoup en dimensions. C'est l'animal le plus nuisible du genre Rat, et peut-tre mme de tout l'ordre des Rongeurs. Sa force lui donne les moyens de percer des murs trs-pais, d'attaquer les Oiseaux de basse-cour, les Pigeons, et de se dfendre des attaques des Chiens et surtout des Chats, qu'il parvient souvent vaincre. Le Surmulot se nourrit de toutes les matires animales ou vgtales qu'il rencontre, et il semble chercher dtruire tous les objets Fig. 1. Rat d'eau. Fis- '-i. Mrioii H erine. PI. 21. UONGEURS. 101 qui se rencontrent sur son passage. Il frquente de prfrence le bord des eaux, les gouls et les canaux, d'o lui vient le faux nom de Bal d'eau, sous lequel il est connu en Belgique et ailleurs. Ou le voit souvent traverser les rivires la nage, mais il plonge mal; c'est ordinairement dans des terriers peu profonds, sur le bord des eaux, qu'il tablit sa demeure. On sait les quantits innombrables d'individus qu'on en dtruit lorsqu'on cliasse ces iats dans les gouls de nos villes. Duffon rapporte que c'est dans les chteaux de Chantilly, de Marly et de Versailles qu'ils se tirent remarquer pour la premire fois par les dgts qu'ils occasionnrent. Aux environs 'de Paris, les Surmulots taient surtout trs-abondants dans la voirie de Montfaucon, o vers le soir on les voyait recouvrir en entier les cadavres des Chevaux abattus dans la journe. Us ne sont pas moins communs dans un grand nombre d'tablissements renfermant des matires animales en dcomposition, dans les amphithtres de dissection, dans les boyauderies, les latrines publi- ques, etc. Us se creusent des terriers peine assez profonds pour contenir leur corps, ou ils se ca- chent dans l'intrieur des charognes ou mme dans la cavit des ttes de Chevaux depuis longtemps dessches. D'autres recherchent les endroits o y il a des grains, et se rencontrent dans les caves et dans les granges, les celliers et les magasins; mais, lorsqu'ils ne sont pas presss par le dfaut de nourriture, ils ne s'tablissent pas dans les greniers ni dans les tages suprieurs des maisons. Quel- quefois ils se sont tellement multiplis sur les navires, qu'on s'est vu dans la ncessit d'abandon- ner ceux-ci pendant un temps assez long, pour que, manquant enfin de nourriture, ces animaux s'ex- terminassent entre eux-mmes presque compltement. Quelques-uns, en plus petit nombre, vivent la campagne, et ceux-ci attaquent les jeunes animaux, tels que les Levrauts, les Lapereaux, les jeunes Perdrix et les Pigeonneaux, qu'ils trouvent au gte ou dans leurs nids. Nous avons dit que les Sur- mulots taient les ennemis acharns du Rat ordinaire et qu'ils en avaient considrablement restreint l'espce; toutefois, dans quelques circonstances, on les a vus vivre en bonne intelligence les uns avec les autres. Fr. Cuvier a constat ce fait intres.sant, et il rapporte ce qui suit ce sujet : Les Sur- mulots n'excluent pas ncessairement les Rats ordinaires d'o ils s'tablissent, et j'ai vu ces deux espces vivre sous le mme abri et dans des terriers contigus. C'est qu'ils trouvaient dans ce lieu d'abondants aliments, et que les plus forts n'avaient pas besoin, pour se nourrir, de faire la guerre aux plus faibles; car ce n'est que dans ce cas seulement que les uns sont la cause de la disparition des autres, et, comme toutes les espces du genre, ces Rats se dvorent entre eux lorsqu'ils sont presss par la faim. La plupart des aliments, au reste, leur conviennent, ainsi qu' tous les Ron- geurs racines distinctes de la couronne dans les dents molaires. ) On a dit que l'odeur des Lapins les faisait fuir, et l'on a indiqu comme un moyen sr de les loi- gner l'introduction de ces animaux dans les lieux qu'ils habitent; nanmoins l'on a remarqu que les Surmulots s'tablissent parfois dans d'anciens terriers de Lapins; ce qui semble contradictoire avec le fait que nous avons nonc. Ces Rats pullulent normment ; en effet, les femelles font de douze vingt petits par porte, et les portes se renouvellent trois fois par an. Certaines races de Chiens, et en particulier les Lvriers, les Chiens anglais et surtout les Boule- Dogues, les dtruisent avec une rare adresse, faisant aussi bon march des Rats que les Chats le font de la Souris. Ils ont souvent le foie attaqu par un Cysticerque, le Cysticerciis fasciolaris, qui est contenu dans un petit kyste membraneux. 2. R.\T ORDINAIRE .ou RAT NOIR MUS RATTUS. Linn. Caractres spcifiques. Tte plus courte que celle du Surmulot. Museau aigu. Mchoire inf- rieure plus courte que la suprieure. Yeux gros et saillants. Moustaches longues, noires. Oreilles ovales, trs-grandes, brunes et nues. Poils en gnral trs longs, mais variant de' longueur. Dessus du corps d'un cendr noirtre, sans mlange de rousstre; dessous du corps plissant insensiblement et passant au cendr. Pieds noirtres, peu poilus, avec les doigts parsems de poils blanchtres : cinq doigts aplatis aux pieds de derrire et quatre ceux de devant, avec un ongle reprsentant le pouce; ongles latraux, tant en devant que derrire, trs-courts. Queue un peu plus longue que le corps, presque nue, compose de deux cent cinquante anneaux cailleux environ, noirtre. Longueur totale de la tte et du corps. 0"',0-21 ; de la tte, 0'".004; de la queue. O'-VS^. 102 IIISTOllil-: NATlJnKLLK. Cette espace est le IUt de liilToii, le Hat oIlItl^Alnl; de la plupart des auteurs, le Iat .noir d'A. G. Dtsmarest et de Fr. Cuvier, le Mus donicslicits major. Rai; le Mus rallus, Linn, Pallas, Selireber. dnomination qui est gnralement adopte, (^est le IJausralle des Allemands, le Frenck Munie, e'est--dire Rat franais des habitants du pays de Galles, qui lui ont appliqu ce nom sans doute parce qu'il y est venu de France. (3n connat un assez liraiid nombre de varits du Rat ordinaire. La principale est la varit albiiic (nlbus, Lesson ). L'albinisme se voit souvent chez les Rats; ces animaux sont alors entirement blancs, avec les yeux rouges, la queue, les oreilles et les pieds couleur de chair. Cette maladie,, qui tient un vice du sang, se perptue souvent : M. De Selys-Longchamps rapporte qu'il a eu chez lui, dans la province de Lige, beaucoup de Rats blancs qui se sont reproduits dans les gre- niers d'une ferme pendant quatre ans, sans tre dtruits par les Rats noirs qui s'y trouvaient en mme temps. Les autres varits sont les suivantes : loule noire, brune, roussire en dessus et d'un blanc sale en dessous, tachete de blanc isahelle. En outre, on a quelquefois regard comme une varit italienne de cette espce un Rat qui, mieux tudi, a d tre rapport au Mns Alcxan- drinns d'Etienne Geoffroy Saint-Ililaire; et l'on devrait peut-tre aussi y rapporter \e Mus hibernicus de Thompson. Le Rat ordinaire se trouve maintenant dans toute l'Europe, si ce n'est dans la Toscane et l'Italie mridionale, o il est remplac par le Mus Alexandrinus et par le Surmulot, qui l'en a peut-tre expuls comme tant plus fort et ayant le mme genre de vie : on le rencontre aussi dans presque toutes les parties du globe dans les colonies europennes. On ne sait pas positivement d'o ce Rat est originaire; mais ce qui est certain, c'est qu'il tait inconnu des anciens, et qu'il n'est parvenu en Europe que depuis le moyen ge. Quelques naturalistes ont pens qu'il a t amen de l'Amrique, o il est assez rpandu aujourd'hui; et d'autres ont dit, au contraire, qu'il a t transport de l'an- cien continent dans le nouveau; mais aucun fait positif ne peut appuyer ni l'une ni l'autre de ces opinions sur la patrie originaire de ce Rongeur. On peut aussi avec autant de raison supposer, comme M. De Selys-Longchamps, que sa patrie tait la Syrie, et qu'il nous est venu en Europe au temps des croisades; mais toutefois on peut objecter cela que les auteurs modernes qui en ont parl clairement ne remontent mme pas au del du seizme sicle, et que c'est Gesner qui, l'un des premiers, l'a bien dcrit la premire fois. Le Surmulot, arriv plus rcemment chez nous, ne peut souffrir le Rat noir et lui fait une guerre cruelle. Il semble dj avoir chass celte espce de l'Angleterre et en a rendu le nombre des indi- vidus assez peu considrable dans plusieurs parties du continent. Ils ont cependant des habitudes un peu diffrentes : le Surmulot se tient habituellement dans les canaux, les caves et le bas des maisons, tandis que le Rat noir habite de prfrence les greniers, les toits et les endroits secs. Mais ce n'est pas uni(juemenl la cause que nous venons d'indiquer que l'on doit rapporter la raret actuelle des Rats noirs, compare la multitude innombrable des Surmulots; en effet, ces animaux ne pullulent pas autant : la femelle ne fait qu'une seule porte par an, et cette porte ne se compose ordinairement que de cinq six petits, et rarement plus. Le Rat noir vit dans les maisons, o il se tient cach pendant le jour. Il se nourrit de grains, de fruits, de farine, de pain, de lgumes et de toutes les matires animales qu'il trouve sa disposi- tion. Il ronge tout ce qu'il rencontre, soit pour se gter, soit pour se nourrir; il attaque les Pigeons, les Poulets, les jeunes Lapins des clapiers, etc. H est d'un temprament trs-lascif; et, l'poque des amours, les mles se battent entre eux pour se disputer la possession des femelles, et quelque- fois se blessent mort. Lorsque les vivres leur manquent, ils se font la guerre entre eux, et les plus faibles sont mangs par Us plus forts. Leurs ennemis principaux sont les Chats, les Relettes, les Chouettes, et surtout, ainsi que nous l'avons dit, les Surmulots; ils se dfendent contre eux avec beaucoup de courage, mais presque constamment sans succs. Dans les maisons rurales o le Rat se propage, c'est un vritable flau par les dommages qu'il cause en rongeant le linge, les toffes, les harnais de cuir, le lard, en un mot tout ce qui tombe sous sa dent. Le got particulier (ju'il a pour le lard fait qu'on emploie ordinairement cette matire pour amorcer les piges nombreux qu'on lui tend. A la Nouvelle-Hollande, dans presque toutes les colo- nies, dans les archipels les plus carts, partout enfin, ces animaux sont le flau des habitations,, et, lorsque les lieux qu'ils frquentent ne leur donnent plus une nourriture abondante, ils se dplacent. rps 0"'.008, et la queue 0"',004. La synonymie du Rat nain ou Rat des moissons est trs-complique, et, d'aprs M. De Selys-Long- champs, on devrait ne regarder comme formant qu'une seule et mme espce toutes celles qui taient dsignes sous les noms de Mus miniilus, l'allas, Erxleben, Schreber, Gmelin, A. G. Desmarest, Les- son, Fischer: pcndiilinus, llermann; soricinus, Hermann, Schreber, Gmelin, A. G. Desmarest, Lesson, Fischer; parvnli(s,]\ermaun, Fischer; messorins, Shaw, A. G. Desmarest, Lesson, Fischer; campcslris, Fr. (ivier, A. G. Desmarest, Fischer, et avenarius, Woif. Nous renvoyons aux Eludes de Micromnm- mulocjie, dans lesquelles M. DeSelys-Longchamps donne avec soin les raisons qui l'engagent runir toutes ces prtendues espces en une seule; nous ferons seulement observer que quelques zoologistes regardent encore comme distincts An Mus minulus les Mus messorins, Shaw, elsoricinns, llermann. Le premier serait caractris par son pelage, d'un gris de Souris ml de jauntre en dessus, blanc en dessous, avec les pieds de cette mme couleur, et la queue trs-peu plus courte que le corps, et vivraient dans les endroits rocailleux et les champs cultivs en Angleterre et en France. Le second, museau trs-prolong et comme celui des Musaraignes, oreilles orbiculaires, velues, queue aussi longue que le corps, aurait un pelage d'un gris jauntre en dessus et blanchtre en dessous; on le trouverait dans la France orientale et occidentale, Strasbourg selon Hermann, et dans les environs de Saintes d'aprs Lesson. La couleur du pelage, dans celte espce, est d'un fauve moins vif et ml de gristre chez les jeu- nes individus, tandis qe chez les vieux elle devient souvent d'un roux jaune trs-beau et uniforme, peu prs comme le pelage du Muscardin. D'autres fois les joues et la croupe sont seulement d'un roux vif. D'aprs cela on voit qu'il faut se mettre en garde de vouloir crer des espces avec le pelage, qui varie assez considrablement, et il en sera de mme d'aprs les caractres que l'on peut tirer de la longueur de la queue, (jui est trs-variable sous ce rapport, elle est compose d'environ cent trente anneaux eaiLleux, et gale le plus souvent, chez les vieux individus, la longueur du corps; mais i! arrive quelquefois qu'elle est d'un tiers plus court. M. DeSelys-Longchamps a dcrit une varit isa- Jbelle de cette espce qui a t prise aux environs de Lige. RONGEURS. 1110 Dans l'Europe occidentnle, le Slits niinuius so rassemble, l'hiver, sous l(!s meules de bl : c'est ce qui lui a fait rjonner, on Angletcire, le nom de Mus nicssoriiis. En t il se tient dans les champs et entrelace dans le bl un nid suspendu dans le genre de ceux de quelques espces d'Oiseaux du genre des Msanges; ce nid est trs-recouvert, ovale et trs-artistement tress : de l le nom de Mus pcnduHnns. il se nourrit de grains et de racines; pullule quelquefois beaucoup et ds lors est trs- nuisible lagriculture. On peut trs-facilement l'habituer la domesticit, et il devient en peu de temps, souvent au bout de trois ou quatre jours, d'une grande familiarit lorsqu'il est en captivit; il est d'un naturel trs-doux; rien de plus amusant que la vivacit et la souplesse de ses mouvements : tantt ce sont les attitudes d'un cureuil, tantt celles d'un Gerboise, et alors il se tient debout comme celui-ci. On le nourrit avec du froment et du pain tremp dans du lait; il ne rpand aucune odeur. Le Rat nain semble habiter toute l'Europe tempre; il est commun en France, en Relgique, en Angleterre; il se trouve dans toute l'Allemagne, et Pallas l'a vu dans une grande partie de la Russie et de la Sibrie; enfin, selon Savi, il semble se rencontrer en Italie, quoiqu'il ne paraisse pas habiter le midi de la France et la Suisse. 2. ESPCES D'ASIE. 'i'2. r.AT CAl^ACO. MUS CARACO Pall.is, Gmolin. Cauactrf-s srKCiFiQUES. Pelage mlang de rousstre et de gris, plus fonc sur le dos que sur les cts; ventre d'un cendr blanchtre; pattes d'un blanc sale; queue plus longue que la moiti du corps; pieds demi palms. Longueur de la tte et du corps, O'",020; de la queue, 0'",014. Cette espce se tient dans l'intrieur des maisons, peu prs comme le Rat ordinaire; mais il habite de prfrence le voisinage des eaux. H nage trs-bien, creuse la terre, et fait autant de ravage que nos Rats europens. Il habite les contres orientales de la Sibrie, et principalement la Mongolie, o il parat tre venu des rgions orientales de l'Asie et des provinces australes de la Chine. 13. RAT SUBTir.. MUS SUBTIL1S. Pallas. C.MlACTKRES SPCIFIQUES. Pelage fauve ou cendre en cIcssu.h, avec une ligne dor&alc noire; oreilles plisses; queue plus longue que le corps. Longueur de la tte et du corps, 0"',008; de la queue, O^.OOG. On runit cett'e espce, qui est voisine du Rai noir, les Mus vagiis et betulinus, Pallas. Elle prsente de nombreuses varits. Ce Rat monte facilement sur les arbres l'aide de ses larges mains, et, lorsqu'il marche ou qu'il court, il tient ses doigts carts. Sa nourriture consiste en toutes sortes de substances vgtales ou animales, mais surtout en grains. On le rencontre abondamment en Sibrie, principalement dans les forts de bouleaux situes entre l'Oby et le Jenissey; on le trouve galement dans tout le dsert de la Tartarie au del du cinquantime degr de latitude borale. Deux espces assez connues sont : 1 le Rat stri [Mus striatus), Linn, des Indes orientales, et 2" le Rat de i/Inde [Mus Indiens), Et. Geoffroy, des environs de Pondichry. Parmi les autres espces asiatiques de Rats, qui sont au nombre d'une trentaine, nous nomme- rons seulement les i)/s Ma'abarmsis, Shaw, ou M. giganteus, liardwich, le plus grand de tous les Rats de la cte de Coromandel, de Calcutta, du Bengale; oleraceus, Bennett, du pays des Mohrattes; Abboiii, Waterliouse , de Trbizonde, etc. 110 HISTOIRE NATLiriELLi:. T). ESrCE DE MALAISIF. 1i. PAT DE JAVA. MUS JAVNUS. Ilrniiiiiin CARACTnES si'ciFiQUEs. Pelai^e (riiii beau roux en dessus; exii'cmits des p;itu\s blanches; queue plus courte que le corps; pieds non palms. A peu prs de la laille du Surmulot. Habite l'ile de Java. i. ESPECES DE L'AUSTRALIE. Outre plusieurs espces europennes et amricaines du c^enre Mus qui se sont acclimates en Ocanie, on a indiqu dans ces derniers temps plusieurs espces qui sembleraient particulires ;\ celle partie du monde, et qui ont reu les noms de Mus fuscipcs et GouUln, Waterhouse; Gi'fiyn, dclicalulus, Inrsulus. penicillaUis et Nov-IIoltandi, Gould, et lulreola, Gray. 5. ESPCES DE L'OCANIE. On eu dcrit deux espces : 1 Mus Galapngoensis, Waterhouse, des les de Gallapagos et^Cha- tliam, et 2" Mus Jacobi ou dccumanoides, Waterhouse, des les James cl Gallapagos. 6. ESPECES D'AFRIQUE. 15. IvAT DE BAllBARTE. MUS BARBAItUS. Linn. Caractres spcifiques. Pelage brun en dessus, marqu de dix lignes longitudinales blanch- ties; dessous du corps blanchtre; oreilles courtes, nues; pattes de devant quatre doigts et celles de derrire cinq; queue peu prs aussi longue que le corps. De la taille de la Souris. Cette jolie espce se trouve trs-rpandue dans le nord de l'Afrique et y remplace nos espces de Uats europens, et il fait de grands dgts. Depuis la conqute de rAlgrie, on l'a souvent apporte en France; il est craindre qu'elle ne s'acclimate dans nos provinces mridionales. Un de nos col- laborateurs en a lev un grand nombre d'individus en captivit; et la mnagerie du Musum en pos- sde plusieurs individus qui y ont reproduit plusieurs fois. Des dtails nombreux ont t donns sur cette espce par MM. Dennett. Wagner, Duvernoy et Lc- reboullet : ces deux derniers naturalistes surtout ont publi, dans les Mmoires du Musum d'His- toire naiiirclte de Slrasbourfi, t. III, 1840-1846, des particularits remarquables sur le systme dentaire et sur l'anatomie interne; nous y renvoyons le lecteur. 16. RAT PUMILION. MUS PUMILIO. Spermann. Caractres spcifiques. Pelage d'un fauve noir vari de cendr en dessus, avec trois lignes dorsales plus claires; dessous du corps blanchtre; queue mdiocre, lgrement pointue. A peu prs de la taille de la Souris. Cette espce, que Fr. Cuvier indique sous le nom de 3lus lincatus et Lesson sous celui de Mus Donavani, doit peut-tre, ainsi que le fait observer M. P. Gervais, tre rapporte au genre Dendro- 7mis : elle se trouve aux environs du cap de Donne-Esprance. l'armi les autres espces, nous indiquerons le Mus Hayii, Waterhouse, du Maroc; prelcxlus, RONGEURS. 111 Rrandt, de Syrie; flavivenlris. Rrandl, d'Arabie; Orientalis, Ruppell, de Massona; variciyuits. Rrandt, de Nubie; gemilis, Riandt, de Nubie et d'Egypte: colonus, Licbtenstein, d'AIgoa-Ray; iloli- charus, Smuts, et Allcni, Waterhouse, du cap de Bonne-Esprance, et Lisularis, Waterbouse, de l'le de l'Ascension. 7. ESPCES D'AMERIQUE. C'est cette partie du monde que se rapporte prs de la moiti des espces du genre Mus; car l'on en a dcrit plus de trente qui sont rpandues dans toutes les provinces, depuis les plus sep- tentrionales jusqu'aux plus mridiona'es. Nous n'en citerons que quelques-unes. Fig. 52. Rat Leliocla. A. ESPECES DES ETATS-UNIS. 11. BAT NOIRATRE. MUS NIGRICANS. Rafinesque. Caractres spcifiques. Pelage entirement noirtre en dessus, gristre sous le ventre; queue noire, plus longue que le corps. Longueur de la tte et du corps, 0'",018. Ce Rat est le Mks agrarius, Godmar, et le Mus sylvatkus, Forster, Richardson: il vit dans les bois, o il se nourrit de graines, et principalement de noisettes. Habite les tats de l'ouest de TA- mrique septentrionale. 18. RAT AUX PIEDS BLANCS. MUS LEUCOPUS. Rafinesque. Caractres spcifiques. Pelage d'un fauve bruntre en dessus, blanc en dessous; tte fauve; oreilles grandes; les quatre pattes blanches; queue aussi longue que le corps, d'un brun ple en dessus, grise en dessous, de la taille du Rat. Des tats de l'ouest de l'Amrique septentrionale. Quelques autres espces de IVlmrique septentrionale sont les Mus leiontis, polionolus, Immilis, aiireohis, Mkclganenss, Cnrolmeusis et palustris. JI2 I]IST(4I;K iNATUILLH. n. ESPCES DES ANTILLES. 19. BAT PILORI. MVS PILORIDES. A. G Desmarcsl. Cah.^ctres spcifiques. Pelage entirement d'un beau noir lustre, l'exception du menton, de la gorge et de la base de la queue, ({ui sont d'un blanc pur; queue un peu plus longue que le corps. Presque aussi grand que le Surmulot. Ce Rat, qui habite Saint-Domingue et la Martinique, s'y fait remarquer par les dgts qu'il y cause. Les naturalistes le connaissent depuis longtemps : Hocbefort, ds 1659, et Dutertre, en par- lent avec assez d'exactitude, et racontent les ravages qu'il fait aux cultures dans les Antilles; on l'a considr quelquefois, on ne sait trop pourquoi, comme tant du genrt (Uivin : ses habitudes sont celles des Rats; ses caractres gnriques ne l'loignentpas non plus de ces derniers animaux, et, ce qui est mme remarquable, son crne et ses dents ont une assez grande analogie avec ceux du Sur- mulot et de certaines grandes espces asiatiques de Rats. On a signal au moins vingt-cinq espces vivantes et fossiles provenant de cette partie du monde; mais ces espces sont bien imparfaitement connues, et il est probable que le nombre en sera trs- considrablement restreint plus lard. Nous n'indiquerons que le : 20. r.AT DU DRI':SII-. MUS DRASII.IE^SIS. A. G. Dcsnnrest. CAnACTRKs srciFiQDF.s. Ttc plus courte que celle du Rat ordinaire; oreilles moins longues; moustaches noires; pelage ras et doux, d'un brun fauve en dessus, fauve sur les lianes, gristre en dessous, queue un peu plus longue que le corps. De la taille du Rat ordinaire. Se trouve communment au Brsil. Cette espce est le type du genre des Ilalochilus, Wagner; ses dents sont en mme nombre que celles des Rats; mais elles ont, dans la disposition de leur mail, quelque chose de celles des Ccrco- mijs, Fr. Cuvier, Parmi les autres espces de la mme patrie, les plus connues sont les Mus vitlpinus, squamceps et phiisodes, Lichtenstein; pijrrkoninus, ^Vied, et un grand nombre d'espces cres par M. Lund. telles que les espces vivantes, qu'il nomme Mus principal' cupinticus, mustacalis, laliccps, la- siurus, expitlsns, loni'icauds cl laiiolis, et les espces fossues suivantes, outre plusieurs voisines des prcdentes : Mtis robiislus, debilis, orijclca, lalpnus, etc. r. ESPCES DE LA PLATA ET i... \GUAY. Une douzaine d'espces. 21. RAT ROUX. MUS RUFUS. \. G. Desmarcsl. Caiiactres spcifiques. Pelage gnralement d'un fauve rousslre; dessus de la tte et partie antrieure du dos plus obscurs; ventre jauntre; quei ant plus de la moiti de la longueur du corps. Longueur totale, 0"',0J6. Ce Rat, le Rat noux ou Rat ciKQUiiiME de D'Azara, habite le Paraguay, o il vil au bord des eaux. 22. RAT A GROSSE TTF:. MUS CEPIIALOTES. A. G. Desmarcsl. Caractsrf.s spcifiques. Tte trs-grosse, lu couri; pelage brun en dessus, plus clair sut Fig. 1. Euryotis une bande. Fig. 2 Rat de Barbarie. PI. 24. RONGEURS, Jlo les cts, blanchtre tirant lgrement sur le fauve en dessous; queue de la longueur du corps. Lon- gueur de la tte et du corps, 0"',012. Cette espce, le Rat a. grosse tte, ou Rat second de D'Azara, varie dans les couleurs de son pe- lage suivant les ges et les sexes. Elle habite les champs cultivs et s'y creuse des demeures souter- raines. Se trouve dans les environs du village de Saint-Ignace-Gonazon, au Paraguay. Des espces assez connues du mme genre sont : 1 le Rat oreillard, D'Azara {Mus auritus, A. G. Desmarest), de Bunos-Ayres; 2" le Rat lauciia, D'Azara {Mus lauclin, A. G. Desniarest), du mme pays, et 5 le Rat a tarse ko'.r, D'Azara [Mus nigrpes, A. G. Desmarest), du Paraguay. Les autres espces des mmes pays sont les Mus angouya, A. G. Desmarest (peut-tre le mme que le Mus BrasiUensis): Azar, Brandt; dubius, Brandt, du Paraguay; maurus, Waterhouse (decumanus, Waterhouse), qui ne diffrerait mme peut-tre pas du Surmulot; flavescens, Water- house: brevirostris, Waterhouse, de la Plata, etc. D. ESPECE DE LA MAGELLANIE. C'est encore M. Waterhouse qui a fait connatre un Rat qui provient du dtroit de Magellan, et auquel il a appliqu les noms de Mus [Soricinus) Magellanicus. E. ESPECE DU CHILI. M. Bennett indique sous la dnomination de Mus lonquaudaus une espce de Rat qui provient de la Conception, vers le trente-septime degr de latitude. Outre les nombreuses espces que nous avons dcrites ou indiques se rapportant au genre natu- rel des Rats, il en est encore un grand nombre qui ont prsent quelques naturalistes des carac- tres assez saillants pour qu'ils aient cru devoir en former des genres particuliers. Quelques-uns de ces groupes gnriques, tant fonds sur de bons caractres assez faciles saisir, doivent tre ds lors adopts; mais, d'autres n'offrant que des diffrences peu apprciables et les animaux qui y en- trent pouvant tre runis sans inconvnient aux Mus proprement dits, nous avons pens, au moins jusqu' ce qu'ils soient compltement connus, ne devoir les indiquer que comme en tant de simples subdivisions secondaires. 1 PHYLLOTIS. PUYLLOTIS. (t'JXXcv, feuille; to,-, oreille) Waterhouse, 1857. Proceedings of the zoological Society of London. Ce genre, particulirement caractris en ce que les animaux qui y entrent ont des oreilles gran- des, larges, minces, a t cr, par M. W^aterhouse, sous le nom de Pliijlloiis en 1857, et depuis a t revu monographiquement par le mme auteur dans la Zoolocjij of the MajcsUj Sk'ip ihe Bencjle, 1839, et indiqu alors sous la dnomination < Hesperomys (e^-sso;, crpuscule; ii:j;, Rat), tire des habitudes naturelles des espces. On ne range que quatre espces dans ce groupe, et toutes sont propres l'Amrique mridio- nale. Ce sont les PlnjUolis Darwinii, de Coquimbo, au Chili; xcmthopifijus, de Santa-Crux, au Mexi- que; yriseo-flavus, du Rio-Negro, et biinaculatus; tous dcrits par M. Waterhouse. 2. SCAPTROMYS. SCAPTER031YS. (SxawTvip, npo, celui qui fouille; fj.u;, Rat.l Waterhouse. 1851. Proceedings of the zoological Society of Londoii. Un Rat de Maldonado a servi M. Waterhousse de type pour la cration de ce genre, et il indique l'espce unique de ce groupe sous la dnomination de Scnplewmijs tumidus. i\/t HISTOIKE iNATURELLi:. 3. OXYMYCTRE. OXTMYCTERUS. (0?u, aigu; i.u)4T)p, nez ) Waterhoiise, 1855. 1 Proceediiigs of the royal Society of London. Ce groupe esl assez bien caractris; les molaires sont didymes ou subdiilymes, et dcroissantes en volume d'arrire en avant: le crne est troit, allong, diffrant beaucoup de celui des Mus et se rap- nrocliant davantage de celui des Uijdnmvjs; les pieds ont cinq doigts en avant et en arrire; les ongles sont forts, fouisseurs, presque aussi dvelopps que ceux des Asconujs; la queue est moins longue que le corps, garnie de poils courts. Ces Rongeurs videmment fouisseurs comprennent deux espces : rOxvMYCTRE nasiqde (Oxijmijc- te.rus nasntus), Waterhouse, de Maldonado, et l'O. scalops (0. scalops), P. Gcrvais, du Chili. 4. ABROTflUlX. BROmniX. (Agpo;, doux; Opi, poil.) Waterhouse, 1857. 'roceedings of tliezoological Society of London. Ce groupe, caractris par quelques particularits odonlologiques, l'est galement par quelques diffrences extrieures et principalement par la douceur de son pelagc; ce qui est remarquable dans un groupe comme celui des Rats chez lequel les espces ont ordinairement des poils assez rudes. Les dix douze espces de ce groupe sont propres l'Amrique mridionale. La plupart d'entre elles ont t dcrites par M. Waterhouse; ce sont les Abrotlirix lorigipiUs, de Coquimbo, au Chili; obscnriis, de Maldonado; olivaceus (Mus Rcmjgeri. Wat.), de Coquimbo; vii- cropus. de Santa-Crux; hraclujolis. de l'archipel de Chonas; xanlliorhim, de Santa-Crux; caticsccns, de Port-.l)sir, en Magellanie, et arenicola, de Maldonado. Une espce propre au Chili a t dcrite, par M. P. Gervais, sous le nom de Mus rupeslris. C'est auprs de ce groupe que viennent se placer les Calomijs (x.aXo;, beau; p.u;. Rat) de M. Water- house (Proceedincfs of ilie zooojical Sociely of London, 1837), qui comprennent les Mus Inma- cuUilus, (jracilipcs et elegans, de l'Amrique du Sud; nous en parlerons ailleurs, parce que l'espce typique, le C. elegans, avait t prcdemment dcrite, par Fr. Cuvier, sous le nom cY Eligmodonta, genre dont nous dirons quelques mots. - 5. AKODON. AKODON. (Ax.-/i, pointe; o^cu;, dent.) Moyen, 1835. Acla nalurse cuiiosoruin, t. XVI. Dans ce petit groupe, qui est assez naturel, les molaires vont en dcroissant, et leurs tubercules sont pavimenteux, bien distincts; leur queue est un peu plus longue que le corps. Une seule espce, encore assez peu connue, entre dans ce groupe; c'est VAkodon Boliviensc, Myen, qui habite les Andes du Prou. 6. NOTUME. NEOTOMA. (New, je nage; TO[;.r,, division.) Say et Ord. Journal ol'Pliiladelpliia, t. IV. Les Rongeurs de ce groupe ont quelques rapports avec les Campagnols; mais ils s'en distinguent surtout par leurs molaires longues racines : pour les autres caractres dentaires, ils sont trs-voi- sins des Mus; ils ont, comme ceux-ci, quatre doigts aux membres de devant, avec un rudiment de ponce, et cinq doigts aux pieds de derrire, et les extrmits de leurs membres montrent que ce sont des animaux nageurs; leur queue est velue. Les Neolomes habitent l'Amrique du Nord et ont cependant une certaine analogie avec les Bc- throdons, dont nous avons parl, et qui se trouvent dans l'Amrique mridionale. Le type est le Notome de la Floride [Neoloma Flor'idan), Say etOrd [Mus t'Ioridnnus, A. G. Des- marest). Il a les oreilles trs-grandes, la queue plus longue que le corps, blanche en dessous, brune KONGEURS. 115 en dessus; le pelage court, trs-doux, couleur de plomb mlang avec des poils jaunlies et noirs; le jaune domine sur les flancs, et le brun sur la ligne dorsale; le dessous du corps est d'un blanc pur. Il habite la Floride orientale et les bords du Missouri. Une autre espce du mme groupe .est le Neotoma (Mijonus) Ortimmondii, Richardson, des montagnes Rocheuses. -"> Fig. 33. Notome de la Floride. g 7. SMINTHE. SMINTHUS. (Sp.tvSo;, Rat., Nathusius, 1840. Keyserl. Europ. Wirbeith. Ce groupe a t cr par M. Nathusius et adopt par M. Nordmann pour un Murien propre la Crime, le Snnntlius loricjer, qui peut rentrer dans le groupe naturel des Mus. Fi". 34. Sniiulhus lorigcr On range encore quelquefois dans le genre naturel des Rats plusieurs groupes que Ton peut gn- riquement en distinguer: tels sont les Phlomys, galement d'Asie, dont nous parlerons en faisant l'histoire des Capromysites, et les genres africains des Cricelom]js et des Dendromijs; le premier voi- sin des Hamsters et le second constituant un autre groupe des Rats-Loirs. On y runit aussi quelque- fois le genre Acomijs de M. Isidore Geoffroy Saint-IIilaire, que nous rangerons dans le groupe des Rats chimyformes. Enfin on pourrait aussi y placer le genre Acnnthomus, Lesson, du mme groupe. no HISTOIRE NATURELLE, Nous runissons oncoro ce genre plusieurs groupes crs dans ces derniers temps, mais ce n'est (|(i'avec doute; ce sont, pour les espces vivantes, les genres Tliomomys (Ouj^x?, champs; p.j;, Rat), Maximiiien De Wied {Acla natni- Cunosorum, t. XIX, 1859); Clitlionergus (y,ewv, terre: ss^w, je laboure), Nordmann (Voijaie dans la lnss'ie mridionale, 1840); niiombaimis {ocit.ci;, rhombe; (j.u?^ Rat); Mijsiromiis ([^.uTTftv, cuiller; u.u;. Rat), Wagner {In Wiefmann Archiv., 1841), et Psamnio- />/.v (uau-u.'.;, sable: u.j;, Rat), lliippell {Alla.'i. 1820); et, peut-tre, parmi les fossiles, les genres Perieronnis (mont Prier; j^.j;, Rat), Laizer et DeParrieu; Ger' GENRE. ~ PITHECIIIRE. PITHECHIRUS. Fr. Cuvier, 1832. Mammifres de la mnagerie du Musum. nt9y,x.o, Singe; /.stp, main. CARACTRES GNRIQUES. Tte peu prs semblable a celle des Rats. Pieds de derrire atjnnt quelque ressemblance avec ceux des Sarigues; pouces trs-spars aux viembres postrieurs, avec un ongle plat, et ceux des membres antrieurs trs-courts, garnis d'on- gles aplatis, et paraissant opposables aux autres doigts, comme dans les Quadrumanes. Queue ressemblant celle des Mus. Le genre Pithchire est loin d'tre compltement connu, et Fr. Cuvier n'en a pas donn une des- cription suffisante. Il le range dans Tordre des Rongeurs, et c'est avec doute que nous le rappro- chons des Rats, tout en faisant observer que la particularit remarquable de ses pouces opposables montre qu'il est voisin du genre des Dendromys, qui constitue le groupe des Rats-Loirs. En effet, sa position dans la srie des Mammifres n'est pas dtermine d'une manire positive, et Lesson, dans son Species des Mammifres, le range la fin de sa famille des Quadrumanes, ct de TUnan et du Bradype; mais il n'en donne pas plus les caractres gnriques que ne l'avait fait Fr. Cuvier. D'a- prs la figure, il parat se rapporter rellement l'ordre des Rongeurs. L'espce type de ce genre est le : PITHCHIRE A QUEUE NOIRE PITHECHIRUS MELANURUS. F. Cuvier. Caractres spcifiques. Pelage, extrieurement, d'un beau fauve uniforme, un peu plus clair en dessous qu'en dessus; queue noire. Un peu plus gros que le Surmulot. On ne connat qu'un seul individu de cette espce, qui a t envoy au Musum par Alfred Duvau- cel, et qui provenait probablement du Bengale. e GROUPE. RATS -LOIRS. Lesson. On n'indique que deux espces qui entrent dans ce petit groupe, et elles ne constituent qu'un seul genre, celui des Dendromijs de Smith. Ces Rongeurs, ainsi que l'indique leur nom gnral, participent la fois des caractres des Rats proprement dits et de ceux des Loirs; ils proviennent de l'Afrique mridionale, et principalement des environs du cap de Bonne-Esprance. RONGEURS. 417 H* GENRE. DENDROMYS. DENDROMYS. A. Smith, 1829. s. Afric. Quart. Journal. AEv5pov, arbre; [au;, Rat. CARACTERES GENERIQUES. Systme dentaire peu prs semblable celui des Rats. Tte pointue, ressemblant plus celle des Loirs qu' celle des Rats. Paumes des pieds de derrire opposables aux autres doigts, comme dans les Quadrumanes. Queue assez longue. Taille petite. Pelage doux, prsentant des lignes sur le dessus du corps. Fig. 34. Dendromys dos noir. Ce genre, qui tient la fois des Rats et des Loirs, ne renferme que de petites espces particu- lires l'Afrique mridionale, et qui sont remarquables par leur joli pelage, prsentant des lignes longitudinales noirtres sur un fond gris. On n'en connat bien que deux espces, les Dendromgs typicus et melanotis, Smith, qui sont par- ticulires au cap de Bonne-Esprance, et dont la premire a t anciennement dcrite par M. Brandt sous le nom de Mus mesomelas. On doit aussi probablement y runir le Mus pumilio, dcrit depuis longtemps, qui habite galement les environs du cap de Bonne-Esprance, ainsi que quelques espces qui en sont voisines. 5 GROUPE. RATS ECHIMYFORMES. Lesson. Une dizaine de Muriens entrent dans ce groupe; ce sont des espces aspect gnral des Rats pro- prement dits, mais prsentant quelques poils plus longs que les autres, semi-pineux, et ayant de l'analogie avec ceux qu'offrent les chimys. Ces animaux, ainsi que l'indique leur nom, tiennent donc la fois des Mus et des Echimys, et peuvent servir tablir le passage entre ces deux genres naturels. On en trouve dans presque toutes les contres du globe, except toutefois en Amrique, o {\S HISTOIRE NATURELLE. l'on n'en a pas sii^iial. Cesl siirtoiii on Afrique (|iril y en n le plus; niais on en rencontre aussi en Asie el en Malaisie, cl l'un d'eux, le Mus Aliwaudriniis, El. Geoffroy Saint-Ililaire, a t import en Italie et s'y rencontre frquemment dans certaines provinces. Deux ii[cnres entrent dans ce groupe : les Acomijs, Isidore Geoffroy Saiut-Hilaire, et les Acanllio- ;//, Lesson. 12'"'' GENRE. - ACOMYS. ACOMYS. Isidore Geoffroy Sainl-Hilaire. 1840. Dictionnaire universel d'Ilisloiro naturelle. A)cr,, cpino; |j.u;. Rat. CARACTRES GNRIQUES. Systme doilaire : incisives, \^^, inolaires, f^i}; en tolalit seize dents comme les Rats, hicisives assez fortes; molaires peu tuberculeuses, petites, dcroissantes. Pas d'abajoues. Corps revtu, sur le dos et sur les cts, de poils entremls d'pines carnes. " Membres postrieurs un peu plus longs que les antrieurs, non palms. Queue arrondie. Le genre Acomifs a t cr par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire pour y placer le Rat du Cairk (Mus cahirinus). Et. Geoffroy Sainl-Hilaire, qui diffre des vritables Rats par ses poils transfor- ms en piquants peu prs semblables ceux que prsentent les chirays; mais il se distingue de ces derniers par le nombre de ses dents; enfin il se diffrencie des Hamsters par l'absence d'aba- joues. ACOMYS DU C.^IRE. ACOMYS CAHIRINUS. Isidore Geoffroy Saint Hilaire. Caractres spcifiques. Tte assez courte; museau effil; oreilles trs-grandes, arrondies, pres- que nues, et de couleur brune; dos couvert de poils raides, d'un cendr assez fonc, les cts tant seulement un peu plus clairs et d'un aspect plus doux; dessous de la mchoire infrieure, gorge el ventre, d'un gris blanchtre qui se fond avec la couleur grise des flancs; queue de la longueur du corps, gristre, cailleuse et parseme de poils gris; pieds d'un blanc sale; moustaches brunes. Lon- gueur de la tte et du corps, 0'",01"2; de la queue, 0'",012. Ce Rongeur se trouve communment en Egypte. L'autre espce est le Mus subspinosus, Waterliouse, du cap de Bonne-Esprance. Quant au Rat perchai,, que l'on a rang dans ce groupe, il trouve plus naturellement sa place dans le genre suivant. Enfin le Rat du Nil, que l'on place quelquefois dans ce groupe, et qu'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire mettait dans le genre Lemmns, on en a fait le type du genre Acanthis, plac auprs des Campagnols. IS-" GENRE. ACANTHOMYS. ACANTIIOMYS. Lesson, 1842. Nouveau t-nbloau du ngne animal, Mammifres. Ay.7.vOo:, ('piiicux; \J-'->', Rat. CARACTRES GNRIQUES. Sijstme dentaire compos du mme nombre de dents et assez semblable celui des Acomys. Corps presque entirement couvert de piquants, comme les Ecliimys. Taille moyenne. RONGEURS. H9 Ce genre a t cr par Lesson pour y placer quelques espces africaines, europennes, asiati- ques et malaisiennes, ranges prcdemment dans le genre Mus, et qui en diffrent au premier as- pect par leurs poils pineux ou beaucoup moins doux que ceux de ces derniers animaux. Les carac- tres dtaills de ce groupe n'ont pas encore t publis, et, d'aprs ceux que nous avons pu ob- server, ne nous semblent gure diffrer de ceux que prsentent les Acoynys. Toutefois ces Muriens sont peut-tre encore plus pineux et tablissent un peu mieux le passage des Mus aux Echimijs. Quoi qu'il en soit, on range six espces dans ce genre. 1. l'ERCIlAL. CulTon. ACAXTIIOMYS PERU AL. Lesson. Caractres spcifiques. Oreilles nues, sans poils, arrondies; jambes courtes; pieds de derrire trs-longs comparativement ceux de devant; queue semblable celle du Surmulot, mais plus courte; pelage d'un brun moins fonc que celui du Rat sur la partie suprieure de la tte, du cou, des paules, du dos, de la croupe et des flancs; dessous du corps d'une couleur grise, plus claire sous le cou et sous le ventre qu'ailleurs; poils pineux; moustaches noires; queue cailleuse, d'un brun gristre. Longueur totale depuis le bout du museau jusqu' l'origine de la queue, O'^jO^iS; de la tte, 0'"005; de la queue, 0'",021. Fig. 55. Perchai. Ce Rongeur de grande taille est le Rat perchal de Buffon, le Mus "perchai, Gmelin, et Echimys perchai, Et. Geoffroy Saint-Hilaire; il habite les maisons, et est parasite comme plusieurs espces de Rats. On le mange. 11 se trouve dans la ville et aux environs de Pondichry, dans l'Inde. 2, RAT D'ALEXANDRIE. MUS ALEXANDRINUS. Et. Geoffroy Saiiit-llilaire. Caractres spcifiques. Tte un peu allonge; museau plutt subtil, plat en dessus; mchoire infrieure beaucoup plus courte que la suprieure; yeux gros et prominents; oreilles trs-grandes, larges, presque ovales; poils du dos longs, rigides, d'une grosseur presque uniforme dans presque toute leur longueur, et quelques-uns courts, assez mous; couleur de toutes les parties suprieures du corps d'un cendr ml de ferrugineux, parce que les petits poils sont gris la base et ferrugi- neux l'extrmit, tandis que les longs poils sont noirtres; dessous du corps d'un blanc tournant au jauntre; pieds presque nus, couleur de chair; queue plus longue que le corps, y compris la tte; 420 HISTOIHK NATUfLI.E. les cailles disposes eu deux cent vingt ou deux cent quarante anneaux, toutes trs-visibles, avec de petits poils rares et rigides. Taille peu prs semblable celle du Mus raitus. Cette espce, cre par Et. Geoffroy Saint-liilaire pour des Rats trouvs Alexandrie, a reu, d'aprs cet habitat, le nom de Mus Alexundrinus. M. Paolo Savi, de Pise, fil remarquer, en 1824, que l'animal que les Italiens prenaient pour le Rat ordinaire diffrait de ce dernier par la couleur ferrugineuse de son pelage, qui le faisait ressembler au Surmulot, tandis qu'il se distinguait de ce dernier par sa queue beaucoup plus longue; et il crut devoir en faire une espce particulire sous la dnomination de Mus tccloruni, tout en convenant qu'elle avait de grands rapports avec le Mus Alcxaudrinus; plus tard iM. De Selys-Longchamps a dmontr l'identit de ces deux espces. Le Rat d'Alexandrie aura t import d'Egypte par le commerce maritime, et maintenant il se trouve en Toscane, dans les tats romains et sans doute dans l'Italie mridionale; U parat aussi qu'il habite- rait exclusivement la Sardaigne, et qu'au contraire on ne trouverait en Lombardie que le Mus ratlus. Ce Rongeur a les mmes murs que le Rat ordinaire; comme lui il se tient dans les parties sup- rieures des maisons, dans les greniers, ce qui lui a fait donner en Toscane le nom de Rat des toits, comme lui, il a pour ennemi implacable le Surmulot. On en connat une varit fuligineuse (fuli- Qinosus, Lesson), dcrite par le prince Charles Bonaparte, et une varit albine (albus, Lesson;, si- gnale par Cetti comme trouve en Sardaigne. Les autres Acmuliomijs sont les Mus sctifer, llorsfield, de Java, plaiytlirix, Bennett, des Mahrat- tes, dans l'Inde, et Inspidus, Lichstenstein, d'Arabie, qui ne diffre probablement pas du dimidiatus, Cretzmar, de Nubie et du Sina. CHIMYSITES. ECHIMYSITjE. Nobis. CARACTRES DISTINCTIFS. Systme dentaire : incisives, |; molaires, f^|; en totalit vingt dents. Incisives suprieures face antrieure plane et lisse; incisives infrieures aigus; molaires simples, aijant de vritables racines et pas de tubercules h la couronne : suprieures offrant trois lames seulement, dont deux sont runies : infrieures prsentant chacune quatre lames transverses, runies deux deux par nn bout. Tte allonge. Chanfrein plat. Yeux assez grands ou mdiocres. Oreilles moijennes ou courtes^ allonges lgrement ou arrondies. Pas d'abajoues. Pieds cinq doigts : ceux de devant prsentant quatre doigts onguiculs et un rudiment de pouce portant quelquefois ?/n ongle; ceux de derrire tous onguiculs. Queue longue ou trs-longue, cailleuse, tantt couverte de poils rares, tantt garnie de poils nombreux. Poils, dans le plus grand nombre des cas, etjsurlout ceux des parties suprieures, en forme de piquants, comme des laines d'pes ou des lances carnes sur une de leur face el en gouttire sur l'autre, se terminant par une soie fine. Taille petite, et peu prs semblable h celle des Piats. Cette division, qui a reu de plusieurs auteurs des noms particuliers, comprend les Rongeurs pineux qui formaient l'ancien genre des Echimys. Dans un travail indit, fait en 1808 ou 1809, Et. Geoffroy Saint-IIilaire forma le genre Echimys et y distingua sept espces de Rongeurs pineux de l'Amrique mridionale, qui jusqu'alors avaient RONGHUKS. 121 t ballottes entre les genres Rat, Loir et Porc-pic. Ce groupe et toutes les espces trKt. Geoffroy Saini-Ililaire furent admis successivement dans les publications de G. et de Fr. Cuvier, d .\. G. Des- marest, de Desmoulins, de Lesson, etc. Fr. Cuvier, en 1809 {Bull, de la Soc. pliilomatliique et An- nales du Miisiim), lit connatre le systme dentaire des Echimijs. En 1811, lUiger, dans son Pra- dromits siisteniaiis Mammaluni cl Avinn, ne connaissant probablement pas le genre Eclihnys, l'tablit de son ct sous le nom de Lonclieres. Dans ses ossements fossiles, G. Cuvier donna les caractres de la tte osseuse des cbimys. Lichstenstein, Fischer et A. G. Desmarest, s'occuprent des espces de ce groupe. Ce dernier zoologiste proposa, sous le nom 'JIeieroinys, un genre qui doit probablement rentrer dans la mme division. Plus rcemment M. Jourdan cra le genre NelonDjs pour une espce nouvelle, laquelle on adjoignit plusieurs anciens Eckimi\s. Enfin, en 1858 {Comptes-rendus de l'Acadmie des Sciences) ei en iSiO (Magasin de Zoologie, troisime srie, deuxime anne), dans un savant mmoire, M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire rsuma d'une manire complte tout ce que l'on savait sur les Rongeurs pineux de la division des Echimgs et dmontra la ncessit de la cration d'un nouveau genre, celui des Daclglomrjs. Pour complter cet historique, nous devons ajouter que, depuis le travail de M. Isidore Geoffroy Sainl-Uilaire, M. Pictet a publi, dans les Mmoires de l'Acadmie de Genve pour 1841 , 1845 et \Si. plusieurs notices sur diverses espces d'chimysites, et qu'il a fait connatre spcialement le squelette de VEchimys Cagenncnsis; et qu'E. Deville a dcrit un groupe nouveau de cette division, son genre Lasiuromgs. Enfin nous di- rons encore que le genre Cerconiijs, indiqu en 1832 par Fr. Cuvier dans les Nouvelles Annales du Musum, doit, selon plusieurs zoologistes, rentrer dans la division qui nous occupe. D'aprs ce que nous avons rapport, on voit que nous comprendrons sous le nom d'chimysites, les anciens Ecbimys, ou Rongeurs pineux proprement dits. En effet, la plus grande majorit de ces animaux, au milieu de poils ordinaires, prsentent, surtout sur les parties suprieures et principale- ment au-dessus de la tte, des sortes de piquants assez analogues, quoique moins bien forms, ceux des Porcs-pics. Toutefois nous devons faire observer que, d'aprs des observations rcentes dues en grande partie M. Pictet, on sait aujourd'hui que dans le jeune ge ces piquants n'existent pas encore, et que, mme chez certaines espces, il n'y a pas de poils pineux. Cependant, si on exa- mine ces poils au microscope, on voit qu'ils ont la mme composition que les piquants, tout en n'en ayant pas l'apparence la simple vue. Si l'on ne peut plus trouver la caractristique de ces animaux d'aprs leurs poils pineux, on doit la chercher dans la disposition de leur systme dentaire, dans la forme de leur tte, dans leurs pieds et surtout dans la disposition de leur queue, qui est cailleuse comme celle des Rats, mais dont les cailles sont recouvertes de poils quelquefois assez nombreux. Ainsi que nous l'avons dit, toutes les espces assez peu nombreuses de cette division sont parti- culires l'Amrique du Sud. Les genres qu'on y forme et que nous dcrivons sont ceux des Daclij- lomys, Eclnmijs, Nelomys et Lasiuromys; nous y ajouterons, mais avec doute, les deux groupes des Ileteromiis et Cercomys. Nous dirons aussi quelques mots des chimysites fossiles, dont quel- ques-uns se rapportent au genre Ecliimys, et dont les autres forment les groupes des Pliyllomys Lonchopliorus, et peut-tre mme des Arclucomys, que toutefois nous indiquerons ailleurs. 14 GENRE. DACTYLO-MYS. DACTYLOMYS. Isidore Geoffroy Saint-llilaire, 1858-1840. Annales dos Sciences nDturellcs, 2 srie, t. X. Magasin de zoologie. Nom tir de l'espce type YEcInmtjs daclylinus. CARACTRES GNRIQUES. . Syslhm dentaire: incisives, |; molaires, ^] en totalit vingt dents. Molaires suprieures divi- ses transversalement par un sillon en deux portions subdivises par une cbancrure : les deux ranges des molaires suprieures assez rapproches en arrire, presque contigus en avant; les deux ranges des molaires infrieures aussi plus rapproches en avant qu'en arrire, avec l'inter- valle qui les spare partout plus grand, quoique moindre que chez les autres Rongeurs. 122 IIISTOIltK NATinKLLK. l^ullis coiiiii'.'i : autcriciires scmblunt llradaciiilcs, tant le pouce esl rudmenhrc, avec les deux do'ujls inlcrmdia'nes cxlrmemeni l6nr]s cl arms, ainsi que les latraux, d'ongles courts, con- vexes, le pouce niavl presque apparent que par son onjle; postrieurs cinq doiqts bien mar- qus, les trois intermdiaires onyles mdiocrement comprims et allongs, et les deux externes, qui sont plus courts que les autres, h ongles courte, convexes. Corps couvert non de piquants, mais de poils assez doux sous le corps, ne prsentant rien de rcnmrqnable en dessus et devenant seulement raides sur la tte. Queue assez semblable celle des Didelplies, trs-longue, souvent mme plus que le corps, cou- verte, h sa face, de poils, et vtue, dans ses quatre derniers cinquimes, d'caills circulaires ou hexagonales, rgulirement disposes par ranges circulaires. Le genre Daetglomgs a t cr par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire pour VEchimys dactijlinus. Et. Geoffroy Saint-lliliiire, et le oora qu'il lui a appliqu drive de cette dnomination spcifique : un seul individu de l'Amrique du Sud et provenant du Muse de Lisbonne, avait servi au savant profes- seur du Musum pour la cration du groupe: mais depuis MM. De Castelnau etE. Deville en ont rap- port plusieurs individus, et ce dernier s'en est occup dans une note insre dans la Revue zoolo- ijiquc. Les Daclijlomgs sont surtout remarquables par leur systme dentaire, par l'organisation de leurs pattes et par leur systme pileux; aussi dirons-nous encore quelques mots ce sujet. Plusieurs zoologistes se sont occups du systme dentaire des Daclglomys, Fr. Cuvier, l'article Echimiis de son ouvrage sur les Dents des Mammifres, termine en 182o. donne la description sui- vante de l'chimys dactylien, espce type de ce groupe gnrique : Incisives, f; molaires, |^^. A la mchoire suprieure, les incisives sont unies et lgrement arrondies, et elles prennent racine au- dessus de la premire mchelire. Les mchelires sont toutes peu prs d'gale grandeur, et leur forme est trs-rgulire certain degr d'usure : toutes, un premier degr, sont partages trans- versalement par un sillon, et chacune des deux portions qui en rsulte a une chancrure profonde la face interne et se termine en angle aigu la face externe; mais le bord antrieur, ou la ligne d'mail qui forme cet angle antrieurement, est arrondi. A mesure que l'usure augmente, les chancrures s'effacent ou s'interrompent et se transforment en ellipses. A la mchelire infrieure, l'incisive est semblable celle de la mchoire suprieure; elle nat au-dessous des dernires mchelires. Celles-ci vont eu grandissant un peu de la premire la dernire; toutes se composent de deux parties : la premire, qui est la plus grande, et qui a une profonde chancrure sa face interne; et la seconde, spare de la premire par un sillon transversal, a la forme d'une ellipse trs-allonge. La pre- mire de ces dents a, en outre, sa partie antrieure, un point circulaire entour d'un cercle d'- mail. A ces observations M. Isidore Geoffroy Saint-Ilibire ajoute les remarques suivantes, qui sont du plus haut intrt : A la mchoire suprieure, les deux ranges dentaires, dj si peu cartes en arrire qu'il n'existe entre elles qu'un espace gal la largeur d'une dent, se rapprochent de plus en plus en avant, au point que, tout fait leur partie antrieure, elles ne s^ trouvent plus spares entre elles que par un simple sillon. Les deux ranges dentaires infrieures sont aussi plus rapproches en avant qu'en arrire; mais l'intervalle qui les spare est partout beaucoup p!us grand, quoique bien moindre encore que chez les autres longeurs. Enfin, en nous occupant du genre f.a- siuromys, nous donnerons, d'aprs E. Deville, quelques dtails sur le systme dentaire d'un groupe d'animaux trs-voisins, sous le rapport odontologique, de celui des Daelglomys. Il en sera peu prs de mme lorsque nous nous occuperons des Nelomys, qui en sont galement assez voisins sous le mme point de vue. M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire donne ainsi la description des pieds des Daclylomys. Les pieds de devant offrent peut-ire la conformation la plus remarquable et la plus minemment carac- tristique que l'on connaisse chez les Rongeurs, quelques fouisseurs excepts : il n'existe que quatre doigts; les deux latraux assez longs, les deux intermdiaires extrmement longs, tous quatre arms d'ongles courts et convexes, semblables ceux d'un grand nombre de Singes; les paumes, aussi bien que les plantes, sont nues. Les pieds postrieurs, de forme assez allonge, ont cinq doigts : les trois mdians, qui sont les plus longs, ont des ongles de forme allonge et mdiocrement com- prime : le doigt externe, beaucoup plus court, a un ongle beaucoup plus court aussi et convexe: KOXGKllRS. 123 en(in le doigt interne, trs-court, porte un ongle galement trs-court et souvent comparable l'ongle du pouce dun grand nombre de Quadrumanes. E. Deville dit que M. Isidore Geoffroy Saint- Hilaire a t tromp par le mauvais tat du sujet qu'il a observ lorsqu'il a annonc, avec tous les zoologistes, qu'il n'existait au pied de devant que quatre doigts; selon K. Deville, les pieds ant- rieurs, de mme que les postrieurs, auraient cinq doigts, et il ajoute : Les deux doigts lat- raux sont longs, les deux intermdiaires trs-longs, ongles courts et convexes, et le cinquime doigt ou pouce est tellement petit, qu'il parat rudimentaire; mais, lorsqu'on regarde avec attention (dans un sujet bien complet), on aperoit un doigt portant un ongle de forme arrondie. Ce n'est seulement que sur le squelette que l'on peut se rendre parfaitement compte de l'existence de ce doigt, qui est compos de deux phalanges. Dans l'espce typique de ce genre, les poils du dos sont de deux sortes : les uns plus courts, d'un roux mordor; les autres plus longs, noirs ou noirtres, avec l'extrmit d'un gris jauntre; ceux des lianes sont pareillement noirs, avec la portion terminale gris jauntre; le dessous est blan- chtre, et les membres sont presque entiers de cette couleur, sauf un certain nombre de poils fon- cs mls au milieu des autres; le dessous de la tte est couvert de poils raides qui forment deux huppes, l'une trs-petite et dirige en avant sur le nez, l'autre plus grande et dirige en arrire sur la nuque. Ce sont mme ces derniers caractres qui servent principalement distinguer, au premier aspect, les Dacnjlonvjs des Echbmjs. La queue oifre aussi de bons caractres par sa longueur et surtout par sa disposition assez ana- logue celle des Sarigues, quoique non prenante, selon l'observation d'E. Deville. Une seule espce entre dans ce genre, c'est : DACTVLOMYS TI'l;;. UACTYLOMYS TiPVS. h. Geoffioy Saint-IIilaire. CARACTnES siciFiQUEs. Corps couvcrt de poils assez doux, varis de roux mordor, de noir et de fauve; une petite huppe de poils un peu raides, d'un blanc rousstre sur la tte. Taille d'environ trois dcimtres et demi; la queue plus longue que la tte et le corps runis. Fis; 36. Daclylomys tyj)C. Cette espce est VEclihnys daclijlhms d'Et. Geoffroy Saint Hilaire, Cuvier, A. G. Desmarest, Les- son, etc.; c'est le Lonclieres dacltjlinus, Fischer, et c'est M. Isidore Geoffroy que l'on doit son lvation comme type d'un groupe particulier sous la dnomination que nous avons indique. Jusque dans ces derniers temps, on n'en connaissait qu'un seul individu, rapport du muse de Lisbonne par Et. Geoffroy Saint-IIilaire; mais, assez rcemment, plusieurs exemplaires en ont t I2i IJISTOIRE NATURELLE. i;ii)])Oi't(''s do rAmiiquo du Sud par l'oxpdition scienlilique de M. De Casteinaii. D'aprs E. Doville. (|iii faisait partie de cette expdition, le pelage des jeunes individus csl gnralement plus fauve que celui des adultes, et ne prsente pas de roux sur le dos; car les poils y sont noirs la base et fauves fi l'extrmit; la queue est termine par un petit pineeau de poils blancs. (in supposait cet animal propre au Brsil, mais, d'aprs E. Deville, il habiterait les bois humides des provinces du Prou. Ce n'est que le matin et le soir que l'on peut se le procurer; car, dans le milieu de la journe, au moment des fortes chaleurs, il se tient blotti dans des trous qu'il ne fait pas lui-mme. lo"'" GENRE. CIJIMYS. ECUIMYS. Etienne Geoffroy Saint-Ililaire, 1809. Bulletin de la Socit pliilomatliique de Paris. E/ivc, Hrisson; {^.j;, Rai. CARACTRES GNRIQUES. Sijsicmc (Icuiairc : incisives, |; molaires, f^; en lotnlit vingt dents. Molaires sn-pricures for- mant deux courtes ranges sensiblement parallles et assez cartes : chacune de ces molaires iliviscc, par un sillon, en deux portions, dont la postrieure seule est large et subdivise par un sillon secondaire, et l'antrieure est, au contraire, troite et sillonne; molaires infrieures ga- lement divises en deux portions tris-ingales : l'une tendue et double, qui, cette mchoire, est antrieure, et une troite et simple, postrieure. Pas d'angles rentrants ni saillants aux bords in- ternes des ranges dentaires infrieures. Oreilles grandes, membraneuses^ ovalaires. Corps couvert, suprieurement, et surtout sur la tte, d'un mlange de piquants aplatis et de ]ioils. Pattes grles, troites, toutes manifestement pentadaclgles; doigts externes du membre de devant bien dvelopps, tandis ijue ceux du membre postrieur sont trs-courts; doigts externes, soit aux membres de devant, soit aux membres de derrire, extrmement petits, presque rudimentaires; ongles, liors ceux de ces derniers doigts, comprims, arqus, assez petits en arrire, trs-petits en avant. Queue souvent plus longue que le corps, revtue, ds son origine, cVcaillcs et de poils en pro- portion variable. Le genre Echimgs a t indiqu, en 1809, par Et. Geoffroy Saint-Hilaire, puis dsign par llli- ger, en 1811, [Prodromus sgstematis Mammulium et Avium), sous la dnomination, encore quel- quefois adopte, de Loncheres (y.c^y/.p-/;:, qui est arm d'une lance), et, ainsi que nous l'avons dit dans nos gnralits sur les chimysiles, a t depuis partag en plusieurs groupes particuliers, sur- tout par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui en a donn une bonne monogi'aphie, et ne comprend plus aujourd'hui que quelques espces. Les Echimys ont t tudis avec beaucoup de soin, soit sous le point de vue anatomique, soit sous celui de la zoologie. M. Pictet a donn la description du squelette d'une espce de ce genre, VEeltimgs Caiicnucnsis , et il l'a fait comparativement avec celle d'un squelette du genre Rat. Nous renvoyons le lecteur au travail du savant genevois. M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire a surtout donn une bonne description du systme dentaire des Echimys, comparativement celui des groupes gnriques voisins et principalement celui des iSlomijs. Les molaires suprieures, dit-il, sont disposes en deux ranges sensiblement parallles et trs-distinctes l'une de l'autre. On peut donner une ide claire et exacte de l'tendue de l'inter- valle qui les spare, en disant que la longueur de l'une des ranges est moindre que la distance com- prise entre les bords externes de Pune et de l'autre range. Les Nlomys prsentent, au contraire, une tout autre disposition, et la diffrence est mme telle cet gard entre les deux genres, que .l'on peut reconnatre, par elle, de trs-loin et avant tout examen de dtail, un crne d'Echimys d'un Pin-. 1 _ llespromys deux taclies. Fift. '2. 1. lvre variable. l'I. 20. IWiNGEinS. 12 b rrne de Nlorays. Cette diffrence, il est vrai, ne dpend pas seulement de l'cartement des deux ranges dentaires, mais aussi de leur brivet absolue, brivet qui tient un peu de la longueur des molaires. Chacune de celles ci, seulement aussi longue que large, est transversalement divise par un sillon oblique trs-marqu et descendant assez bas, sur le ct interne, en deux parties trs-in- gales, Tune antrieure, l'autre postrieure. L'antrieure est une partie troite et plus ou moins com- pltement simple, comprenant le tiers de la couronne dentaire; les deux autres tiers de la (-ouronne reprsentant un triangle assez irrgulier et cts sinueux, ayant son sommet en dedans et sa base en dehors. Dans l'intrieur de ce triangle est un sillon peu prs transversal qui en divise la surface en deux portions. Tous ces dtails peuvent tre rsums en disant que chaque dent a la couronne divise en deux portions, dont la postrieure, beaucoup plus grande, est, son tour, subdivise par un plus petit sillon. Les molaires infrieures sont, comme les suprieures, composes de deux parties transversales spares par un sillon oblique, et dont l'une, troite et simple, comprend un tiers, et l'autre, triangulaire et double, les deux tiers de la couronne. Mais ici, contrairement ce qui a lieu en haut, le sillon divise profondment le ct externe, et est peine marqu au ct in- terne, et c'est ici la surface antrieure qui est double et la postrieure qui est simple. Les molaires suprieures et infrieures se ressemblent donc, quant aux lments dentaires dont elles se compo- sent; mais ces lments dentaires offrent, suprieurement et infrieureraent, des dispositions inver- ses. Les dents prsentent, d'ailleurs, selon les espces et, dans la mme espce, selon l'ge, des dif- frences qui modifient notablement l'aspect de la couronne des molaires. On peut prendre une ide des diffrences extrmes en comparant les figures des Echimys selosus et hisp'ulus [Mag. zooL, deuxime srie, deuxime anne, 1840, pi. XXXIX), celles de tout le genre, qui diffrent plus par leurs dents aussi que par leurs tguments et leur queue. La forme gnrale des chimys est assez semblable celle des Rats, surtout pour la disposition du corps. Les oreilles sont ovalaires, assez grandes, membraneuses. Le pelage est compos, en des- sous, de poils; en dessus, d'un mlange de poils et de piquants aplatis, comparables des lames allonges, triangulaires, trs-pointues, mais ayant, droite et gauche, sur toute leur longueur, un rebord pais; ou, ce qui revient au mme, ces lames sont assez paisses leurs bords, mais exca- ves et amincies dans leur portion mdiane. Une particularit des plus curieuses, observe par M. Piclet dans son Ecliimtjs inermis, consiste en ce que, chez ce Rongeur, il semble, premire vue, n'y avoir de poils pineux sur aucune des parties du corps, mais que, si l'on tudie au microscope les poils des parties suprieures, on voit qu'ils sont absolument composs comme les piquants des chimys ordinaires. Les pieds postrieurs, de forme trs-allonge, ont cinq doigts. Le mdian et ses deux voisins, peine plus courts que lui, sont surtout extrmement longs; vient en- suite l'externe, puis l'interne, qui est trs-court. La surface plantaire est nue sur toute sa longueur. Les pieds de devant, dont la paume est pareillement nue, ont, comme les antrieurs, cinq doigts; mais leurs proportions ne sont plus les mmes. Aprs le mdian, qui est le plus long, vient le qua- trime, puis le second, notablement plus court que le prcdent, puis l'externe, et enfin le pouce, qui est excessivement court, et l'on peut dire mme seulement rudimentaire. Tous les ongles, hors ceux des pouces, qui sont extrmement courts et obtus, sont petits, mais arqus, aigus, comprims. En arrire, tous les ongles sont de cette dernire forme, mais trs-diffrents par leur grandeur. Ceux des pouce sont trs-petits, ceux des autres doigts plus grands, quoique encore assez petits, que ceux de devant. La queue, longue et trs-grle, est, sur toute sa longueur, et par consquent sans excepter sa base, couverte d'caills carres ou ovalaires, rgulirement disposes par ranges circulaires. Des intervalles de ces cailles sortent des poils toujours assez nombreux et assez longs pour tre aperus ds le premier aspect, principalement sur la partie terminale de la queue : quel- quefois mme, comme chez VEcliimys hisp'ulus, ces poils sont assez longs, sans cependant l'tre beaucoup, et assez nombreux pour cacher les cailles, surtout vers le bout de la queue. C'est en ayant gard l'tat de ce dernier organe que M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a trouv moyen de subdiviser les espces d'chimys en deux sections : celles o les cailles de la queue s'aperoivent partout, et celles o la queue prsente des poils assez nombreux pour cacher les cailles vers la partie terminale. Les murs des Echbnys ne sont pas connues d'une manire satisfaisante, et l'on suppose seule- ment que, sous ce rapport, ils ont plus de ressemblance avec les Loirs qu'avec les Rats. Ils sem- blent tre des animaux grimpeurs et frugivores. 120 mSTOlUK NATrnKI.l,F. M. Isidore (ieofroy Sainl-llilaiie iraifmct que six espces dans ce ijenre, et encore rei,'arde-t-ii comme douteux X Eclnnujs mijosuros : M. l'ictci. plus rcenuiient, a fait connatre une nouvelle es- pce, VEvlimujn lurnn'i.'i, et a montr (ju'on devait probablement runir en une seule espce les Ech'imijs Cajiainensis, setosus et mifosuros, et, ds lors, il n'existerait jusqu'ici que cinq espces de ce genre, et toutes seraient propres TAmrique mridionale. ESPCE A OLEUE CAILLEUSE. 1. GUIMYS DE CAYENNE. ECIIIMYS CATE^NE^SIS. Et. Geoffroy Sainl-Hilairr, Piclet. Caractres spcifiques. Dessus du corps variant du brun gris au brun roux: flancs plus clairs; dessous du corps, ct interne des pattes et pieds, d'un blanc pur, spar de la couleur brune par une ligne tranche; sur le dos, des piquants longs et faibles, presque entirement cachs dans les poils, et la croupe ainsi que les cuisses non recouvertes de vritables piquants dans le plus grand nombre des cas et chez les individus presque adultes ; tarses postrieurs longs ; queue cailleuse, prsentant des poils blanchtres qui forment un pinceau l'extrmit. Taille de moins de deux dcimtres; queue plus longue que la tte et le corps runis. La synonymie de celte espce est assez embrouille, surtout d'aprs les dernires observations de M. Pictet, qui runit en une seule trois espces admises assez gnralement par les auteurs. Ces pr- tendues espces sont : 1 EcHiMYs SOYEUX (Eclumijs sctosus, Etienne et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Desmarest, Cuvier, Lonclieres setosa, Fischer), qui serait le jeune ge de i'chimys de Cayenne, n'aurait que trois molaires de chaque ct des deux mchoires, et dans lequel il n'y aurait souvent pas de piquants parmi les poils; 2 ciiiMYS DE Cayenne (Ecliimijs Caiicnnens'is] ou Uat ue i.a Guyane {Ecliimijs (yiiiianensis, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, Lonclieres Ccuianiensis, Fischer), qui serait l'adulte de l'espce depuis le moment o les vrais piquants naissent jusqu' celui o ils sont en majeure partie sur le dos: 3 cHiMYs MYOSURE (Ecliimijs [Lonclieres] nnjosuros, Lichtenstcin; Mus lepiosoma et cinnamo- meus, Lichtenstein, et Lonclieres longicaudatus, [iengg), qui serait l'individu tout fait adulte, et chez lequel les piquants du dos seraient mdiocrement longs, mais trs-larges, ronds, et en partie seulement couchs dans les poils. Les habitudes de ce Rongeur ne sont pas connues. Il habile une grande partie de l'Amrique m- lidionale, principalement la Guyane, le Brsil et le Paraguay. 2. CHIMYS A PINES BLANCHES. ECHIMTS ALBISPIM'S. Ts. Geoffroy Saint- Ililnirc. Cahactres spcifiques. Dessus du corps d'un brun rougctre, un peu plus clair sur les flancs; dessous du corps et la plus grande partie des pattes d'un blanc pur: des piquants trs-forts, trs- nombreux, peu mlangs de poils, et rpandus jusque sur la croupe et les cuisses : ceux des parties latrales extrmit blanche; queue cailleuse, avec quelques poils courts, bruns la face sup- rieure, blanchtres l'intrieur. Taille de moins de deux dcimtres; queue peu prs de mme lon- gueur que le corps et la tte. Habite l'le de Dos, sur la cte du Brsil, prs de Bahia. ESPECES A QUEUE VELUE. 5. CHIMYS SANS ARME. ECniMYS I.\ERMIS. Piolet. f!\RACT;RES SPCIFIQUES. Pelage doux et soyeux, mme lorsqu'on passe la main d'arrire en RONIJEUHS. 127 avant et mme chez les individus trs-adultes; mais on peut reconnatre au microscope que ces poils soyeux sont canaliculs comme les piquants des autres Echimys, sans que leur diamtre dpasse toutefois celui d'un poil ordinaire; brun fauve rousstre, plus fonc sur le dos et plus blanchtre en dessous; poils du dos de deux sortes : les uns cylindriques, les autres aplatis; gris dans la moiti basilaire bruns ensuite, puis d'un jaune clair et termins par une pointe d'un brun fonc; ceux de la croupe un peu plus longs; queue cailles, mais celles-ci caches par de trs-grands poils qui les recouvrent. De la taille du prcdent. Habite le Brsil et la Bolivie. 4. CHIMYS PINEUX. ECHIMYS SPINOSUS. Et. Geoffroy Saliil-Hilaire. Caractres spcifiques. Dessus du corps roux, blanc en dessous; queue couverte d'un assez grand nombre de poils courts, et beaucoup plus courte que le corps, qui a de 2 5 dcimtres. Cette espce est le Bat pineux ou Bat premier, D'Azara; chiiys roux, G. Cuvier [Lonclieres rufa, Lichtenstein). On le trouve au Paraguay. Fig. o7. chimys pineux. 5. I^.CHiMYS A AIGUILI.ONS. ECIMTS UISPIDUS. VA. Geoffroy Sainl-Hilaire. Caractres spcifiques. Pelage uniformment d'un brun rousstre, compos de poils en des- sous, et, en dessus, presque entirement de piquants longs, trs-larges et trs-forts; queue cail- leuse, mais en mme temps couverte de poils brunires qui, devenant, partir de la face, de plus en plus nombreux, finissent par cacher entirement les cailles dans la portion terminale. Taille de moins de 2 dcimtres; queue peu prs de mme longueur que le corps et la lte. C'est le Lonclieres h-pda, Fischer, et il diffre du Mus liispidns de Lichtenstein, qui est un Nlomys. Habite l'Amrique mridionale, probablement le Brsil. Teltes sont les espces actuellement laisses dans le genre Ecliimys; toutefois faisons observer que le rapprochement indiqu par M. l'iotet de trois espces en une seule doit tre continu ou infirm par de nouvelles observations. Nous verrons dans les autres genres de la division des Echi- mysites quelques-unes des espces places anciennement dans ce genre; pour d'autres, elles doivent tre loignes de ce groupe de Rongeurs comme en diffrant beaucouj), comme, par exemple, le Lemnus ISiloticus, qui est plus voisin des Lemmings, et le Mus calrinus, qui, il est vrai, res- 128 IIISTOIRK NATURELLE. semble aux Kcliimys par les lguments, mais qui, ayant un systme dentaire fort analogue celui des Rats, doit former prs d'eux un genre distinct, celui des Acoviijs. Quoique, ainsi que nous l'avons dit, toutes les espces actuellement vivantes du genre Eclnwys soient amricaines, il semble cependant qu'on en ait dcouvert des dbris fossiles en Europe. Ce fait curieux n'est, du reste, pas uniquement jiarticulier ce groupe. MM. Jourdan, De Laizer et De Parrieu ont en effet fait connatre des dbris fossiles de crne et de mchoires qui se rapportent des Ron- geurs qui semblent trs-voisins des Eclwivjs, et qui provenaient de l'Auvergne. Quant au genre Arclimys, que Ton a quelquefois rang dans la division des chimysites, il nous semble, et nous avons pour appui l'opinion de Laurillard, qu'il est plus voisin du genre des Capromijs. 16-"^ GENRE. - NLOMYS. NELOMYS. Jourdan, 1837. Annales des Sciences naturelles. NyiXvi;, cruel; (^.'J;, Rat. CARACTRES GNRIQUES. Siislcme dcnlnre : incisives, |; molaires, |^; en totalit vingt dents. Molaires suprieures for- mant deux loncjues ranges non parallles, assez rapproches; chacune de ces molaires divise, par nn sillon transversal, en deux portions principales trs-distinctes; toutes deux tendues et subdivi- ses par un sillon secondaire. Infrieurement, la premire molaire pareillement divise et subdivi- se : les autres composes seulement de trois portions disposes de manire que les ranges des molaires forment, leurs bords externes et surtout internes, une suite d'angles rentrants et sail- lants plus ou moins inarqus. Oreilles arrondies, membraneuses, mdiocres. Pas de mufle proprement dit, car la nudit qui entoure les narines est seulement linaire. Corps couvert, suprieurement, d'un mlange de piquants aplatis et de poils. Pattes assez longues: les postrieures beaucoup plus courtes que les antrieures; toutes pentadac- tgles. Doigts externes, soit antrieurement , soit postrieurement, bien dvelopps : les internes., trs-courts en arrire, tout fait rudimenlaux's en avant. Ongles, hors ceux de ces derniers doigts, comprims, arqus, beaucoup plus petits en avant qu'en arrire. Queue trs-longue, base revtue de tguments semblables ceux du corps, et Is reste de son tendue d'caills et de poils en proportion variable. Le genre Nlomys a t cr, par M. Jourdan, aux dpens des chimys des anciens auteurs; il a t adopt, mais avec doute, par Fr. Cuvier, et tout fait confirm par M. Isidore Geoffroy Saint- Hilaire, qui a t oblig d'en changer en partie la caractristique. Les espces de ce genre, d'une taille plus grande et de forme plus lourde que les vrais chimys, leur ressemblent, et, par l, diffrent beaucoup des Dactylomys par la nature de leurs tguments, rsultant, en dessus, d'un mlange de poils et de piquants aplatis, rebords saillants. Le systme dentaire a donn lieu plusieurs travaux intressants : nous le ferons connatre d'a- prs M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire. Les molaires, en mme nombre que chez les Echimys, of- frent une disposition diffrente, et diffrent aussi par le nombre et la forme des parties qui entrent dans la composition de chacune d'elles. Les molaires suprieures sont disposes en deux ranges non parallles; ces ranges sont plus cartes l'une de l'autre en arrire que vers leur partie ant- rieure. Les deux ranges, en effet, aprs s'tre rapproches, s'cartent de nouveau, mais trs-lg- rement, en avant. Chaque range suit donc, non une ligne droite, mais une courbe dont la con- vexit, d'ailleurs peu marque, est en dedans, ou, en d'autres termes, regarde la convexit de l'autre range. Les deux ranges des molaires des .Nlomys, la mchoire suprieure, diflerentbien plus en- core de celles des chimys par leur grande longueur, trs-suprieure ici la distance qui spare les bords internes de l'une et de l'autre. Cette grande longueur vient de la forme, elle-mme trs-allon- ru.iNGEUr.S. 129 i^oe, de chaque molaire, et celle forme, son tour, dpend de la composition plus complexe des dnis chez les Nlomys. Chez les chimys, chaque couronne est divise transversalement par un sillon en deux parties, Tune intrieure, simple et troite; la postrieure large et paraissant double, en raison d'un sillon secondaire qui la traverse sur uni^ grande partie de son tendue. Chez les Nlomys, la couronne est aussi divise par un sillon transversa! en deux parties; mais il y a celte diffrence que chacune de ces parties, et non pas l'une d'elles seulement, est tendue et subdivise par un sillon qui la fait paratre double. En outre, ce sillon est ici plus profond, et Ton croirait mme, au premier aspect, qu'il existe de chaque ct huit molaires couronne double, tandis que, dans la ralit, il en existe quatre couronne quadruple ou au moins triple. La disposition des sil- lons, soit principaux, soit secondaires, est d'ailleurs variable. Us sont tantt presqu> reclilignes, transversaux et tendus d'un bord l'autre de la couronne, d'o la division de la surface coronale des molaires en bandes transversales parallles, ce qui a lieu chez le Nelomij.s lilainviUii. Dans une autre espce, le Didelphodcs, qui est un Nlomys et non un chimys, les sillons secondaires, trs- marqus au bord externe, ne s'tendent pas jusqu'au bord interne, o les deux subdivisions de la couronne se confondent en une extrmit coronale de forme arrondie. Chez le Neloniijs cristnliis, la mme disposition a lieu, et de plus les sillons commencent tre anguleux et ;i tracer sur la couronne des zigzags ; ce que Ton retrouve, et beaucoup plus marqu, dans le Nelonnjs seniivllosus. Donc Ion voit que les molaires suprieures, si elles taient les seules parties que l'on connaisse dans les Nlomys, pourraient servir la fois les runir gnriquement et les distinguer spcifiquement. Les molaires infrieures forment dans leur ensemble deux ranges analogues, par leur disposi- tion et leur tendue, aux deux ranges suprieures; mais la forme des molaires est trs-diffrente : leur aspect rappelle la disposition si curieuse et si bien connue chez les Ondatras et les Campa- gnols; les bords de chaque range, les internes surtout, prsentent plusieurs parties avances, poin- tues dans quelques espces, obtuses dans d'autres, et entre ces parties des angles rentrants. La premire des molaires infrieures est la plus complique dans sa couronne, et celle qui ressemble le plus aux molaires suprieures; elle est divise, dans toutes les espces, par deux sillons trs-mar- qus et tendus, d'un bord l'autre, en trois portions principales : la premire, antrieure, triangu- laire, ayant son sommet en avant, et souvent subdivise en deux portions par un petit sillon qui n'en- tame jamais le bord externe; la seconde, intermdiaire, irrgulirement elliptique, tendue trans- versalement, est toujours simple; la troisime, postrieure, triangulaire, ayant au bord externe son sommet, qui est simple, et, au bord interne, sa base, profondment divise par un sillon; cette der- nire portion se compose donc de deux segments distincts en dedans et runis en un seul en dehors; d'o il suit que cette premire molaire est quadruple sa couronne, et mme quintuple quand le seg- ment triangulaire antrieur est subdivis. Les trois molaires suivantes, toutes de mme forme, sont, au contraire, seulement triples. Chacune d'elles prsente, en dehors, une chancrure, et, en dedans, deux chancrures qui pntrent trs-profondment; ce qui donne ncessairement pour chacune d'elles deux angles plus ou moins distincts au bord exierne et trois au bord interne. Les chancrures et les angles sont prononcs au maximum chez le Nclonnis Blainvilli, celle de toutes les espces chez laquelle l'aspect gnral des molaires infrieures rappelle le plus les Campagnols et les Ondatras; elles le sont au nnnimum chez le iSelomifs cristatus. Sous ce rapport, les deux autres espces du mme genre se placent entre celle-ci dans l'ordre suivant : Nclomiis semivillosits et Nelonnjs arma- itis; le premier se rapprochant du Nclomijs Blainvitlii, et le second tenant une sorte de milieu entre le didelplwdes et le cristatus. D'autres particularits remarquables des Nlomys se trouvent dans la conformation de leurs pattes et de leur queue. Aux pattes de devant, le doigt interne est tout fait rudimentaire; c'est un simple tubercule, por- tant toutefois un petit ongle court, convexe, et, par l, trs-diffrent des autres ongles, tous petits, mais comprims et arqus. Les proportions des doigts sont telles, que le mdius et le quatrime, sensibliment gaux entre eux, sparent le second et le cinquime, plus courts, lesquels sont aussi gaux entre eux. La surface palmaire est nue, de mme que la surface plantaire. Les pieds post- rieurs sont beaucoup plus courts, et, en revanche, beaucoup plus larges que ans les Echinufs. Sous ce rapport, on peut dire que les vrais chimys sont aux Nlomys ce que les Gerbilles sont ans Rats. Les ongles sont moyens, comprims, arqus, et par consquent assez semblables ceux I.' L7. ioo iiistoihk natuiuilli-. dos l'icliimys; mais les proportions dos doigts sont trs-diffrentes. Leur longueur dorot dans Tordre suivant : le mdius et lo f|ualrimo, lesquels sont presque oxaotement gaux; le second, qui est notablement plus oourt i\uv celui-ci; l'externe, qui est bien dvelopp et par consquent beau- coup plus long, proportion, que clioz les vrais Kcliimys; enfin l'interne, qui est plus court. La quoue, longue, mais paisse la base, est couverte, dans la plus grande partie de sa longueur, d'ocaillos entre lesquelles naissent des poils parfois assez nombreux pour cacher entirement celles-ci, non-seulement Texlrmit, mais dans toute la longueur du j)rolongement caudal. Dans toutes les espces connues de Nlomys, on trouve un caractre qui, s'il n'est pas par lui-mme d'une valeur vritablement gnrique, est du moins remarquable par sa constance chez les Nelomys, et par son absence non moins constante chez les Eclimiys : c'est que la queue est, prs de son ori- gine, couverte de ])iquants ou de longs poils raides et trs-rsistants, semblables aux piquants ou aux poils de la croupe. M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire partage les six espces, toutes amricaines, qu'il admet dans ce genre, en deux groupes, suivant que chez les unes la queue semble tout fait velue, et que chez les autres elle parat tout fait cailleuse. A ces six espces M. Pictet en a joint rcemment une sep- time. ESPECES A QUEUE VELUE. 1. NLOilYS HUPP. NELOMYS CRISTATUS. h. Geoffroy SuinUIlilairc C.\iACTRES SPCIFIQUES. Queuc vcluc, en grande partie noire, avec le tiers ou les deux cin- quimes terminaux blancs; corps d'un brun rousstre; le dessus de la tte noir latralement, blanc sur la ligne mdiane. Taille d*e plus de 5 dcimtres; queue un peu plus longue que le corps et la tte runis. Cette espce a t dsigne par Buffon sous le nom de Lrot a queue dore : c'est Y Ihjsir'ix dirij- suros, Schreber, qui a t successivement rang dans les genres Mijoxus et Lonclieres, et qu'Etienne Geoffroy Saint-Uilaire a indiqu sous la dnomination d chihys hupp (Ecli'wnjs cristatus), quia t presque gnralement adopte jusqu' ce que le genre Nelomys ait t cr. Dans cette espce, les formes gnrales sont assez semblables celles du Lrot. La tte est trs- grosse proportion du corps; le museau et le front sont troits; les yeux assez petits; les oreilles larges, courtes et ne s'levant pas au-dessus des poils de la tte; les moustaches sont fortes et trs- grandes; des piquants plats, de la longueur de 0'",05 environ, sont entremls au poil du dos et s'lvent au-dessus de lui, moins nombreux et plus petits sur les flancs, et nuls sous le ventre : ces piquants, tant d'abord cylindriques et trs-minces, s'aplatissent ensuite, et leurs bords relevs leur donnent la forme d'une gouttire, dont le fond est jaune et les cts sont bruns. Pelage de couleur marron, tirant au pourpre presque noir sur les cts de la tte, et au brun sur le milieu du dos, plus ple sur les flancs et trs-clair sous le ventre; base de la queue de couleur marron, son milieu tant noir, et sa dernire moiti de couleur jaune; poils de cette dernire partie plus longs que ceux de la base. Une tache blanche, allonge, troite, sur le front. Huit mamelles. Ce Nlomys habite la Guyane : ses murs ne nous sont pas-connues. 2. NLOMYS PEl.NT. NELOMYS PICTUS. Pictet. Caractres spcifiques. Tte grosse; yeux mdiocres; oreilles arrondies; pattes fortes, mdio- crement longues; ongles comprims, aigus; queue longue, paisse, solide; cts de la tte, cou et ventre, blanchtres; dessus de la fte et du corps brun noirtre; dessus de la queue plus rousstre et dessous plus blanchtre; tte couverte de longs poils. Longueur de la tte et du corps, 0'",058; de la queue, 0,055. Ce curieux Piongeur, qui est propre au Brsil, se rapproche plus que les autres espces du mme UONGEUnS. 151 i^roupe des Uaclijluiniis; mais cost bien un A'c/oj//5 par la disposition de son systme dcntairo et de ses pattes. Les poils ne semblent pas pineux simple vue, mais prsentent cetle structure au microscope. Deux autres espces du mme groupe sont le Nlomys paill (A^c/ojyjs paleaceus, Illiger) et le N. DE Blaikville (A^. BlahivUlii, Jonrdan), du Brsil. Fi. 58. Ni'lomys de ni.iinvillc. ESPECES A QUEUE ECAILLEUSE. 3. NLOMYS D1DEI.PI101DE. NELOMYS DIDELPHOIDES. Etienne et Is. Geoffroy Saint-IIiliiirc Caractres spcifiques. Queue cailleuse, sauf la base, avec quelques poils bruntres; corps d'un brun rousslre tiquet de jaune clair, avec le dessous blanchtre; des piquants mdiocrement forts sur le corps, extrmement tnus sur la tte. Taille d'environ 0'",20; la queue plus courte que la tte et le corps runis. Celte espce, qu'A. G. Desniarest a fait connatre le premier, d'anrs Et. Geoffroy Saint-Ililaire, provient, comme les autres Nlomys, de l'Amrique mridionale. 4. NLOMYS ARM. NELOMYS ARMATIS. Is. Geoffroy Saint-niliirc. CARACTiinEs SPCIFIQUES. Qucuc cailleuse, sauf la base, avec quelques poils blancs; dessus du corps d'un brun tiquet de jaune; dessous blanchtre; cts de la tte roux; piquants du dos trs- larges et forts. Taille de O"^,^ environ; queue seulement gale aux trois quarts de la longueur de la tte et du corps runis. Celte espce, qui a t confondue avec VEcliiinijs hlspidiis, dont elle est distincte, a t dsigne, sous les noms de Mus hispidus, Lichslenstein, et de Loncliercs Inspida, Fischer. Elle habite la Guyane. 5. NLOMYS DEMI-VELU. NELOMYS SFMlVILiOSUS. Is, Geoffroy Siint-IIilairc. Caractres spcifiques Queue cailleuse, sauf la base, mais encore avec des poils assez nom* breux de couleur fauve; corps d'un brun rousstre tiquet de jaune, avec le dessous plus clair; des \:,2 IllSTOir iNATUl\l'IJ>E. ]>iqiiants nHHliooroment loris sur le corps, d'autiTs plus faibles, mais encore Irsraides cl trs apla- ',is sur la tte. Taille un peu moins le 0'",!20; queue ayant pareillement un peu moins de 0"',50, et par consquent gale la tte et au corps runis. Habite la Nouvclle-drenade. C'est auprs des Fsclomijs que nous placerons deux groupes gnriques de Rongeurs lossiles, d- couverts dans les cavernes du Brsil par M. Lund, et indiqus par ce naturaliste dans les Annales des Sciences mtlurelles pour 1857; ce sont : 1 les PlnjUomijs (cpuAXov, feuille; [j.-j-, Hat), qui ne comprend que le P. affmis Brnsiliensis, et 2 les Lonclwplioriis {y.ofyr,, piquant; :;, je porte), ayant pour type el espce unique le L. fossids. 17""= GENUE. LASIUROMYS. LASlUnOMYS. E. Doville. 1855. l'.cvui' et Magasin de Zoologie, 2' srie, t. IV. Aaoi'.:, lu'riss; u.u;, Rnl. CARACTRES GNRIQUES. Si/sicme dentaire : dnis en mme nombre que dans les Daclijlomijs cl les Nrlomiis; molaires su- prieures, au nombre de quatre, transversalement partages en deux parties distinctes : chacune d'elle forme d'une lame en mail un peu arrondie au ct interne et prsenjanl un profond repli au ct externe; molaires infrieures galement partages en deux parties. Corps couvert entirement de poils, comme dans le Ductglomijs, el non de piquants, comme dans la plupart des Nlomgs. Pieds cinq doigts : les antrieurs courts, avec les deux doigts inlermdiaires assez longs, et les deux latraux plus courts; le cinquime doigt rudimcntaire, reprsent par un ongle convexe; les autres ongles comprims, arqus ; postrieurs allongs, avec les trois doigts mdians les plus longs, icxterne plus court el rinterne encore plus court; tous aijant les ongles comprims, arqus, plus forts que ceux des pieds extrieurs. Queue presque aussi longue que le corps, entirement couverte de poils longs et doux; des cailles carres, disposes par ranges transversales rgulires rf'o sortent les poils nombreux qui recou- vrent le dessous de la queue. Le genre Lasiuromijs, cr par E. Deville pour un Rongeur dcouvert par l'expdition de M. De Castelnau dans FAmrique mridionale, prsente des caractres communs aux deux genres Daciglomgs et Nelomgs. C'est principalement, dit E. Deville, dans sa dentition et dans la forme de ses pattes qu'il se rapproche desNlomys, etj)ar son ensemble et son pelage qu'il se rapproche des Dactylomys. Les dents molaires de la mchoire suprieure, au nombre de quatre de chaque ct, forment, comme dans ces deux genres, deux lignes trs-rapproches, mais diffremment disposes. Elles sont dis- tantes, en avant, de la largeur de cinq millimtres, et, eu arrir, d'environ la largeur de deux dents, ou six millimtres; elles diffrent en cela de celles des Dncttjlomys, qui, en avant, sont spares tout au plus par* la distance de deux millimtres, et qui, en arrire, se trouvent cartes de la lar- geur de sept millimtres; ce qui donne la mchoire suprieure l'apparence dun triangle; el de celles des Nlomys, qui, en avant, ont les leurs d'environ la largeur de deux dents, ou quatre milli- mtres, et, en arrire, de six millimtres. La composition des molaires de la mchoire suprieure du I asiuromgs prsente quelque ressemblance avec celle du Nlomys; on peut mme dire qu'elles sont presque identiques, quelques diffrences prs, dans le dessin de la dent, avec celles de ce genre. Elles sont transversalement partages en deux parties trs-distinctes; chacune d'elle est forme d'une lame en mail un peu arrondie au ct interne, et elle prsente un profond repli son ct externe, li'analogie se conserve pour la mchoire infrieure; la couronne de la dent est divise en deux parties, et, elle est forme par une lame plisse unique, ayant deux profonds replis son ct interne et trois a son ct externe. Les pieds antrieurs et postrieurs prsentent cinq doigts ayant peu prs la Fij; I. liriliizon ;j;rosse queue. Fig. 2, l'i'iognallic lusci. PI. 27. ROiNGEUUS. 1 r.5 mme disposition que chez les Nlomys. Les pieds antrieurs sont courts: les deux doigts interm- diaires sont assez longs; les deux latraux plus courts; cliacun de ces doigts est arm d'un ongle com- prim et arqu; le cinquime doigt, ou pouce, est rudinientaire, et reprsent par un ongle con- vexe. Les pieds postrieurs sont de forme assez allonge et ont cinq doigts; les trois mdians les plus longs, le doigt externe un peu plus court et le doigt interne encore plus court; chacun de ces doigts porte un ongle comprim, arqu, et plus fort que ceux des pieds antrieurs. Ce qui rapproche le La- siuromiis du Dactijlomijs et du j\e(oiiiys, c'est aussi l'tat des tguments du corps pour le premier, et la proportion des poils de la queue pour le second. Tels sont les principaux caractres assigns par E. Deville ce genre, qui ne comprend qu'une seule espce. LASIUCOMYS VILLEUX. LASIUROJIYS VILWSUS. E. DcviUc. CAiiACTBES SPCIFIQUES. Corps couvcrt de poils doux: dessus de la tte d'un blanc rousstre; joues, oreilles et une grande tache sur le dos, noires; le reste du corps lav de roux et de gris: ventre fauve; queue moins longue que l'animal, velue, dans toute son tendue, rousstre sa nais- sance, noire dans le reste de sa longueur. Longueur de la tte et du corps, 0'",05l; de la queue, 0'",027. Dans cette espce, les poils de la tte sont dirigs comme ceux des Dactylomys; mais, au lieu d'tre des poils durs, ils sont, comme le reste du corps, doux au toucher. Ce caractre, que nous indiquons d'aprs E. Deville, n'indiquerait-il pas que ce Rongeur n'appartient peut-tre pas au groupe des anciens Ech'mvis? Les murs du Las'niroimjs ne sont pas connues; d'aprs la disposition de ses ongles, il semble que c'est plutt un animal grimpeur qu'un animal fouisseur. Il a t trouv dans le Prou auprs du village de Saint-Paul, dans la partie brsilienne du haut Amazone. IS"'" CE.NUE. IITP.OMYS. UETEROMYS. A. G. Desmarest, Wa. Dictionnaire d'Hisloire iiauircll?. Etcio;, diffrent; ,au:, Rai. CARACTRES GNRIQUES. Siisthve dentaire : incisives, |; molaires, ;j^|; en totalit seize dents. Des abajoues extrieurs comme les Hamsters. Pieds offrant six callosits en dessous et cinq doigts, dont l'interne est trs-petit. Forme gnrale du corps et queue des Rats. Des piquants aplatis sur le dos, comme chez les Ecliimijs. Ce genre a t propos par A. G. Desmarest, qui lui-mme ne l'a pas reproduit dans sa Mam- malogie, tandis que Lesson, au contraire, dans son Manuel de Mammalogie, 1857, l'a adopt : il correspond probablement au groupe des Dasgnotus (^ativr, poilu; v^ro,-, dos) de Wagler [JSatur. sgst. der Ampli., 1850). Mais il n'est pas suffisamment connu pour ligurer dlinitivement dans la srie zoologique : si sa caractristique se vrifie, et principalement celle de son systme dentaire et de ses abajoues, il est vritablement des plus curieux. Par son systme pileux, il se rapproche des chimys, auprs desquels nous le rangeons avec doute, et, par ses abajoues, il a du rapport avec les Hamsters, dont on l'a gnralement rapproch. La seule espce connue est le : loi IlISTOlRl!; NATURELLE. IIKTKROMYS HK THOMPSON. UKTEIlOMYa rilOMPSOMI. Lps?on. Cahactiiks si'kcifiquks. Pelage briiii-inairoii en dessus el blaiie eu dessous; dos revtu d'- plues laiieoles, Unes, cntremclos de poils llus; (pieue cailleuse, revtue de qiu'lques poils pars. De la taille du Hat commun. Cette espce est le Mus anomalns de Tliompson, le Cricclus anomalus d'A. G. Desmarest, el est souvent regard comme une simple espce du genre Hamster. Habite l'le de la Trinit. 19""' GENRE. - CERCOMYS. CERCOMYS. Fr. Cuvier, 1852. Nouvelles Annales du Musun), t. I. K65/.0;, queue; f^-u', Rat. CARACTRES GNRIQUES. Sijslnte dcniaire : dnis en mme nombre que celles des Ecliimys; couronnes des molaires sup- rieures ayant deux triancfles chancrs a la face exltrnc, a forme circulaire. Os incisif prolong en avant el en arrire des os du nez, largi la partie antrieure. Paritaux courts, de forme bombe. Poils de deux sortes : les uns longs, droits, fermes, assez rares, de conlexturc uniforme; les autres courts, fms, doux, plus pais que les premiers. Pas d'pines parmi ces poils. Tels sont, en rsum, les caractres particuliers que Fr Cuvier assigne ce genre, et qui sont loin de prouver suflisamment que ce groupe doit tre plac dfinitivement parmi les cliimysites, quoique toutefois il ail un peu l'aspect des Echinnjs. Mais en mme temps il a quelques rapports avec les Capromys, ce qui Ta quelquefois fait ranger dans la mme division que ce groupe gnrique remarquable. On n'admet qu'une seule espce de Cercomys, et elle provient de l'Amrique mridionale et plus spcialement du Drsil. Fifr oD. Cercomys. [iONGELUlS. 135 CAPROMYSITES. CAPROMYSIT.E. Nobis. Siislhne denlaire, an moins dans (es Capronujs, compos de : incisives, |; molaires, |^; en totalii vingt dcnls. Molaires couronne dispose comme celles des animaux qui mangent des ma- tires vgtales et presque analogues a celles des Castors. Tte assez allonge. Moustaches fortes. Yeux mdiocres. Oreilles droites, moyennes: Pas d'aba- joues. Cou court. Pieds robustes: les antrieurs quatre doigts bien spars et pouce rudimentaire, et les pos- trieurs cinq doigts, dont le pouce est le plus petit de tous. Ongles forts, aigus. Queue de la moiti de la longueur du corps, jorte; conique ou grle, couverte de nombreuses cailles disposes par anneaux. Poils assez fournis, rudes; quelques poils plus fins sur diffrentes parties du corps. Taide assez forte, et quivalant trois ou quatre fois celle des Bats. La division que nous indiquons ici a t cre par Lesson sous le nom de famille des Capromy- siDE^, et comprend principalement le genre Capromgs, qui en est vritablement le type. Ce sont des animaux assez peu nombreux, propres aux Antilles, la Malaisie, et peut-tre, pour quelques espces fossiles, l'Amrique mridionale et TEurope. Les Capromysites sont des Ron- geurs ayant de trs-grands rapports avec les Rats, mais dont la taille, assez voisine de celle des Lapins, est beaucoup plus considrable. Ils vivent de substances vgtales, et, une espce au moins, peut tre facilement rduite l'tat domestique. Les trois genres principaux de cette division sont ceux des Capromgs, Plagiodontia et Plibmijs; d'autres groupes y ont t rattachs, tels sont : le genre Mgsateles, Lesson, qui peut naturellement rentrer dans le genre Capromys; le genre Cercomgs, Fr. Cuvier, que nous avons ranij dans une autre division, et celui des Aulacodes, qui est mieux sa place auprs des [Iijstrix. Enfin quelques groupes fossiles, tels que ceux des Megamgs, Palomgs et Arcliomgs, ont aussi t mis quel- quefois dans cette division. 20'^<= GENRE. - CAPROMYS. CAPROMYS. A. G. Desmarest. 1822. Blcmoirps de la Socit d'Histoire naturelle de Taris, t. !. KaTrpo, Sanglier; [i.\>;, Hal. CARACTRES GNRIQUES. Incisives, |,- molaires, jtrr; en totalii vingt dents. Incisives suprieures peu fortes, tronques transversalement l'extrmit, et face antrieure sans sillon; infrieures trs-lgrement subu- les, assez semblables a celles cfcn haut : les premires jauntres et les autres blanches; molaires prismatiques, a couronne traverse par des replis d'mail qui pntrent assez profondment, et assez semblables a celles des Castors. Tte assez lonque, a museau comme tronqu l'extrmit et h gueule peu ouverte. Moustaches nombreuses, fortes. Yeux mdiocrement grands. Oreilles droites, latrales, grandes. Cou court. Corps assez gros. Pieds trs-robustes, intermdiaires, pour la longueur, ceux des iats et des Marmottes. 150 IIISTOlIUi >JATIii;!,;L!.K.. Ih'ujls au nombre de chuj tt cIkuiuc pied : les pitv/. (iiilrnctirs aiiaiit (inalic (lo'iijls hioi .spare.';, lerDii.-} par de.s oiujies /orls, ar(jus, aera, cl un rudiment de pouce pourvu d'un petit onfjlc tronque transversalement, et les pieds po.stricttrs aijanl cinq doicfls plus lonjs que ceux de devant, mais de mme forme, avec un pouce petit, bien dtach., et le mdius le plus long de tous. Paume des tnains et plante des pieds nues, noires, chagrines h gros grains. Queue ayaiit peu prs ta longueur de la moiti du corps, droite, grosse, conique, presque nue et couverte de nond)reuses cailles disposes par amicaux. Poil assez fourni et gnralement rude, ne recouvrant pas toutes les parties du corps et laissant voir une peau grise ou noire. Taille assez considrable et presque aussi forte que celle des Lapins. Le genre Capromgs a t form par A. G. Dosmaresl dans un mmoire prsent, en 1822, la Socit d'IIistoiie naturelle de Paris, et il correspond au genre Jsodon (inc;, gal; t^ou.-, demi, cr galement en 1822, par Tlionias Say, dans le Journal de l'Acadmie des sciences naturelles de Philadelphie; mais ce dernier nom n'a gnralement pas t adopt, comme n'ayant probablement pas la priorit, et surtout comme ayant t antrieurement employ par Et. Geoffroy Saint-llilaire pour dsigner un groupe de i\]arsupiaux. G. Cnvier indique aussi ce genre dans son Ptgne animal sous les dnominations d'Uoulia et 'Ulia. Les formes gnrales de ces Rongeurs sont celles des Rats, si ce n'est que le corps est plus mas- sif, le train de derrire bien plus volumineux et que les jambes sont beaucoup plus grosses. Les pieds de derrire sont surtout semblables ceux des Marmottes, et ils semblent faire le passage de ce dernier animal ceux qui composent le genre des Mits. G. Cuvier range ce groupe entre les llg- dromqs et les Rats proprement dits. Pour nous, nous leur assignerons la place que M. Isidore GeoflVoy Saint-llilaire leur donne dans sa mthode mammalogique. Les poils durs de ce Rongeur, sa coloration sombre et l'ensemble de sa dmarche, le font ressembler un peu un Sanglier de petite taille, et ses formes gnrales rappellent en mme temps les Rats : de l Ttymologie de leur nom de Capromgs (x.xTTpc;, Sanglier; wj;, Rat). A. G. Desmarest et Thomas Say ne connaissaient qu'une seule espce de ce genre, que le premier nommait Capromgs Fourn'ieri, d'aprs le nom de M. Fournier, qui lui en avait rapport deux indi- vidus vivants de l'le de Cuba, et que le second dsignait sous la dnomination cVIsodon pilorides. i>epuis, P;pping en a fait connatre une autre espce, le Capromgs prehensilis, et M. Guerin-Mne- ville a indiqu le Capromgs Pyi, qui ne constitue peut-tre pas une espce. Lesson, de son ct, dans son JSouveau tableau du Pkgne animal, MAMsiiFiiEs, 1845, a cru devoir fonder avec les Capro- mgs prehens'il'is et Pyi un genre particulier, qu'il nomme Mgsateles (,u.u;, Rat; a.-^.rr,, imparfait', qu'il ne caractrise pas, et qui ne semble pas fond sur des particularits bien remarquables. Toutes ces espces proviennent des Antilles. L'espce typique de ce groupe, VUt'ia des habitants des Antilles ou le Capromgs Fournieri des zoologistes, d'aprs les recherches nombreuses d'A. G. Desmarest, aurait t dcrite, il y a plus de trois cents ans, par Gonzalo Fernando d'Oviedo et Valds, dans son ouvrage ayant pour titre Uis~ toire naturelle et gnrale des Indes, les et terre ferme de la grande mer ocane, o il parle d'un animal presque identique avec elle, et qu'il nomme llut'ia, dnomination encore conserve Saint- Domingue. Brown semble galement s'tre occup de la mme espce et peut tre mme du Capro- mgs prehensilis. Le nom de Chemi est aussi employ par les croles des Antilles pour dsigner le Capromys de Fournier ou le Capromys prhensile, et les habitants de cette mme le se servent ga- lement de la dnomination (Aguiia congo pour indiquer le premier, et de celle d'Agutia caravalli pour dsigner le second. Enfin le Piloris de plusieurs voyageurs, ou Mus pilorides de Pallas, ne serait pas, comme semble le penser Thomas Say, un Capromys, et serait, au contraire, un Rongeur constituant un groupe tout fait distinct. Avant de passer la description des espces, nous croyons devoir donner quelques dtails sur les caractres organiques de ces animaux des plus curieux, et nous ne croyons pouvoir mieux faire que de les emprunter, en grande partie au moins, au mmoire d'A. G. Desmarest. Les incisives suprieures sont peu fortes, tronques transversalement leur extrmit, et leur face antrieure n'a point de sillon; les infrieures ne sont que lgrement subules, et assez sembla- - m UoNGliUltS. i:.7 bls celles d'en haui; les premires sont jauntres et les autres blanches. Les molaires sont pris- matiques, ayant leur couroune traverse par des replis d'mail qui pntrent assez proiondmeni et qui sont semblables ceux qu'on voit sur la couronne des molaires fles Castors. La tte est assez longue, comprime latralement, avec le front et le chanfrein sur une seule ligne trs-lgrement arque. Le bout du museau est comme tronqu, plus haut que large, et prsente dans sa partie suprieure les narines, qui sont trs-ouvertes, obliques, plus larges et plus rapproches l'une de l'autre vers le bas qu'en haut; leur contour, en dehors et en dessus, est bord d'un bourre- let trs-apparent, et l'intervalle qui les spare est marqu d'un sillon mdian et longitudinal qui se termine en bas par la bifurcation de la lvre suprieure, La gueule est mdiocrement ouverte; la lvre infrieure assez renfle, transversale et non pointue, comme dans la plupart des Rongeurs. Les moustaches sont nombreuses, assez fortes, la plupart presque aussi longues que la tte. Les yeux, situs trs-prs de la ligne du chanfrein, sont un peu plus rapprochs de la base des oreilles que de Textrmit du museau ; ils sont mdiocrement grands, de bien peu plus longs que hauts; leurs pau- pires sont bien formes, et la suprieure est garnie de cils trs-lins, assez longs et bien rangs. En avant du canthus antrieur est un trs-lger sillon, dirig vers le museau, situ absolument la mme place o existe le larmier dans les Ruminants. La corne est assez bombe; l'iris de couleur brun fonc; la pupille, longitudinale et troite le jour, est ronde le soir; la sclrotique est gristre. Les oreilles ont en hauteur peu prs le tiers de la longueur de la tte; elles sont droites et lat- rales, presque nues et noirtres; leur bord antrieur est droit, leur bout arrondi et leur bord post- rieur marqu d'une chancrure arrondie assez prononce. Le cou est court. Le corps, assez gros, est, comme celui de la plupart des Rongeurs, beaucoup plus pais postrieurement qu'antrieurement, et le dos est gnralement fort arqu au-dessous de la rgion des paules. La queue, dont la longueur n'excde pas la moiti de celle du corps et de la tte ensemble, est droite, grosse, conique, presque nue et couverte de nombreuses cailles disposes par anneaux. Les membres postrieurs sont inter- mdiaires, pour la longueur, entre ceux des Rats proprement dits et ceux des Marmottes; mais ils sont au moins aussi pais et robustes que les pieds de ces derniers animaux. Les antrieurs sont pourvus de quatre doigts bien spars, termins par des ongles forts, arqus et assez acrs, et d'un rudiment de pouce pourvu d'un pelit ongle tronqu transversalement, ainsi que cela existe chez les Rats, les Marmottes, les cureuils, etc. : le plus long doigt est celui qui reprsente le mdius, et les autres dcroissent dans l'ordre suivant : l'annulaire, l'index et l'auriculaire. Les pieds de derrire ont cinq doigts, de mme forme que les antrieurs, mais plus longs, plus larges et pourvus d'ongles plus robustes; le pouce, quoique le plus petit, est bien dtach, et son ongle est aussi fort que ceux des autres doigts : de ceux-ci, le mdius est le plus long; les deux qui l'accompagnent droite et gauche, de trs-peu plus courts, sont gaux entre eux, et le doigt externe est intermdiaire entre ces doigts et l'interne. Les articulations de toutes les phalanges sont bien senties en dessus et en dessous; les muscles qui meuvent ces phalanges sont fort saillants, surtout vers l'extrmit des doigts. On remarque un assez grand nombre de rides transverses, bien apparentes sur leur face in- frieure, et la mme chose existe pour les doigts des mains. La paume et la plante des pieds sont nues, noires et chagrines gros grains, peu prs comme l'est l'corce d'une truffe. La plante est ainsi conforme jusqu'au talon, ce qui indique que l'animal est plantigrade; nanmoins le talon ev est un peu relev, et ne touche que fortuitement sur le sol lorsqu'il marche doucement. La paumo prsente cinq saillies principales, spares par des rides profondes : une de ces saillies corre'^pond au pouce rudimentairo; une autre, situe en dehors, reprsente le talon du poignet; une troisime est la base du doigt index; une quatrime rpond la fois au mdius et l'annulaire, et la cin- quime est la racine du doigt externe. La plante du pied, plus troite vers le talon qu'ailleurs, a, vers ses deux tiers antrieurs, une ride transversale trs-profonde, au del de laquelle sont quatre tubercules analogues (-eux des pieds de devant et disposs ainsi : un pour le doigt interne; un se- cond pour le doigt qui vient aprs; un troisime pour les deux suivants, c'est--dire le doigt du mi- lieu et l'annulaire; et enfin un quatrime pour le doigt externe. La peau chagrine du dessous des quatre pieds prsente une rugosit plus grande que les autres et de forme presque hexadre sur la partie la plus saillante de chaque tubercule. Les mamelons, de couleur bruntre, situs tout fait sur les cts du corps, sont au nombre de quatre, et ceux de la premire paire, ou pectoraux, sont loigns d'environ deux pouces et demi de ceux de la seccnde, ou abdominaux. L'anus, rlac vers R. ! 158 IllSTOIHE NATlinLLLE la base de la queue, forme une saillie conique, oblongue, trs-prononce, au sonimei de laquelle est rissue du canal intestinal, presque circulaire, reborde et finement marque de stries convergentes. Le poil dont l'animal est recouvert est assez fourni et gnralement rude; l'extrmit du museau, le contour des narines et les lvres, sont noirs et revtus d'un poil excessivement fin et court. Les pau- pires sont nues et noires; les oreilles aussi nues et noires, mais parsemes de quelques poils Irs- iins et assez longs, de couleur gristre. La peau des parties du corps couvertes de poil est d'un gris blaneliftlre; celle du bas-ventre, qui est presque nue, est plus brune. Le dessus des doigts, du mtacarpe et du mtatarse, de couleur noire, prsente des cailles d'entre lesquelles sortent les poils qui garnissent ces parties. Enfin le dessous des pieds est granuleux, nu et noir. La queue est marque d'environ cent cinquante anneaux forms d'caills saillantes et anguleuses, dont les dimensions di- minuent progressivement depuis sa base jusqu' son extrmit. Des poils assez courts et raides, dans la direction de la queue, sortent entre ces cailles, et sont plus abondants en dessus qu'en des- sous, o ils sont plus promptemcnt uss cause du frottement continuel auquel est expose la face infrieure de cette partie. Les poils du chanfrein sont dirigs en arrire et se prolongent parfois en une sorte de huppe vers l'occiput, ni;iis se terminent aussi quelquefois peu prs comme les poils de la tte de l'Agouti proprement dit. Ceux de la partie o naissent les moustaches sont noirtres et forment ainsi une tache de cette couleur, bien apparente sur chaque ct du museau. Les poils du bas du chanfrein, ceux des coins de la bouche, du menton et du dessous du cou, sont gnralement gris; ceux du haut du front, des joues, du dessus du cou, du dos, des flancs et de la face externe des membres, sont gnralement bruns, avec un anneau plus ou moins large de couleur jauntre vers l'extrmit, et leur petite pointe est noire. De ce mlange il rsulte une teinte gnrale de brun ver- dtre, dont la couleur jaune est distribue par piquetures. Les poils del croupe sont plus durs que les autres, et passent au brun-roux; enfin ceux qui avoisinent la base de la queue sont beaucoup plus gros, secs, presque raides comme des piquants, et tout fait roux. Les soies des moustaches sont trs-longues et pou prs au nombre de trente de chaque ct. Quelques-unes des plus grandes sont blanches et termines de noir : les autres sont toutes noires. 11 y a aussi quelques soles fines de cette dernire couleur, qui forment un bouquet au-dessus de l'il, et un autre enti'e l'il et l'o- reille. Les poils raides rpandus entre les cailles de la queue sont roux ou rousstres, si ce ne sont ceux du dernier quart de cette partie, qui passent insensiblement au brun. A. G. Desmarest donne d'assez grands dtails sur les habitudes naturelles de l'espce type de ce genre, le Capromijs Fournen, et il fait surtout connatre les murs de cet animal l'tat domes- tique. Quant aux murs des IJt'ias l'tat sauvage, je ne sais, dit-il, autre chose, si ce n'est qu'ils se trouvent dans les bois, qu'ils grimpent trs-facilement aux arbres et aux lianes, et qu'ils vivent de vgtaux. Dans l'tarde domesticit o sont les deux individus que je possde, j'ai fait les remar- ques suivantes sur leurs murs. Leur intelligence me semble aussi dveloppe que celle des cu- reuils et des Rats, et bien suprieure celle des Lapins et des Cochons d'Inde. Ils ont surtout beau- coup de curiosit. Ils paraissent trs-veills la nuit, ce qu'indique d'ailleurs la forme de leurs pupilles. Le sens de l'oue ne semble pas avoir autant de finesse que dans les Lapins ou les Livres. Leurs narines sont toujours en mouvement, surtout lorsqu'ils flairent un nouvel objet. Leur got parat assez dlicat pour qu'ils puissent distinguer et ddaigner les vgtaux qu'on leur donne, qui ont t touchs par des matires animales, pour lesquelles ils ont beaucoup de rpugnance. Ils vi- vent en bonne intelligence entre eux, et dorment trs-ntpprachs l'un de l'autre. Lorsqu'ils sont loigns, ils s'appellent par un petit cri aigu trs-peu diffrent de celui du Hat, et leur voix, lors- qu'ils prouvent du contentement, est un bger grognement fort bas. Ils ne se disputent gure que pour la nourriture, lorsqu'on leur donne un seul fruit pour eux deux; alors l'un s'en empare et se sauve avec, jusqu' ce que son adversaire le lui ait enlev. Ils font de longues parties de jeux en se tenant debout, la manire des Kanguroos, appuys solidement sur les larges plantes de leurs pieds et sur la base de leur queue, et en se poussant avec les mains, jusqu' ce que l'un d'eux, trouvant un mur ou un meuble pour s'appuyer, reprenne de la force et regagne l'avantage. Ils ne se mordent jamais. Ils ont beaucoup d'indiffrence pour les autres animaux, et ne font mme aucune attention aux Chats. Ils aiment tre flatts et surtout gratts sous le menton. Ils ne mordent point, mais ttent lgrement la peau de ceux qui les caressent avec leurs incisives. Ils ne boivent pas ordinaire- ment, mais cependant je les ai vus quelquefois humer de l'eau, ainsi que le font les cureuils. Leur riiT- I Uenilromys dos noir. li- 'i l'Iii^iiotliinlc (les li.iliilaliuiis I -JS. RONGEURS. 159 nonrriUire consiste seulement en nialires vgtales, telles que clioiix, ehicore, raisins, noix, pain, pommes, th bouilli, clitai,qnes, carolles, etc. Ils sont peu rlifficiles sur le choix de ces aliments; mai'* j'ai remarqu qu'ils ont un got particulier pour les herbes saveur forte et pour les plantes aromatiques, telles que l'absinthe, le romarin, les graniums, la pimprenelle, le cleri, la matri- caire, etc. Le raisin leur plat beaucoup, et, pour en avoir, ils se htaient, cet t, de grimper aprs une perche assez longue, Textrmit de laquelle je plaais ce fruit. Ils aiment beaucoup le pain tremp dans l'anisette, ou mme le vin pur. (( Leurs excrments sont des crottes noires allonges, ovales, de consistance semblable celles des Lapins, mais plus petites. Leur urine, blanche comme l'urine de Lapin, rougit, en schant, le linge blanc sur lequel elle est rpandue, et cette couleur est d'autant plus fonce qu'ils ont fait usage d'aliments plus secs. L'analyse diimique de l'urine d'Utia, faite par M. Lassaigne, a prsent les principes suivants : 1 de l'ure; 2 une huile rougetre combine la potasse; 5" un mucilage ani- mal color en brun; 4 du benzoate de potasse; 5" du sulfate de potasse; 0" du muriate de potasse ou de soude; 7 du carbonate de chaux. Cette scrtion a la plus grande analogie avec celles du Lapin et du Castor, qui ont t analyses par M. Yauquelin. Cependant elle diffre de l'urine de Cas- tor en ce que cette dernire contient de l'actate de magnsie en plus. (( Quant leur dmarche, ce sont des animaux presque absolument plantigrades; leurs mouvements sont assez lents, et leur train de derrire est comme embarrass lorsqu'ils vont doucement, ainsi qu'on le remarque dans l'Ours. Ils sautent quelquefois en se retournant brusquement de la tte la queue, comme le font les Surmulots. Ils courent au galop lorsqu'ils jouent, en faisant beaucoup de bruit avec les plantes des pieds. Lorsqu'ils grimpent, ce qu'ils font avec facilit, ils s'aident de la base de leur queue comme d'un point d'appui et descendent de mme : dans certaines positions, sur un blon, par exemple, cette queue leur sert de balancier pour conserver l'quilibre. Dans le repos, ils se met- tent souvent aux coutes, debout, en laissant pendre les mains, ainsi que le font les Livres et les Lapins. Enlin, pour manger, ils emploient tantt les deux mains et tantt une seule. Ce dernier cas arrive lorsque les corps qu'ils tiennent sont assez petits pour qu'ils puissent les tenir entre leurs doigts runis et le tubercule de la base du pouce. Nous ajouterons que ces deux individus, qui taient deux mles, aimaient beaucoup la gomme arabique, et qu'ils venaient mme de fort loin lorsque l'on secouait la bote qui la contenait. C'est mme ce got particulier qui causa leur mort; car, ayant trouv des couleurs communes dans la com- position desquelles entrait une certaine dose de gomme, ils les dvorrent et prirent quelques heures aprs, peu de distance l'un de l'autre, empoisonns. M. Mac-Leay a donn, de son ct, quelques dtails sur l'instinct et les murs de ces animaux. Dans V Histoire physique, politique et naturelle de l'le de Cuba, M. Ramon de La Sagra rapporte une note, qui lui a t communique par A. G. Desmarest, sur les particularits que prsente le squelette de l'espce typique ; nous ne pouvons reproduire cette note, et nous y renvoyons le lecteur. L'anatomie des autres parties de ces animaux n'a pas encore t faite d'une manire complte, et elle prsentera probablement des particularits curieuses, comme l'a montr M. R. Oween pour la splanchnologie. Le foie, ainsi que nous avons pu l'observer depuis longtemps pour le Capromijs Fournieri, et comme l'a dit M. Ppping pour le Capromrjs prehensilia, au lieu de n'tre fractionn qu'en un petit nombre de lobes comme celui des Rats, est, au contraire, subdivis en un trs-grand nombre de parties. Les trois espces admises dans ce groupe sont les suivantes : 1. CAPROMYS DE FOURNIER. CAPROMYS FOUflMERI. A. G. Desmaresl. Caractres spcifiques. Pelage grossier, d'un brun noirtre, lav de fauve obscur dans toutes les parties suprieures; la croupe est rousse; les mains, les pieds et le museau, sont noirtres, avec quelques poils blancs; le ventre et la poitrine sont d'un gris brun sale assez uniforme, avec des poils intrieurs trs-frais, de couleur grise, mls aux poils soyeux, seuls apparents ailleurs. Taille d'un Lapin de moyenne grosseur; mais dont le corps est ramass dans ses formes. Cette espce est ['Isodon pilorides, Say, et une varit en est dsigne sous le nom d'ihitia vaUn- 1.40 HISTOIRE NATURELLE. ziiclu. Nous en avons, dans nos gnralits p^nriques, fait connatre les formes cl les habitudes; ajoutons seulement, d'aprs M. Ramon de La Sagra, qu'elle vit dans les forts, soit sur les arbres, soit dans les halliers, et qu'elle reclierelie l'ombre cl l'obscurit. Elle habite Cuba. Fig. 40. Capromys de Fourniei - 2. CAPROMYS PRHENSILE. CAPROMYS PREHENSILIS. Ppping. C.\r!ACTRF,s SPCIFIQUES. La tte, le dessus des pattes, les moustaches et les ongles, sont blancs; le reste du corps est couvert d'un poil mou, flexible, de couleur ferrugineuse mle de gris; sa (jueue, plus grle que celle du Capromys Foumieri, est gale en longueur au corps, qui a en- viron 0'",065; la queue, dont la base est couverte de poils ferrugineux, a son extrmit nue en dessous. Cet animal est paresseux et lent; il se tient dans les arbres, o il grimpe avec facilit en se pre- nant aux branches. C est Y A gutiu car abali des colons et le type du genre Mysalclcs (M. Pppingii, Lesson). Il vit dans les forts comme le prcdent, mais dans des endroits plus sauvages et loin des liabitations.il se tient de prfrence sur la cime des arbres, et se cache entre les rameaux pour viter la poursuite des ngres. Il s'aide de l'extrmit de sa queue pour saisir les plantes parasites, au mi- lieu (lesquelles il se rfugie, il est encore plus farouche et plus sauvage que l'Outia; ce n'est qu'avec difficult qu'on parvint l'assujettir la vie domestique; il refuse les caresses, se cache pendant le jour dans l'intrieur de sa cage, mord frquemment celui qui veut le toucher, et travaille la nuit ronger sa chane. Dans cet tat d'esclavage forc, il mange peu, vit dans une continuelle agitation, maigrit et meurt promptement. UOnlia coiuja atteint une taille plus grande que VOntia carabal, et c'est pour cela que les ngres le prfrent. Ils les chassent tous deux continuellement, non-seulement pour se nourrir de leur chair, mais pour la vendre aussi dans diffrents marchs. Celui de la Havane estfoni annuellement d'un grand nombre de ces animaux, que l'on vend corchs, secs, fums et aplatis H que les gens pauvres achtent de prfrence Cette viande conserve cependant un got RONGEURS. lil dsagrable et une odeur forte, assez semblable celle qu'exhale ranimai. Comme le prcdent, il liabite galement Cuba, mais il est plus rare que lui, et on ne le rencontre gure que dans la partie mridionale de l'le. 3. CAPROMYS DE POEY. CAPROMYS POEYl. Gurin-Mncville, CAyiACTHES SPCIFIQUES. Trs-voisin du Capromiispreliensilis, mais en diffrant par son pelage marron, tiquet de jauntre; par sa tte, d'un jaune ferrrfgiiieux en dessus, blanche en dessous; par ses pattes ayant les doigts couverts de poils marrons; par ses moustaches noirtres, avec la base seulement blanche, et par sa queue, qui est entirement couverte de poils ferrugineux, un peu hris- ss, et dont rextriiiit n'est pas nue en dessous. Ce Rongeur provient des Antilles, et est regard par Lesson comme une simple varit du Capro- mys preliensilis, aveclequel il a vritablement de nombreux rapports. On a quelquefois rapproch de ce genre le groupe des Cercomrjs, Fr. Cuvier, et celui des Aulaco- (les, que nous laisserons auprs des Porcs pies. Lesson range aussi auprs de lui les genres de fossiles suivants : i Megamys (ae-vor.;, grand; fy.j;, Rat), Alcide D'Orbigny, comprenant le M. Patarjonensis, propre aux terrains tertiaires de l'Amrique mridionale; 2" Pai,.eomvs (TTaXaio, antique; (au,-, Rat), Kaup (Isis, 4832), ne renfermant que le P. Arveruensis, Laizet et De Parrieu, des terrains tertiaires de la Limagne; " Arch/Eomys (ap/,ato;, ancien; |i.u;, Rat), Laizet et De Parrieu (journal Y Institut, 1840). 21""^ GENRE. PLAGIODONTIE. PLAGIODONTIA. Fr. Cuvier, 1830. nXa-j'io;, transverse; o^ou:, dent Annales des Sciences naturelles, -l" srie, i. VI. CARACTRES GNRIQUES. Sijslime dentaire peu prs semblable celui des Caproniijs, mais en diffrant par la disposi- tion de la couronne des molaires. Tte moins courte que celle des Bals. Oreilles trs-petites. Yeux galement assez petits Bouche mdiocrement fendue. Pieds tous cinq doigts : le pouce antrieur n'tant que rudimentaire; tes quatre autres doigts des pieds de devant avec des ongles minces, crochus, assez forts; les doigts des pieds de derrire plus longs que ceux de devant; tous arms d'ongles crochus, comprims. Queue cylindrique, entirement nue, non prenante. Aspect gnral des Bals. Taille d'un petit Lapin. Le genre Plagiodontia, qui ne parat pas diffrer trs-notablement de celui des Capromijs, a t fond par Fr. Cuvier pour une espce trouve aux Antilles par M. Ricord, et qui doit probablement tre rapporte, ainsi que le fait remarquer Lesson, au Cuniculus Bahamciisis de Catesby. L'espce type et unique de ce genre est le : PLAGIODONTIE DES MAISONS. PLAGIODOSTIA (EDIUM. Fr. Cuvier. Caractres spcifiques. Pelage gnralement d'un brun clair qui devient d'un blond jauntre aux parties infrieures; moustaches bien fournies, places de chaque ct du museau., au-dessus et au-dessous des yeux; queue nue et revtue d'caills pentagonales trs-petites, serres l'une contre IW IIISTOIIW': NATll[IKI>LK. raiilrc cl irpaiitliics iiiiitornumciit sur toute la surface de la peau. Longueur de la tte et du corps, 0"',055; de la (pieue, 0">,0i:). Cette esp<'e, qui iiorte le nom de lUit-Caiics Saint-Domingue, a une physionomie gnrale as- sez semblable celle des lats, avec une tte moins lourde. Ses oreilles, proportionnellement sa taille, sont trs-petites; ses yeux, situs entre Textrmit du museau et les oreilles, sont un peu plus rapprochs de celles-ci; ses narines sont troites et environnes d'un petit mufle, et sa bouche est de mdiocre tendue. Tous les pieds ont cinq doigts; le pouce de ceux de devant n'est que rudimcn- taire; les quatre autres doigts de ce membre sont armes d'ongles minces, crochus, assez forts : les deux moyens sont d'gale longueur et plus grands que les deux externes, aussi d'gale longueur; les doigts des pieds de derrire, plus grands que ceux de devant, sont tous arms de forts ongles cro- chus et comprims; le pouce est le plus court, puis le doigt externe, et les trois moyens sont peu |)rs d'gale longueur. La queue est cylindrique, entirement nue, non prenante. Cette espce habite Saint-Domingue, o elle n'est pas commune; elle semble fuir la clart du jour, et c'est la nuit seulement qu'elle se met en campagne, le mle et la femelle presque toujours runis : elle se rapproche ordinairement des habitations pour chercher sa nourriture, qui consiste l)rincipalement en racines et en fruits. Comme tous les Rongeurs frugivores, ces animaux sont fort bons ;\ manger, et les Hatiens, qui en sont trs-friands, les recherchent si soigneusement, qu'ils ont fini par les rendre trs-rares. 22'"- GENRE. PHLOEOllYS. PHLOEOMYS. Waterhouse, 1839. 'l'/.oioc, iircocc: u-u;. Rat. Boai'ding of zoological Society of Lniidon. CARACTRES GNRIQUES. Systme denlarc : inc'isives, |; molaires, |5|; en lolaiiic seize dents. Les molaires ont h leur couronne des saillies d'mail assez considrables. Mufle nu, entamant les narines, perces presque h ses ctes. Oreilles mdiocres, velues extrieurement. Humrus prsentant un condijlc interne. Membres antrieurs quatre doigts et un pouce rudinienlaire, mais onguicul : les ongles des quatre auires doigts robustes; doigts assez forts, peu velus, non palms: paume nue; membres postrieurs cinq doigts bien dvelopps , couverts de petites cailles pidermiques; plante et des- sous des doigts nus; ongles forts. Queue ccailleuse, mdiocre, velue, poils courts et raides. Le genre Plilomgs a t fond par M. Waterhouse pour un Rongeur des plus curieux, son Phlo- mgs Cumingii, dcouvert dans lle de Luon par Cuming, et qui l'avait dj t trouv antrieure- ment dans la mme localit par M. de La Gironnire; il a donn lieu un mmoire important publi par M. P. Gervais dans la Zoologie de la Bont. (Texte, t. I, pag. 45 et pi. VII et Vlll.) Cet animal est l'une des plus grosses espces de la famille des Muriens : sa taille et sa physionomie sont peu prs celles des Capronigs, et c'est pour cela qu'on l'a rapproch de ces derniers Rongeurs; mais, comme le fait remarquer M. P. Gervais, il semble plus voisin des Rats proprement dits, et, par ses dents, du genre des Gerbilles. M. P. Gervais a donn quelques dtails sur l'ostologie et l'odontologie ie ces animaux. Le crne du Plilomgs adulte, dit-il, peu prs grand comme celui du Capromys prcbensilis, ou du Phlgiodontiadium, en diffre la premire vue par la petitesse de son trou sous-orbitaire, grand comme celui des Gerbillus, des Mus et des Lemmus, et semblablement dispos, c'est--dire remont la hauteur de rar(;ade zygomatique, comprim, un peu plus largi suprieurement, et en communi- cation avec le canal lacrymal. Les Capromys ont, au contraire, comme beaucoup d'autres Rongeurs, nONGt:URS. 145 et paiticuliremeni les Clenoniijs, Ecliimijs, Miiopotamiis, llijalrix et (jtvia, \n trou soiisorbitaire fort grand. Le crne du Phlaomijs est allong, trs-peu bomb, un peu largi au front, qui est trs- dprim, ainsi que l'espace interorbitaire; son apojjliyse postorbitaire forme une petite saillie en pa- lette, et qui communique avec la crte sourcilire. L'apopbyse orbital re antrieure est peu considra- ble. Le chanfrein est trs-legrement bomb, et les os propres du nez sont presque plans. La partie faciale est peu largie. Le palais est troit, peu prs dans une direction rectiligne. Les arcades zy- gomatiques sont mdiocrement fortes et sans apophyse infrieure ni orbitaire. l-a crte occipitale est petite, et elle donne verticalement une petite crte mdiane qui descend perpendiculairement la courbure suprieure du trou occipital. Les dents in(;isives n'ont pas de rainure leur face antrieure; elles sont de force moyenne, et jauntres en avant. 11 n'y a que f molaires de chaque ct; l'ant- rieure est la plus grande. Ces dents ont, dans leur nature, quelque analogie avec celles des Gerbilles; l'mail forme, leur couronne, des ovales ou ellipses bien spares entre elles. La mchelire ant- rieure de la mchoire d'en haut a trois de ces ovales, dont celui du milieu le plus grand et l'antrieur le plus petit; la moyenne en a deux seulement, dont l'antrieur un peu plus grand, et la troisime galement deux et dans les mmes rapports, mais proportionnellement plus petits, k la mchoire in- frieure, la molaire antrieure a trois ovales : le premier le plus petit et le troisime le plus long; le deuxime en a trois, dont le petit en arrire, et le troisime deux; le dernier de ceux-ci est le plus large d-^ tous. Ceux qui ont la plus grande longueur absolue ont, proportionnellement, le 'dia- mtre antro-postrieur ou petit diamtre moins considrable. La partie osseuse de la mchoire in- frieure n'a rien qui indique une force musculaire plus grande que chez les Gerbilles ou les iats, et n'a ni saillie son bord infrieur auprs de son condyle, ni prolongement de sa partie angulaire Le crne n'a pas non plus l'apophyse stylode prolonge comme cela se voit, par exemple, chez le Phl- (jiodotuia, et ses bnlla ossea ne sont pas plus dvelopps que ceux des Uats. \ la mchoire suprieure, la barre ou espace vide entre les deux sortes de dents est plus grand que la longueur de la srie des molaires. La longueur totale du crne est de 0'",00, et la largeur, aux arcades zygomatiques, de O^.Oi'i. M. P. Gervais donne ensuite quelques dtails ostologiques d'aprs un jeune sujet. La seule espce que l'on connaisse de ce genre est le : PHLOMYS DE GUMING. PULOMYS CUMI.\GU. Walcrhoiise. CAr.ACTr.ES SPCIFIQUES. Poils gnralement roux-cannelle la base, et termins de blanc sur presque tout le corps, qui est glac de cette mme couleur; une tache rousstre auprs de l'oreille; pattes de devant blanc sale; moustaches raides, noires. Longueur de la tte et du corps, 0",0o5; de la queue, O^jO^O : cette dernire de couleur chocolat. Le Pliloinys Cnmingn est rare et peu connu l'le de Manille. On le trouve dans les bois, o il vit dans des espces de terriers. Il se nourrit d'corces d'arbres, suivant M. Cuming, ainsi que de raci- nes, d'aprs M. de La Gironnire. il est plutt nocturne que diurne. Ses molaires sont en partie recou- vertes d'une couche d'un brun fonc, comme les dents des peuplades indiennes qui mchent le btel. Les deux Phloniys de M. de La Gironnire ont t pris dans la province de Nueva Exoica, sur les montagnes, au nord-est de Manille, quarante ou cinquante lieues de cette ville. Cette curieuse es- pce de Rongeurs n"a pas encore t trouve dans l'le de Luon, et il parat qu'elle n'est commune nulle part. Dans l'espace de dix ans, M. de La Gironnire, malgr des chasses et des excursions frquentes, n'en a vu que les deux exemplaires qui ont t rapports en France par l'expdition de la lonitc, et qui font aujourd'hui partie des collections du Musum d'histoire naturelle. On ne trouve les Pliloniijs que dans l'intrieur de l'le, et les naturels les considrent comme une espce de La- pin. Us sont trs-vigoureux et peuvent blesser des Chiens d'assez forte taille. Toutefois ces animaux sont susceptibles de s'apprivoiser facilement, et l'un d'eux a vcu librement, pendant un certain temps, dans la chambre de son malre, montant sur son lit quand la fantaisie lui en prenait,*et venant sur- tout manger dans sa main. Sa nourriture consistait en pain et en riz; il dormait tout le jour et ne commenait jamais courir que le soir. Ils ne terrent pas. 144 lllSTOir.K NATlir.l'LLi:. CTXOMYSITES. CTENOMVSIT^, Nobis. Siisiciiic (Inilairc : incisives, f; molaires, ^;; en totnlit vinjl dnis. Incisives petites on motjcn- Uis; molaires oblonques, croissant de taille de la premire h la dernire, h couronne ressemblant soureul celle des Castors. Tte plus OH moins allonge. Moustaches mdiocres. Veux petits. Oreilles moijennes. Pas d'aba- joues. Membres courts, plus ou moins emptrs, h cinq doujts. Ongles fouisseurs. Poils assez doux ou trs-doux. Corps de la taille cl de la forme de ceux des Rats. Queue gnralement mdiocre, plus ou moins couverte de poils. Les Ctnomysites correspondent aux Ctnomys de De Blainville,ct aux petites familles des Ctno- myens, P. Gervais. Ctenomysida^, Lesson: Psammonjctina, A. Wagner; Ociodoiiiid, Waler- liouse, etc. Ce sont des animaux assez semblables aux Hats extrieurement, mais poil fort doux, comme ce- hii d'un i^rand nombre de longeurs de TAmcrique, quatre paires de molaires sans racines, trou sous-orbitaire considrable, et mclioire infrieure conforme, dans sa partie osseuse, sur le mo- dle propre une grande partie des Rongeurs des mmes contres, et dont le Cociion d'Inde fournit un exemple bien connu. Les Ctnomysites sont des animaux fouisseurs, et dont le rgime est essen- tiellement herbivore; aussi quelques-uns d'entre eux causent-ils des dgts considrables dans les rgions qu'ils habitent, et, sous ce rapport comme sous quelques autres, rappellent-ils les Campa- gnols. Leur tte est assez grosse. Leurs pattes sont robustes. Leur queue assez courte. Par quelques particularits, ils se rapprochent des Capromys d'un ct et des Loirs de l'autre. On n'en connat que douze quinze espces, dont on a form presque autant de genres, tandis que celui des Cicnuiiiys aurait pu peu prs suffire pour les comprendre toutes. Toutes les espces sont propres l'Amrique du Sud. Les genres que nous indiquerons sont ceux des Ctcnonujs, De Blainville; Scliizodon, Walerhouse; Poepliagumijs, Fr. Cuvier (Pa/moryc/cs, Ppping) ; Ociodon, Benneit (Dc/n/ro/;ii/5 , Meyen), et Abrocoma, Waterhouse. 25""^ GENDE. CTNOMYS. CTENOMYS. De Blainville, 1820. Ktsi;, peigne; p.v;, Rat. Dullclin lie la Socit philomaUiique de Paris. CAHACTRES GNRIQUES. / Siisime dentaire : incisives, f; molaires, |^J; en totalit vingt dents. Incisives fortes, en partie exserles, coupe carre, bord large et tranchant, sa)is sillon anlricur. Molaires oblon- gues, croissant assez rapidement de la premire la dernire, couronne sigmoide, sans aucun repli d'mail. Tte ovale, peu dprime. Yeux petits ou mdiocres. Auricules visibles, trs petites. Mend>res assez courts, emptrs. Cinq doigts chaque pied. Oiiglcs fouisseurs, trs-longs, trs- arqus et pointus en avant, plus courts, plus larges, excavs en cuiller en arrire, o ils sont gar- nis leur racine d'une srie de poils durs et raides formant une sorte de rteau, d'oii a t tir le nom du genre. J Fiji. 1 Saccomys :into|)liilp. I''i,;;'. '2. Ascoiiivs du Mexique IM. 29. Puils en fjiiral assez doux. Corps assez allong, sniciforme, an peu dprim, assez poilu. Queue mdiocre, couverte de poils rares. Le genre Ctnomys a t cr par II. De Blainville pour un Rongeur propre au lrsil et prsentant quoique analogie avec le Rai d'eau. Le corps des Ctnomys est de la grosseur de celui de notre Rat ordinaire; un peu plus renfi en arrire, et surtout plus dprim, plus en forme de sac, et ayant un peu plus l'aspect gnral des Spatax ou Rat-Taupe. La tte, assez petite, est dprime. Le museau est celui d'un Rat, plus raccourci et plus comprim, ce qui tient la disposition des incisives, beaucoup plus fortes et plus sorties que dans les Rats. Les orifices des narines sont trs-troits et recouverts par le cartilage extrieur, formant une espce d'opercule. Les yeux sont petits. Les oreilles externes sont plus petites que dans les Rats et les Campagnols. La bout lie est peu fendue. Les incisives sont pres- que compltement exsertes, ou ne peuvent tre recouvertes par les lvres; elles sont trs-fortes, tailles en biseau leur face postrieure, droites et tranchantes l'extrmit, sans sillon, de couleur orange leur face antrieure, et enlin presque de mme forme en haut et en bas : celles-ci cepen- dant un pou plus troites et plus longues que celles-l. Les molaires sont galement peu prs sem- blables aux deux mchoires, au nombre de quatre de chaque ct elchaquemchoirt^ dcroissantes de la premire la dernire, subitement beaucoup plus petite qu les autres; toutes sont peu prs, d'gale venue dans toute leur longueur; leur couronne est plate, ovale, recourbe un peu en forme de virgule, dont les extrmits seraient galement arrondies; Tmail les borde la circonfrence sans former de plis ni de festons, et elles s'imbriquent un peu l'une l'autre en dedans. Les membres sont trs-courts, n'ayant de bien libres que les avant-bras et les jambes. Les antrieurs sont termi- ns par une paume assez considrable, pourvue d'une collosit pallicide et carpienne fortes. Ils ont cinq doigts bien distincts, mais courts, peu spars ou fendus. Le pouce est le plus court de tous mais cependant bien conform, et termin par un ongle conique; les quatre autres doigts, dans les proportions ordinaires, sont pourvus d'un ongle aussi long qu'eux, trs-arqu, dos mousse, tran- chant dans la moiti postrieure de la face infrieure, fendu dans le reste et un peu largi l'extr- mit, ce qui montre que ce sont de vritables ongles fossoyeurs. Les membres postrieurs ont aussi leur plante longue, assez large et tout fait nue; les doigts, galement au nombre de cinq, peut-tre un peu moins disproportionns qu' la main, le premier tant presque aussi long que le cinquime, ont aussi des ongles assez forts, mais droits, et largis en cuiller ou gouttire l'extrmit; leur racine, en dessus, est une range de poils raides, durs, courts, formant une espce de rteau, ce qui n'existe pas aux membres antrieurs. La queue, courte, n'gale gure que le quart de la longueur totale du corps; elle est assez grosse, obtuse son extrmit, et commenant assez brusquement en arrire du corps. Le poil qui recouvre la plus grande partie du corps est doux, lin, assez court, trs-couch, d'un gris ardoise sa base, et d'un. brun rousstre luisant dans le reste de son tendue,, ce qui donne pour couleur gnrale du roux luisant en dessus, se fondant en blanc rousstre en dessous. Les poils qui recouvrent les extrmits sont plus courts, plus durs et plus rares. Ceux de la queue sont dans le mme cas, sans cailles entremles, et d'un brun noirtre. Les moustaches sont assez longues. ' Tels sont, d'aprs De Blainville, les caractres principaux que prsente l'espce typique de ce groupe. Aujourd'hui, et sans y comprendre les groupes voisins, on en connat trois ou quatre esp- ces, qui toutes proviennent de l'Amrique mridionale. Ce sont probablement des animaux fouis- seurs, se creusant des terriers et vivant de matires vgtales. 1. CT1?N0MYS BRSILIEN. CTEXOMYS BRASlUt^XSTS. De Blainville Caractres spcifiques. Pelage de couleur rousstre sur presque toutes les parties du corps. sauf en dessous, o il est blanchtre; les poils de la queue sont bruns; corps trapi . de la taille d'un gros Rat d'eau. Habite la province de la Phtta, au Rrsil. 1,' l'.t 14(5 IIISTOIUE iNATURELLE. 2. CTKNOMYS DE MAGKLLANIK. CTENOMYS MAGEI.LANICUS. Bcnnclt. CAu.vaknF.s sn'xiFiQUES. - Poils chtain fauve, un peu plus clairs en dessous qu'en dessus; pattes et queue bianchAtros. De la taille du prcdenl. Habile le dtroit de Maj^ellan, prs le cap de Grgory, o il a t dcouvert par le capitaine lliiig. Deux autres espces sont le CTivowys a coluer {Clenomtjs lorquatua, Lichslenstein), du Brsil, et le Clenomiis Bonar'iensis, Alcide D'Orbigny, fond sur un fragment fossile de mchoire infrieure trouv dans une grotte aux environs de Dunos-Ayres, et qui ne diffre probablement pas, suivant M. P. Gervais, du CAcnonii,s Binsiliensis. %A""' GENRE. SGHIZUDON. SCHIZODON. Waterhouse, 1841. ^-/^i^M, je divise; &5ou;, dent, l'roccedings of zoological Society of Londoii. CARACTRES GNRIQUES. Siistime dentaire : incmves, |; molaires, |-^: en lotaiu vingt dnis. Chaque molaire clanl par- tage en deux par les deux ciflindres d'ivoire qui composent ces dents. Les autres caractres comme dans les Clnomtfs. Fi?. 41 . Scliizodoii lauvc. Ce genre a t fond par M. Waterhouse pour une espce unique se rapprochant beaucoup des Ctnomys, et n'en diffrant que par un caractre important odontologique : c'est la sparation des deux cylindres d'ivoire dont se compose la partie dure de chaque molaire qui est plus ou moins com- plte, et que chaque dent est comme partage en deux, d'o a t tir le nom de Scliizodon (a/^ilu, je divise; cJtu, dent). La seule espce est le : RONGFiURS. 147 SCmZOnON brun. SCBIZODON FUSCUS. Waterhousc. Caractres spcifiques. Pelage crun gris brun en dessus, lav de fauve en dessous; pieds bruns; taille peu prs semblable celle du Surmulot; queue n'ayant que la longueur de la tte. Se trouve au Chili, d'o il a t rapport par M. Bridges. 20'^'^ GENRE. POPHAGOMYS. POEPIIAGOMYS. Fr. Guvier, 1854. novi, herbe; cpafw, je munge; |au;, rai. Annales des Sciences naturelles, 2' srie, 1. 1. CARACTERES GENERIQUES. Systme dentaire : incisives, |; molaires, |^,; en totalit vingt dents. Molaires h mail formant, autour de la partie burne, une ceinture dispose h peu prs en chiffre 8 : toutes didijmes, dcrois- sant de la premire la dernire. Oreilles mojennes, presque sans poils. Queue de la longueur de la moiti du corps, velue. Taille du Rat commun. Les autres caractres semblables h ceux des Ctnomgs. Fig 42. Popliagomys noir. Fr. Cuvier a fait connatre, sous le nom de Popliagomys, un genre curieux de Rongeurs ne ren- fermant qu'une seule espce propre au Chili, et qui a t dcrite depuis par M. Ppping [In Wieg- mann Archiv.. t. VI, 1856) sous la dnomination gnrique de Psammoryctes (iJ/aap.;j.o;, sable: uoujc- To;, fossoyeur). Ce genre semble trs-voisin des Ctnomys et en mme temps des Octodons, qui s'en distinguent toutefois facilement par leur queue floconneuse l'extrmit, qui tend rapprocher ces derniers des Callomys. Le Popliagomys atcr, dit M. P. Gervais dans la Zoologie d la Favorite, a le port gnral des Campagnols, et sa taille se rapproche de celle du Rat d'eau ; sa queue gale peu prs, comme chez les Campagnols ordinaires, la moiti de la longueur du corps; et ses oreilles, de grandeur 148 IIISTOli'.K NATl IIKI.LE. moyenne, sont prcs(|ue. dnudoos. Tous ces caraoliTOs Ceraionf pi'oiiflii' le l'oc|)l)aL,^nniys pour un Canipai^nol, cl leudiaicnt le faire placer dans le sous-i^enre Arv'icola du i^enre Lonnnjs; mais ses dents ne sont point celles des CampaL-nols. .es molaires des Campagnols sont au nombre de trois do chaque ct des deux molaires, et leur mail forme des replis disposs en Z. Chez les l'opliagoniys, jl y a quatre molaires |)artout, et les dents ont leur mail formant, autour de la |)artie burne, une ceinture dispose peu prs en chiffre 8. C'est sur Tinspection de ce caractre des dents molaires que Fr. Cuvier a cru devoir faire des l*ophaL;omys un i^enre distinct, et il reconnat qu'il offre ;4vcc les Oclodon des rapports vidents. Chez ces Pophaii^omys, la queue est courte, velue, mais non floconneuse, et les molaires sont toutes didymes, dcroissant de la premire la dernire, etc., chez les Octodons, ces mmes dents sont didymes et en forme de 8 une mchoire, et, au contraire. irr;;ulirement triangulaires l'autre; de plus, la queue est longue et en balai. Ces caractres, si l'on ne fait d'abord attention qu'aux animaux qui les prsentent, paraissent autoriser faire de ces Tongeurs deux genres distincts; mais ils deviennent bien moins importants si Ton tudie aussi les espces voisines de celles qui nous occupent. Quelques-unes de ces espces prsentent en effet des caractres peu diffrents, plusieurs d'entre elles viennent combler la lacune qui semble sparer les Pophagomys des Octodons; de plus, il en est qui lient ces animaux plusieurs autres genres de Rongeurs qu'on avait crus jusqu'ici en tre i)arfaitement distincts. On reconnat alors qu'il est difficile d'admettre que les uns et les autres puissent devenir, ainsi que l'ont voulu les autetir , autant de genres particuliers. Aprs quelques autres considrations, M. P. Gervais propose, avec De Blain- ville, de ranger dans un grand genre Orifclonujn, et comme sous-genres les Diplosioma, Saccoplio- rtis, Saccovnj.'i, Pocpliaionnjs et CAcnomifs, tandis que les Oclodon, s'ils ne faisaient pas partie du mnif groupe, se trouveraient au commencement du grand genre Callonnjs, et cela par suite de la considration de leur queue, qui a du rapport avec celle des Chinchillas. Pour nous, nous pensons que c'est entre les Ctnomys et les Octodons que doivent se placer les Pophagomys, tout en convenant qu'ils ont aussi quelque analogie avec les Hamsters. L'espce unique de ce genre est le : ror'pJIAr.OMYS noir, pophagomys ATEII. Fr. Cuvier. CAK.^CTiiiREs SPCIFIQUES. Pelage d'une coloration entirement noire, un peu luisante. Un peu plus petit que le Hat d'eau. C'est la mme espce que M. Ppping a appliqu la dnomination de Psannnoryclcs noctivu- gana, et que les habitants de Valparaiso nomment Cnniro. Fr. Cuvier a constat dans ce Piongeur un des caractres propres aux Ctnomys : ranipieur remar- quable du ccum, dont la capacit gale celle de l'estomac. Cette espce est assez rare, ou plutt la nature de ses murs lui permet-elle d'chapper plus faci- lement que d'autres aux recherches de l'homme, puisque en effet elle a des habitudes nocturnes et ne sort pas de sa retraite pendant le jour. 11 paratrait toutefois, d'aprs M. Darwin, qu'on la rencon- trerait plus abondamment dans les rgions alpestres que dans les pays de plaine. Ce Piongeur se creuse des terriers considrables, et probablement dans le but d'atteindre les racines des arbres, -comme le fait le Ctnomys brsilien. Ces trous sont trs-incommodes pour les Chevaux. On le trouve au Chili, principalement dans les environs de Valparaiso et de Coquimbo. 2G">'= GENRE. OCTODON. OCTOBON. Bennett, 1852. Ox-Tw, huit; O'iur, dent, l'roccedings of zoological SociPlyof Loiidoii, l. 11. , CARACTRES GNRIQUES. Systme dniinirc : ncisivis, f ; molaires, ;|5|; en lolalil vingt dents, ipii diffrent, par quelques particulartts, de celles des ^mres prcdents. r.ONGEUHS. I/i9 Oreilles assez (frandes. Queue courte. Plus petit que le lal. Le i,^enre Oclodon., assez voisin des prcdents, a t cr par M. Bemieit en 1852, et a t indi- qu Tanne suivante par M. Meyen [Acla natiir Ciirosornni, t. XVI, 1852) sous la dnomination de Pcmirobius (^ev(;ov, arbre; pt^;, vie). Les Octodons sont trs-communs dans les parties centrales du Chili, et ne sont pas rares aux envi- rons de Valparaiso. 11 y en a, dit-on, par centaines dans les haies et les bosquets, o ils font des terriers communiquant entre eux et ayant souvent un trs-grand dveloppement. Ce sont des ani- maux granivores et qui lont souvent beaucoup de mal aux champs de bl. Ils dtruisent parfois des rcoltes entires et semblent, dans le nouveau monde, remplacer nos Campagnols europens. Leur allure a quelque chose de celle des cureuils, ou plutt des Loirs, avec lesquels on les a parfois comj)ars. L'espce unique de ce genre est le : OCTODOIN DE CUMMING. OCTODON CUMMIXniI. Bcnnctt. CARACTr.Es SPCIFIQUES. Pelage en dessus d'un gris brun ml de noir, plus clair en dessus; queue noirtre. Taille du Rat commun, ou plutt un peu plus petit. Cette espce est le Sciurus tlegiis, de Molina; le Dcndrobius dccjus, Meyen, et le Clenomijs degns, P. Gervais. Il habite le Chili. rig. 43 Octodon de Cumining. 27me GENRE. - ABROCOME. ABROCOMA. Waterhouse, 1857 Aopcr, doux; M^-Ti, poil. Prncccdings ofzoological Society of London. CARACTERES GENERIQUES. Systme dentaire : incisives., |; molaires, );^|; en tolaliic vingt dents. Incisives trs-petites, peu fortes. Molaires peu prs semblabcs celles des Ctnomijs. Oreilles grandes. 150 IIISTOinE NATli|{KIJJ<. Plies presque nues; le dessous couvert de pelits tubercules ronds et cliarnns, mcine sous Us orleils. 0)i(iles assez grcles. Queue mdiocremenl allonge, couverte de poils de mme loncfueur partout. Poils trs-fins, trs doux, aijanl de l'analogie avec ceux des Ckincliillas. M. ^Vaterhouse a form, sous le nom 6'Abroconin, un genre de Rongeurs qui lui parat trs- voi- sin, d'un ct, de VOctodon, des Cienomijs el ihi Poepliagomrj s , et, de l'autre, des Cliincliillas; mais son organisation dentaire Ploigne suffisamment des uns et des autres. Il diffre des Ctnomys et Popliagomys par la grandeur de ses oreilles, la dlicatesse de ses ongles et la petitesse de ses incisives; des Octodons par la longueur gale partout des poils de sa queue. Toutefois il se rappro- che de ce dernier genre par la conformation de ses pattes, qui sont nues, et dont le dessous est cou- vert de petits tubercules ronds et charnus; mais le genre Oc<0(/on prsente sous l'orteil des incisions iransverses qui manquent dans Abrocoma; chez celui-ci, le dessous des orteils, ainsi que le reste du dessous de la patte, est couvert de tubercules. En outre, ces animaux ont quelques rapports avec les Cavia. L'extrme finesse de la fourrure des deux espces, les Abrocoma Bennettii et Ciwieri, Water- house, toutes deux provenant du Chili, qui composent ce genre, a suggr l'auteur le nom qu'il lui applique, et qui provient des mots grecs apo,-, doux; My:n, poil. Cette fourrure, qui donne ces ani- maux de l'analogie avec les Chinchillas, est compose de deux sortes de poils, dont les plus longs tellement dlis que l'on peut presque les assimiler aux fils d'une toile d'araigne. TROISIEME TRIBU. MYOXIENS. MYOXIJ, Nobis Systme dentaire : incisives, f ; molaires, | ^, en totalit vingt dents. Incisives supreires peu larjcs, infrieures acres. Molaires racines distiictes, couronne marque en gni-al de deux sillons d'mail. Tte assez allonge. Yeux saillants, plus ou moins gros. Oreilles arrondies, petites ou moyennes. Pas d'abajoues. Pattes antrieures h quatre doigts distincts et un rudiment de pouce, postrieures a cinq doigts. Membres postrieurs un peu plus longs que les antrieurs. Ongles trs-courts, trs-recour- bs, acrs. Queue habituellement aussi longue ou plus longue que le corps. Taille ])elile. Facis des Bats, mais plus allong, plus petit. Cette tribu de la grande famille desMuriens, que Lesson nomme les Myoxide, ne renferme que l'ancien genre des Loirs ou Myoxus, et a t indique par plusieurs zoologistes sous diffrents noms, el laquelle nous appliquons la dnomination de Myoxiens (lihjoxii) pour nous conformer notre nomenclature. Ces animaux constituent la tribu des Gliriens de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Les animaux assez peu nombreux qui entrent dans cette division, et qui proviennent tous de l'an- cien monde, ont un aspect tout particulier qui rappelle en mme temps les Rats, les cureuils et les Gerboises. Ce sont de jolis Rongeurs de petite taille, et dont la robe, couverte de poils courts, lui- sants et de couleurs ples, est des plus agrable l'il; ils ont des murs nocturnes pour la plu- part, restant enferms dans leur nid pendant le jour et n'en sortant que le soir pour pourvoir leur nourriture, (pii est presque exclusivement vgtale et consiste en graines ou en fruits. Une particu- Fis. > Mrion de Labrador. Fig. 2. Marmotte de Beechey. PI. 50. RONGEURS. 151 larit des plus remarquables que prsentent ces animaux, c'est que pendant l'hiver ils tombent dans un tat complet de lthargie. Deux genres seulement, ceux des Loirs et des Grapli'mrcs, forment celte tribu. 28'^' GENRE. LOIR. MYOXUS. Schreber, 1792. Muto^u;, nom du Loir chez les Grecs. Sanglliicn. CAIUCTRES GNRIQUES. Siislme dentaire : incisives, |; molaires, |^; en totalit vingt dents. Incisives suprieures peu larges, sans sillon la face interne, infrieures acres. Molaires racines distinctes et couronne marque de deux espces de collines transverses formes par une double ligne d'mail. Tte plus allonge que celle des Rats. Yeux gros, saillants. Oreilles assez grandes, arrondies. Moustaches longues, assez paisses, noirtres. Pas d'abajoues. Membres de devant un peu plus courts que ceux de derrire; pattes antrieures quatre doigts, avec un rudiment de pouce : postrieures cinq doigts. Poils trs-fins, trs-doux au toucher. Corps assez allong. Queue longue, tantt trs-touffue et ronde, d'autres fois dprime et poils distiques, parfois encore floconneuse l'extrmit seulement. Pas de coecuni ni de gros intestins. 4 Le genre Loir a t cr par Schreber, sous la dnomination de Mgoxus, aux dpens des Rats ou Mus de Linn, et, ayant pour type le Loir ordinaire ou Myoxus glis, a reu de Brisson, et depuis de Blumembach, ainsi que de quelques autres zoologistes, le nom particulier de Glis. Ce genre, qui ne renferme qu'un nombre assez peu considrable d'espces, a t, en 1832, partag, par Fr.Cuvier, en deux groupes, les Loirs proprement dits et les Grapivures. Ce sont des animaux de la grande division naturelle des Rats, qui, par leur aspect gnral, par quelques-uns des caractres qu'ils prsentent, par leurs habitudes, etc., se rapprochent assez des cureuils, avec lesquels on les a quelquefois runis dans les anciens ouvrages de zoologie. Ils ont aussi quelque chose de certains groupes de la division naturelle des Gerboises. Mais les Loirs nous offrent des caractres bien marqus et qui peuvent aisment les faire distinguer de tous les autres Rongeurs. Leur systme dentaire est particulier, et a t surtout tudi par Fr. Cuvier dans son ouvrage sur les Dents des Mammifres. Le nombre total des dents est de vingt; savoir : une incisive et quatre mchelires de chaque ct et chacune des deux mchoires. A la mchoire suprieure, l'incisive est aplatie et lisse antrieurement, et nat des cts de la partie antrieure du maxillaire. La premire mchelire est plus petite que toutes les autres; les deux suivantes, qui sont gales, sont les plus grandes, et la dernire est intermdiaire entre elle et la premire. Ces dents ont un caractre quj ne permet pas de les confondre avec aucune autre, et qui, jusqu' prsent, leur est exclusif; elles sont coupes transversalement par des sillons trs-troits : celui du milieu est ordinairement compos de deux branches qui forment un F, et ceux des extrmits forment chacune d'elles une ellipse trs-allonge; cependant, comme ces sillons sont d'une profondeur ingale, ces figures varient : le peu de largeur des sillons, leur direction transversale et les rapports qu'ils ont entre eux, ne chan- gent point. A la mchoire infrieure, l'incisive est semblable celle de la mchoire suprieure, et il en est de mme du rapport de grandeur des quatre mchelires. Ces dents prsentent aussi des sil- lons trs-troits spars par des collines qui le sont galement; mais, entre chacune des collines qui traversent toute la dent, s'en trouve une plus petite, de sorte que chaque dent a de cinq sept col- lines suivant leur grandeur, en comptant celles qui la terminent antrieurement et postrieurement. J52 lIIS'KHr.K NATUI'.IlLLF:. et que les petites sont celles qui en prsentent le moins. Du reste, il en est pour tes dents comme pour celles de la mchoire suprieure : Tge change, jusqu' un certain point, les rapports de leurs traits caractristiques, mais ce qui en reste suffit toujours pour les faire reconnatre. C'est dans le Loir proprement dit qu'a t prise cette description; mais on peut dire que le systme den- taire ne varie pas dans les autres espces du mme genre. C'est parce que, ainsi que nous le dirons, le Loir du Cap offre quelques lgres particularits odontologiques que Fr. Cuvier en a fait le type d'un genre particulier, celui des Grapliiurus. L'anatomie de ces animaux prsente quelques ])articularits remarquables et montre des ressem- blances et aussi des diffrences avec celle des Rats proprement dits; nous renvoyons aux travaux des analomistes et plus gnralement ceux de Daubenlon et de Fr. Cuvier. Les Loirs sont des Rongeurs de petite taille, pelage soyeux, d'un brun clair, h formes assez sveltes, et rappelant un peu l'aspect gnral des cureuils et des Rats. Chez ces animaux, l'il a la pupille londe et susceptible de se contracter comme un point; la paupire interne est peu dvelop- pe, et les paupires externes sont minces et garnies de cils. Le mufle, divis en deux par un sillon profond, ne se compose que de deux parties qui se trouvent renfermes entre les deux narines : la partie suprieure du museau est velue et spare du mufle par un fort repli transversal, et les bords postrieurs des narines sont de mme garnis de poils : celles-ci se composent d'une ouverture oblon- gue, ouverte longitudinalement et se continuant sur les cts en un sinus assez large qui, se diri- geant en arrire, forme une ligne arque vers le haut. L'oreille est demi-membraneuse et peut se fermer hermtiquement par contraction : l'hlix n'a de bourrelet que vers le bas de la partie ant- rieure de l'oreille et rentre dans la conque; l'anthlix ne se fait remarquer que vers la partie inf- rieure et postrieure de loreille; le conduit auditif est situ au fond de la partie postrieure de la cavit auriculaire. La langue est assez longue, paisse, charnue, trs-douce et couverte de petites pa- pilles molles et coniques. La lvre suprieure est paisse, velue, et, ses bords se soudant l'un l'autre en arrire de la base des incisives, forme antrieurement une sorte de gaine de laquelle sor- tent les dents. Les membres antrieurs, un peu plus courts que les postrieurs, sont termins par une main divise en quatre doigts bien distincts, de longueur moyenne, libres et seulement runis leur base par une trs-lgre membrane, et arms d'ongles arqus, comprims et pointus; en outre, on trouve aussi, la partie interne du carpe, un gros' tubercule allong, garni la base d'un rudiment d'ongle plat, attach au carpe sur toute sa longueur, et que Ton doit regarder comme un rudiment de pouce. La paume de ces pattes est entirement nue et garnie de cinq tubercules : l'un, plac au haut de son bord interne, contient le rudiment du pouce et acquiert un assez grand volume; le second est plac paralllement au premier, la partie suprieure du bord externe de la paume; les trois au- tres se trouvent la base des doigts : l'un rpond au quatrime doigt, le second au doigt externe et le troisime aux second et troisime doigts. Aux membres postrieurs, les pieds sont allongs et ter- mins par cinq doigts libres qui sont seulement runis leur base par une lgre membrane; ils sont tous arms d'ongles arqus, aigus et comprims, et le pouce, quoique assez court, est suscep- tible de s'carter fortement des autres doigts et mme de leur tre oppos en certaines circon- stances. La plante de ces pieds est nue et garnie de six tubercules : le premier est plac au milieu de son bord interne; le second, plus en avant que le prcdent, se trouve au bord externe; le troi- sime rpond la base du pouce, et les trois autres sont dans les mmes rapports entre eux que leurs analogues de la paume des mains. Toutes ces parties, ainsi que le dessous des doigts, sont recou- vertes d'une peau trs-douce et de couleur de chair bruntre. La queue, chez tous, est allonge et lche, et termine, chez quelques-uns, par un joli bouquet de poils assez allongs et blanchtres. Le pelage est pais et revtu de couleurs sinon brillantes, au moins douces et harmonieuses : les poils sont ordinairement courts, lustrs. Ce sont des Rongeurs nocturnes qui passent la journe dans leur retraite et ne commencent chercher leur nourriture qu'au crpuscule. Ils habitent en gnral les forts, o ils vivent de fanes, de chtaignes, de noisettes et d'autres fruits sauvages; ils mangent aussi des ufs et, dit-on, mme de jeunes Oiseaux. Quelques-uns se rencontrent dans les vergers, ou dans quelques coins des habitations des campagnes, et dtruisent un grand nombre de fruits. Ils se font un nid de mousse dans le tronc des arbres creux, dans les fentes des rochers ou des murs, sur les appuis des fentres, etc., et ils recher- chent de prfrence pour leur habitation les lieux secs. Ils boivent peu, dit-on. et descendent rare- noNT.Euns. 155 nient terre. Ils semblent essentiellement destins i^rimper, el on pent les voir parfois, le soir des chaudes soires de l't, courir avec une grande facilit le long des murs des vergers, tandis quils semblent moins leur aise sur le sol. Ces animaux sont courageux, et, lorsqu'ils sont attaqus, d- fendent leur vie jusqu' la dernire extrmit; mais toutefois plusieurs Carnassiers, parliculircmcnt les Chats sauvages et les Martes, en dtruisent un grand nombre. C'est vers la lin du printemps que les sexes se recherchent, et les femelles font leurs petits pendant l't : chaque porte est habituel- lement compose de quatre ou cinq petits qui croissent trs-vite et peuvent se reproduire ds l'anne suivante. Fv'.Ai.- Lu Ces animaux prsentent une j)articularit des plus remarquables, c'est qu'ils prouvent un engour- dissement hivernal. A l'approche de l'hiver, ils font, dans leurs retraites, des provisions de fruits pour servir leur nourriture jusqu'au moment de l'engourdissement, qui a lieu lorsque la tem- prature s'abaisse environ sept degrs au-dessus de zro. Cet tat de torpeur dure autant que la cause qui le produit et cesse avec le froid. Quelques degrs de chaleur au-dessus du terme que nous venons d'indiquer suffisent pour ranimer ces animaux, et, pour ceux au moins que l'on conserve en domesticit, si on les tient l'hiver dans un lieu trs-chaud, ils ne s'engourdissent pas toujours : tou- tefois nous avons t mme d'observer plusieurs Lrols, que nous avions pris lfort, qui, dans une pice dont la temprature moyenne tait au moins de douze degrs au-dessus de zro, s'engour- dissaient parfois, et dans d'autres cas remuaient comme en t. A l'tat sauvage, les Loirs se rani- ment si, pendant la saison du froid, la temprature s'lve, et alors ils consomment une partie des provisions qu'ils ont runies, devant en conserver un peu pour le commencement du printemps, o ils trouveraient peu de chose dans les bois ou les vergers, et jusqu' ce qu'ils puissent manger des bourgeons de feuilles. Lorsqu'ils sentent le froid, ils se serrent et se mettent en boule pour offrir moins de surface a l'air; c'est ainsi qu'on les trouve, en hiver, dans les arbres creux et dans les trous de mur exposs au midi; ils gisent l sans aucun mouvement sur de la mousse ou des feuilles sches; on peut les prendre et les rouler sans qu'ils remuent ni qu'ils s'tendent; on ne parvient leur faire reprendre leurs mouvements qu'en les soumettant une chaleur douce et gradue, car ils meurent si on les approche tout coup d'un feu trop vif. Malgr cet tal complet de torpeur, la sensibilit existe encore chez ces animaux, ainsi que plusieurs observateurs l'ont remarqu. Les Loirs, et principalement le Lrot, peuvent assez bien tre apprivoiss, surtout lorsqu'on les prend jeunes, et ils peuvent vivre ainsi plusieurs annes dans les cages o on les conserve. M. le comte Tvzenhauz, de Vilna, a publi, daiis la Bcviie et Magasin de Zooingie pour 1850, des dtails 154 IIISTOIP.K NATIll'.KLU:. iii"'s-(nricii\ sur K-s Loirs d'Europe obscrvc's l'rtal de domestication, cl nous croyons devoir repro- duire ([uciqucs passages de son travail. Pour rapprocher ces animaux autant que possible de l'tat de nature, je liens mes Loirs captifs, chaque espce sparment, dans des cases vitres, hautes de i-'u)(\ pieds, sur trois pieds et demi de lari^e. L'intrieur de ces cases est garni de branches prises aux arbres (pie chaque espce an'ectionne le mieux. Le fond de la case est recouvert d'une couche de sable de trois pouces irc,paisseur; les aliments leur choix et l'eau sont renouvels tous les jours; enfin des boites toupes et un thermomtre se trouvent placs dans des endroits convenables. Ces dispositions prises, je suis mme de visiter mes prisonniers sans trop les alarmer. Les Loirs sau- vages, introduits dans le nouveau domicile, parcourent avec inquitude et clrit tous les recoins, et Unissent par se cacher dans la bote toupes sans avoir toucii aux aliments. La nuit venue, leur agitation augmente; mais cependant ils finissent par prendre un peu de nourriture, et rentrent avant le jour dans leur cachette pour ne plus en sortir que vers les dix heures du soir. Or c'est en tonte sai- son leur heure normale, le Lrotin except, qui sort maintes fois dans le courant de la journe, plus souvent dans l'aprs-midi, et tous les jours rgulirement vers le crpuscule pour ne plus rentrer qu'au lever du soleil. Les jeunes de l'anne, forcs par un apptit qu'aiguillonne leur prompte crois- sance, viennent toute heure prendre leur nourriture. Ce besoin de sommeil diurne est si imprieux chez le Loir proprement dit et chez le Muscardin, que, lorsqu'on le i veille bien avant l'heure accou- tume, il s-'lance sur la premire branche qui se trouve sa porte et s'y cramponne quelquefois la tte en bas pour continuer son somme jusqu'au terme normal. Par les fortes chaleurs de l't, ou quand le temps est la pluie, ce sommeil tient mme de l'engourdissement; les Loirs sont alors diffi- ciles rveiller, et la temprature de leur corps est un peu au-dessous de celle de l'air ambiant. Mais un fait bien remai'quable, c'est qu'en hiver les Loirs peuvent augmenter volont le degr de leur propre chaleur par une acclration de respiration nergiquement contenue. Ayant voulu, par un froid assez vif, faire geler un Muscardin, je le retirai de sa bote dans un tat de parfaite torpeur. La teuqiraturc ambiaiUe tait de sept degrs Piaumur au-dessous de zro. Celle de l'animal mar- quait un degr au-dessus du zro de Raumur. Sa respiration n'tait pas perceptible. Je le mis cou- ch nu sur son dos, et le laissai ainsi expos au fioid. Au bout d'une demi-heure, je revins; mais grande fut ma surprise de ne plus le retrouver la place o je l'avais laiss; il tait rentr dans sa bote. J'en pris un autre galement engourdi; je le couchai de la mme faon, et ne le quitlai plus. Quelque temps aprs, mon Muscardin commenva respirer librement avec une vitesse et une force croissantes, entr'ouvrit les yeux, se mit sur les pattes et courut droit ;i la bote pour se rendormir derechef. Le tout s'est pass en moins d'une demi-heure, et la chaleur de l'animal parvint alors jusqu' quinze degrs Raumur. Plus d'une fois j'ai observ qu'en plongeant la boule d'un thermo- mtre entre plusieurs Loirs blottis ensemble dans la mme bote, la chaleur monte progressivement mesure que je parvenais les rveiller. On peut galement s'en convaincre par le sentiment du tou- cher. La saison, tout au moins autant que le froid, semble influer sur le terme de l'engourdissement et du rveil de ces animaux. J'ai vu le Loir et le Muscardin cesser entirement de prendre de la nour- riture, et tomber en lthargie ds le 20 septembre, par une temprature de plus de douze quinze degrs Raumur, quoique la temprature du mois d'aot et t souvent bien infrieure, et reprendre leurs allures accoutumes pour quelques jours, et mme au cur de l'hiver. Aprs le sommeil, le be- soin le plus imprieux des Loirs captifs est le manger; ces petits Mammifres semblent n'tre crs que pour satisfaire ces deux fondions. La quantit d'aliments que consomme un Loir dans les vingt-quatre heures surpasse son propre poids; aussi engraisse-t-il promptcment, et ne perd-il, son rveil au printemps, qu'une portion minime du poids qu'il avait l'poque de son engourdissement hivernal. Quant au choix des aliments, il est presque le mme pour toutes les espces; tous aiment galement les fruits ;'i noyaux et ppins, ainsi que les noisettes, dont cependant le Lrotin et le -Muscardin ne peuvent entamer la coquille. Ils n'aiment pas, en gnral, les baies, et refusent con- stamment les glands. Ils sont trs-friands d'ufs d'Oiseaux, et probablement dvorent les petits; mais le Muscardin fait exception; quoique priv dessein de nourriture pendant deux jours de suite, il n'a pas voulu toucher aux ufs et aux petits Oiseaux placs dans la mangeoire. 11 est donc plus que probable que, comme les fruits et les noisettes ne sont mrs que dans une saison plus avance, que les trois espces principales de Loirs ont recours une nourriture toute animale ds le printemps, d'autant plus qu'ils n'ont pas l'habitude de l'Ecureuil, qui, cette poque, mange les bourgeons des liOKGEURS, 155 arbres fruitiers et autres, notamment ceux du sapin. Je viens, en outre, de m'assurer tout rrem- ment que tous ces niniaux se nourrissent trs-voloniiers d'Insecfes dont l'apparition, prcdant la la ponte des Oiseaux, leur offre une alimentation prcoce : c'est aux Hannetons qu'ils chassent de prfrence. En domesticit, le pain de froment, toute ptisserie, fruits secs, viande crue ou cuite, sont fort de leur t^ot. S'ils viennent manquer de nourriture, ils se font une i^uerre mort, et les plus faibles sont les victimes de la voracit des plus forts. Sur dix Lrotins enferms dans la mme case, et supposs engourdis faute d'avoir reu leur ration dans les vingt-quatre heures, trois ont l mangs par les sept autres, qui n'ont rong que les chairs; les dpouilles sont restes intactes, cha- que peau retourne les poils en dedans, comme l'et fait un habile prparateur, et le squelette pres- que complet. Plus tard, j'en vis un en plein jour qui me semblait malade; il fut assailli par les siens et dvor vivant en moins de quelques minutes. Il est remarquer que ce dernier acte de voracit n'a pas t suscit par la faim. Les Loirs, n'en dplaise ceux qui soutiennent le contraire, boivent souvent et beaucoup (1); ils ne se baignent point dans l'eau, mais se lavent la manire des Souris, avec leurs pattes de devant; ils sont trs-propres et trs-soigneux de leur pelage. Le Muscardin ci le Loir ont la singulire habitude de dposer leur crottin dans l'abreuvoir, tandis que le Lrotin en garnit le pourtour de son gte. Une opinion populaire, gnralement tablie dans nos contres, en Pologne, prtend que non-seulement la morsure des Loirs est mortelle, mais que le seul contact de leurs d- jections fait enfler les parties qui en auraient t souilles, en produisant par la suite des ulcres ingurissables; que si par hasard un Loir venait passer sur le dos d'un Buf ou d'un Cheval au p- turage, ces animaux devraient infailliblement prir dans les vingt-quatre heures, ainsi que beaucoup d'absurdits de la mme valeur. Il en est donc, au sujet des Loirs chez nous, comme de la Musarai- gne en France, dont cependant les prtendues qualits dltres ne sont point accrdites parmi les habitants du Nord. On connat aujourd'hui huit dix espces de Loirs, et elles se trouvent rpandues dans les con- tres tempres de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique. En outre, on en compte quelques-unes l'tat fossile, et qui ont t trouves principalement en France. 1. I.OIR. riilVoii M YOX us G us. S\r cher. CArACT:nES spcifioues. Pelade d'un gris brun cendr en dessus, blanchtre en dessous, avec du brun autour de l'il; queue bien fournie de longs poils dans toute sa longueur; taille d'un petit Fiat. Longueur du corps et de la tte runis, 0'",015; de la queue, O'",0lo. Le Loir est connti depuis la plus haute antiquit, c'est le Mju^o; et l'EXsici; des Grecs, le Glis des Latins et le Mijoxns jlis des zoologistes. De plus petite taille que lcureuil, il a la tte et le museau moins larges que cet animal, avec les doigts et les ongles plus fins, et la queue moins touffue. Les oreilles sont grandes, ovales, presque nues. Les yeux sont trs-saillants, ouverts et bords de noir. Les faces suprieure et latrale de la tte, le dessus du cou et du dos, la face externe des membres, la queue presque en entier, sont de couleur grise, mle de noir et argente; les poils de ces parties tant cendrs sur environ la moiti de leur longueur, depuis la racine, et le reste tant dans les uns d'un gris trs-brillant jusqu' la pointe, et, dans les autres, d'abord gris et ensuite noir l'extrmit, le dessous et une partie des cts de la tte, la gorge, la face infrieure du cou, la poitrine, les aisselles, la face intrieure des bras et de l'avant-bra, les pieds de devant, le ventre, les aines, le dedans des cuisses et des jambes, les cts des mtatarses et les doigts des pieds de derrire, sont d'une couleur blanche, lgrement teinte de fauve quelques endroits et argente sur quelques poils; la face infrieure de la queue, depuis son origine jusqu' moiti de sa longueur, est galement blanclic ou blanchtre. Les mousta- ches sont noires, longues de O'",006. Les poils de la queue sont presque disposs comme ceux de la queue de l'Ecureuil, Cette espce se distingue des autres par ses oreilles courtes, presque rondes et un peu plus larges (1) A l'appui de celte opinion, nous dirons que les Lcrols que nous avons eus en captivit buvaient assez frrjnenimeilt, ct-qu'ils prleraieiit le lait toute autre boisson K. U. 156 IIISTOIIIK NATLUKLLE. li'ur oxlrmik- qu' lour base, cl par sa (iiieiic distique, aussi lonr^ue que le corps, ou peu prs, entirement rouverte de poils loni^s el pais, trs-touffue el plus forte rextrmil qu' sa base. Le l.dir vit (l;uis les forts, yrimpe sur les arbres el meute de branche en branche avec une grande l('i(ret; sa nourriture consiste en chtaignes, noisettes, fruits sauvages, ufs d'Oiseaux, etc. il se construit un nid trs-arlistenient dress. La dure de sa vie parat tre de cinq ou six ans. Il passe riiiver en lthargie, est irs-gras lorsqu'il entre dans son engourdissement hivernal, pour en sortir au printemps assez maigre : nous renvoyons, pour plus de dtails ce sujet, aux pages que Buffou consacra cet animal. L'espce du Loir n'est pas trs-rpandue, quoiqu'on la rencontre dans plusieurs contres de l'Eu- rope et de r.^sie. On ne la trouve pas dans les climats trs-froids, ainsi que dans les pays dcou- verts, comme l'Angleterre. Mais elle habite assez communment en Espagne, dans la France mridio- nale, en Italie, en Grce, en Allemagne, en Suisse, etc., o on la voit principalement dans les forts montagneuses. Sa chair est bonne manger, el elle a le got de celle du Cochon d'Inde; c'est ce Rongeur que les Romains levaient et qu'ils prenaient soin d'engraisser pour leur table. On mange encore des Loirs dans quelques parties de lltalie, mais on ne les nourrit plus pour cela en domesticit. 2. LROT. Buffoii. MYOXUS MTELA. Sclircbcr. Caractkres SPCIFIQUES. -- Pelage d'un gris fauve en dessus, blanchti'e en dessous; une lacne noire entourant l'il et s'tendant, en s'largissant, jusque derrire l'oreillej queue longue, touffue seulement au bout, noire, avec l'extrmit blanche; plus petit que le prcdent; la lle et le corps n'ont que 0,015, el la queue 0'",0I2. Buffon fait remarquer que le nom de Lkot provient probablement de Lo'irot, parce qu'en e^et cet animal est plus petit que le Loir. C'est le Mus availananim major, Linn; le Mus querchius, Linn; le Sciurus qncrcnus, Erxleben, et le Mijoxits nilda de Schreber, ainsi que de tous les natura- listes modernes. Il porte vulgairement, et presque indiffremment, les noms de Loir, Lrot et Rai blanc. Corps et tte plus courts que dans le Loir; oreilles plus longues; museau un peu plus pointu; chan- frein et partie antrieure du front d'un fauve jaunAtre; dessus de la tte, du cou et du dos, face ex- terne du bras et la cuisse, d'un gris fauve, qui s'claircil sur les parties latrales; face externe de la jambe d'un gris noirtre; parties infrieures des joues, dessous du menton, gorge, poitrine, ven- tre, face intrieure et extrmit des quatre pattes, d'un blanc sale; une tache d'^in brun noir, bor- dant l'il et passant au-dessous de l'oreille en s'largissant; oreilles ayant une petite tache d'un blanc jatMifttrc en avant de leur bord antrieur; leur surface externe tant couverte de trs-petits poils d'un gris fauve. Poils des parties suprieures du corps d'un gris de souris fonc dans les trois quarts de leur longueur et termins de fauve plus ou moins bruntre; ceux des parties infrieures galement gris dans ia plus grande partie de leur longueur et termines de bianc. Queue noire, poils ras, avec le bout blanc, o elle est termine par un flocon de longs poils. Les jeunes individus diffrent un peu des adultes, et, au lieu des teintes rousses du dessus du corps, de la tte et de la queue, ils n'ont qu'une couleur gris cendr uniformment rpandue sur toutes les parties du corps. Le Loir, dit Rulfon, demeure dans les forts, el semble fuir nos habitations; le Lrot, au con- traire, habite nos jardins, el se trouve quelquefois dans nos maisons; l'espce en est aussi plus nom- breuse, plus gnralement rpandue, et il y a peu de jardins qui n'en soient infests. Ils se nichent dans les trous des murailles; ils courent sur les arbres en espalier, choisissent les meilleurs fruits elles entament tous dans le temps qu'ils commencent mrir; ils semblent aimer les pches de pr- frence, et, si l'on veut en conserver, il faut avoir grand soin de dtruire les Lrols; ils grimpent aussi sur les poiriers, les abricotiers, les pruniers; et, si les fruits doux leur manquent, ils mangent des amandes, des noisettes, des noix el mme des graines lgumineuses; ils en transportent en grande quantit dans leurs retraites, qu'ils pratiquent en terre, surtout dans les jardins soigns, car dans les anciens vergers on les trouve souvent dans de vieux arbres creux; ils se font un lit d'herbes, de RONGEURS. 157 mousse et de feuilles. I.e froid les engourdit, et la chaleur les ravive: on en trouve quelquefois liult ou dix dans le mme lieu, tous engourdis, tous resserrs en boule au milieu de leurs provisions de noix et de noisettes. Ils s'accouplent au printemps, produisent en t, et font cinq ou six petits qui croissent promptcment, mais qui cependant ne produisent eux-mmes que dans Tanne suivante. Leur chair n'est pas mangeable comme celle du Loir; ils ont mme la mauvaise odeur du Rat domes- tique, au lieu que le Loir ne sent rien; ils ne deviennent pas aussi gras et manquent des feuillets graisseux qui se trouvent dans le Loir, et qui enveloppent la masse entire des intestins. Celte espce se trouve en France, en Allemagne, en Italie, en Suisse, en un mot dans tous les climats temprs de l'Europe, et mme en Pologne et en Prusse; mais il ne parat pas qu'il y en ait en Sude ni dans les pays septentrionaux. 3. LROTIN. Tyzenhauz. MYOXUS DRYAS. Sclircbcr. Caractres spcifiques. Pelage gris noirtre la base et jauntre l'extrmit, entreml de poils plus longs, noirtres; chanfrein gris cendr; dessus de la tte et toutes les parties suprieures d'un gris brun cendr lav de jauntre; toutes les parties infrieures du corps et des membres d'un blanc faiblement teint de jauntre; moustaches plus longues que la tte, noires; une tache noire qui prend naissance l'origine des moustaches, s'largit en entourant l'il, et vient aboutir la base de l'oreille : celles-ci courtes, demi-circulaires, presque nues, d'une couleur rembrunie sur les bords; queue distique, cendre, distinctement zone de noirtre, avec l'extrmit des poils latraux et ter- minaux blancs, de mme que ceux qui couvrent la page infrieure de la queue; beaucoup plus petit que le Lrot, auquel il ressemble. Longueur de la tle et du corps, 0'",010; de la queue, 0'",009. Ce n'est que depuis 1850, poque laquelle M. Tyzenhauz a dcrit et figur cette espce dans la Ucviic et Magazin de Zoologie, que l'on connat vritablement ce joli Rongeur, que l'on confondait auparavant, soit avec le Loir, soit avec le Lrot, et qui est le Mus niiedula de Pallas. Le nom de 3his (Injas lui avait t appliqu anciennement par Schreber, et M. Tyzenhauz a propos rcemment de lui donner en franais la dnomination de Lrolin pour rappeler les rapports qu'il a avec le Lrot. Le systme de coloration de cette espce peut parfois un peu varier : en hiver, par exemple, les teintes jauntres sont beaucoup plus faibles, et alors le pelage suprieur est d'un gris presque pur, et les zones fonces de la queue sont peine perceptibles. Les jeunes, qui grandissent trs-vite, sont, quelques jours aprs leur naissance, d'un gris jauntre ple, comme satin sur les parties sup- rieures, avec les parties infrieures et les pattes presque nues; la tache noire superoculaire dj dis- tinctement prononce et les moustaches blanches. Cette espce, qui habite une partie de l'Asie, a t retrouve, en 18-48, en Lithuanie par M. Ty- zenhauz, et il explique qu'on ne l'ait pas pris plus tt, parce que c'est un animal minemmeni noctivague et qui ne pouvait tre que trs-rarement aperu pendant le court intervalle de sa vie ac- tive, qui ne doit gure tre compt que depuis le 15 mai jusqu'au 15 septembre, c'est--dire depuis l'poque du commencement de la vgtation des feuilles en Pologne jusqu' celle de leur chute. M. Tyzenhauz a tudi cet animal avec le plus grand soin, et il donne d'intressants dtails sur ses murs. Le Lrotin, dit-il, habite les forts de pins et de sapins, prfrant mme ces der- niers lorsqu'ils croissent sur un terrain sec et lev; on ne l'a pas encore aperu dans les bois de bouleaux, de chnes ni dans les coudriers, rsidence favorite du Muscardin. VerS la (in de mai, on trouve dj, dans les forts, son nid, qui lui sert de demeure pendant la belle saison. Il construit ce nid en forme de boule, avec une ouverture latrale; il l'tablit communment dans l'enfourchure d'une branche de sapin vers son extrmit, dix-huit ou vingt pieds de hauteur au-dessus du sol, ayant toujours soin de l'exposer au soleil du midi. Ce nid est construit avec de menues branches sches, des brins d'corce, de mousse verte, d^s bouts de rameaux verts de sapins, le tout assez n- gligemment li avec des fibres vgtales et quelques crins de Cheval. Son diamtre est de six sept pouces. Parfois il arrive qu'il le place aussi dans les ruches vides suspendues aux arbres des forts, dans l'intention d'y attirer les essaims d'Abeilles sauvages. Pour l'ordinaire, une famille compose de cinq six individus occupe le nid : le pre et la mre avec leur progniture de l'anne rvolue; il y a toute apparence que les jeunes quittent le nid vers la fin de juin pour faire mnage part, car 158 IIISTOIRH NATyiU-:LLE. on ne trouve, pass ce U-mps, que la femelle avec les petits nouveau-ns. Si l'on vient toucher, mme en plein jour, la branche qui porte le nid, toute la famille dcampe avec promptitude, et va se cacher entre les branches du suniuict de l'arbre. Or ce n'est que par une pluie battante qu'on russit les capturer; car, craignant de se mouiller, ils n'osent sortir, et, Touverture du nid une fois bouche, on l'enveloppe d'un sac pour le dtacher de la branche... Quels sont les aliments dont se nourrit le Ijrotin l'tat de libert, surtout pendant les premiers jours de sou rveil? Fait-il des pro- visions pour l'hiver? Quels sont les endroits o il se cache? C'est quoi je ne saurais encore repondre positivement... L'analogie du systme de coloration, dans les animaux du mme genre, s'accorde trs-souvent avec celle de leurs habitudes et de leurs murs. Or les plus rapprochs sous ce double aspect sont le Lrotin et le Lrol : tous deux habitent de prfrence les forts composes d'arbres rsineux; ils sortent volontiers en plein jour de leur retraite, ce que ne font jamais ni le Loir, ni le Muscardin, qui attendent l'heure des tnbres pour vaquer leurs besoins. Ils sont plus veills et plus lestes dans leurs mouvements, franchissent, en sautant avec plus de lgret, les petits espaces entre les branches des arbres, et courent plus franchement terre. Le Lrotin se rapproche aussi du Lrot par le port; il est moins pais que le Loir, porte, en marchant, la queue plus haute que la tte; au repos, sur une branche, il la tient pendante et non recourbe, contourne en spirale vers 1^ bout, presque prenante, car parfois le Loir s'en sert pour maintenir son quilibre lorsqu'il dort tant perch. Cependant le Lrot est beaucoup plus sensible au froid que le Lrotin. Les premires geles qui le malin se font sentir aux approches de l'automne suffisent pour l'engourdir, et ce n'est que dans l'aprs-midi, lorsque le soleil rchauffe l'atmosphre, qu'il sort de son tat de torpeur, tandis que le Lrotin supporte gaillardement jusqu' huit degrs de froid, et qu'il ne quitte pas son trou; c'est plutt par un temps humide ou tant que dure la pluie. Voil ce qui me fait prsumer que le Nord est sa vraie patrie. Je ne puis pourtant pas affirmer qi/on ait aperu, en hiver, ses traces sur la neige. A. },\[]SC\Wm^. Ba\(on. MYOXUS AVELLANARIIS A. G Desmarcst. CARACThKs SPCIFIQUES. Pelage d'un fauve clair en dessus, presque blanchtre en dessous; (jueue de la longueur du corps, aplatie horizontalement et forme de poils exactement distiques; |)lus petit que les trois espces prcdentes; la tte et le corps ont une longueur de 0"\008; la queue n'a que 0'",00(3. Fiff. 45. Muscardin. Le nom franais de Muscardin provient de la dnomination de Moscarditis. qui lui est donne en Italie suivant Buffon. C'est le Mus avcUanarum ininor, Linn; le Mus uvellanayiua, Linn; le Sein- HONGEURS. 159 rus avellanarius, Erxleben, le Mijoxus niuscardbnis, Gmelin. et le Mijxur avcllanarius, A. G. Des- niarest. 11 est quelquefois indiqu vulgairenient sous le nom de Croquc-ISoix. Dans cette espce, la tte est plus large, le museau moins allong, les yeux plus grands et les oreilles plus courtes, le (Vont plus lev que dans le Loir et le Lrot. Les oreilles ont peu prs la mme forme et la mme grandeur que celles du Loir. La queue est aplatie, linaire, garnie de poils distiques assez longs. Le dessus du corps est de couleur fauve claire et blonde; le ventre et le dessus de la tte sont jauntres; la gorge est presque blanche. Les poiU du dos sont gris, avec leur pointe rousse; quelques-uns cependant, plus longs que les autres, sont d'un brun assez uniforme, et ceux de la queue sont d'un roux terne dans toute leur longueur. Les moustaches sont longues de pris de 0'", 008. Ce joli petit animal fait son nid peu prs comme l'cureuil; mais il le place beaucoup plus prs du sol, entre les branches d'un r oiselier ou dans un buisson. Il lui donne une forme ronde, avec une ouverture conique par en haut et le compose d'herbes entrelaces. Chaque porte est de trois quatre petits. Ceux-ci abandonnent le nid o ils ont pris naissance ds qu'ils sont grands, et cher- client gter dans le creux ou sous le tronc des vieux a;rbres; et c'est l qu'ils reposent, qu'ils font leurs provisions et qu'ils s'engourdissent. On peut le rduire assez facilement en domesticit, et nous en avons vu plusieurs qui avaient t envoys vivants d'Italie en France. Le Muscardin se trouve, en Europe, depuis l'Espagne et l'Italie, jusqu'en Sude, et, dit on, en Angleterre. Parmi les espces trangres l'Europe, nous citerons seulement le Mijoxus lincatiis, Temminck, qui provient de Yesco, au Japon, et les M. Coupe't, Fr. Cuvier, M. viurimis, A. G. Desmarest, Lalandianus, Schinz; erijlhrobranchus, Smuth, et Africaniis, Shaw; tous provenant du cap de Bonne Esprance. C'est auprs de ces deux dernires espces qu'taient placs les Mijoxus Capenss ou Caloirii et elcgans, qui constituent le genre Grapliiurus. Quant au Mijoxus Vircjinicus, Ueichenbach, qui provient de Virginie, il est plus que probable qu'il n'appartient pas cette coupe gnrique, qui semble propre l'ancien monde. Enfin quelques dbris fossiles ont t signals par les palontologistes, et nous nous bornerons indiquer ces espces, qui ne sont pas encore connues d'une manire suffisante pour tre dfinitive- ment admises dans le catalogue mammalogiqne. Ce sont les Mijoxus spleus et Parisensis, G. Cu- vier, provenant du gypse des environs de Paris, et le Mijoxus avellanarius fossilis, Marcel De Serres, dcouvert dans la caverne de Lunel-Viel, qui ne diffre probablement pas de notre Mus- cardin actuel. 29"> GENRE. GRAPHIURE. GRAPHWRUS. Fr. Cuvier, 1829. r^/ai, pinceau; cupa, queue. Mamraifi-res de la mnagerie du Musum, 1829, et Nouvelles Annales du Musum, 1. 1, 1S3-2. CARACTRES GNRIQUES. Sijslbne dentaire : incisives, |; molaires, ||; en totalii vingt dents. Molaires proportionnelle- ment a la gramleur du corps, plus petites que dans les Loirs, srie commenant en arrire de rapopliyse maxillaire, semblant formes d'une seule substance compacte et blanche, et sans sillons ni rubans d mail. ^' Membres faibles. Organes des sens, pieds, queue, el en gnral les autres caractres gnriques, semblables ceux des Loirs. Le genre Graphiure a t cr par Fr. Cuvier pour y placer une espce unique, propre au cap de Ronne-Esprance, el range prcdemment avec les Loirs. Ce groupe ne diffre gure du prcdent, et il faut suivre exactement la mthode de Fr. Cuvier pour l'adopter; car ce n'est que dans le systme iCO HISTOIRE NATURELLE ticntaire dos Giapliiiiros ol dos Loirs que l'on peut trouver quelques particularits dilToreiUiellcs. On y a talemont remarqu nanmoins quelques caractres dans le squelette et surtout dans le systme digestif, principaleniont dans la disposition de l'estomac. Toutefois ce n'est qu'avec grand doute que nous admettons ce genre et parce que nous nous soumettons raulorito de son savant fondateur. Fig. 4(3. Gra^'liiuru du Cap, Fr. Cuvier (Nouv. Aun. du Musi'um, t. I, 1852) s'est surtout attach montrer Ie.> rapports et les diffrences que lesGraphiures et les Loirs nous prsentent. Chez tous les Loirs, dit-il, la gran- deur des quatre mcholiros qui se trouvent de chaque ct des deux mchoires est, comparativement celle de tous les autres Rongeurs, dans les proportions de la grandeur de leur corps, et la srie de ces dents commence au moins la base de l'apophyse zygomatique du maxillaire. Dans le Graphiure, qui, par sa taille, surpasse celle du Lrot, ces dents ont peine le tiers de la grandeur de celles de ce Loir; elles sont mme peine de moiti aussi grandes que celles du Muscardin, qui est de moiti plus petit que le Graphiure, et leur srie ne commence que fort en arrire de l'apophyse du maxil- laire. A la vrit, chez le Graphiure comme chez les Loirs, les mchelires ne paraissent formes que d'une seule substance compacte et blanche; de sorte que, quoique sillonne, on n'y aperoit pas les rubans d'mail qui caractrisent les mchelires composes, lesquelles, outre la substance cail- leuse, contiennent encore de la substance osseuse. Le Graphiure a une puissance de manducalion trs-faible comparativement celle des Loirs. Le Graphiure, comme les Loirs, est tout fait prive de ccum: le canal intestinal, chez les uns comme chez les autres, est d'un diamtre et d'une structure peu prs uniformes dans toute sa longueur, de sorte qu' cet gard les petits et les gros intestins ne se distinguent pas. La premire diffrence qui se fait remarquer est dans le diamtre de ce canal; on le trouve, sous ce rapport, proportionnel la taille des animaux, chez le Loir, le Lrot et le Mus- cardin, tandis que chez le Graphiure il est deux ou trois fois plus large mme que celui du Loir. Sa longueur, chez le Graphiure, est d'un pied quatre pouces, c'est--dire semblable celui du Muscar- din, et par consquent de plus de moiti plus court que celui du Li'ot, qui a trente-trois pouces, et que celui du Loir, qui en a quarante. L'estomac, d'une forme peu prs hmispiirique lorsqu'il est rempli, chez le Lrot et le Muscardin, est partag, chez le premier, en parties gales par le cardia, et le pylore se trouve l'extrmit de la partie droite. Chez le Muscardin, le pylore et le cardia sont beaucoup plus rapprochs. Chez le Loir, l'estomac, repli sur lui-mme, prsente deux parties mon- tantes, la gauche ou la partie cardiaque, qui est la plus grande, et la droite, qui est la jiartie pylo- rique. Chez le Graphiure, l'estomac approche beaucoup de celui du Lerot pour la forme et les rap- ports du pylore et du cardia; mais il est prs de deux fois plus grand. Ainsi, excepte par l'absence UUiNGElJP.S. 161 de ccum. le canal alinierilaire du Grapliiure diffre conipllernenl de ceux des Loirs; il ne leur est proportionnel ni pour le diamtre, ni pour la longueur, et ce que dans le premier cas il semble ga- gner pour la facult digeslive, il parat le perdre dans le second; de sorte qu'au total il reste inf- rieur, quant cette facult induite des formes et des proportions propres aux trois espces de Loirs; car, ni le foie, ni le pancras, ni la rate de ces animaux, n'ont prsent de modifications propres infirmer ce rsultat. p]xtrieurement, les organes des sens du Graphiure, compars ceux des Loirs, ne prsentent aucune modification de laquelle on puisse conclure un changement dans les fonctions. Enfin Fr. Cuvier termine son mmoire en donnant les diffrences ostologiques de la tte, que pr- sentent d'une manire assez peu sensible le Graphiure et les diffrentes espces de Loirs. On indique aujourd'hui deux espces de Graphiures; mais la plus connue et celle qui est le type de ce groupe est le : GRAPHIUI^E DU GAP. OliAPIllURUS CAPENSIS. Fr. Cuvier. Caractres spcifiques. Pelage d'un gris bruntre fonc en dessus, et d'un blai.c rousslre fonc en dessous, avec une large bande d'un noir brun sur les yeux. Taille du Loir. Cette espce est le Mifoxns Catoirii, Fr. Guvier, qui habile les environs du cap de Bonne -Esprance. La seconde espce, dcrite par M. Ogilby, est le Graplurwi chHjans, de la cte occidentale du cap de Bonne-Esprance. On doit aussi probablement ranger dans le mme genre le Mijoxus c'inc- rescens, Buppel, qui provient de Port-Natal. QUATRIEME TRIBU. IILMYENS. HELAMYII. Is. Geoffroy Saint-Uilairc. Molaires an nombre de quatre de chaque ct et aux deux mchoires. Membres postrieurs beaucoup plus lonjs que les antrieurs, un peu plus proportionnels entre eux cependant que dans les Gerboises. Police antrieur bien dvelopp, tandis quil est rudimentaire chez les Dipodiens. Quatre doigts seulement en arrire. Ongles allongs, peu recDm-bs. Cette tribu a t forme par M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire, et ne renferme qu'un seul genre, celui des Ilelamiis, cr par Fr. Cuvier, et dans lequel il n'entre qu'une seule espce, 1'//. Cafcr, propre au cap de Bonne-Esprance, et qui pendant trs- longtemps a l range dans le genre des Gerboises ou Dipus, dont elle diffre par les caractres que nous avons indiqus et par d'autres par- ticularits que nous allons signaler en dcrivant le genre. SO"'" GENRE. HLAMYS. HELAMYS. Fr. Cuvier, 1821. EXir,, couleur (lu soleil; |j.u;, Rat. Diclionnaiie des Sciences naturelles, t. XX. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, |; molaires, J^; en totalit vingt dents Incisives suprieures et in- frieures en forme de coin; molaires simples, deux lames, tant en haut quen bas. Tte courte, large, plate. Yeux grands, fleur de tte. Pas d abajoues. Museau pais, termin par un petit mufle. Oreilles longues, minces, troites. 21 1Gt> IllSTOlUE NATUUELLR. Pieds antrieuru cinq doigls bien disiinits; poslcricurs plus loujs que les antricitrs el sculc' mcni h quatre doiqls. Onqles trh-lonqs, aigus. Queue iunque, trs-louffue, trs-musculeusc . Le gonio llcliiniiis i\ t cr par Fr. Cuvier |)Oiir une espce de rioiigeiirs nomme auparavant Livre sauteur ou Gerboise du Cap, et qui a t range dans le genre Dipus des zoologistes. Ce groupe gnrique a t adopt par tous les auteurs et est mme devenu le type d'une petite tribu particulire. Illiger {Prodromus stistemalicus Mammalimn et Avium, 1811) avait propos pour ce groupe le nom de Pedctes (rvy.rr.rr,;, sauteur), dnomination qui, ayant l'antriorit, aurait d tre adopte; ce qui a eu lieu pour quelques naturalistes, tandis que le plus grand nombre, avec G. Cu- vier, Etienne el Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, ont conserv, dans le catalogue mammalogique, le nom (.Vllelaviijs. Fig. 47. Hlamys du Cap. Cet animal a l'apparence extrieure d'une Gerboise, c'est--dire que ses membres antrieurs sont trs-courts, tandis que les postrieurs sont trs-longs; de sorte que, quand il court debout sur ses pieds de derrire, il ne peut s'avancer qu'en s'lanant par sauts successifs, comme le font les Kan- guroos. Sa taille est plus considrable que celle des Livres, et il prsente quelque cliose d'analogue ces animaux. Le systme dentaire est tout particulier et prsente lui seul des caractres qui suffisent pour faire distinguer ce groupe de tous les autres. Les incisives des deux mdioires sont semblables, et les molaires sont dans le mme cas. Leur couronne approche de la forme cylindrique el offre, leur surface, le cercle d'mail qui les entoure, mais interrompu par un repli qui partage la dent en deux parties gales. Ce pli la m;'hoire infrieure nat la face interne des dents, el, leur face externe, la mchoire oppose. Les membres prsentent des caractres importants que Fr. Cuvier indique ainsi : '( Il y a quatre doigts aux pieds de derrire; l'externe est trs-petit; des trois suivants, le moyen est le plus long, et les deux autres sont peu prs gaux. Tous quatre sont arms d'ongles trs-pais, droits, poin- tus et triangulaires. Les pieds de devant ont cinq doigts trs-distincts, termins par des ongles longs, troits et en gouttire. La plante est couverte de plis plutt que de tubercules; mais la paume a deux lobes charnus d'une grosseur dmesure : l'un, la base du pouce, de forme splirique, est de la dimension d'une petite noisette; l'autre, la base du petit doigt, a la forme d'un disque; il ne tient la paume que par un point de son tranchant; le reste de celle partie est libre et garni de poils. Les pieds de devant servent principalemcni fouir el porter les aliments la bouche; l'animal ne s'appuie dessus que lorsqu'il marche lentement, et. quand il veut aller vite, il les applique contre nONGEURS. If, )0 son corps et les cache dans ses poils, de telle manire qu'il semble tre bipde. Sa queue, trs- paisse, trsmusculeuse, pourrait bien, comme celle des Gerboises et des Kanguroos, l'aider dans ses mouvements, Quant aux organes des sens, on a remarqu que les yeux n'ont aucun organe accessoire; que l'o- reille, longue, troite, termine en pointe, est remarquable par un Iragus long de plusieurs lignes et trs-troit; que les narines consistent dans deux t'entes qui forment entre elles un angle droit, et qu'elles sont entoures d'un poil trs-fin; que la langue en dessous est garnie de papilles douces; que la lvre suprieure est entire, mais qu'elle offre cette particularit curieuse que ses bords, de chaque ct de la mchoire suprieure, se runissent en arrire des incisives et forment, au-dessus de ces dents, une poche dans laquelle on pourrait cacher une noisette, etc. Les poils sont de deux sortes : les lai- neux en petite quantit et les soyeux assez pais; ils sont un peu rudes et assez longs. De fortes moustaches garnissent la lvre suprieure et le dessous des yeux. Quelques points de l'anatomie des organes de reproduction ont t tudis par Sparmann et par Fr. Cuvier. Nous dirons seulement que les mamelles sont au nombre de quatre et places sur la poi- trine, et que la poche abdominale, chez les femelles, est analogue, par sa position, celle des fe- melles de Didelphes, mais ne renfermant pas les mamelles. Une seule espce entre dans ce genre, c'est : IIILAMYS DU CAr. nELAMYS CAFER. Fr. Cuvier. Caractres spcifiques. Pelage fauve, jauntre clair, vari de noirtre en dessus, blanc en des- sous, avec une ligne de la mme couleur dans le pli des aines; jambes brunes; queue assez mince, rousstre en dessus l'origine, grise en dessous et noire au bout. Taille d'un Livre de forte grosseur. Celte espce porte vulgairement les noms de Livre sadteur, de Gerboise du Cap, deMANNET; c'est VJErmanctje sprinieode liaas des Hollandais du Cap. Les zoologistes lui ont successivement appli- qu un nombre assez considrable de dnominations, telles que les suivantes : Dipus Cafer, Gme- lin, Thumberg; Mus Ca fer, Pallas; Yerbua Capensis, Sparmann, Forster; Pedeles (;/e>-, llliger; Pedelcs Capensis, A. G. Desmarest, et Uelamifs Cafcr, Fr. Cuvier. Ce Rongeur vit dans des terriers trs-profonds, d'o il s'loigne peu et o il rentre prcipitamment et comme s'il s'y plongeait ds que le moindre bruit alarme sa timidit, qui est excessive. Il passe une partie du jour dormir, et ne pourvoit ses besoins que pendant la nuit ou durant les crpus- cules du soir et du matin. llamand, qui a vu cet animal vivant en Hollande, d'o il aurait t apport des colonies du cap de Bonne-Esprance, dit que dans son sommeil il ramne sa tte entre ses jambes de derrire, qui sont tendues, et "qu'avec celles de devant il rabat ses oreilles sur ses ' yeux et les y tient pour les prserver de toute atteinte extrieure. Sa voix ne consiste que dans un grognement assez sourd lorsqu'il est calme. Sa nourriture est un mlange de matires vgtales et animales; il mange des racines et recherche les Insectes et petits animaux qu'il rencontre. Il habite les environs du cap de Bonne-Esprance, o il est rare, et ne se rencontre gure que dans les rgions montagneuses. CINOriEME TRIBU. DIPODIENS. DIPODll. Nobis. Sijstcme dentaire : incisives, ; molaires, |^J; en totalit dix liuil dents. Pouce antrieur bien dvelopp. Membres postrieurs beaucoup plus longs que les antrieurs Ongles allongs, peu recourbes. ICi IIISTOIRK NATlJhKMK. Queue Ires-Umque. couverte de poils cornis, exeepl h non e.rlrmil, oh roii remarque ui\ /locn de lonjs poils . Taille pelile. Los animaux qui forment cette division sont bien caracicriss, parmi les Rongeurs, parla dispro- portion extraordinaire que l'on observe entre la i^randetir des membres. Aussi en a-t-on lait de bonne iieure un groupe distinct, qui a reu la dnomination de Gerboise, et a-t-on de bonne heure aussi lev ce genre au rang de tribu, qui a reu plusieurs dnominations particulires. Les Pipodiens sont des Mammifres de petite taille, propres presque toutes les contres du globe, mais surtout abondants en Afrique. On y a distingu plusieurs genres particuliers; mais les seuls que nous adopterons sont ceux des Gerboises ou T)ipus, Gerbilles, Meriones et Eligmodonlia; le premier, subdivis en deux groupes particuliers, et le dernier, qui a quelques rapports avec les Gerboises et les Rats. 51""' GKNRE. - GERBOISE. DIPUS. Schreber, 1795. ii'.?, double; ^rcu;, pied. DieSaugUiierc, etc., t- IV. CARACTRES GNRIQUES. Sijsime dentaire : incisives, f ; molaires, *:E;^; en totalit dix-huit dents. Incisives suprieures plates, termines en biseau leur extrmit : infrieures subules, tres-aicjucs a la pointe; molai- res simples, couronne tuberculeuse, lirement cliancres. Tte trs-lanie, pommettes trs-saillantes. Yeux jrands. Oreilles loncjues et pointues. Pieds antrieurs courts, quatre doigts, avec une vernie omjuicule en place de pouce : post- rieurs cinq ou f,ix fois plus longs que les antrieurs, termins par trois ou cinq doigts. Ongles assez aicfus. Un seul mtatarsien pour les trois doigts du milieu. Queue trs-longue, cglindrique, couverte de poils courts dans .son lendue et termin e par un flocon de grands poils. Taille petite. Ce genre a t cr par Schreber sous le nom de Dipus, et correspond aux groupes des Jaculus et Yerbua. indiqus en 1777 par Erxleben. l'ourles anciens naturalistes, les Gerboises taient places dans le genre des .)fiis, et lorsque ce grou[)e eut t distingu par son caractre le plus saillant : la biivet des jambes antrieures et l'extrme longueur des jambes postrieures, on y comprit une foule d'espct's qui durent,pour la plupart, entrer dans d'autres divisions, telles que des Tarsiers, des Kanguroos, etc., et quelques autres encore qui, tout en ayant beaucoup d'analogie avec tes Gerboises, en sont toutefois distincts, tels que les groupes que l'on nomme Gerlnlle, Merione, llelamgs, Eligmo- dontia de Fr. Cuvier, ou (.allomijs, Waterhouse, etc.; et ds lors l'ancien groupe des Dipus devient une petite famille laquelle on applique les dnominations de Jerboid. Grav; Gerboid, Water- house; Dipodine, Lessou; Dipudiens. Et. Geoffroy Sainl-llilaire; Pedimana, G. Fischer; Pedi- mani, Vicq D'Azyr; Dipodina, Ch. Bonaparte, etc., et dont on spara les Hlaniys. Dans ces der- niers temps, on a cherch subdiviser ce qui restait de Gerboises, et l'on a cr plusieurs groupes, tels que ceux des Lagostomus, Brookes, fond avec le Dipus maximus de Blainville, ou Viscaclie, qui semble former un genre plus voisin des Chinchillas que d'aucun autre; Notomgs, Lesson, qui est probablement distinct; Dipus proprement dit, et Alactaga, Fr. Cuvier, ou Scirtitcs, Wagner, que nous ne regarderons que comme de simples subdivisions d'un seul et mme grand genre. Ou devra i)robablement aussi y rapporter les Dipodomgs [^^c, deux; tcu;, pied; [j,j;. Rat) de Gray [Annals ofnatural llistorg, 1841), et Oipoides (^i;, deux; tzvj;, ]ied) de Jger [Fossil Saigtliier Wurtem- berg, 187)0). Fr. Cuvier a publi la description du .sytiine dentaire des Gerboises, systme compos, chaque RONGEURS. 165 mclioire, de deux incisives, et qui offre quatre molaires de ciiaque ct suprieurement et seulement trois infrieurement. A la mchoire suprieure, l'incisive est unie; elle nat au-dessus des pre- mires mchelires. La premire nichelire est rudimentaire; la seconde, qui est la plus grande, prsente des contours trs-irrguliers, dont les caractres principaux sont deux chancrures au ct externe et une au ct interne. La troisime, qui vient aprs la seconde, pour la grandeur, lui res- semble tout fait, et la quatrime nous prsenterait sans doute encore les mmes formes si elle n'tait pas plus use que les prcdentes : le cercle de sa partie antrieure est vraisemblablement le reste de la premire cbancrure extrieure, et l'on voit au ct interne un pli qui indique l'chan- crure de ce ct. A la mAclioire infrieure, l'incisive est unie, mais trs-comprime; elle nat prs du condyle et d'une tubrosit externe. La premire mchelire est la plus grande, et ses contours ne sont pas moins irrguliers que ceux de l'autre mchoire. Ces contours prsentent six lobes spars par des chancrures ou plutt des plis, except le dernier au ct interne, qui est assez profond pour porter le nom d'chancrure. La seconde, plus petite que la premire, est encore plus irrgu- lire qu'elle; sa face inierne, elle prsente chacune de ses extrmits une cbancrure profonde et une moyenne qui l'est beaucoup moins; sa face externe, elle en prsente deux, une antrieure trs-petite et une postrieure beaucoup plus profonde. La dernire a, sa face interne, une cban- crure antrieurement et un pli postrieurement, et. sa face externe, un pli sa partie moyenne. Fip;. 48. Gerboise de Mauritanie. Quelques points de l'anatomie des Gerboises ont t traits par divers auteurs, et Ton s'est plus spcialement occup du squelette de ces animaux. Meckel, Pander et D'Alton, G. Cuvier, dans leurs ouvrages d'Anaioniie compare, en ont dit quelque chose; mais ce sont principalement MM. Duver- noy et Lereboullet qui, dans un travail important sur le Dipiis Maurilanicus, insr dans le tome III (1840-1844') des Mmoires de la Socit d'Histoire naturelle de Strasbourg , ont donn les dtails anatomiques les plus complets que possde la science. Nous renvoyons ce travail important et nous nous bornerons dire, relativement l'ostologie, que, d'une manire gnrale, le squelette des Gerboises se fait remarquer au premier aspect par l'norme dveloppement des os des membres postrieurs et principalement du fmur, et, par contre, par le peu de dveloppement des os des ir.f) IIISTOIIU': NATURKIJ.F.. membres antrieurs et surtout de l'humrus. En outre, dans les espces qui n'ont que (rois doigts aux pieds postrieurs, il semble n'y avoir qu'un seul os du mtatarse, parce que les deux autres mtatarsiens sont excessivement grles et colls contre le mtatarsien moyen, tandis que dans les espces cinq doigts il y a trois os du mtatarse bien distincts. D'aprs M. Lereboiillet, qui a donn riiistoire de la myologie du Mus Afaurilanicus, les muscles des extrmits postrieures ont acquis, chez ces animaux, un dveloppement considrable et bien en rapport avec la longueur des leviers osseux qu'ils sont appels mettre en mouvement. Si Ton jette un coup d'oeil gnral sur la disposition des muscles des membres postrieurs, on peut voir aussi combien elle est favorable la production du saut. Les muscles extenseurs ont acquis un dveloppe- mont considrable, et l'emportent de beaucoup sur les flchisseurs. Le cerveau, d'aprs ce rn'en dit M. Duvernoy, est court, pais, trs-largi en arrire, fortement tronqu en avant. Vu par sa face suprieure, il a la forme d'un trapze, et ses faces latrales sont lgrement chancres. La surface des hmisphres est lisse et enlirement dpourvue de circonvo- lutions; il existe vers leur tiers antrieur une lgre dpression transversale. Le cervelet est forte- ment inclin en arrire et en bas, et spar du cerveau par une cloison osseuse, mince et fragile, qui s'tend d'un rocher l'autre. Nous renvoyons au travail du mme auteur pour les particularits relatives aux organes des sens, ceux de la digestion, de la reproduction, etc. Le corps des Gerboises est un peu allong, plus large en arrire qu'en avant, et bien lourni de poils doux, soyeux, assez courts. Les pommettes sont trs-saillantes, ce qui donne ces animaux une forme de tte singulirement large et aplatie en devant; le museau est court, large et obtus; un nombre assez considrable de poils raides s'tend de chaque ct et forme de longues moustaches; le nez est nu, cartilagineux, et offre des formes assez compliques dans certaines espces; les oreilles sont longues et pointues; les yeux sont grands, saillants, et tout fait placs sur les cts de la tl; la lvre suprieure est fendue. Les pieds de devant sont trs-courts et trs-faibles; ils ont quatre doigts, et le pouce ou doigt intrieur n'est que rudimenlaire, mais muni d'un ongle obtus; les qua- tre grands doigts sont longs et prsentent des ongles crochus. Les pieds de derrire sont trs-dis- proportionns avec ceux de devant, et sont quatre ou cinq fois plus longs qu'eux; ils sont termins par trois ou cinq doigts, selon les espces, et ces doigts sont orns d'ongles courts, larges et obtus. Les trois doigts du milieu sont toujours supports par un seul os mtatarsien termin par autant de poulies articulaires : ce qui est comparable ce qu'on observe dans les Ruminants et dans les Oi- seaux ; et, lorsqu'il n'y a que trois doigts, il n'y a en tout qu'un seul os du mtatarse ; mais quand il y en a cinq, il y a trois os mtatarsiens, dont un seul est trs-fort, les latraux tant trs-grles et trs- courts. Les naturalistes ont t longtemps dans l'erreur l'gard de la dmarche des Gerboises; presque tous ont regard ces animaux comme ne marchant que sur les pieds de derrire, et ne se servant pas de ceux de devant pour cet usage; et c'est pour cela qu'ils leur avaient appliqu le nom de Dipus, du grec, ^i;, deux, et ttiu:, pied; mais l'observation des murs de ces Rongeurs, parfaite- ment d'accord avec la structure de leur corps, qui ne leur permettrait pas de se tenir longtemps debout sur leurs tarses, a dtruit cette grave erreur. En eflet, les Gerboises marchent habituelle- ment sur leurs quatre pattes; mais, lorsqu'elles sont effrayes, elles cherchent se sauver par le moyen de sauts prodigieux, qu'elles excutent avec beaucoup de vitesse l de force. Quand elles veulent sauter, elles relvent leur corps sur l'extrmit des doigts des pieds de derrire et se soutien- nent avec la queue; leurs pieds de devant sont alors si bien appliqus contre la poitrine, qu'il semble qu'elles n'en ont point du tout; ayant pris leur lan, elles sautent, et, tombant sur les quatre pieds. elles se relvent de nouveau avec tant de clrit, qu'on les croirait continuellement debout. La queue des Gerboises est aussi longue ou presque une fois et demie aussi longue que le corps : elle n'est pas trs-forte sa base; sa grosseur est, au contraire, peu prs gale dans toute son tendue : tantt elle est parfaitement cylindrique, d'autres fois elle est comme quadrangulaire; elle est ordi- nairement couverte de poils ras jusqu' son extrmit, qui est termine par de longs poils soyeux en flocon. Les Gerboises se servent de leur queue pour se soutenir au moment o elles se relvent d'un saut pour en excuter un nouveau; elles lui donnent alors la forme d'un cas renvers. Quelques expriences ont t faites ce sujet; Lepchin ayant coup la queue quelques-uns de ces animaux diffrents degrs de longueur, observa que l'tendue de leur saut diminuait dans la mme propor- tion ; les individus auxquels il la coupa tout fait ne pouvaient plus couiir du tout, mais se renver- ^llli' '" UONGECRS. 107 saienl en anire lorsqu'ils voulaient se dresser sur leurs pattes de derrire, manquant de Fappuj qu'ils trouvaient dans leur queue. -es femelles ont huit mamelles places sur toute l'tendue du ventre ; l'orifice de la vulve semble se confondre avec l'anus. Les mles sont gnralement plus petits que les femelles; les teintes de leur pelage sont galement moins fonces; les testicules ne sont pas apparents au dehors, mais an temps des amours ils acquirent un volume trs-considrable et sont saillants sous la peau, en formant une protubrance fort considrable sous la base de la queue, de mme que cela peut s'observer chez les Rats proprement dits; l'organe principal de la gnration mle, dans son tat ordinaire, est cach lui-mme dans un fourreau trs-pais. Les Gerboises vivent par troupes plus ou moins nombreuses, se nourrissent de racines et de grains et boivent peu. Elles se creusent des terriers comme les Lapins, o elles s'arrangent un lit de feuilles et de mousse, et passent l'hiver dans un engourdissement lthargique semblable celui des Mar- mottes et des Loirs. Elles portent leurs aliments leur bouche avec les pattes antrieures. Leurvie se passe dans l'obscurit; la lumire les incommode, et le jour est le temps de leur sommeil. Mais, ds que la nuit tombe, leur rveil commence : c'est alors qu'elles s'occupent de leurs divers besoins, qu'elles pourvoient leur nourriture, et qu'elles se recherchent au temps des amours, c'est--dire au commencement de la belle saison. Elles semblent difficiles garder en captivit, et encore plus transporter dans nos climats; elles rongent les bois les plus durs avec une extrme facilit, et il est ncessaire, lorsqu'on veut les conserver, de les mettre dans des cages de fil de fer ou dans des botes garnies de tle, encore cherchent-elles dtacher les parcelles de fer qu'elles peuvent saisir avec leurs dents. Cependant nos mnageries en possdent assez souvent, et l'on en voit surtout trs-frquem- ment en France depuis la conqute de l'Algrie. Les Gerbilles et les Mrions, qui taient anciennement confondus avec les Gerboises, s'en distin- guent principalement par leurs pattes postrieures, qui sont constamment divises en cinq doigts, tous peu prs de mme grosseur, et surfout par leur mtatarse trs-long, et form d'autant d'os distincts qu'il y a de doigts. On connat une quinzaine d'espces de ce genre; toutes vivent dans les lieux dserts et incultes, au milieu des vastes solitudes du nord de l'Afrique et de l'Asie centrale -^l orientale; et il parat mme que c'est juste raison que Lesson en a distingu, sous le nom de Nutomijs, une ou deux espces qui sont propres la Nouvelle-Hollande. La synonymie des espces est encore aujourd'hui assez embrouille. Nous indiquerons comme simples subdivisions sous-gnriques les Dipns proprement dits et les Alaclaga ou Scirietes des auteurs modernes, et spcialement de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, et nous dirons quelques mots des Notomijs. ]" SOUS-GEiNRE. GERBOISES PROPREMENT DITES. DIPUS. Aiiclorum. Les espces de ce groupe, qui n'ont que trois doigts aux pieds de derrire, propres l'Europe et l'Asie, sont au nombre de six, et le type est : i . GERBOISE ou GERBO. DIPUS GERBOA. Gmelin. Caractres spcifiques. Pelage fauve en dessus, blanc en dessous; une ligne blanche en forme de croissant s'tendant de la partie antrieure de la cuisse jusque sur la fesse; queue fauve dans une grande partie de son tendue, mais l'extrmit noire et elle-mme termine par du blanc; le corps et la tte ont une longueur d'environ 0'",0I6, et la queue est un peu plus longue que lui. Cette espce est le Jerbunli des Arabes, et c'est de ce nom qu'on a fait la dnomination franaise de Gercoise. C'est le Gerbo et peut-tre la Gerboise de Bulfon, le Ulusjaculus, Linn, Fabricius, G. et Fr. Cuvier; le Mus saliens, Schaw; le 3his sajlla, Pallas, et le D\pus sagitla, Zimmer- mann. Pour Gmelin et A. G. Desmarest, c'est le Dipns gcrboa, et la Gerboise tridacyi.e de quelques auteurs, le Gerbiia, le Gcrboa et le Gerbo. Le Dipns Brucii, trouv par Bruce Barca, n'en est qu'une simple varit spcifique. I()8 IIISTOIIIK NATUlUJXt:. La Gerboise habile les coiilres sai)loiiiieuses et dsertes de l'Kgyple, de la Syrie, de l'Arabie, et se trouve aussi dans la Sibrie orientale et sur les bords du Volga, Elle vit en troupes, se pratique des terriers, qu'elle creuse avec ses pattes de devant et avec ses dents. Son naturel est inquiet, et, lo'-squ'elle n'a pas le temps de rejoindre sa demeure, elle fuit avec une rapidit extrme en excu- tant une suite de sauts irs-considrabics. Sa nourriture principale consiste en bulbes de plantes. il parat, d'aprs Sonnini, que, quoique la chair de cet animal ne soit pas trs-bonne, le peuple d'Egypte la mange cependant. Les autres espces du mme groupe sont : 1 la GiaiBOisr: d'Egypte [D'ipus J^giiplius. Ilempr. et Ehremberg), qui habite l'Egypte et la Bar- barie, que l'on a assez rcemment distingue de l'espce prcdente, surtout d'aprs des individus apports d'Algrie, ou plutt de Tunis, et laquelle on rapporte comme synonymes le Dipus bipes. Lichstenstein. et D'ipus rjerboa, Olivier, et probablement la Gerboise de Buffon. 2 La GennoisE ti;ait {Dipus ichim, Lichstenstein), des steppes des Kirguis, des environs du lac d'Aral et de Boukkarie. 5" La Gi;r>noisE de Mauritanie {Dipus Mauritanicus), que M. Duvernoy a Fait connatre avec beau- coup de soin. Elle n'est pas rare en Algrie et se trouve surtout aux environs d'Oran. 4" Le Dipus hiriipcs, Lichstenstein, de la Nubie. 5" l^e Dipus Itifiopus, des steppes du lac Aral. T SOUS-GENRE. ALAlTAGA. ALACTAGA. F.-. Cuvier. Ce groupe, indiqu comme le prcdent par Fr. Cuvier, renferme une dizaine d'espces particu- lires l'Afrique et l'Asie, correspond au genre Scirletes (a/.tsTaw, je saute), A. Wagner (/ji Wieg- iwinn Arcliiv.. t. VIT, 1841), et est principalement caractris en ce que les pattes de derrire pr- sentent cinq doigts, et dans une seule espce quatre seulement. Le type en est : ^ 2. ALACTAGA. VIPUS JACULVS. Zimmermann. Caractres spcifiques. Pelage d'un fauve trs-ple en dessus, blanc en dessous; une raie blanche en croissant sur les fesses; cinq doigts aux pieds de derrire : celui du milieu beaucoup plus long que les autres; oreilles longues. Longueur de la tte et du corps, 0",017; de la queue, 0"\026. Cette espce est TAlagtaga de Buffon, le Musjaculus de Pallaset le Dipus jaculus de. Zimmermann. Ce Rongeur se creuse des terriers assez profonds, et il a la prcaution de boucher les issues de sa demeure avant de se livrer son sommeil lthargique d'hiver; il s'engourdit galement pendant les grandes chaleurs; il n'amasse pas de provisions d'hiver dans son terrier. C'est la nuit qu'il va la recherche de sa nourriture, qui consiste en herbes, en feuilles et en racines; mais il mange aussi les matires animales qu'il peut rencontrer, telles que des Insectes, des Mollusques, des Oiseaux et de petits Mammifres, et n'pargne mme pas, dit-on, sa propre espce. La femelle produit plusieurs fois dans l'anne, et toujours un nombre assez considrable de petits. Cet animal, dans sa fuite, ainsi qu-^ le rapporte Pallas, franchit, par ses sauts, des distances si considrables, et ses sauts se succdent avec une telle rapidit, qu'il semble ne pas toucher le sol, et qu'un bon Cheval ne peut le dpasser la course. C'est cette rapidit dans le saut qu'il doit le nom de Flche, en latin Jaculus. Cette espce se rencontre en Tarlarie; on la trouve surtout dans les steppes situes entre l'Irtisch et le Volga. Les autres espces du mme groupe, que nous nous bornerons nommer, sont les suivantes: 1 Dipus bracliiiui'us. De Blain ville, de Sibrie et de Tartarie; 2 Dipus minutus, De Blainville, ou D. pjjgmus, Illiger, du pays des Kirguis; 3 Dipus decwnnnus, Lichstenstein, des monts Ourals; 4 Dipus spculum, Lichstenstein, de Sibrie et de l'Alta: 5 Dipus elaler, Lichstenstein, del Sibrie; ti" Dipus platijurus, Lichstenstein, de la Boukkarie et du lac Aral. RO.XGEURS. 169 Nous indiquerons aussi une espce de ce groupe qui est principalenient remarquable en ce qu'elle ne prsenterait que quatre doigts aux pieds de derrire au lieu de cinq; c'est la Gehboise pe la C- rNAQUE, Bruce, Alaclaga Cyrena'ica, Lesson; B'ipns iclradaclijlus, Lichstenstein; Dipiis Abjissi- mcus, Meyer, et Meriones Lifbicns, Lichstenstein. Enfin nous devons dire que Lesson, dans son Nouveau Tableau du Rgne animal : MAMMiFr;REs, 1842, place le Dipus Michdl, Ogilby, dans un genre particulier, celui des ISoiomifs, qu'il ne ca- ractrise pas : nous ajouterons que cette espce est propre la Nouvelle-Hollande, et qu'on a signal, sous le nom de D'ipus Is'nlorii, L Verreaux, une autre Gerboise du mme pays. SS-"" GENRE. GERBILLE. GEBBILLUS. . G. Desmarest, 1804. Diminutif de Gerboise. Diclionnaire d'Histoire naturelle de Dcierville. CARACTERES GNRIQUES. Stisicnie dentaire : incisives |, molaires, |^; en totalit seize dents. Incisives comme celles des Gerboises; molaires semblables aux deux mchoires : la premire tant la plus grande et a trois tubercules gui la partagent peu prs galement dans sa longueur; la seconde nen aijant que deux, et la troisime, qui est la plus petite de toutes, nen ayant qu'un. Tcle allonge., a pommette peu renfle. Oreilles mdiocrement longues, arrondies textrmit. Pieds antrieurs courts, h quatre doigts onguiculs, avec un rudiment de pouce; pieds post- rieurs longs ou trs-longs, termins par cinq doigts onguiculs, aijant chacun son mtatarsien par- ticulier. Queue longue, couverte de poils. Fijj. 49. Gcrliille africaine. A. G. Desmarest a cr, en 1804, aux dpens des Gerboises, le genre Gerbille, qui a t adopt par tous les zoologistes, et dont llliger (Prodromus systematicus Mammalium et Avium. \^\\) a chang la dnomination en celle de Meriones, qui aurait d tre rejete de la science, puisqu'elle n'avait pas la priorit, si Fr. Cuvier ne l'avait reprise pour l'appliquer une Gerbille de l'Amrique mridionale qui diffre un peu des autres espces, qui toutes sont propres l'ancien contaient. Le systme dentaire des Geibilles a t tudi avec soin par Fr. Cuvier et plus rcemment par 170 FIlSTOinK NATIT.KIli:. M. Diivernoy, ne prsenta pas de trs-grandes diffrences avec celui des Gerboises, et se rapprodie galement un ]hhi de celui dos lianislers. Elles ont de grands rapports avec les Gerboises, mais prsentent cependant quelques particida- rits anatomiques dilrcnliclles, ainsi que la montr M. Smulli pour une espce nu moins, le (kr- liillus Sclilcgclii, du cap de Uoune-Esprance, et qu'on peut remarquer surtout dans le tarse de toutes les espces. Ces animaux vivent dans des trous qu'ils se creusent en terre et sautent avec force comme les Gerboises; une espce hiverne; leur nourriture est presque exclusivement vgtale. On indique une dizaine d'espces de ce genre; mais on n'en connat rellemeut bien qu'une ou deux, et il est possible que plusieurs des autres soient purement nominales. I^es Gerbilles habitent l'ancien continent; elles se rencontrent en Egypte, en Perse, au cap de Bonne-Esprance, en Sn- gambie et dans l'Inde. Pour les espces africaines, on peut prendre pour type : 1. GERBILLE D'EGYPTE. GEBBILLUS JEGYPTIVS. A. G. Desmarest. Caractres spcifiques. Pelage fauve en dessus, jaune en dessous; pieds postrieurs penta- dactyles; doigts un peu ingaux. Beaucoup plus petite que la Gerboise. C'est ainsi qu'Olivier caractrise son Dipus A()\jplhis, et tous ces caractres conviennent pres- que galement la Gerbille des pyramides. C'tait l ce qui avait port plusieurs zoologistes les runir; mais, comme le lait remarquer M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire, la Gerbille d'Egypte n'est que de la taille d'une Souris; elle a les pattes antrieures pentadactyles, la queue brune et les membres postrieurs aussi longs que le corps; et aucun de ses caractres ne convient l'autre espce. Cette Gerbille provient de l'Egypte et du Kordofan. Est-ce cette espce ou la Gerbille des py- ramides qu'on doit rapporter les Meriones qnadrhnacul citas, Ilemp., et robusins, Cretzmar, des ?nmes pays.' Si cela est douteux, on ne peut gure douter que le Dipus (jerlnllu.s, Olivier, ne soit synonyme du Gerbillus jEcjyptim. Les autres espces africaines sont : 1 La Gkri;im,e DEsi'vr.AMiDEs [Dipus piiramidnm) , propre l'Egypte, et distingue par A. G. Des- marest et Isidore Geoffroy Saint-Milaire; 2 La GruuiLLE de Sh.vw (Gerbillus Slicntiil), de l'ouest de l'Algrie, dcrite par M. Duvernoy; 5 Dipus imnnricinus, Linn, des ctes mridionales du bord de la mer Caspienne: 4 Gerbillus mcridiarnis, A. G. Desmarest, des contres situes entre le Volga et l'Ural; 5" Gerbillus pycjargus, Fr. Cuvier [Merioncs gerbillus. Creizmar; M. sijeneusis? Lichstenstein), de Nubie; (\ Dipus Burtonii, Er. Cuvier (M. opimus? Lichstenstein), du Sennaar; 7" Gerbillus Scncgalensis, Er. Cuvier, de Sngambie; 8 Gerbillus Schlegellii, Smuth [G. bracliyurus, Er. Cuvier), du cap de Bonne-Esprance, qui de toutes les espces de cette tribu est celle qui se rapproche le plus des Rats proprement dits. Les espces asiatiques sont : 2. GERBILLE HARDWICKE. GERBILLUS INDICUS. A. G. Desniare&t. Caractres spcifiques. Pelage marron en dessus et parsem de petites taches brunes dispo- ses en lignes longitudinales, blanchtre en dessous; queue un peu plus longue que le corps, brune et termine par un flocon de poils blancs. Longueur de la tte et du corps, 0'",0i7. Celte espce, que Fr. Cuvier nomme I'Hri.ne, et qu'Ilardvvicke a fait connatre sous le nom de Dipus Indicus, habite l'Indoustan, entre Benars et Andwon. Elle se nourrit d'orge, de bl, et forme des magasins considrables d^ ces diffrents grains dans des terriers spacieux qu'elle habile; elle nONGElJKS. 171 coupe le i>T;iiii prs de la racine et emporte ainsi l'pi tout eutier. Elle ue touche ses piovisiuus (pie lorsque les moissons sont faites et que les champs ne lui en fournissent plus. Les deux autres espces sont : 1" (ierbillus otnr'ia, Vr. Ciivier (Gerbillu.t Citvieri, Waterhonse) de riiide; "il" Gcrbillus loiicjipes, Sciirebcr, des environs de la mer Caspienne. oo'"- GENHE. MIUONE. MEniONES. Fr. Cuvier, 18i>l. M/soc, fmur. Ueiils ilfs Miimiiiil't'i'S. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, ~; molaires, Iz^; en totalit dix-huit dents. Molaires couronne prsentant une sorte d' C/d renvers, avec des cercles de pins en plus marqus sur les dernires dents; tandis que dans les Gerbilles les molaires sont simples; elles sont composes dans les Mcriones. Membres antrieurs h quatre doicjls; postrieurs a cinq. , Autres caractres comme chez, les Gerbilles. Le genre Meriones a t cr par Illiger; mais il avait d tre rejet de la science, parce que A. G. Desmarest avait prcdemment fond le mme groupe gnrique sous le nom do Gerbillns; mais Fr. Cuvier, ayant observ des diffrences remarquables dans les dents du Dipus Americanus, Burton, rang avec les Gerbilles par A. G. Desmarest, en a fait le type d'un genre auquel il a apj)li- qu le nom employ par llliger. A cette espce typique on devra probablement joindre toutes les espces amricaines places prcdemment parmi les Gerbilles. C'est avec les Gerboises plutt qu'avec les Gerbilles que les dents des Meriones ont du ^rapport : leur nombre est le mme, et l'on en trouve une bonne description dans l'ouvrage classique de Fr. Cu- vier sur les Denis des Mammifres. L'espce typique et la seule qui soit vritablement bien connue est : WRIONE DU CANADA. MERIONES CANADEISSIS. Lcssoii. CAitACTnEs SPCIFIQUES. Pelage jauntre en dessus, blanc en dessous; oreilles trs-courtes; queue presque entirement nue, un peu plus longue que le corps, sans tlocons de longs poils l'ex- trmit. Taille semblable celle de la Souris. Cette jolie espce n'a t bien connue que dans ces derniers temps par la bonne description ([n'en a donne, sous le nom de Meriones nemoralis, M. Isidore Geoffroy Sainl-Hilaire dans le Diction- naire classique d' Histoire naturelle. Davies, le premier,' l'avait figure, mais ne l'avait pas dcrite. Ct'itlb Dipus Amer icanus, Burton; le Mus sijlvaiiciis, Milchell; le Mus Cnnadensis, Shaw; le Ger- billus soricinus et Canadensis, X. G. Desmarest, et le Gerbillns Dariesii, Raiinesque. Un individu de cette espce a t trouv, par M. Davies, engourdi et roul sur lui-mme, dans un terrier en forme de petite chambre ovale, la profondeur de vingt pouces anglais. En t, on ren- contre ce Mrion dans les prairies et dans les endroits les plus fourrs des bois; lorsqu'il est in- quit, il fuit avec vitesse et en excutant une suite de sauts, comme le font les Gerboises. On ne sait positivement de quelle substance il se nourrit, et l'on n'a pas trouv de provision dans son domi- cile d'hiver; il est probable qu'il mange des matires vgtales. Cette espce est particulire l'Amrique du Nord, et principalement au Canada. Les autres espces, qui sont encore parfois ranges avec les Gerbilles, sont trs-insuffisamment connues et n'ont gure t signales que par Ratinesque. Elles sont toutes de l'Amrique septentrio- nale : nous nommerons seulement les Meriones Labradoricus, lichardson, ou Gerbillns Undsonius; Meriones nncrocephalns, Ilarlan; Gerbillns meialops, etc. 172 llISTOinE NATUUELLE. -o'r" GENRE. LIG\10T)0NTIE. ELIGMODOMIA. Vv. Ciivicr, 1857. E/.'.-^-u/.;, zii;z,i;;; c--.'j;, ilonl. Aiiiiiilivs des Siic'iiccs nalurcllos, 2* sr c, l. VU. CARACTRES (JNIUQUES Siistcme dcnln'ire : 'lucis'ivcs, :, ; niolircs, |l:p eu loUil'ilc seize dnis. Incisives unies, jaunes; nioldires racines dislinctes de la couronne, semblables aux deux nuciwires, nijanl de cliaffue cl des cliancrures allerualives formaul des zigzafjs, allant cl dcroissant de la premire a la der- nire. Oreilles minces, ovales, longues. Yeux vwyens. Moustaches fortes. Pieils de derrire proporlion)iellrment plus longs que ceux de devant. Doigts minces, au nond>re de cinq, plus longs en arrire quoi avant; pouce posiiieur plus court que les autres doigts; ponce antrieur rudimenlaire. Queue longue, avec des poils courts, cl au-dessous des poils des veriicilles d^cailles comme chez les lUiis. Taille mdiocre. Pelage en gnral soyeux, lisse, compos de poils de mdiocre grandeur. Ce genre a t fond, en 1857, par Fr. Cuvier pour un Rongeur nouveau de Runos-Ayres, qu'il nomme Eligmodontia njpus, et la mme anne M. Waterliouse, dans les Proceeding of ihe rogal Societg of London, Ta i^aloment fait connatre sous une autre dnomination, celle de Callomgs (y.rt.- /o;, beau; u.\):. Rat), et il en a dcrit trois espces. La longueur des tarses de ces Mammifres, les poils qui revtent le tubercule du mtatarse, la nu- dit des tubercules terminaux des doigts, donnent lieu de penser que, n'appuyant que l'extrmit des doigts en marcbant, ils pourraient bien n'avancer, lorsqu'ils veulent le faire ])romptement, qu'en sautant la manire des Gerbilles. C'est ce qui a engag Er. Cuvier, et depuis lui la plupart des zoologistes, ranger ce genre, qui a rellement le facis gnral des Muriens, dans la tribu pai'ticu- lirc des Uipodiens, et assez prs des Gerboises, quoiqu'il prsente galement quelques-unes des jiarticularits des Chinchillas. Les Eligmodontia ont leur tte osseuse dans son ensemble et dans ses parties, peu prs dans les proportions et les formes de celle du Mulot. Sa portion crnienne est peut-tre un peu plus ra- masse par plus de brivet dans la rgion basilaire et moins d'tendue dans la caisse. Les yeux sont d'une grandeur moyenne. Les oreilles, minces, ovales et larges, ont les trois quarts de la lon- gueur de la tte et galent celles d'un Rat long de 0"',012. Le nez consiste en deux trs-petites na- rines environnes d'un mufle fort troit, et la langue est paisse et douce. De trs-fortes moustaches garnissent les cts du museau, et quelques-unes se montrent au-dessus des yeux. Ce qui constitue la diffrence essenelle entre les Rats et les ligmodonties, c'est la forme des molaires, qui, chez les seconds, est tout fait nouvelle et diffre essentiellement de celle des Rats; en effet, elles prsentent toutes, de chaque ct, des chancrures alternatives, de manire former des zigzags, circonstance qui a fait donner ce genre le nom que lui a appliqu Fr. Cuvier (s>.ivy.c;, zij^zag; c^ou;, dent). Quelques autres particularits odontologiques sont aussi assez remarquables. Les pieds de derrire sont proportionnellement beaucoup plus longs que ceux de devant: les pre- miers ont neuf lignes, tandis que les seconds n'en ont que trois, ce qui diffre essenliellement des proportions de ces parties chez les liais, o les pieds de devant ne font pas le tiers, mais la moiti de ceux de derrire; et, relativement la longueur du corps, le tarse, chez lligmodonlie, en gale le tiers, et chez les Rats le quart seulement. Les doigts, minces en gnral, sont plus longs aux pieds de derrire qu' ceux de devant, et au nombre de cinq aux uns comme aux autres, garnis d'ongles falciformes. Le pouce des membres postrieurs est sensiblement plus court que les autres doigts; les trois moyens soni peu prs gaux et plus longs que l'externe. Aux membres antrieurs, RONGEURS. 475 il n'y a que quatre doigts entiers; le pouce est rudimentaire et ne se montre au dehors que par l'on- gle plat et obtus qui le revt. Sous le tarse, au lieu de six ou sept tubercules nus, comme chez les Rats, il n'y en a qu'un eu forme de trfle, entirement recouvert de poils raides; et il en est de mme pour les tubercules du carpe. La queue est trs-longue et entirement revtue de poils courts sous lesquels se montrent les verticilles d"cailles caractristiques de la queue des Rats. Les poils de la queue sont aplatis; ceux du corps, tous soyeux, sont lisses, et de mdiocre longueur. L'espce typique est : LIGMODONTIE DE BL'NOS-AYRES. ELIGMODONTIA TYPUS. Fr. Cuvier. Caractres spcifiques. Pelage d'un brun gristre en dessous, passant au fauve sur les flancs et les cuisses, et toutes les parties infrieures du corps et le dessus des extrmits sont blanches; la queue est mdiocrement blonde. La longueur de la tte et du corps est de 0"',008; la queue est longue de n'",OIO. Cette espce a t dsigne, par M. Waterhouse, sous les noms de Mus et de Calloniys elcgnns, et c'est probablement le Dipus muscnlus, Ivuhl. Elle provient des environs de Bunos-Ayres et de Bahia- Blanca. Ses murs ne sont pas connues; mais la grande tendue de ses oreilles annonce un animal timide, vivant dans une grande retraite et peut-tre dans des terriers que ses ongles, semblables ceux des Mulots, lui permettent de faire dans les terrains meubles. Elle se nourrit sans doute de fruits et de racines. Les deux autres espces places dans ce genre sont les Mus ou Callomjjs bimacnlaus, Water- house, de Maldonado et de la Plata, et Mus ou Callontijs gracilipcs, Waterhouse, de Bahia-Blanca. ["ig. 50. lignioiloiilie de Bunos-Ayres. il\ IIISTOIKK NATl l'.KI.LK. TROISIEME FAMILLE. CRICTIDES. CRICETWAi. Nohis. Siffitme (leulaire : incisives, ^. molaires, ;|~:{ ou |^. Des abajoues exlcrieures pins on moins dveloppes. Yeux de mdiocre irnndcur. Clavicules bien dveloppes, fortes. Membres peu prs de incnie longueur en avant et en arrire. Taille peiile ou moijeune. Aspect assez analogue celui des liats. Les Rongeurs assez peu nombreux que nous placerons dans cette famille se rapprochent assez des Hats; mais en mme temps s'en loignent d'une manire notable par les abajoues extrieures, sou- vent trs-dveloppes, qu'ils prsentent. Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'tendue que l'on doit donner cette famille; M. Isidore Geoffroy Sainl-IIilaire, dans la famille des Psioudostomides, ne comprend pas les Hamsters, qu'il laisse dans la tribu des Muriens; Lesson compose sa famille des Saccophore comme notre famille des Ci'.icTiDEs. Le caractre commun, en prsentant des abajoues extrieures et quelques autres particularits, nous a engag ne pas sparer les Hamsters des vritables Rongeurs abajoues. Ces animaux sont essentiellement amricains; mais cependant le groupe des Cricctoimjs est afri- cain, et celui des Hamsters comprend des espces propres au nord de l'Europe, l'Asie, l'Afrique et l'Amrique. Ils vivent essentiellement de matires vgtales et se creusent des terriers dans les- quels ils se rfugient dans la froide saison. Les genres que nous dcrirons sont ceux des Gcomijs, Tliomomijs, Diplostome, Saccomys, Pero- gnallius, Cricelomijs et Hamster. 1" GENRE. GOMYS. GE03YS. Uafinesque, 1817. Vfi, lerre; u/j;. Rai. The American Monilily Magazine. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, |; molaires, {l; en totalit vingt dents. Incisives suprieures mar- ,]:ies chacune de deux sillons longitudinaux sur leur face antrieure : l'un sur le milieu et le plus profond, et l'autre sur le bord interne et peu appareni; mola'ires sans racines, couronne reprsen- tant un ovale simple dans les postrieures et double dans les anirieures Tte obtuse. Museau assez court. Or e'illes trs- petites. Bouche munie d'abajoues extrieures trs- grandes. P'icds ayant tous cinq doigts onguiculs. Ongles des pieds de devant trs-longs. Plante des pieds reposant en entier sur le sol . Queue ronde et nue. Poil court, trs- fin. Corps pais. Taille mdiocre. Ce genre, doiil l'espce t>'pe tait anciennement place avec les Hamsters, est loin d'tre compl- tement connu, et cependant il a reu successivement quatre noms particuliers: c'est le genre Gcomys nONGEJRS. 175 (!c Raiinesqiie Snuillz; le genre Ascomijs (aazo, sao; f/.u, Rat) de Lichstenstein [Ahbanlnngcn dcr fkrlin Alcadcme, 18'25); le genre Saccoplionis (aaioto, sac; cpsoi, je porte) de Kiihl (He'itr. znr Zool., 1820), et Pscmlo.slonia {.a^, nom de l'espce typique chez les Grecs. Nova coiiinieiUai'ia Pctropolilarii, t.MV. CARACTRES GNRIQUES. Sgslhne denlairc : incisives, 4; molaires, |^; en totalit vingt dents. li(cisives trs-larges, cou- pes carrment h l'extrmit, tant en liant quen bas; molaires couronne tuberculeuse, tronfiuies, presque cijiuulriqucs, et a peine saillantes hors des gencives. Tte trs-large, aplatie, anguleuse sur les cts. Yeux rudimentaircs, entirement recouverts pur la peau et avec des paupires mal formes. Oreilles externes nulles. Pattes trs-courtes, toutes cinq doigts. Ongles plats, menus. Queue nulle ou excessivement courte. Pelage court, trs-doux. Corps allong, cylindrique; bas sur jambes. Taille mdiocre. Les Grecs, ainsi que le rapporte ristote, donnaient les noms d\4spalax (AoTraXa?) et de Spalax un petit Mammifre fouisseur que les commentateurs ont considr tort comme devant tre notre Taupe vulgaire, tandis que la Taupe, ou TaXira des Grecs, est, selon M. Savi, une espce du genre Taupe diffrente de l'espce ordinaire, mais que Ton a souvent confondue avec l'animal type du genre qui nous occupe. Giildenstdt, le premier, dcrivit cet animal, et ft voir qu'il tait trs-diffrent de la Taupe, et devait tre rapport un genre particulier, qu'il nomma Spalax, genre qu'Erxleben adopta ensuite, ainsi que De Lacpde, qui (Tableau des Mammifres, 1805) changea ce nom en celui de Talpoides (talpa, Taupe; v.8o;, aspect). Cette dernire dnomination, comme celles ( Aspalax [kry-y.- 1.0.1, nom grec), propose par Olivier et A. G. Desmarest [Dict. d'Hist. nat. de Dcterville, t. XXIV, 180i); d'Aspalouuis {kGr.xXo.l, nom grec; p-'j;, Rat), indique par De Lamarck, et iVOnimatotergus, donnes par Keysel et Blasius, n'ont pas prvalu, et le nom de Spalax, ainsi que celui plus vulgaire de Rat-Taupe, ont t gnralement adopts. Toutefois les Spalax de Giildenstdt ont t restreints: les genres Baihgergus et Orgcterus ont t forms leurs dpens dans ces derniers temps; d'autres groupes, tels que ceux des Siplincus (cKpvsu;, Taupe) et Lemmomgs (xsaaa, caille; au.-, Bat), que, comme dans un autre de nos ouvrages, nous n'indiquerons que comme de simples subdivisions se- condaires, -ont t admis par quelques zoologistes; puis, enfin, tous ces groupes gnriques et quel- Fig. 1. Agouti croconal. Fia. '2 l.ivrc cillotis. IM, '25. UONGEURS. 189 ques genres, assez nouvellement dcouverts et qui en sont voisins, ont t runis pour former une petite tribu particulire de Rongeurs que M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire nomme Spalac'uls, et que M. Gray indique sous les dnominations 'Aspalncid et d'Aspalacina. Fr. Cuvier a dcrit avec soin le systme 'dentaire des Spalax d'aprs l'tude des ttes du Zemni et du Zokor; nous renvoyons le lecteur ce travail et ce que nous en avons rapport dans nos caractres gnriques Le corps des Spalax, et plus spcialement du Rat-Taupe zemni, type de ce groupe, est assez ro- buste, allong, cylindrique, informe; les pattes sont courtes et propres fouir, quoique moins ro- bustes que celles de la Taupe, et elles conservent la division des doigts comme chez les Rongeurs ordinaires, si ce n'est qu'il y en a cinq aux pattes de devant, de mme qu' celles de derrire, ga- lement termines par des ongles forts et obtus. La tte, trs-large cause de la grande saillie des arcades zygomatiques, est plate en dessus, et termine par un mufle cartilagineux trs-obtus. Le cou, trs-musculeux, n'est gure plus troit que la tte. Les yeux ne sont nullement apparents l'extrieur, parce que la peau ne se replie pas et ne s'amincit pas pour former des paupires et la conjonctive, et que le rudiment du globe de l'il, rduit la grosseur d'une graine de pavot, est recouvert par une bande tendineuse. 11 n'y a pas de trace d'oreilles externes, et on voit seulement le mat auditif en cartant les poils. La queue manque compltement. Il n'y a que deux mamelles in- guinales. Les animaux de ce genre sont essentiellement souterrains; ils vivent dans l'intrieur de la terre, o ils se creusent des galeries, et, sous ce point de vue, ils se rapprochent de la Taupe; tandis que par leur systme dentaire, et consquemment par la manire dont ils se nourrissent, ils ont de nom- breux rapports avec les Rats, mangeant des racines et des graines, et faisant de grands ravages dans les campagnes. D'aprs cela, on comprend pourquoi les Spalax des naturalistes ont reu la d- nomination vulgaire de Rats-Taupes, nom qui rappelle la ressemblance que ces Rongeurs offrent, et par leur conformation et surtout par leurs murs, avec les Rats et avec les Taupes. On ne met plus dans ce genre que trois espces, qui appartiennent l'Europe, l'Asie et l'A- frique, et qui toutes trois sont devenues les types des groupes distincts, selon les zoologistes mo- dernes. I. SPALAX PROPREMENT DITS. SPALAX. Guldenstdt. 1. RAT-TAUPE AVEUGLE ou ZEMNI. Burfon. SPALAX TYPULUS. Illiger. CAnACTREs SPCIFIQUES. Corps cylindiquc; tte grosse, presque pyramidale, plus troite en avan et termine par un museau cartilagineux, dur, trs-fort; une sorte de ligne saillante de chaque ct de la tte s'tendant des narines au mat auditif; narines arrondies, troites; bouche petite; langue charnue, paisse, plate, obtuse, lisse; oreilles externes peu prs nulles, conduit auditif large; dos long, droit, queue nulle; pieds courts, termins par cinq doigts munis d'ongles arrondis, un peu plus longs ceux de derrire qu' ceux de devant; pelage compos de poils doux, trs-courts, dont la base est d'un cendr noirtre, et dont l'extrmit est rousstre, d'o il rsulte une teinte gnrale grise, lave de cette dernire couleur; devant de la tte et dessous du corps noirtres; deux mamelles inguinales; peu prs de la grosseur du Rat commun. Longueur de la tte et du corps, 0,025. Dans une varit qu'. G. Desmarest nomme Aspalax tijplilus varicfiaiiis, le pelage est semblable celui de l'espce type, mais vari de grandes taches blanches irrgulirement disposes. Cet animal est WaTzv.Xai ou Taupe d'Aristote et des anciens; il est connu vulgairement sous le noms de Rat-Taupe, de Zemni, de Sleptz et de Rat-Taupe aveugle: c'est le il/H, Ujphhis, Pallas, Gmeliu; le Spalax microplitlialmus, Gldenstsedt; Spalax major et Glis zemni, Erxleben; Spalax iiiplus, Illiger; Spalax Paltasii, Nordmann, etc. De mme que les Taupes, les Rats-Taupes vivent en socit, et se creusent des galeries souterraines peu profondes et communiquant avec des cavits plus basses o ils sont l'abri des eaux pluviales, (j'est particulirement dans les plaines unies et fertiles qu'ils tablissent leur demeure, parce qu'ils fOO IIISTOinE NATURELLE. y trouvent vn graiido aboiulaiico les raciiios du ij;aznn ordinaire cl du corfcuil hnibeux dont ils font leur nourriture habituelle. Outre des racines, il parat qu'ils mani^ent aussi parfois des graines, des fruits et des Icgumcs, dont ils font ])rovision Tliiver dans leurs terriers. Leur dmarclie est brusque et irrgulire: ils marchent aussi bien en arrire qu'en avant : au nioiiidie bruit, ils s'arrtent, cou- tent, et, lorsqu'on les atta([uc, ils se dfendent avec courage. Le temps des amours est le printemps, et se prolonge jusqu'en t. La femelle fait deux ou quatre petits. Le Zemni habite la Syrie, la partie mridionale de la Russie, la Perse, la Pologne, la Hongrie et la Grce; mais c'est surtout en Russie qu'o le trouve plus communment. IL SIPUNE. SIPUNEUS. Brandt, 1827. 2. ZOKOR. SIPUNEUS ASPALAX. rraiull. CAnACTnES srKciKiQL'ES. Corps trapu, bas sur jambes; nez gros, large, prominent, dur, re'.tu d'un cuir pais et calleux, divis en deux par un sillon moyen, peu profond; oreilles formant, seule- ment autour du conduit auditif, une espce de ruban cartilagineux qui est trs-court, surtout en de- vant; pelage compos de poils touffus et un peu rudes, peu prs comme dans le Campagnol Rat d'eau : ceux de la partie suprieure du corps tant d'un gris cendr sale leur extrmit et de cou- leur brune prs de leur racine, et ceux des parties infrieures, les uns brun cendr et les autres hianclitres; sommet de la tte plus gros que le reste du corps, et marqu d'une bande blanchtre longitudinale et moyenne dans quelques individus; ongles des trois doigts du milieu des pattes de devant aplatis sur les cts et tranchants en dessous : ceux du pouce et du doigt externe courts el tronqus obliquement, le pfemier tant lgrement divis en deux points. Longueur de la tte et du corps, 0'",02G; de la queue, 0'",025. Ce Rat-Taupe est le Zokor Vicq D'Azyr et G. Cuvier; c'est le Mus aspcdax, Pallas, Boddaert; le Lcmmns zokor, A. G. Desmarest; le Siplincus aapnlnx, Brandt. Ce Rongeur vit sous terre, comme la Taupe, dans des galeries trs-longues et superficielles. Sa nourriture consiste en racines de diverses plantes, et particulirement en celles de YErijllironiuni, du Liiinm pomponinm et de quelques Iris. 11 habite l'Asie russe, et plus particulirement les steppes de l'Irlisch. in. LEMMOMYS. LEmWMYS. Lesson, 1845. 3. SUKERKAN. SPALAX MINOR. Exieben. Caractf:res spcifiques. Tte grosse, raccourcie; museau pais, trs-court; oreilles consistant en un seul petit rebord qui entoure le mat auditif; yeux trs-petits; membres courts, robustes; mains cinq doigts garnis d'ongles forts; queue trs-courte; pelage d'un gris brun en dessus, blan- chtre en dessous. Longueur de la tte et du corps, 0"',010; de la queue, 0"\00G. Cette espce est le petit Spalax de rEncyclopdie; c'est le Sukerkan. Vicq D'Azyr; le Mus inlpi- nm, Pallas; le Spalax minor, Erxleben; le Mus tulpinus, Gmelin; le Lnnmus lalp'mus, A. G. Desma- rest, et le Lemmomijs talpinus. Brandt le range dans le genre Ijalliijergus, et MM. Keyser et Bla- sius en ont fait le type de leur genre Chlocrgus. Une varit noire, avec les quatre pieds blancs, a reu de Pallas le nom de Mus talpinus niijcr. Ce Rongeur vit sous terre et ne sort que la nuit de sa retraite; l'accouplement a lieu au mois de mars, mais il n'est pas aussi productif que dans les espces prcdentes. Les racines du Lathifrus esculenta et du Phlouiis luberosa sont sa nourriture habituelle. 11 se trouve dans l'Asie russe, sur- tout dans les steppes d'Astracan et dans les monts Ourals. ho, Spalax Javanus, G. Cuvier, est le type du genre A^//c'= GENRE. SYNTHRE. SYNETHEBES. Fr. Cuvier, 822. SuvYin;, qui habite avec. Mmoires du Musum, t. IX. CARACTRES GNRIQUES. Siisime dentaire : incisives, f; molaires, |^; en totalit vingt dents. Incisives tisses antrieu- rement : suprieure naissant h la partie antrieure et infrieure des maxillaires, et infrieure de la partie postrieure de la mchoire; molaires allant en diminuant de grandeur de ta premire la dernire, prsentant toutes une cliancrure interne et une externe, prcde et suivie, sur tes ^>v Fis;. 1. Pcari collier. Fis. 2 Goflioii niasc|iic l'I. ".. RONGEURS. 199 (lents ilcnn uses, iCiine ellipse figure par un ruban d'email, qui, la naissance de la dent, n tait encore qu'une cliancrure. Os frontaux trs-levs, irs-dvelopps. Os du nez relevs dans la moiti postrieure, ne for- mant qu' peu prs les deux riu(iuihnes de la courbure de la tte, et presque aussi larges que longs. Sinus frontaux Irs-dvclopps. Fosses orbilaircs et temporales runies, trs-grandes. Pieds antrieurs cinq doigts : le pouce tant trs-pclii. et pieds postrieurs quatre doigts seulement rextrieur. Ongles minces, aigus, propres grimper. Pelage presque entirement compos d'p'ines. Queue prhensile. Fig. 56. Synlhre queue prenante. Le genre Sgnellieres de Fr. Cuvier, runi celui des Spliiggurus du mme auteur, a t distin- gu, ds 1803, par De Lacpde {Tableau des Mammifres) sous la dnomination de Coendu, qui' aurait d prvaloir. Depuis, en 1855, M. Brandt {Mm. Ac Ptrop.) a dsign le mme groupe natu- rel sous le nom de Cereolabes (xcok&, queue; xay.avw, je saisis). Chez ces animaux, les sens paraissent gnralement obtus; les yeux sont petits, saillants, pupille ronde et trs-petites paupires; les narines s'ouvrent par des orifices simples et circulaires, trs- rapprochs l'un de l'autre dans une surface large, plate, couverte d'une peau lisse et non glandu- leuse; l'oreille est d'une, trs-grande simplicit, trs-petite; la bouche est galement remarquable pour sa petitesse; la lvre suprieure est entire; la langue douce; il n'y a pas d'abajoues. Les or- ganes du mouvement diffrent peu de ceux des rthizons; toutefois les pieds de derrire n'ont que quatre doigts seulement; mais leur tubercule, de mme que dans le groupe prcdent, fait l'effet du pouce opposable; les ongles sont minces et propres faciliter l'action de grimper sur les arbres. Le pelage est presque entirement form d'pines qui ne tiennent la peau que par un pdicule trs- mince; aussi s'en dtachent-elles avec une extrme facilit : on ne trouve de poils que sur une partie de la queue et au-dessous du corps; d'paisses moustaches garnissent les cts du museau. La seule espce bien connue de ce genre est : GOENUOU A GRANDE QUEUE. Buffun. SYNETHERES PREHElSSILIS. Vc. Cuvier. Caractres spcifiques. pines gnralement blanches, jauntres leur origine, noires dans leur milieu et blanches leur extrmit : les plus paisses aux parties suprieures du corps, et les plus longues sur le dos, plus minces et plus courtes sur les membres, les cts de la tte et les cts de la premire moiti de la queue; des poils vritables, d'un brun noir, sur toutes les parties inf- 2(i0 HISTOIRE NATURELLE. rieures du corps et ?ur la moiti postrieure de la queue; museau et dessous des patles nus. Longueur de la tte et du corps, 0"',40; de la queue, qui est prenante, 0,45. Cette espce, qui est le Coendu(\e Margrave et Xlhjslrix preliensilis de Linn, est rpandue dans une grande partie de rAmrique mridionale, et principalement dans le Mexique, !a Guyane et le Rrsil. H vit ordinairement sur les arbres, o i se tient avec facilit l'aide de ses pattes; et il n'em- ploie, dit-on, sa queue que quand il veut descendre de sa retraite. Il se nourrit do fruits, de feuilles, de racines et de bois tendre. M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire a tudi plusieurs individus de cette espce qui ont vcu la mnagerie du Musum d'Histoire naturelle de Paris, et il a rapport quelques dtails leur sujet. L'un d'eux se tenait constamment, pendant toute la dure du jour, cach dans du foin qu'on avait plac dans sa cage, et paraissait redouter l'clat de la lumire; sa queue, habituellement appuye contre la terre, et dirige horizontalement suivant l'axe du corps, tait toujours enroule sur elle- mme son extrmit comme celle d'un Sajou; mais jamais il ne s'en servait pour saisir les objets qu'il trouvait sa porte. Le cri, qu'il faisait entendre toutes les fois qu'on le touchait ou qu'on l'exposait au contact de la lumire en enlevant le foin qui le couvrait, tait un petit grognement plaintif. D'aprs Fr. Cuvier, le Ho'Uzilquatsin d'Hernand serait peut-tre une seconde espce de ce genre, et se distinguerait par des pines dont l'extrmit serait noire. Enfin une autre espce, propre TAmrique centrale, serait le Synellieres platycenlratiis, dcrit par M. Brandt. 5"'^- GENRE. SPHIGGURE. SPHIGGURUS. Fr. Cuvier, 1822. 2'.pi"f-y(.), je sii.sis ; cufa, queue. Mmoires du Musum, t. IX. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, |; molaires, ^;; en totalit vinyt dents semblables h celles des Sij- nl Itres. , Os frontaux dprims. Espace des organes olfaclifs trs-petit, la capacit crbrale tant la mme que dans les Synthres. Pouce du pied de derrire cach par la peau. Pelage et queue comme dans le genre prcdent. Le genre des Sphiggurus de Fr. Cuvier n'est pas admis par tous les zoologistes; et, en effet, il ne diffre pas trs-notablement du prcdent. Par les organes de la dentition, des sens et du mou- vement, les Sphiggures ressemblent aux Synthres; mais les formes de la tte sont si ditfrentes entre eux. que, sous ce rapport, il n'y a plus d'analogie entre ces animaux : autant les parties an- trieures du crne de ces derniers sont prominentes, autant celles des premiers sont dprimes; et l'on peut dire avec Fr. Cuvier qu'il y a entre eux la mme diffrence ostologique qu'entre les Porcs- pics et les Acanthions. Ce groupe, particulier l'Amrique mridionale, renferme quatre espces vivantes, dont deux seulement suffisamment connues, et une espce fossile. 1. COUY. D'Azara. SPHIGGURUS SPINOSUS. Fr. Cuvier. Caractres spcifiques. Parties suprieures du corps revtues d'pines attaches la peau par un pdicule trs-mince, et termines par une pointe trs-aigu : celles de la tte blanches la base, noires au milieu et marron-brun l'extrmit; celles qui viennent aprs, depuis la naissance du cou, base d'un jaune de soufre, et celles qui garnissent la croupe, comme celles qui se trouvent dans le premier tiers de la queue, extrmit noire; quelques poils longs, fins, rares, entre les pines; membres et dessous du corps avec des pines courtes, gristres; dessus de la peau avec des poils durs, noirs; pas de poils l'extrmit. Longueur de la tte et du corps, 0",o5; de la queue 0"',50. RONGEURS. 201 Cette espce habite le Rrsil : c'est Vlhjsirx subspnosns, Lichstenstein. 11 se tient sur les grands arbres, grimpe avec facilit l'aide de ses pattes, et ne se sert de sa queue que pour descendre. Quand il est terre, sa dmarche est lente; il est sdentaire, et ne prend de mouvement que lorsqu'il a faim. Sa nourriture consiste en fruits, en feuilles, en fleurs et en jeune bois. La femelle produit vers la fin du mois de septembre, et la porte est peu nombreuse. 2. OUICO. SPUIGGURUS VILLOSUS. Fr. Cuvier. CARACTnES SPCIFIQUES. Poils trs-Iongs, trs-pais, couvrant l'animal et cachant les piquants : ces poils, blanchtres leur origine, sont ensuite noirs, et enfin blancs ou d'un marron trs-clair leur extrmit; queue de cette dernire couleur dans sa premire moiti et noire dans le reste. Lon- gueur de la tte et du corps, O'",o0; longueur gale pour la queue. Cette espce est le Gouy de D'Azara, VHijsirix insidiosa de Lichstenstein et la varit nyctemera du mme auteur; elle habite le Brsil. Selon M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire, l'Orico ne serait qu'une varit de coloration du Couy, et, l'appui de son opinion, il rapporte la note suivante, que lui a communique M. Alcide D'Orbigny. Cette charmante espce, digne de la plus scrupuleuse lude dans ses murs et son pelage chan- geant avec les saisons, avait attir toute l'attention des naturalistes, et, aprs divers examens, elle n'tait pas encore bien connue, puisque deux noms spcifiques lui ont t donns. Ce qui avait caus l'erreur est sans doute la diffrence complte de sa robe d't sa robe d'hiver. Dans l'hiver, il sort, travers les pines, de longs poils dont elles sont presque entirement caches, tandis que l't ces poils tombent, et il ne reste plus que les pines, dont la couleur jauntre, expose l'ar- deur d'un soleil brlant, devient rousstre l'extrmit des aiguillons. Dans une de nos courses Rio de Janeiro, prs des forts vierges du ct du Pain-de-Sucre, nous vmes un individu vivant dans les mains d'un ngre, et nous l'achetmes. Questionn sur l'animal, le ngre nous apprit que ce Porc- pic se rencontrait frquemment sur le sommet des montagnes, dans l'intrieur des paisses forts. M. Brandt a dcrit, mais peut-tre pas assez compltement, deux autres espces de ce genre, ses Splncjjurus nigrcans et affinis, galement du Brsil. Il Ihfstrix Cayennensis de Fr. Cuvier est probablement un Spiggure. Enfin M. Lund a dsign, sous le nom de Sijneilieres magna, un fossile qui se rapporte probable-, ment ce genre, et qui provient des grottes du Brsil, si riches en ossements fossiles. M. jourdan (Annales des Sciences naturelles, 1837) a fait connatre, sous le nom de Theridoniiis (6r,pirW, peiit animal; p-uc, Rat), un genre de Rongeurs fossiles dont les dbris ont t trouvs dans les massifs levs du centre de la France, principalement prs le Puy en Velay et dans les environs d'Issoire, et qui, par les racines de ses dents et par les plis de leur couronne, semble se rapprocher des Porcs-pics de l'Amrique mdionale, des Synthres et des Sphiggures, et peut-tre aussi de quelques chimys, quoique cependant la partie antrieure de leur arcade zygomatique prsente un dveloppement osseux beaucoup plus considrable, et qui semblerait indiquer un animal fouisseur. Le systme dentaire n'a pu tre observ qu' la mchoire suprieure. Il peut faire croire que l'ani- mal type tait de la taille du Surmulot, mais qu'il tait tout la fois plus fort et plus trapu. Lesson indique ce fossile sous la dnomination de Theridomys Jourdani. G""^ GENRE. AULACODE. AULACODUS. Temminck, 182 i. uXa?, sculpte; cvj;, dent. Monographie de Mamnialcgie, t. I. CARACTERES GENERIQUES. Systme dentaire ; incisives, |; molaires |e| dans le jeune, et {^.Idans l'adulte; en totalit seir.e OH vingt dents. Incisives suprieures canneles, infrieures lisses; molaires assez analoyues celles (les Marmottes, a 26 20\> HISTOIRE NATUni'LLr,. Muscaii court, larjjc, obtus. Point d'nhnjoucs. Oreilles trs-grandes. Polies cinq doigts en avant, mais le pouce n'tant que rudimcntaire et visible seulement sur le squelette. Queue de moiti plus courte que la trie et le corps runis, trs-garnie de poils. Ce genre n'a pas t suffisamment dcrit par M. Temminck; car c'est sur un seul individu non adulte, et dont on ne connat mme pas la patrie, qu'il l'a cr. Mais depuis, M. P. Gervais (Dicl. univ. d'flist. nat., 18i'2) a publi quelques dtails nouveaux et intressants sur cet animal, et M. Jourdan en a donn la figure. Le squelette est assez remarquable, surtout dans sa partie cphalique. Le museau est court, large, obtus; l'extrieur, on ne voit que quatre doigts tous les pieds; le squelette montre un pouce distinct aux pieds dedevant, mais ce doigt semble manquer de pha- lange onguale. La queue est plus courte que la moiti du corps et de la tte, et totalement couverte de poils. Les oreilles sont trs-grandes, le bord externe en demi-cercle complet, et la conque pour- vue de plusieurs appendices membraneux. Cet animal appartient incontestablement la division des Porc-pics, tout en ayant en mme temps quelques rapports loigns avec les Marmottes. La seule espce est : AUr.ACODE LE SWIV'DERF.IN. AULACODUS SWINDEniANVS Temminck. Caractl;res spcifiques. Pelage fourni, grossier, long, compos de poils forts, annels de jau- ntre et de brun fonc; queue avec des poils courts, bruns. Longueur de la tte et du corps, 0"\2D; de la queue, ,07. La faille de ce Rongeur est un peu plus forte que celle du Campagnol Rat d'eau, dont il prsente peu prs la forme gnrale. Les oreilles sont trs-grandes, nues, en demi-cercle. Les incisives su- prieures double sillon. La queue est peu prs moiti moins longue que le corps, garnie de poils courts, disposs claire-voie, et ces poils sont semblables des soies, longs et durs, La tte est courte et le museau obtus; les moustaches sont longues. Le pelage est trs fourni, grossier, long, et ressemble aux soies des Agoutis et des Cabiais; ces poils sont environ longs de 0",02, annels de jauntre et de brun fonc, ce qui fait que toutes les parties suprieures et les quatre membres sont varis de ces deux couleurs; les deux mchoires et toutes les parties infrieures sont couvertes d'un poil galement long; queue d'un blanc jauntre uniforme; les poils, la queue, sont courts, bruns en dessus et jauntres la partie infrieure; ils sont rpartis claire-voie; quoi- que la queue soit entirement poilue, le bout est abondamment couvert de poils. Il habite Sierra-Leone et la Sngambie, auprs de Fonta-Diallon. On rapproche de ce genre, peut-tre tort, le genre fossile des Aulacodon, Kaup, qui ne comprend que r.l. iijpus des sables d'Eppelsheim, en Hesse. SIXIEME FAMILLE. LPORIDES. LEPORIDJi. Isidore Geoffroy Saint-Hilairc. Systme dentaire : incisives, |; molaires, f^? dans les Livres, et seulement fE? dans les Laqo- mijs. Incisives suprieures grandes, sillonnes : infrieures plus ou moins tranchantes; molaires couronne compose de lames verticales soudes ensemble. Tte assez grosse ou nioijenue. Oreilles grandes oti mdiocres. Yeux grands ou mogens. RONGEURS. 205 Clavicules imparfaites. Pieds de devant plus courts que ceux de derrire : les anlrieurs h cinq doigts et les postrieurs quatre. Ongles mdiocres. Queue courte ou nulle. Corps couvert de poils longs, luisants, gris ou blanchircs. Taille moyenne ou petite. Cette famille, l'une des plus naturelles de Tordre des Rongeurs, est forme avec le genre J^ivut; (Lepus) de Linn, et a pour types notre Livre et notre Lapin. On a cherch la subdiviser eu quel- ques groupes gnriques; mais les seuls qui aient t gnralement adopts sont ceux des Livres et des Lagomys, que nous allons faire connatre, et qui renferment une trentaine d'espces propres ii presque toutes les parties du monde, mais qui se trouvent principalement dans les contres froides et tempres de l'ancien et du nouveau continent. 1" GENRE. LIVRE. LEPiS. Linn, 1755. Nom (l'espce. Systeraa naturae. CAIUCTKES GNRIQUES. Sjisthnc dentaire : incisives, ^: molaires, 5l|; en totalit vingt-huit dents. Incisives supcrieure.s anlrienres grandes, cuniformes, aijanl un sillon longitudinal en avant : postrieures petites, exactement appliques, dans leur longueur, contre les premires; incisives infrieures tranchantes, coupe carre; molaires suprieures couronne plate, prsentant des lames maillcuses transver- sales, saillantes, et la dernire tant beaucoup plus petite que les autres : infrieures assez sembla- bles a celles d'en haut. Tte assez grosse, avec un espace sons-orbitairc perc en rseau dans le squelette. Museau pais. Oreilles trs-grandes. Yeux grands, saillants, latraux. Bouche garnie de poils dans rintrieur. Pieds de devant assez courts, grles, cinq doigts : postrieurs trs-longs, quatre doigts seu- lement. Doigts serrs les uns contre les autres. Ongles mdiocres, peu arqus. Plantes et paumes des pieds velues. Un repli de la peau formant une sorte de poche sous chaque aine. Queue courte, velue, releve. Mamelles variant en nombre de six a dix. Pelage compos de poils longs, luisants, d'un gris plus ou moins blanchtre. Taille mogenne. Linn a dsign sous la dnomination de Lepus ce genre, l'un des groupes les plus naturels de Tordre des Rongeurs, et qui a pour types notre Livre et notre Lapin communs. Les naturalistes mo-- dernes ont tous adopt cette division; ils en ont seulement spar quelques espces, qu'ils ont dis- tingues gnriquement sous le nom de Lagomys, et avec certains groupes forms aux dpens des liapins, et qui, comme ceux des Chionobutus, Kaup (1829); Ilaplodon, Wagler, et Ommatotergus , Nordmann, n'ont pas t adopts en gnral, ils en ont fait une petite famille particulire, celle des Lporids (Leporidce), Gray, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, etc., Leporina, A. G. Desmarest. M. Wa- gler {Syst. cler Amphib., 1850) les dsigne sous la dnomination de Cunieulus, qui est plus sp- cialement applique au Lapin. On peut dire d'une manire gnrale que les Livres ont tous des caractres bien marqus, pris dans la forme particulire de leur corps, dans leurs habitudes assez bien connues, et surtout dans leur systme de dentition tout spcial, et de ce que ces caractres sont en quelque sorte secondaires ou spcifiques, il est rsult que si Ton peut aisment reconnatre le genre, il n'en est plus de mme des espces, qui ne diffrent que trs-peu les unes des autres. Le systme dentaire, dj observ par les anciens naturalistes et dcrit par Daubenton dans VHis- toire naturelle gnrale et particulire de Duffon, a surtout t tudi avec soin par Fr. Cuvier, qui a t mme de voir sept espces de ce genre; nous nous bornerons, ce sujet, ce que nous avons 20-i IIISTOIUE NATURELLE. dit dans nos caractres gnriques. L'anatomie des animaux de ce genre, et surtout celle du Livre, a t faite par plusieurs naturalistes, et nous renvoyons ce sujet aux travaux de Daubenton et de G. Cuvier, ainsi qu'aux anatomistes qui ont tudi les organes internes. Une particularit remarqua- ble de l'anaiomic interne de ces Rongeurs, c'est que le ccum est norme, boursoufl, et prsente une lame spirale (|ui en paicourt la longueur. Zuologiqiu'nuMii, la forme gnrale du corps des Livres est toute particulire ce groupe; la tle est assez grosse; le museau pais, recouvert de poils courts, soyeux; les yeux sont grands, saillants, latraux, membranes clignotantes; les oreilles sont longues, molles, revtues de poils en dehors, et presque nues en dedans, la lvre suprieure est fendue jusqu'aux narines, qui sont troi- tes et susceptibles d'tre bouches par une sorte de pincement transversal de la peau; les moustaches ij sont pas trs-paisses; l'intrieur de la bouche est garnie de poils; les pieds antrieurs sont as- sez courts, grles, pentadactyle;? : les postrieurs sont, au contraire, trs longs, ttradaclyles; tous les doigts sont serrs les uns contre les autres, arms d'ongles mdiocres, peu arqus; le dessous des pattes est velu. Le systme de coloration est peu prs le mme dans toutes les espces, et ne diffre que par plus ou moins de blanc, de noir, de gris et de roux; des poils assez longs, doux au toucher, couvrent le corps de ces animaux, tandis que des poils longs et rudes formant une sorte de bourrelet, destin sans doute modrer l'impression du sol dans l'action de la course, se remar- quent au-dessous des pattes, et mme dans toute l'tendue des tarses postrieurs. La queue, courte ou mme presque nulle, est nue, gnralement releve. Fig. 57. jvreTapcti. Les Livres sont des animaux doux et timides : le plus lger bruit les effraye, le plus petit mou- vement les fait dvier de la route qu'ils suivent. Le sens de l'oue, qui est trs-dvelopp chez eux, supple la disposition dfavorable de leurs yeux, et les met en garde contre ce qui se passe au- tour d'eux. Ils ne s'attaquent entre eux que rarement, et ce n'est gure qu' l'poque des amours que les mles se livrent entre eux des combats assez acharns. Ils se creusent des terriers spacieux, dans lesquels ils restent habituellement cachs pendant le jour , ne sortant gure que le soir pour aller pturer. Leur nourriture est exclusivement vgtale, ils mangent djeunes pousses d'ar- brisseaux, des corces, des racines, de l'herbe nouvellement germe, etc. Soit qu'ils marchent, soit qu'ils courent, leur mode de ])rogression est le saut; ce qui, comme chez les Kanguroos, tient la grande longueur des membres de derrire par rapport ceux de devant. Plusieurs enne- mis dtruisent un grand nombre de ces Rongeurs; tels sont surtout les Carnassiers; et, en outre, l'homme leur fait une chasse active. Sans ces motifs de destruction, leur nombre crotrait tellement, qu'ils auraient probablement en peu de temps dtruit nos bois et ensuite nos cultures. RONGEURS. 205 Les animaux de ce genre se rencontrent partout; ils se trouvent plus ou moins communment dans l'ancien et dans le nouveau continent, sous toutes les latitudes, depuis les rgions polaires jusqu' l'quateur. Partout, ainsi que nous l'avons dit, ils se montrent avec des caractres gnriques si constants, qu'il est assez difficile de distinguer les espces; on peut cependant, en s'aidant de quel- ques caractres importants, tels que ceux tirs de l'tude de la tte osseuse, et sans trop se fier au systme de coloration, en distinguer spcifiquement une trentaine d'espces, et il est probable qu'il en reste encore beaucoup faire connatre. La position de ce genre dans la srie mammalogique a assez peu vari dans les diverses classifica- tions des zoologistes, et on les a presque toujours placs vers la fin de l'ordre des Rongeurs, entre les Porcs-pics et les Cabiais et Agoutis. La disproportion que l'on remarque entre la longueur de leurs membres antrieurs et postrieurs a engag Et. Geoffroy Saint-Ililaire les rapprocher des Kanguroos, avec lesquels ils ont en effet, sous ce point de vue, quelque analogie, mais dont ils dif- frent, d'un autre ct, par des caractres zoologiques et anatomiques de premire valeur. A l'exemple de M. Isidore Geoffroy Saint- Hilaire et de M. Gerbe, et comme nous l'avons dj fait dans le Diciionnaire universel d'Histoire naturelle, nous partagerons les Livres en deux groupes particuliers : les Livres proprement diis et les Lapins, groupes qui, htons-nous de le dire, sont peu importants, et qu'il serait fcheux de voir plus tard levs au rang de genres. Nous ajouterons mme qu'il reste quelques doutes sur la place que doivent occuper certaines espces, soit dans l'un, soit dans l'autre de ces deux groupes. l. LIVRES PROPREMENT DITS. LEPUS. Auctorum. Les espces de ce groupe sont minemment coureuses; elles ne terrent pas, c'est--dire qu'elles ne creusent pas de demeures souterraines; leur corps est lanc; leurs jambes sont longues et d- lies, surtout les antrieures; les oreilles sont trs-dveloppes, dpassant la tte d'au moins 0"',05. A. ESPCES D'EUROPE. i. LIVRE COMMUN. LEPUS TIMIDUS. Linn. Caractres spcifiques. Tte assez grosse; yeux grands, ovales, saillants, latraux; oreilles d'un dixime plus longues que la tte; membres de derrire trs-longs comparativement ceux de devant; jambes, tarse, mtatarse, et principalement les pieds, allongs; queue de la longueur de la cuisse; pelage compos d'un duvet travers par de longs poils, seuls apparents au dehors, d'un gris plus ou moins fauve ou roux selon les localits, et rsultant du mlange des couleurs qui sont dis- tribues par anneaux sur ces poils, savoir : le gris la base, le noir au milieu et le fauve ou le roux la pointe; dessous de la mchoire infrieure et ventre blancs; bout des oreilles noir; pieds d'un gris fauve, avec les poils des paumes et des [dantes roux, queue blanche, avec une ligne longitudi- nale noire en dessus; chair noire. Longueur du corps, depuis le bout du museau jusqu' l'origine de la queue, 0'",50; longueur de la queue, 0'",12; hauteur du train de devant, O^joQ; hauteur du train de derrire, O'",o8, dans les grands individus, et d'un cinq ou sixime moindre dans les plus petits. Le Livre est le Aa^wc des Grecs, d'aprs Elien; le Lcpus ou Levipcs des Latins, selon Pline; le Lrpre des Italiens, le Liebre des Espagnols, le Lebre des Portugais, le lase des Allemands et des Hollandais, le Uare des Anglais, le Sajouz des Polonais, le Zaiza des Russes, V Ernab, Harncb et Arnepti des Arabes, le Tansan des Turcs, le Kargos des Persans, etc. C'est le Livre des Fran- ais et de Duffon [Hist. nat. gn. et part., t. VI, pi. XXXVIII), le Lepus, Ray; le Lepus vulgaris, Klein, et le Lepus timidus de Linn, ainsi que de tous les naturalistes modernes. Les mles portent en gnral la dnomination de Bouquins; ils se distinguent des femelles par leur derrire tout blanc, leur tte plus arrondie, leurs oreilles plus courtes et leur queue plus longue et plus blanche; les femelles ou Hases sont plus grosses que les mles; les jeunes ou Levrauts ont 206 IHSTOIRE NATURELLE. souvent un pi de poils blancs ou toile plac sur le sommet de la tte. On remarque quelques varia- tions dans cette espce, et les Livres de montagnes sont en gnral plus bruns sur le cou que ceux de plaines, qui sont presque rouges. On en connat aussi de tout blancs, ce qui rsulte de la maladie albine, qu'on observe chez un trs-grand nombre d'animaux et mme dans Tespce humaine. Les murs du Livre ne sont pas aussi connues qu'on pourrait le supposer pour un animal aussi commun que lui; cependant plusieurs naturalistes, et principalement Dul'fon, ont fait connatre un assez grand nombre de faits intressants relativement ses habitudes. Les Livres ne se creusent pas de terriers comme le font les Lapins, et vivent sur le sol, principalement dans les plaines ou dans les pays de montagnes, et non dans les bois, et s'abritent entre quelques mottes de terre ou seulement dans un sillon. Ils quittent leurs retraites au coucher du soleil et y reviennent une ou deux heures avant son lever; on les voit, au clair de la lune, jouer ensemble, sauter et courir les uns aprs les autres; mais le moindre mouvement, le bruit d'une feuille qui tombe, suffit pour les trou- bler, et alors ils fuient chacun d'un ct diffrent; mais ils passent surtout la nuit chercher leur nourriture, qui est uniquement vgtale, et se compose d'herbes, de racines, de feuilles, de fruits et de grains; ils prfrent, dit-on, les plantes dont le suc est laiteux; ils rongent aussi les corces des arbres pendant l'hiver, surtout celles de la viorne, et il n'y a gure que l'aune et le tilleul auxquels ils ne touchent pas, assure-t-on. Lorsqu'on en lve en domesticit, on les nourrit avec de la laitue, des choux et autres lgumes; mais la chair de ces individus est toujours de mauvais got. C'est tort qu'on a dit qu'ils ruminaient. On a rapport qu'ils taient erratiques, mais ce fait probable n'est pas prouv; la raison que l'on donne pour appuyer cette assertion est qu' certaines poques ce gibier est Irs-abondant dans certains pays : ce fait est vrai, et si l'on avait observ qu'en gnral ce sont des mles qu'on rencontre alors, on se serait facilement expliqu cette surabondance de Livres, d'autant mieux que leur apparition concide avec l'poque du rut. Les Livres multiplient beaucoup, et, dans les cantons rservs pour le plaisir de la chasse, on tue quelquefois, assure t-on, quatre ou cinq cents de ces animaux dans une seule battue. C'est la nuit que les deux sexes se rapprochent, et cet acte a lieu depuis le mois de dcembre jusqu'au mois de m:irs. Alors les mles traversent des terrains immenses, font de grands voyages et rdent de tous cs. Les chasseurs savent reconnatre ces liouveaux arrivs, principalement lorsqu'ils ne sont point encore cantonns; car alors il est rare qu'ils retournent aux lieux d o ils ont t lancs, et, au contraire, ils vont toujours droit devant eux; quand on voit ainsi un Livre filer, on peut tre assur que c'est un mle voyageur. Les femelles sont habituellement sdentaires; et, lorsqu'elles ont trouv un lieu qui peut leur fournir une nour- riture suffisante, elles ne s'en cartent plus; toutefois, dans le midi de la France, lorsque l'hiver est rigoureux, on en voit arriver un grand nombre qui migrent des Alpes et des Pyrnes. Le gte adopt par les Livres n'est pas longtemps frquent par eux; ils l'abandonnent bientt pour un autre situ peu de distance. L't, c'est presque constamment dans les bruyres, dans les vignes, sous les arbustes, qu'ils vont se reposer; l'hiver, au contraire, ils recherchent les lieux exposs au midi, dcouverts et l'abri des vents; ils restent presque constamment dans les plaines et ne vont que sur les lisires des bois ou des foris. La gestation est de trente quarante jours, et chaque porte ne se compose ordinairenient que de trois ou quatre petits, mis bas en rase campagne, ct d'une pierre, sous une touffe d'herbe ou dans un buisson. On assure que ces petits ou Levrauts naissent avec les yeux ouverts et le corps couvert de poils, on ajoute mme que quand il y a plu- sieurs petits dans une mme porte ils naissent marqus d'une toile au front, et que cette toile manque quand il n'y a qu'un seul petit; mais ce fait doit tre absolument regard comme faux. L'al- laitement est d'une vingtaine de jours, aprs lesquels les jeunes se sparent et vivent isolment, mais des distances peu loignes les unes des autres, ainsi que du lieu o ils sont ns; cependant ils vivent solitairement et se forment chacun un gte une petite distance, comme de soixante quatre- vingts pas; aussi, lorsqu'on trouve un jeune Levraut dans un endroit, on est presque sr d'en trouver un ou deux autres aux environs. On disait autrefois que les femelles taient hermaphrodites; la faus- set de ce fait est bien dmontre aujourd'hui, et la raison qui avait fait croire leur hermaphro- disme vient de ce qu'on avait cru voir dans leur clitoris, qui est d'une grosseur presque gale l'or- gane reproducteur du mle, un organe qui les rendait propres se suffire elles-mmes. On rapporte que ces femelles sont trs-lascives et que leur fcondit est trs-grande; on croit qu'elles reoivent en tout temps le mle, mme pendant la gestation : leur double matrice a donn naissance cette opinion; Fig I. Khinoc moceros unicorne. Fi-. 2. Tapir de l'Inde. ri. C. RONGEUUS. 207 il est vrai que, dans certains cas, la fnondalion n'ayant port que sur une des deux cornes de la matrice, la femelle chez qui cette particularit se prsente peut redevenir en chaleur et recevoir de nouveau le mle, ce qui explique la superftation; mais, le plus habituellement, la fcondation a lieu en mme temps des deux cts, et la gestation suit son cours naturel. Les murs des Livres sont douces et taciturnes : leur timidit, qui est trs-grande, est devenue proverbiale. Mais ils sont loin d'tre aussi stupides que quelques auteurs ont bien voulu le dire, et, comme preuve de leur sagacit, on peut citer les ruses qu'ils emploient pour chapper aux Chiens et aux autres ennemis qui les poursuivent : on en a vu qui, presss par le danger, ont travers des ri- vires, des troupeaux de Brebis; se sont lancs sur une pierre, sur un mur, un buisson, etc.; enfui ne peut-on pas encore citer comme preuve de leur instinct les tours de force qu'on leur fait excu- ter, comme, par exemple, de battre du tambour, de danser au son de la musique, etc.? On a dit qu'ils dormaient les yeux ouverts; ce fait est bas sur ce que, lorsqu'on surprend cet animal au gte, on le voit toujours immobile, dans l'attitude du repos, et les yeux grandement ouverts; mais de cela il ne faut pas conclure que, contrairement ce qui a lieu chez tous les autres animaux, ils puissent dormir les yeux ouverts; seulement on doit penser qu'avertis du danger au moindre bruit par leur oue, qui est trs-fine, ils ouvrent les yeux, et que, retenus par la paresse, ils restent dans la posi- tion du sommeil et cherchent deviner le danger qui vient les menacer. Les Livres dorment beaucoup; ils n'ont pas de cils aux paupires et ne paraissent pas avoir de bons yeux; ils ont, comme par ddommagement, l'oue trs-fine et l'oreille d'une grandeur dmesu- re relativement celle de leur corps; ils remuent ces longues oreilles avec une extrme facilit, et ils s'en servent comme de gouvernail pour se diriger dans leur course, qui est si rapide, qu'ils devancent aisment tous les autres Mammifres. Comme ils ont les jambes de devant beaucoup plus courtes que celles de derrire, il leur est plus commode de courir en montant qu'en descendant; aussi quand ils sont poursuivis commencent-ils toujours par gagner la montagne : leur mouvement dans leur course est une espce de galop, une suite de sauts trs-prestes ettrs-presss; ils marchent sans faire aucun bruit, parce qu'ils ont les pieds couverts et garnis de poils, mme par-dessous; ce sont aussi peut-tre les seuls animaux qui aient des poils en dedans de la bouche. Ces Rongeurs ne vivent que sept ou huit ans au plus, et la dure de la vie est, comme dans les autres animaux, proportionnelle au temps de l'entier dveloppement du corps : ils prennent presque tout leur accroissement en un an. On n'entend leur voix que quand on les saisit avec force, qu'on les tourmente et qu'on les blesse : ce n'est pas un cri aigre, mais une voix assez forte, dont le son est presque semblable celui de la voix humaine. La chasse au Livre se faisait autrefois l'aide d'Oiseaux de proie; mais elle est beaucoup plus simple aujourd'hui. On ne la fait plus qu'au fusil, avec des Chiens courants, ou en restant l'afft; dans le nord de la France, ou pour mieux dire dans les vastes plaines dcouvertes, on se donne pour- tant encore quelquefois le plaisir de faire forcer le l-ivre par des Chiens. Lorsqu'il y a de la fra- cheur dans l'air par un soleil brillant, dit Buffon, et que le Livre vient de se gter aprs avoir couru, la vapeur de son corps forme une petite fume que les chasseurs aperoivent de fort loin, surtout si leurs yeux sont exercs cette espce d'observation : j'en ai vu qui, conduits par cet indice, par- taient d'une demi-lieue pour aller tuer le Livre au gte. Il se laisse ordinairement approcher de fort prs, surtout si Ton ne fait pas semblant de le regarder, et si, au lieu d'aller directement lui, on tourne obliquement pour l'approcher. Il craint les Chiens plus que les hommes, et, lorsqu'il sent ou qu'il entend un Chien, il part de plus loin : quoiqu'il coure plus vite que les Chiens, comme il ne fait pas une route droite, qu'il tourne et retourne autour de l'endroit o il a t lanc, les Lvriers, qui le chassent vue plutt qu' l'odorat, lui coupent le chemin, le saisissent et le tuent. La peau de ces Mammifres servait beaucoup autrefois dans l'art du fourreur; son emploi, quoique de beau- coup restreint de nos jours, est cependant encore en usage dans la pelleterie moderne. L'art culinaire et la gastronomie donnent la chair du Livre comme un mets savoureux et excitant; mais ici il y a encore des exceptions dues des influences dimatriques et au genre de nourriture : les Livres qui vivent dans les pays chauds ont une chair coriace, excessivement noirtre, d'un got dsagrable, et, parmi ceux des pays temprs, les Livres qui vivent libres au milieu des plaines montagneuses, sur les coteaux, dans les terrains secs et fertiles en thym, en serpolet et autres herbes aromatiques, sont sans contredit prfrables ceux qui habitent les plaines basses et marcageuses, cl surtout 208 HISTOIRE NATURELLE. ceux qu'on ('lve clans les garennes ou dans les parcs, o Ton pcul facilement se procurer le plaisir de les luer. La chair des Livres tait dfendue au peuple juif; et il est probable que cette dfense, dicte par l'hygine, n'avait t provoque que pour les espces d'Orient, dont la chair est un mets trop excitant pour les peuples de ces contres. Ce qui semble le dmontrer, c'est que la loi du pro- phte la dfend galement aujourd'hui aux mahomtans. Comme chez nous, les Grecs et les Ro- mains recherchaient pour leur table la chair de ces animaux. L'ancienne mdecine employait diverses parties du Livre pour le traitement de certaines maladies; ainsi leur graisse tait rpute excel- lente pour enlever les taies qui recouvrent les yeux; leur sang tait regard comme un excellent toni- que, et il tait en usage pour la gurison des rsiples : nous n'avons pas besoin d'ajouter, en ter- minant, que la mdecine moderne a rejet avec raison toutes les prparations dans lesquelles le Livre entrait comme mdicament. Le Livre se trouve abondamment dans toute l'Europe, except dans les rgions arctiques et al- pestres; on le rencontre dans l'Asie Mineure et dans la Syrie, et il tend son habitat plus au nord que le Lapin. En France, on le prend partout; et il en est de mme en Allemagne. Ou en a galement rencontr des dbris l'tat fossile, et M. Marcel De Serres en a signal, en France, dans la caverne de Lunel-Viel. On a aussi dcouvert, dans la caverne de Kiikdah et dans les brches osseuses de Cette, de Gibraltar et d'Ulineto,prs dePise.des os fossiles que l'on a rapports au Livre commun et quelquefois aussi au Lapin. "2. LIVRE VARIABLE. LEPUS VARIABILIS. Pnllas, Linn. Caractres spcifiques. Tte moins grosse comparativement que celle du Livre ordinaire; oreilles plus courtes; yeux plus rapprochs du nez, et iris d'un jaune brun; jambes moins longues que celles du Livre; queue plus courte; pelage assez semblable celui du Livre en t; entirement d'un blanc clatant en hiver, l'exception d'une petite bordure d'un noir fonc au bout des oreilles et d'un peu de fauve ou de jauntre la plante des pieds; queue blanche toute l'anne, et ayant peine quelques poils bruns sur la face suprieure en t. Longueur de la tte et du corps, 0'",80. Dans le Livre ordinaire et dans la plupart des espces du mme genre, la robe de l'animal con- serve constamment la mme couleur, ou du moins, si elle diffre selon la saison, on n'y remarque qu'une teinte plus ou moins fonce; au contraire, dans le Livre variable, la robe revt annuellement deux systmes de coloration : une l't et l'autre l'hiver. D'un brun gristre en t, cet animal devient blanc pendant l'hiver; mais un fait qu'il est important de noter, c'est la manire irrgulire dont les changements priodiques de couleur paraissent s'oprer; les uns tant dj en partie blancs sur le corps, tandis qu'ils sont encore roux sur les pattes, et rciproquement : d'o il rsulte que ces Ron- geurs prsentent, sous le rapport de leur coloration, une multitude de variations. C'est peut-tre cette particularit que sont dues plusieurs espces que l'on a dcrites comme distinctes, et qui, mieux tudies, devraient tre regardes comme se rapportant celle-ci : tels seraient probable- ment le Lepus liiibridiis, Pallas, du dsert de la Russie septentrionale; le Lcpus hibcrnicus, Thomp- son, d'Irlande; le LiiivRE DU Groenland, et peut-tre aussi le Le/)Ms Medilerraneus, Wagler, qui semble toutefois former une espce particulire. Le Livre variable est devenu, pour quelques auteurs, d'aprs M. Kaup (Sliizz. Eniiu Gcscli., p. 170, 1829j, le type d'un groupe gnrique particulier, qu'ils dsignent sous la dnomination de CnioiNOBATE [Chionobalus) . Les jeunes Livres variables de la premire anne sont couverts d'un poil plus fourni, plus lai- neux et d'un brun plus fonc que les vieux mles, et n'ont pas d'toile blanche sur le front, comme la plupart des Levrauts de notre pays. Ce Lepus change de demeure presque en mme temps que de couleur, selon les saisons de l'an- ne. 11 voyage isolment, et descend, l'approche de l'hiver, des montagnes du nord pour se porter vers le midi, et y retourne au printemps suivant. Sa nourriture se compose d'agarics et des graines du P'mus cembra dans la saison froide, ainsi que d'corces de saule pendant l't. 11 habite la plu- part des contres septentrionales de l'Europe, de l'Asie et de l'Amrique. On le trouve principale- ment en Norwge, en Laponie, au Groenland, en Fonnonie, sur les montagnes de l'Ecosse, en Livo- nie, en Russie et en Sibrie, jusque sous la zone arctique et au Kamtchatka. nONGELRS. 209 D. ESPCES D'AFRIQUE, 5. LIVRE D'EGYPTE. LEPUS ^GYPTIUS. Et. Geoffroy Sant-IIilaire. CAnACTREs SPCIFIQUES. Presque entirement fauve en dessus, avec quelques petites taches plus fonces, surtout sur la tte; parties infrieures blanchtres; queue noire en dessus; oreilles d'un roux bruntre, extrmit noire; une tache de couleur fauve clair allant de l'oreille la narine. Cette espce, de la taille d'un Lapin, mais dont les oreilles sont proportionnellement plus longues que chez le Livre lui-mme, a t dcouverte en Egypte par Et. Geoffroy Saint-IIilaire; G. Cuvier et A. G. Desmarest la runissent au Livhe dij Cap, Lcpiis Capensis, Linn; mais Fr. Cuvier et M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire la regardent comme en tant distincte. Comme presque tous les animaux de l'Egypte, ce Livre est devenu le sujet de nombreuses efli- gies, et il a trouv place parmi les hiroglyphes; d'aprs Champoliion, en effet, il aurait la valeur de la lettre S. Le Livre d'Egypte se trouve en abondance dans la Libye depuis Alexandrie jusqu' Gebel-Khir; d'aprs M. Ehrenberg, il serait trs-commun en Egypte, et ce serait mme la seule es- pce de Livre qu'on y rencontrerait. C'est auprs de ces espces que l'on doit ranger le Lcpus Capensis, Linn; le Lepiis saxalis, Fr. Cuvier, cl lo.J.epus arenarins, Isid. Geoffroy Saint-llilaire, qui tous trois proviennent du cap de Bonne-Esprance; le Lcpus crassicaudaus, Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, de Port-Nat;il; le Lepus rufinucha, Smith, du cap de Bonne-Esprance, et le Lepus isabeUinus, Ruppel, des dserts d'Au- dakol, en Abyssinie. C. ESPCES D'ASIE. 4. TOLAI. LEPUS TOLAl. Pallas. Caractres spcifiques. Pelage d'un gris ml de brun fauve; ventre blanc; cou d'un blanc jau- ntre en dessus et jauntre en dessous, ainsi que les pattes; oreilles un peu plus longues que la tte dans les mles, et plus courtes dans les femelles, bordes de noir au bout. Tenant le milieu, pour la taille, entre le Livre et le Lapin. Dans cette espce, le pelage ne devient pas blanc en hiver, mais seulement plus clair sur les oreil- les, les cuisses et principalement sur les fesses. Ce Livre ne creuse pas la terre, et se tient de prfrence sur les montagnes dcouvertes et dans les plaines charges de sables et de pierres, en choisissant les endroits exposs au soleil, parmi les caragans et les sanles, dont il mange les rameaux. Il diffre beaucoup du Livre variable par ses ha- bitudes; quand, par exemple, on lui fait la chasse, il court droit devant lui, et ne tarde pas se r- fugier, soit dans les fentes des rochers, soit dans d'autres cavits; le Livre variable fait, au con- traire, de nombreux dtours, fuyant la manire du Livre ordinaire. Far l'ensemble de ses carac- tres, il tablit le passage des Livres aux Lapins. C'est le Lepus Daiiricus, Erxleben, et le Lai in de Sibrie, G. Cuvier. Le Tola habite la Sibrie, la Mongolie, la Tartarie, et se trouve jusqu'au Thibet. Quatre autres espces asiatiques sont les Lepus nigricolUs, Fr. Cuvier, ou Moussel, de la cte de Malabar: Lepus ruficaiidatus, Isid. Geoffroy Saint-llilaire, du Bengale; Lepus melanocliea, Tein- minck, du Japon, et Lepus liispidus, Pearson, de Calcutta et d'Assam. D. ESPCES D AMERIQUE. La plupart des espces amricaines de ce genre semblent se rapporter au groupe des Lapins; nanmoins, parmi les Livres, nous citerons : B 27 210 HISTOIRE NATURELLE. 5. LIVRE GLACIAI,. LEPUS GLACIALS. Leacli. CAr.ACTREs spKCiFiQUF.s. Polac^c l)lnnc; oreilles noires l'extrmif, dIus longues que la tte; ongles forts, larges, dprims. Taille du Lapin. Dans cette espce, les jeunes sont d'un gris blanclifitre. La femelle met bas, dit-on, huit petits la fois. On doit la rapprocher beaucoup, sinon mme la runir, au Livre variable. Elle habile le cercle polaire arctique, et principalement le Groenland. 11. LAPINS CUNICULUS. Isidore Geoffroy Sainl-nilaire. Dans les espces de ce groupe, les jambes sont plus courtes, en gnral, que chez les Livre^ pro- prement dits, et la disproportion entre les membres antrieurs et postrieurs est un peu moins mar- que; les oreilles sont lgrement plus longues que la tte dans les espces vritablement typiques mais gales la tte ou mme un peu plus courtes dans les autres, ce qui montre le passage aux Agoutis; le corps est plus ramass que celui des Livres; ces Rongeurs sont gnralement coureurs; se creusent des terriers ou se servent de ceux qu'ils rencontrent, et ne gtent pas sur le sol la manire des Livres. A. ESPCES D'EUROPE. G. LAPIN. LEPUS CUNICULUS. Linn. Caractres spcifiques. Trs-voisin du Livre, mais ayant les oreilles proporlionnellement plus courtes; les jambes de derrire et la queue moins longues; pelage doux comme celui du Livre, et d'une couleur assez semblable, quoique moins fonce en fauve et en roux; dessus de la tte, dos, lombes, d'un gris rsultant du mlange de couleurs fauves, noires ou cendres; nuque rousse; oreilles grises, sans noir au bout; gorge et ventre blanchtres; queue brune en dessus et blanche en dessons; les longs poils du dos cendrs la base, puis noirs au milieu et termins de fauve; poils du duvet cendrs dans toute leur tendue, si ce n'est la pointe, o ils ont du rousstre ou du fauve; chair blanche. Longueur du corps, depuis le bout du museau jusqu' l'origine de la queue, 0'",44; lon- gueur de la queue, 0'",06; hauteur du train de devant, O^j^O; hauteur du train de derrire, O^jSi. Cette espce est le Aarra^rou; des Grecs, le Cun'iculus des Latins, le LAri>' des Franais modernes et le Conn'in ou Connil de nos anciens compatriotes, le Cou'icjlio des Italiens, le Conljo des Espa- gnols, le Colbo des Portugais, le Kaninchen des Allemands, le Robbei ou Conn des Anglais, Koun des "Sudois, etc. Gesner le nommait Lepus ou Lepusculus, Ray, Cun'iciilits, Ruffon (Hist. nai. cjn. Cl part., t. VI), Lapin, et depuis Linn on la dsigne sous le nom scientifique de Lepus cnni- cidiis, et quelquefois on en fait le type d'un groupe particulier sous la dnomination de Cwiicnlns. La description que nous avons donne s'applique au Lapin sauvage, et presque compltement au Lapin de garenne; quelques diffrences se remarquent dans les diverses varits de cette espce et plus spcialement dans celle que nous levons dans nos maisons; ce sont : \ Lapin clapier ou nosiESTiQUE [Lepus cunculus dornesiiciis). Couleur du pelage varie, blan- che, noire, grise, rousse, parfois semblable en tout point celle du Lapin sauvage; oreilles plus ou moins longues et plus ou moins larges, mais toujours plus grandes que dans la race sauvage, et dpassant mme quelquefois celles du Livre; tte plus petite; ongles des pieds de derrire plus faibles; poils de dessous les pieds peine fauves et non pas roux. Taille plus grande que dans la race sauvage, et queue en gnral plus longue. 2 Lapin RicHE-{Lepus cunculus arjenteus). En partie d'un gris argent, en partie de couleur d'ardoise plus ou moins fonce; tte et oreilles presque entirement noirtres; bas des pattes brun; poils de dessous de ses pattes blancs. RO.NGEURS. 211 5" Lapin d'Angora (Lepus cnniculus Anfiorensis). Poils longs, Irs-soyeux, ondoyants ei comme friss, blancs, gris cendr, jaunes, ou varis de ces diffrentes couleurs par taches ou plaques plus ou moins grandes. 4 Lapin nnssE. Pelage cendr; tte et oreilles brunes; peau trs-lclie sur le dos, formant une sorte de capuchon qui recouvre la tte; poitrine prsentant une autre duplicature analogue. Celte varit singulire, qui a t signale par Edwards et Pennant, n'est pas suffisamment connue pour (|u'on puisse affirmer son existence. On indique aussi des varits blanche (alhus) et noire [n'iger), ce qui serait pour la premire un cas d'albinisme, et pour la seconde un animal pelage presque entirement noir. Enfin nous n'avons pas besoin de dire que les prtendus Lapins ou Livres cornus dont on a parl, et qu'ont mme figur certains naturalistes, n'ont jamais exist, si ce n'est dans leur imagination. 58. Lapin. Les Lapins semblent avoir un instinct de sociabilit plus grand que les Livres; en effet, ils ne vivent pas aussi solitairement que ces derniers, et il n'est pas rare d'en trouver plusieurs runis en- semble dans une mme demeure, qu'ils savent se creuser au-dessous du sol, et qui consiste en un profond terrier plusieurs issues. Us n'habitent pas les plaines, et c'est constamment dans les bois, sur les petits coteaux ou les montagnes, qu'ils vivent de prfrence, recherchant surtout les terrains secs et sablonneux. De mme que le Livre, ils se nourrissent de matires vgtales, prin- cipalement de bourgeons et d'corces d'arbres; ils dtruisent souvent les rcoltes et font prir les arbres des vergers, ainsi que les vignes, en rongeant leur corce ou leurs bourgeons; et ils ont galement une vie nocturne. En raison de leur norme fcondit, ces Rongeurs sont excessivement abondants partout o l'homme ne s'est pas dclar leur ennemi trop acharn; les Carnassiers, aussi bien parmi les Mammifres que parmi les Oiseaux, en dtruisent un grand nombre; mais cette des- truction n'a rien de comparable celle que cause la chasse que lui fait l'homme. Cette des- truction est tout fait ncessaire, car sans elle les Lapins, qui, plus mme que les Livres, font de grands dgts nos cultures, se multiplieraient outre mesure et dtruiraient nos arbres et nos cultures : elle est donc ncessaire pour maintenir l'harmonie de la nature. Les femelles ou Lapines portent trente ou trente et un jours, et leurs portes, composes de quatre ou huit petits, nomms Lapereaux, sont frquentes; car chacune d'elle peut en faire sept ou huit dans une mme anne. Les petits ne sont pas simplement dposs au pied d'un buisson ou dans une touffe d'herbe, comme le sont les jeunes Levrauts; mais la mre creuse exprs pour eux un terrier particulier. C'estquelques jours avant de mettre bas que la Lapine fait en pleine terre, au pied d'un arbre ou d'un abri quelconque, un trou d'environ un mtre de profondeur, tantt droit, tantt coud, et toujours dirig oblique- 2i-2 HISTOIRE NATURELLE. ment vers le bas; le fond do oc terrier est vas, circulaire, et garni d'une couche d'Iicrbcs sches ou de feuilles, au-dessus de laquelle la femelle dpose une autre couche compose de poils duveteux qu'elh^ arrache de dessous son ventre, et c'est dans cet endroit qu'elle dpose ses petits. Lorsqu'elle a mis bas, elle ne reste pas dans le nid deux jours de suite comme on l'a dit, mais, au contraire, elle l'abandonne immdiatement, et elle cache l'ouverture de ce terrier avec la terre qu'elle a ex- traite du sol pour le former. Tant que les petits sont faibles et n'y voient pas, l'entre du nid est ferme dans tous les points; mais quand ils commencent voir on remarque, vers son bord sup- rieur, une petite ouverture par laquelle le jour pntre, et qui s'agrandit de plus en plus mesure que les jeunes deviennent plus forts. L'allaitement dure tout au plus une vingtaine de jours; mais l'on ne sait pas si la mre se rend des heures fixes auprs de ses petits. On a dit que la femelle ne cache ainsi ses petits Lapereaux que pour les drober la fureur du mle; mais, lors mme que l'on admettrait cela, ne peut-on pas aussi supposer que c'est pour les soustraire galement la fureur des autres animaux? Loin de la premire supposition, RutTon assure que le pre prend grand soin de ses petits. Les jeunes Lapins, aprs leur sortie du gite maternel, restent quelque temps ru- nis-, mais ils vont se creuser une retraite dans les environs : ils ne s'loignent jamais beaucoup du lieu de leur naissance, et c'est ce qui fait comprendre que si l'on ne dtruisait pas activement ces Rongeurs, le terrain sur lequel serait venue s'tablir une famille serait bientt excav de toues parts. La dure de leur vie, de mme que celle des Livres, est assfz longue, et de huit neuf ans. Les murs des Lapins, l'tat sauvage, sont assez analogues celles des Livres; ils sont aussi timides et inquiets que ces derniers animaux, et, lorsqu'ils sont effrays, ils frappent vivement le sol avec les pieds de derrire, afin, probablement, d'avertir du danger les autres individus de leur espce. Leur instinct est assez dvelopp, et ils savent employer contre les chasseurs les mmes ruses que les Livres. Ces animaux sont, par excellence, au nombre de ceux que l'homme a pu asservir et qu'il a pu rendre domestiques; cet tat, ils deviennent beaucoup plus fconds que dans l'tat de nature; on les lve facilement partout, mme dans les lieux obscurs, et ils sont trs-faciles nourrir, puisqu'on emploie pour cela presque toutes les matires vgtales, et plus spcialement les pluchures de l- gumes, les feuilles de choux, le pain, le son, etc. Ils sont d'une grande utilit pour l'conomie do- mestique, et comme substance alimentaire pour l'homme et pour leur pelage, trs-recherch pour la fabrication d'un assez beau feutre. Plus que les Livres ils sont susceptibles de recevoir une sorte d'ducation; mais l'on doit dire toutefois que leur instinct est assez born. Les murs des Lapins domestiques ont d tre naturellement tudies; renvoyons ce sujet ce qu'en dit Ruffon; mais qu'il nous soit permis de ne pas admettre entirement ce qu'il rapporte, d'aprs M. Lechapt De Moutier, relativement l'obissance de ces animaux pour le chef de la famille. Leur chair, dont les qualits dpendent du genre de nourriture, est blanche et assez ferme : les Lapins que l'on tient l'troit, et auxquels on fait manger des plantes potagres, ont un got assez fade et dsagrable, et l'on peut dire, au reste, que, quelles que soient la nature de la substance dont on les nourrit, la chair de ces animaux rendus domestiques n'a jamais le fumet de celle des individus qui vivent en libert, et surtout celui des Livres. Toutefois, comme ces Rongeurs peuvent tre vendus bon march, ils sont souvent employs pour la nourriture de l'homme. Quoiqu'il y ait de grands rapports entre les Li- vres et les Lapins, ils ne peuvent jamais produire ensemble, et ils semblent mme avoir les uns pour les autres un loignement tel, qu'on ne rencontre pas ou presque pas de Lapins dans les lieux o les Livres se sont tablis, et rciproquement que ces derniers vitent les cantons peupls par les autres. Ou a propag des Lapins dans les garennes, et on les lve en grand dans nos maisons, et quelque- fois des fermes sont disposes exclusivement pour les conserver; les branches de commerce que leur vente produit sont considrables; mais il nous semble que ce serait sortir de notre sujet que d'en- trer dans des dtails cet gard. Il en est de mme sur la manire dont on les chasse, et nous nous bornerons ajouter qu'aujourd'hui c'est principalement au fusil qu'on se procure ces animaux, et que cependant on en prend un grand nombre avec des collets. Disons aussi que dans les grandes chasses on en dtruit toujours plusieurs centaines, et que cependant leur nombre ne diminue sensiblement pas. Les Lapins, originaires de l'Afrique, ont t introduits d'abord en Espagne, et de l ils se sont r- noNGEUP.s. -iir. pandus en Portugal, en Franco, en Italie, on Allomagne, etc. Maintenant ils se trouvent dans toutes les contres chaudes et tempres do l'Europe, toiles que l'Italio, la Grce, la France, la Belgique, l'Allemagne, TAngleterre, etc.; en Afrique, on le trouve dans les dserts de Fgyple; en Algrie, dans le royaume de Tunis; au Sngal, en Guine, Toneriffe, etc.; en Asie, cette espce existe en Natolie, en Garamanie, en Perse. Mais Ton peut dire qu' l'tat domestique le Lapin est devenu cos- mopolite, et qu'il a t transport dans tous les lieux o les Europens ont fond des colonies. Il n'habite cependant pas les rgions septentrionales; et la Norwge, la Sude, le nord de l'Asie, ne le possdent pas, surtout l'tat sauvage. On en a dcouvert des dbris fossiles; M. Marcel De Serres spcialement en a signal dans la riche caverne de Lunel-Viel; et Ton doit probablement lui rapporter le Lcpus Ardeii, indiqu par M. Groi- zei comme provenant des lignites et des galets d'issoire, en Auvergne. B. ESPCE D'AFRIQUE. 7. LAPIN DES SABLES. LEPUS ARENARIUS. Isidore Geoffroy Saiiit-Ililaire. CAr.ACTf:RES SPCIFIQUES. Pclago, en dessus, d'un gris cendr tiquet, avec les membres, la gorge, les flancs, le tour de l'il et le bout du museau, roux; tache de derrire le cou grise, trs- petite; dessous de la tte d'un blanc rousstrc, et dessous du corps blanc; queue noire en dessus et blanche en dessous; oreilles de mme couleur que celles du Lapin, mais avec la tache de l'extrmit plus tendue. La plupart des auteurs rapportent cette espce au Lepus saxaids, Fr. Cuvier, qui habite comme lui le cap de Bonne-Esprance; M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire la regarde comme distincte : il dit qu'elle est d'un quart plus petite que notre Lapin, et qu'elle ressemble beaucoup, par les couleurs de son pelage, au Livre du Gap, dont elle diffre, au contraire, notablement par ses formes. C. ESPCES D'A.\1RIQUE. 8. TAPETI. Buffoii. LEPUS HRASILIENSIS. Linn. G\uACTREs SPCIFIQUES. Dossus (lu corps varl de roux et de noir; dessus du cou d'un roux vif: dessus de la tte et oreilles d'un roux bruntre; joues fauve noirtre; tache oculaire fauve; poitrine rousstre; dessous de la tte et du corps blanchtre; queue trs-courte. Plus petit que le Lapin. Gelte espce, qui habite le Brsil et le Paraguay, ou plutt une grande partie de l'Amrique mri- dionale, est surtout remarquable par l'extrme brivet de sa queuo, qui parat nulle et se confond avec le poil 9es cuisses. Elle vit dans les bois et se rfugie sous les troncs d'arbres, mais sans se creuser de terriers, et vit la manire des Livres. La fomolle ne fait qu'une porte par an, et met bas deux, trois et quelquefois quatre petits : le Grisou est son ennemi naturel. Sa chair ressem- ble celle du Lapin, mais elle est moins savoureuse. G'ost le Lepus nanus de Schreber; et M. Lund a indiqu, dans les cavernes du Brsil, des dbris fossiles qu'il croit se rapporter une espce voi- sine de celle-ci [Lepus afjinis Brasilienss, Lund). Auprs du Lepus Brasilienss viennent se ranger les Lepus nifjricaudatus, Sikes, du Brsil, du Mexique et de la Galifornie; le Lepus Mngcllanicus, Lesson, des les Malouines, et le Lepus callotis, Wagner, ou le Cni.i, Hernand, galement de l'Amrique du Sud. Parmi les autres espces, nous nommerons seulement les Lcpus Amcricanus, Erxieben, ou L. Hudsomus, Pallas, do l'Amrique septentrionale; Lcpus Virfjininnus, llarlan, doGolombie, du Missouri, etc.; Lepus Pclinnlsonn, Lesson (L. Virninianus, Richardson), du Missouri et de la baie d'Hudson; Backmani, Watorhouse, de la cte nord-ouest de l'Amrique; palustris, Bachmann, des tals-Unis; acpiaticus, Bachmann, de la Garolino du Sud; sylvalicus, Bachmann (L. mericanus, 2i/t IlISTOinE NATURELLE. niaiin, dos Etats-Unis; campeslris, Daclimann, des lats- Bacli Godmann), des Etats-Unis; ISullala, Unis, Ole. Le nom gnral de Livre a t donn plusieurs animaux quelquefois trs-loigns de ceux qui nous occupent; lois sont on particulier le Livre jximpa, qui est un Dolicholis; le Livre saitleiir on Illamys; le pilil Livre sauteur et le Livre des Lidcs, qui sont dos espces do Gerboises; la Vis- cache, qui en diffre beaucoup, et le Lapin d'Arno, qui est une espce de Kanguroo, etc. 2 GENRE. LAGOMYS. LAGOMYS. G. Cuvior, 1707. Aa-^&, Livre; (j.u;, Rat. Tableaux lmontaires du Rgne animal. CARACTRES GNRIQUES. Sijstmc dentaire : incisives, |; molaires, |^; en lolalit vingt-six dents. Incisives suprieures larges, arques en biseau ta pointe, avec un sillon mdian : infrieures pointues; molaires for- mes de lames verticales so^idcs ensemble, uses en couronne plane au sommet. Tte moyenne, chanfrein lgrement bomb. Oreilles mdiocres, arrondies. Yeux moyens. Clavicules presque compltes. Pieds antrieurs allongs, cinq doigts : postrieurs mdiocre- ment longs comparativement ceux de devant, et quatre doigts: tous garnis en dessous de longs poils. Ongles presque cachs par les poils, grles, arqus, aigus. Queue nulle. Mamelles au nombre de quatre ou de six. Fig. 59. Lagomys nain. Pallas a le premier distingu des Livres proprement dits quelques petites espces qui constilueiil le genre que nous tudions, et il en avait form, sous le nom de Lepores ecaudaii, une section part, dont G. Cuvier fait depuis le genre des Lagomys, De Lacpde [Mmoires de llnstitiil, \ 191), RONGEURS. 215 celui des Pika (nom d'une des espces), el Link (In Fischer Zoorjnos., 1816), eelc.i de Ogotonia (nom d'une des espces). Mais la dnomination indique par G. Cuvier, et qui a la priorit, a gn- ralement t adopte. Les Lagomys, quoique ayant en gnral les mmes organes de manducalion que les Livres, en diffrent cependant sous ce point de vue par quelques modifications que nous avons indiques en quelques mots dans notre caractristique en parlant du systme dentaire. Les yeux sont petits et saillants. Le nez est velu; le bord cloisonnaire des narines est nu. La lvre suprieure est profondment fendue. La langue est courte et paisse. Les oreilles sont courtes, larges, arrondies, assez simples et grande ouverture, et la paume, ainsi que la plante, est couverte d'un poil doux, pais et serr. Les moustaches sont de longueur moyenne et peu paisses. Le pelage est long, lisse, fourni La taille est petite. Les membres sont plus courts, plus pais, que ceux des Li- vres, et les postrieurs ne sont pas plus longs que les antrieurs : les pieds de devant sont termins par cinq doigts arms d'ongles grles, arqus et aigus, presque entirement cachs par les poils; ceux de derrire n'en ont que quatre munis d'ongles semblables. La queue est nulle. L'anatomie in- terne, en gnral, et surtout celle des organes gnitaux, est semblable celle des Livres. Les Lagomys sont des animaux qui vivent la manire des Livres, et dont plusieurs ont l'habi- tude trs-remarquable de rassembler pendant l't des provisions d'herbe ou de foin pour l'hiver; ils se plaisent dans les lieux rocailleux, et font leur domicile entre les rochers. On ne connat que cinq espces vivantes de ce genre, et elles sont propres au cercle polaire boral asiatique et amricain; des espces fossiles ont t signales dans l'le de Corse et en Au- vergne. L'espce la plus connue est : PIKA. LAGOMYS ALPINUS. Tallas. Caractres spcifiques. Corps gros, peu allong; lte assez longue, et peu large comparative- ment celle des autres espces du mme genre; nez velu et brun; moustaches grandes el noires; yeux trs-petits, noirs, aussi bien que le bord des paupires; oreilles arrondies; pieds courts; queue remplace par un tubercule gros comme une noix, ne paraissant que quand l'animal est assis, et forme par la pointe du coccyx et par deux petites pelotes d'une substance graisseuse assez dure. Pelage compos de poils plus courts et plus rudes que ceux du Livre, de couleur jaune rousstre plus ou moins fonce sur les diverses parties du corps; oreilles noirtres, avec leur bord blan- chtre. Longueur totale, depuis le bout du museau jusqu' l'anus, 0'",26; queue nulle. Ce Rongeur est le Pika ou Picka des habitants des bords du lac Bakal; c'est le Lepus Alphms de Pallas, le Lagonnjs pika d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, et le Lagomys Alpiniis des nomenclateurs modernes. Le Pika, qui est trs-commun et trs-connu des chasseurs de Sibrie, habite les montagnes les plus leves et les plus inaccessibles l'homme, tablissant sa demeure sauvage au milieu des forts les plus sombres et en mme temps les plus humides, o il peut trouver un gazon frais et abondant. Il creuse son terrier entre les pierres, ou bien il se gte dans les fentes des rochers ou mme dans les trous de vieux arbres. Tantt il vit seul, tantt il forme des socits composes d'un petit nombre d'individus. Il sort de sa retraite la nuit ou pendant les jours sombres pour patre et pour rassem- bler ses provisions d'hiver. C'est vers le milieu du mois d'aot que lesPikas prparent et font scher avec grand soin, pour former leur provision, de l'herbe et des feuilles, qu'ils entassent ensuite, et mettent l'abri, soit sous des rochers, soit dans des trous d'arbres, lis se runissent ordinairement plusieurs pour ce travail, et proportionnent la quantit de leurs provisions au nombre des individus qui doivent s'en nourrir. Les tas qu'ils forment ainsi ont souvent la hauteur d'un homme, et un dia- mtre de deux mtres cinquante millimtres. Cet instinct admirable, ce soin de l'avenir, ont rendu ces petits animaux clbres dans toutes les contres qu'ils habitent; et l'on ajoute mme qu'une ga- lerie souterraine conduit de leur habitation au tas de foin, et que c'est par ce chemin que le Pika va prendre sa nourriture pendant l'hiver, dans cette saison o la terre est partout couverte d'une paisse couche dneige. Il arrive souvent que le travail presque incroyable des Pikas, et la peine immense 210 IIISTOini-: NATLIRELLK. qu'ils se sont donne pour la prparation H lo transport (l'une aussi i^rande quantit diierbatjes, sont tout fait perdues pour eux; car ces amas sont, cause de leur liautcur, trs-frquemment dcouverts par les chasseurs qui vont la recherche des Zibelines, et sont alors employs ;'i la nour- riture de leurs chevaux. Ce l.agomys a pour ennemis naturels les Martres et les Zibelines, qui lui font une i;uerre active; une espce d'OEstre, dont la larve se loge sous sa peau, et l'homme, qui fait sa nourriinre de sa chair et lui enlve ses provisions. Le l'ika se rencontre dans les contres les plus septentrionales de l'ancien continent, et particu- lirement sur les sommets des plus hautes minences de la chane des monts Altaques, dans la mon- tagne IMeue du Koldan, et sur toutes les grandes hauteurs de la Sibrie jusqu'aux confins de l'Asie et du Kanilchatka. Les antres Lagomys sont : i" Le SuLGAiv, Vicq D'Azyr. Lagosiys nain. {Lngovujs pusillus, Pallas, Gmelin), qui est commun dans les montagnes de laTartaric; 2 L'Ogoton {Upu.s oijotoma, Pallas, Gmelin), galement de Tartarie; 5 Larjomijs hijperboreiis, Pallas, de la pointe nord-est de l'Asie; 4" Lnfjoiuijs princeps, llichardson, qui habite l'Amrique du Nord, principalement dans' la pro- vince du Missouri. Le '1 ape, qn'i a t quelquefois rang parmi les Lagoniys, est un vritable Livre de la subdivision des Lapins. G. Cuvier a dcrit des ossements fossiles de Lagomys, dcouverts dans les brches osseuses de Corse et de Sardaigne. On a trouv dans les premires un crne ressemblant beaucoup celui du Pika; mais cependant l'orbite du Lagomys fossile est pins grand, et le crochet de la base ext- rieure de l'arcade zygomalique est plus saillant. Pans celles d'^ Sardaigne, on a dcouvert des dents et des portions de mchoire annonant une espce plus grande que TOgoton, mais un peu moindre que le Pika et le Lagomys fossile de Corse. Il tait naturel de soiq)onner qu'elle ne diffrait pas de cette dernire, ensevelie dans une le voisine; mais il n'en est rien : les parties suprieures de la tte ne sont pas semblables, non plus que le trou sous-orbitaire, et l'arcade zygomalique n'est pas incline de mme. On a galement signal dans les lignites d'issoire, en Auvergne, des dbris fossiles que M. Groizet rapporte son Liujomtjs hs'wdorcnsis. SEPTIEME FAMILLE. GAVIDES. CVID.E. Isidore Geoffroy Saint-IIilaii\ Sjislcme dentaire : incisives, |; molaires, |-^J. Incisives assez fortes; molaires souvent composes de couches lamelleuses. Tcle assez- forte. Oreilles plus ou moins ()raudes. Yeux mdiocres. Cou souvent peu distinct. Clavicules imparfaites, l^ieds presrpie toujours gaux en longueur en avant comme en arrire. Doigts en nombre variable. Ongles assez forts. Queue mille ou longue. Corps couvert de poils rares ou abondants, cassants ou sogeux. Taille variable. Cette famille comprend un nombre assez restreint d'espces, ([ni toutes proviennent de l'Amrique mridionale. On la subdivise en deux tribus bien distinctes : 1" les Cavii;.\s ci ti" les Cui.nciiilliens. Fisr. 1. Cochnii des Indes. Ff"-. 2. Phacochre. l'I. nOiNGftURS. 21' PREMIERE TRIRU. CAVIENS. Queue excessivement courte on nulle. * L'ancien genre Cavia des auteurs compose cette tribu, qui renferme aujourd'hui six genres parti- culiers, ceux des Cochons iVInde, Kerodon, Agouti, Dolichotis, Paca, et Cabiai. 1" GENRE. COCHON D'INDE. AN^^MA. Fr. Cuvier, 1812. Anma, agrable. Mmoires du Musum, t. XIX. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, f ; molaires, {~l; en totalit vingt dents. Incisives suprieures lisses, face antrieure sans sillon longitudinal : infrieures comprimes, aigus; molaires composes, couronne plate, prsentant chacune une lame cailleuse simple, et une autre lame fourchue en de- hors dans les dents suprieures, et en dedans dans les infrieures : ces dents sont composes de cment entour d'ivoire, dont les replis rendent ces molaires irrgulirement didymes, et qui sont disposes inversement aux deux mchoires. Tte assez leve, un peu comprime, face mdiocre, un peu busque. Museau comprim, peu prolong, velu. Yeux assez grands, saillants. Oreilles aplaties, arrondies, mdiocres. Lvre sup- rieure fendue verticalement. Narines presque circulaires. Cou court. Clavicules rudimentaires . Pieds courts, plantigrades, nus en dessous : antrieurs quatre doigts; postrieurs trois seulement, non palms. Queue nulle. Deux mamelles ventrales seulement. Pelage compos de soies faibles, fascicules leur insertion. Corps ramass, trs-bas sur pattes. Taille trs-petite. Le genre Cochon d'Inde a t form aux dpens du grand groupe des Cavia de Klein et de Linn, et c'est pour cela qu'A. G. Desmarest, llliger et quelques autres zoologistes lui ont laiss en propre cette dernire dnomination latine. G. Cuvier, le premier, lui appliqua le nom de Cobaia ou plutt Cobaija, tir de la dnomination de l'espce typique, le Cavia cobaya de Linn; mais, comme c'tait lui donner une valeur diffrente de celle qu'il a rellement, ce nom n'a gnralement pas t adopt, et l'on a plutt prfr celui ' Anma, que lui a plus tard appliqu Fr. Cuvier. Les Cochons d'Inde comprennent les plus petites espces de la famille des Cavids. On n'en con- nat bien qu'une espce, qui vit domestique dans nos maisons, et que l'on regarde quelquefois comme provenant d'une espce qui existe aujourd'hui l'tat sauvage dans l'Amrique mridionale. 1. GDCHON D'I.XDE PROPREMENT DIT. Buffon. AlfmiA COBAYA. Fr. Cuvier Caractres spcifiques. Corps court et trapu; cou si gros qu'on ne le distingue pas du corps, oreilles plus larges que hautes, droites, nues, transparentes, caches en grande partie par les poils du dessus de la tte; yeux ronds, gros, saillants; poils lisses, durs, variant dans les divers individus, B <2S 21 s IIISTOinE NATURELLE. lanl enlioromonl blancs dans les uns, ou marqus de taches noires ou fauves sur un fond blanc dans les antres. Longueur totale, mesure en ligne droite depuis le bout du museau jusqu' l'anus, 0,10; liauiour an train de devant environ 0'",09; au train de derrire, G"", 10. Cet animal a reu successivement un assez grand nombre de noms; tels que Cavia cobmjn Drasi- rii'us'is, Margrave; Purcelhis Indiens, Jonstoii; (Mvia cohaijn, Tison; AJns ou Cuniculus Amcrica- iiHs et Giiwcrnsis, Rai; Mus Brasiliens'is, (nnn; L.\prN des Indes {CAunculiis Inilicus), Brisson; Mus ])orcrlliis, Linn; Cociiom d'Inde, Bnffon; Cuv'ia cobnijn, Gmelin, llliger, A. G. Desmarest; Aiima cohiiiin, Er. (]uvier, et, en outre, on lui a apj)liqu tous les synonymes de Anma apera, que l'on a cru lre son type originel, mais que nous regarderons comme en tant distinct. En allemand, cet animal porte les noms de Indianiscli Idncle, Indsch seule, Ulcer-t'erckel, Merr-Scliwein; en anglais, Gitiinj pifi; en Sudois, Marswin; en polonais, Sw'inka, Zamorska. Le (loclion d'Inde, qui s'est naturalis en domesticit dans toute l'Europe, comme au Brsil et au Paraguay, d'o il est probablement originaire, et non de la Guine, comme on l'a dit tort, n'est vritalilement connu que dans ses varits et non dans sa souche primitive. En effet, on ne possde aucune connaissance certaine sur cet animal l'tat sauvage; car il est loin d'tre dmontr que l'^l- nma aperea n'en soit pas distinct, et il est, d'un autre ct, difficile de croire qu'il ne diffre pas, dans cet tat, de celui que nous avons soumis. Notre Cochon d'Inde est couvert de grandes taches noires, blanches et fauves, qui varient sans fin et de relation et d'tendue. Lorsque la nature, dit Fr. Cuvier, diversifie le pelage des animaux libres, elle le fait toujours d'une manire rgulire et constante, et on ne la voit que bien rarement, except sur les animaux domestiques, prodiguer le blanc et le noir, comme elle le fait, et avec autant de puret surtout, pour notre Cochon d'Inde : la vivacit de la couleur rousse suffirait mme seule pour faire souponner qu'un animal qui vit tou- jours cach, dont toutes les habitudes sont nocturnes, est sorti du cercle dans lequel il avait t pri- miiivenient plac. Un autre caractre del domestication de cette espce consiste dans ce que les deux cts de son corps ne sont pas semblables pour le systme de coloration, ce qui n'a jamais lieu dans les animaux sauvages. La lvre suprieure est fendue; les oreilles sont courtes, arrondies et presque nues, et elles ont un repli la partie antrieure; les yeux sont noirs; les jambes sont grles, et les doigts des pieds sont garnis d'ongles longs, droits et pointus, mais particulirement ceux des pieds de derrire; la queue est presque nulle, sans mouvement, et ne parat que comme un tubercule assez petit. Il n'y a que deux mamelles, et elles sont inguinales. Un animal qui, comme le Cochon d'Inde, a tant servi aux recherches des physiologistes, a d tre tudi avec soin sous le point de vue anatomique, aussi possde-t-on d'assez nombreux dtails sur son ostologie et sur son anatomie interne. Son anatomie a t faite par plusieurs auteurs; mais nous devons spcialement citer les travaux de Daubenton dans l'Histoire naturelle gnrale et par- ticulire de Buffon, ceux de Vicq-D'Azyr dans Euc\iclopcdie mthodique, et une thse soutenue, en 1820, Gttingue, par M. Treuler; nous indiquerons aussi les notes de Fr. Cuvier sur son systme de dentition. La gestation, qu'on a value parfois un mois seulement, est de plus longue dure. Des observa- tions faites avec soin portent soixante-six jours environ le temps qui lui est ncessaire : aussi les petits Cochons d'Inde ont-ils dj, lorsqu'ils viennent au monde, assez de force pour suivre imm- diatement leurs parents; mangent-ils aussi souvent qu'ils tettent, et leur aspect extrieur ne diffre-t-il que par la taille de celui des adultes. Leurs dents elles-mmes sont parfaitement dveloppes; selon les observations de M. le docteur Emmanuel Rousseau, celles de lait ont t remplaces pendant la trestation; ces dents sont alors au nombre de huit : quatre incisives et quatre molaires pour les deux mchoires. Aussitt aprs avoir mis bas, les femelles peuvent recevoir le mle, et les jeunes de ces animaux sont aptes la reproduction ds qu'ils ont atteint cinq ou six semaines. Leur extrme ar- deur pour se reproduire, l'tat de polygamie dans lequel on les tient ordinairement ei le grand nombre de petits que les femelles adultes font chaque porte rendent leur multiplication excessive- ment prompte. Buffon a crit qu'avec un seul couple on pourrait en avoir un millier dans un an; mais il semble avoir exagr. En effet, si quelques portes fournissent jusqu' dix ou onze petits chacune, le nombre ordinaire n'est que de cinq ou six, et, la premire porte, il dpasse rare- ment deux dans les jeunes individus. La femelle allaite ses petits pendant environ trois semaines; liONGLlIRS. ' 219 mais aussi quelquefois, comme cela a lieu chez plusieurs animaux domestiques, elle les dvore avant qu'ils aient pris la mamelle. lies Cochons d'Inde s'lvent chez nous bien plutt par fantaisie que par quelque vue d'utilit : toutefois quelques personnes en ont dans leurs appartements parce qu'ils prtendent que leur odeur naturelle en loigne les Souris, les Punaises, etc.; mais cela n'est pas exact. C'est pour l'tude de la physiologie et de Tanatomie que ces animaux sont surtout multiplis : en effet, leur grand nombre, et de h le prix peu lev auquel on peut les livrer, fait qu'on les emploie de prfrence tout autre animal pour les expriences physiologiques, et c'est ainsi que leur espce est vritablement devenue le martyr de la science. Les Cochons d'Inde exigent un abri chaud et sec, et demandera en gnral assez de soins. Leur chair est fade, et n'est mme pas aussi bonne que celle des Lapins de choux. Comme ils ne terrent pas plus que ces derniers Rongeurs, on n'a pu parvenir en former des garen- nes; et, s'ils taient en libert, ils rsisteraient diflicilement, la fois, et l'influence d'un climat si diffrent de celui de leur sol natal, et aux animaux qui voudraient en faire leur proie. Les Cochons d'Inde sont peu difficiles pour la nourriture, et comme ils boivent rarement, principalement en t, o on leur donne plus volontiers de l'herbe, des choux et d'autres substances riches en principes aqueux, l'opinion la plus gnrale est qu'ils ne boivent jamais : ils boivent cependant lorsque leurs aliments sont de nature sche, et quand on leur donne l'occasion de le faire. En mangeant, ils se servent quelquefois de leurs pattes de devant pour porter leurs aliments la bouche. On en conserve dans les appartements, mais leur odeur gnrale, et surtout celle de leur urine, qui offre aussi le dsagrment de tacher le parquet, ne les fait pas trop rechercher, quoique la varit albine le soit quelquefois. Les Cochons d'Inde, dit M. P. Gervais dans son article Cobaye du Dictionnaire universel ci Histoire naturelle, sont instinctifs par essence : aucun signe ne rvle en eux la moindre intelligence. 5!an- ger, engendrer et dormir, ce sont leurs seuls besoins; et les actes par lesquels ils satisfont aux deux premiers tendent les faire placer encore au-dessous des autres Rongeurs. La frquence de leur sommeil, l'indolence de leur veille, seraient encore des signes d'infriorit si l'tude des espces sauvages du mme genre ne nous montrait dans les Cobayes des animaux crpusculaires et nocturnes, et que le grand jour incommode jusqu' un certain point. De mme que leurs congnres sauvages, les Cochons d'Inde se font entre eux socit, ou plutt ils se runissent, et, dans leur marche, ils se .suivent la file, trottant derrire le chef de leur petite colonne, en oprant tous les dtours qu'il lui plat d'excuter. C'est mme un spectacle assez singulier, et qu'il est facile de se procurer en lais- sant pendant quelques instants circuler, dans un endroit clos, une demi-douzaine de ces petits Qua- drupdes. La scrtion de leur poche anale est sans doute une des raisons de cette habitude. Ils ont un petit grognement pour exprimer leur contentement, et un cri fort aigu pour la douleur, lequel se rend assez bien par les mots coui, coui. C'est ce cri, assez semblable celui que fait entendre le Cochon de lait, qu'est due, selon Fr. Cuvier, la dnomination vulgaire que portent ces animaux. L'une des marques les plus caractristiques de la domestication des Cochons d'Inde consiste dans les taches irrgulires de couleurs tranches qu'ils portent sur leur robe. S'il en est ainsi, ces Ron- geurs ont subi depuis trs-longtemps cette altration organique; car ils la prsentaient avant leur introduction en Europe, et l'espce tait depuis longtemps domestique chez quelques nations indignes de l'Amrique. Nous voyons, dit Fr. Cuvier, par les peintures d'Aldovrfrnde que nous avons eues entre les mains, que dj, vers le milieu du seizime sicle, c'est--dire un demi-sicle aprs la d- couverte du nouveau monde, le Cochon d'Inde avait les couleurs blanche, rousse et noire, que nous lui voyons aujourd'hui. Alors donc il avait dj prouv toutes les modifications dont il est suscep- tible; car, depuis deux sicles et demi, il n'en a point prouv d'autres. M. P. Gervais ajoute : Des tapisseries et des peintures qui datent de Franois I" reprsentent des Cochons d'Inde avec les caractres qu'ils nous montrent actuellement. Un fait qui tmoigne encore mieux l'association ancienne du Cochon d'Inde l'espce humaine, c'est le nombre des petits, fort considrable chez cet animal, eu gard celui de ses mamelles. Un autre point de l'histoire de cette espce sur lequel nous voulons appeler l'attention de nos lecteurs est relatif VAnnia aperea, que l'on a regard pendant longtemps comme le mme ani- mal l'tat sauvage. Nous emprunterons encore cet gard les lignes qui vont suivre au travail de M. P. Gervais : Pour D'Azara et pour tous les mammalogistes qui se sont occups du mme sujet '220 HISTOIRE NATURELLE. depuis lui, VAperea, qui est une espce sauvage de Cobaye du Brsil, est le type sauvage du Cochon d'Inde; mais nous ne croyons pas que cette dtermination soit encore aussi bien dmontre qu'elle est afiirmative; la grande diffrence qui existe entre les couleurs de VAperea et celle du Cobaye domestique, la multi|)licil aujourd'hui bien constate des espces sauvages de ce petit genre, et l'incertitude qui rgne encore sur la vritable patrie des individus domestiques, sont autant de dif- ficults auxquelles on n'avait pas song tout d'abord, et qui rendent la solution de ce problme plus complique qu'on ne le croirait. D'ai)rs ce que nous venons de rapporter, il nous semble impossible de runir d'un manire posi- tive VAnma cohiuia VAnma apera, et c'est pour cela que nous les regardons comme formant deux espces particulires. 2. APRA. Margrave. AIV^MA APEREA. U'Azan., Fr. Guvier. Caractjres spcifiques. Pelage gris rousstre en dessus et blanchtre en dessous. Taille Un peu moindre que celle du Cochon dinde. Le crne de cette espce, qui est la mme que le Cava obscura de Lichstenstein, est presque en tout semblable celui de l'espce prcdente, et c'est l'un des motifs que l'on a donns pour les runir. Au rapport de D'Azara, il se trouve trs-communment au Paraguay, et n'est galement pas rare au Brsil et la Guyane. 11 se cache parmi les chardons et les pailles les plus hautes, dans les plai- nes, les enclos et les buissons. Il ne se creuse pas de terriers, et ne s'empare pas de ceux des autres animaux. Il mange de l'herbe, est nocturne, stupide, nullement sauvage; sa dmarche est peu lgre. Chaque porte, selon D'Azara, n'est que d'un ou deux petits, et il n'en fait qu'une seule par an. Fij. TiO. Cochon d'Inde rupresle. Les autres espces vivantes du mme genre sont les Anma Auslralis, Isidore Geoffroy Saint- Hilaire et A. D'Orbigny, de la rgion la plus mridionale de l'Amrique du Sud; A. Calleri, Bennett, (lu Prou; A. flav'ulens, Brandt, du Brsil; A. Spixii, Wagler, du Brsil et du Mexique; A. ful- (jida, Wagler, du Mexique; rufesccns, Wied, du Brsil, et saxaHs, Wied, galement du Brsil. MM. Croizet et Jourdan ont recueilli, en Auvergne, dans les terrains tertiaires suprieurs, des d- bris fossiles qu'ils regardent comme des Cochons d'Inde; mais, d'aprs M. P. Gervais, ces dbris, qui constituent le genre Issiodorotnijs de M. Croizet, se rapportent des animaux qui devaient avoir RONGEURS. 221 plus de rapports avec les Helanujs qu'avec les Anma. On ne sait pas d'une manire positive sur quelles pices repose l'indication de Cobayes trouvs fossiles dans les marnes d'OEningen dont parle M. Marchison. et qui constituent le Cavia OEningensis, qui n'a pas encore t dcrit/Enfin M. Lund signale, dans les cavernes du Brsil, des restes de trois espces fossiles de ce genre sous les noms de Cavia gracUis, affinis saxatili et bilobidens. 2'<= GENRE. KRODON. KERODON Fr. Guvier, 1825. Kepa?, corne; o5'cu;, dent. Dents des Mammifres. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, |; molaires, '^^, en tout comme chez les Codions d'Inde, vingt dents, qui en diffrent peu, sauf les molaires, qui prsentent quelques particularits : en effet, elles se composent toutes de deux parties gales, semblables l'une l'autre et ressemblent un cur runi du ct externe de la dent et spar du cte interne : ces espces de curs sont entours cha- cun par leur mail et remplis de matire osseuse, et leur sparation produit une chancrure angu- leuse en partie remplie de matire corticale. Tte faisant un tout avec le corps par suite d'un cou peu visible : elle est conique, trs-allonge, avec le chanfrein presque tout fait droit. Oreilles peu prs hmisphriques, et prsentant en haut une lgre chancrure. Moustaches diriges en arrire, d'une longueur considrable et dpas- sant l'occiput. Jambes hautes. Doigts assez gros, bien spars les uns des autres, au nombre de quatre aux membres antrieurs, et de trois aux membres postrieurs. Ongles larges, courts, assez aplatis. Queue non visible l'extrieur comme chez les Cochons d'Inde. Le genre Kerodon a t cr par Fr. Guvier pour une espce propre au Brsil, et qui ne diffre gure des Gochons d'Inde que par quelques lgres modifications des systmes dentaires et de la locomotion. 11 correspond auii Kerodonte de G. Guvier, et probablement aux Galea de Meyer. Au- jourd'hui on en a signal une espce vivante de la Patagonie, et on en a indiqu deux espces fos- siles particulires l'Amrique du Sud. Fr. Guvier en a dcrit les dents, et nous avons indiqu les principales diffrences qu'elles prsen- tent avec celles des Anma. Les Krodons, un peu plus grands que les Gochons d'Inde, sont plus hauts sur jambes; comme eux ils ont quatre doigts en avant et trois seulement en arrire; leurs on- gles sont plus larges, plus courts, un peu plus aplatis. Tous proviennent de l'Amrique mridionale, MOCO. KERODON MOCO. Fr. Cuvicr. Caractkres spcifiques. Pelage, par sa couleur, par son abondance, sa douceur, etc., rappe- lant celui de quelques espces d'cureuils, d'un gris piquet de noir et de fauve en dessus, blanc en dessous et la rgion interne des membres, roux sur les parties externes et antrieures, ainsi que sur les parties latrales de la tte et de la face convexe des oreilles. Un peu plus grand que le Go- chon d'Inde, et atteignant O^jOll depuis le haut du museau jusqu' l'anus. Gette espce est le Kerodon nioco, Fr. Guvier; Kerodon sciureus, Isidore Geoffroy Saint-Ililaire; Cavia riipestris, Wied, et probablement Galea cunekoides, Meyer. 11 provient du Brsil et des rives du Rio San Francisco. Une seconde espce est le Kerodon Kingii, Bennett, de Patagonie. M. Lund a signal, dans les cavernes du Brsil, un Kerodon fossile qu'il nomme affinis Cavii rupestris, M. Alcide D'Orbigny en indique un autre, le Kerodon ant'iquum, qui provient galement de l'Amrique mridionale. 222 HISTOIRE natut.fjxf:. :.'"* GENRE. AGOUTI. CAVIA. Klein, 1751. Nom propre. Quadrupciluiii disposilio. CARACTRES GNRIQUES. Sijslcme dentaire : incisives, |; molaires, |^]; en tolalit vingt dents. Incisives suprieures apla- ties en avant, a tranchant en hisiunt : infrieures aifjucs, comprimes sur les cts, arromlies en devant; molaires couronne ovale, aplatie, presque lisse : suprieures cliancres en dehors, inf- rieures chancres la face interne. Tte assez allonfje. Front aplati. Museau assez gros. Yeux gros, saillants. Oreilles mdiocres, arrondies ou trs-allonges. Pieds grles, secs : antrieurs h quatre doigts distincts, cl un tubercule court et renfl en place de pouce : postrieurs plus longs que ceux de devant, n ayant que trois doigts; paumes et plantes nues, calleuses. Ongles trs-forts, surtout les postrieurs. Queue trs-courte ou presque nulle, dnue de poils et ne semblant susceptible d'aucun mouve- ment. Pelage plus ou moins dur au toucher. Mamelles en nombre variable. Tij; Gl. Asouti. Le gt^nre Agouti peut tre pris pour type (3e la famille de Rongeurs amricains que nous ludions, et c'est pour cela que nous lui avons laiss la dnomination latine de Cavia, qui avait t applique tous par les anciens naturalistes, et que De Lacpde a change en celle d'Agouti. Uliger [Prodro- mus sijstematicus Mammaliuni et Avium, 18H) donna ce genre le nom de Dasyphocte (/>asy- procta) ((aau;, poilu; TTpojjtTc;, anus), ainsi que celle (loco ciiato) do Pi.atypyge (Platypyga) (ttaxtu,-, large; nw^n, fesse), et Fr. Cuvier (Annales du Musum, t. XIX, 1812) celle de Ciiloromys (Cblo- romijs) fxXMpo;, jauntre; y.u;, Rat), et chacun de ces noms a t adopt par divers zoologistes. En outre, ce genre est devenu le type de la tribu qui nous occupe en ce moment, et qui a reu les noms de Cavid, Ch. Bonaparte; Caviid, Waterhouse; Caviina, Gray; Dasijproclina, Gray, etc., et celui plus connu de Caviens. Les Agoutis sont de jolis Rongeurs, de la taille et presque de la forme de nos Lapins, en diffrant par une tte plus arque, plus comprime, des conques auditives courtes, presque nues; un corps RONGEURS. 225 plus troit vers les paules, plus dvelopp en arrire; ils sont remarquables par des poils droits, roides et cassants, gnralement de couleur noire la base, jaune la pointe, ce qui donne plu- sieurs espces un aspect verdtre. Le systme dentaire a t surtout tudi par Fr. Cuvier, et se com- pose de vingt dents qui offrent quelques particularits diffrentielles. L'Amrique mridionale est la patrie des Agoutis; et ils reprsentent nos Livres et nos Lapins, autant par leurs allures et leurs murs que par la qualit de leur chair, recherche comme un excel- lent gibier. Ils vivent dans les bois, se nourrissent d'corces et de fruits, et ne se creusent pas de terriers; ils se retirent dans des trous d'arbres creux, dans des enfoncements du sol, etc. On les lve facilement en captivit; ils peuvent mme vivre dans nos climats, mais ne perdent jamais com- pltement leur naturel craintif. Notre mnagerie en a possd souvent, et ils s'y sont mme quelque- fois reproduits. Le nombre de leurs petits est ordinairement peu considrable; selon D'Azara, il est de deux seulement, et il serait de quatre ou cinq selon Laborde. On assure que ces animaux se d- fendent bien, qu'ils mordent cruellement quand on les touche; ils manifestent leur colre, soit en grognant, soit en hrissant leurs poils au point de les faire tomber, comme il arrive aux piquants du Porc-pic. On en connat trois ou quatre espces vivantes, et l'on en a galement indiqu quelques espces fossiles, soit du Brsil, soit de l'Auvergne. AGOUTI. Bufi'on. CAVIA AGOUTI. Erxlcbcn. CAnACTRES SPCIFIQUES. Pelage brun, piquet de jaune ou de rousstre; croupe rousse; point de poils plus longs que les autres sur le dessus et le derrire de la tte; oreilles courtes; queue trs- courte ; douze mamelles Longueur totale, depuis le bout du museau jusqu' l'anus, 0'^,bb; hauteur du train de devant, 0'",'29; du train de derrire, 0',o3.00 L'Agouti se trouve par troupes composes d'une vingtaine d'individus. Sa dmarche et ses allures trs-semblables celles du Lapin. Il vit de fruits, de racines, et ne ddaigne pas la viande et le poisson. La femelle fait plusieurs portes par an. Son naturel est trs-doux, et il peut s'appri- voiser facilement. Sa chair est blanche et participe galement du fumet du Lapin et de celui du Livre. Il est trs-commun la Guyane et au Brsil, ainsi qu' Saint-Louis. Plus rare dans les autres An- tilles et au Paraguay. Une espce, voisine de celle-ci, VAcuti de D'Azara, le Das\mrocla Azar, Lichstenstein, en a t distingue dans ces derniers temps, et provient du Brsil et du Paraguay. Deux autres espces du mme groupe gnrique sont I'Akouchv, Buffon (Cavia ncusliy, A. G. Des- marest), de Cayenne, et I'Agodti a crte, Fr. Cuvier (Cavia cristata, A. G. Desmarest), de Surinam. Quant au Cavia riipestris, nous avons dit qu'il entrait dans le genre Krodon, et pour I'Agouti de pATAGOiME, d'A. G. Desmarest, ou Livre pampas, nous verrons qu'il forme le type du genre Dolichotis ou M ara. Les espces fossiles sont les Dasyprocta affinis aguti et capreolus, Lund, des cavernes du Brsil, et Illicjeri, Groizet, des galets d'Issoire en Auvergne. 4""^ GENBE. DOLICHOTIS. DOLICHOTIS. A. G. Desmarest, 180i. Ac"/.t7_s;, long; w;, orc-illc. Dictionnaire d'Histoire naturelle, t. XXIV. CARACTRES GNRIQUES. Sjisihue dentaire : incisives, |; molaires, |^; en tolalil vingt dents ressemblant plus celles des Krodons qu celles des Agoutis. Les molaires, en effet, prsentent toutes un double cur la- mdleux leur couronne- Oreilles trs-longues, trs-saillanles. 224 FIISTOinE NATURELLE. Pieds levs, grles, d'gale longueur, n'ayant que trois doigts postrieurement et quatre ant- rieurement. Doigts de devant trs-petits, courts, bien que les deux moyens dpassent les latraux: ceux de derrire mdiocres, celui du milieu plus grand que les autres. Ongles de forme triqutre. Queue rudimcntaire, nue. Un Roncrour dcrit par D'Azara sous le nom de Livre pampa, et que l'on a scientifiquement dsi- gn sous le nom de Dasyprocia Puiagonica, est devenu le type du genre Doi/chotis, Dolickotis, d'A. G. Desmarest; etLesson, beaucoup plus lard, en 1836, dans le tome V du Complment de Buf- fon, en a fait son groupe gnrique des Mura, et le nomme M. Magcllanica. LIVRE l'AMPA. DAzara ou MARA. DOLICUOTIS PATAGONICA. A G. Desmarest. Caractres spcifiques. Pelage doux, soyeux, trs-fourni, de couleur brune sur le dos et sur la rgion externe des membres, tandis que les poils sont annels de blanc et de roux clair sur les flancs, le cou, les joues et derrire les extrmits, ce qui leur donne une teinte jaune cannelle ou fauve; les poils du dessous du corps et du dedans des membres sont blancs; la bourre n'existe pas; une tache d'un noir violtre occupe toute la rgion lombaire l'extrmit du dos, tandis qu'imm- diatement en dessous la rgion sacre est neigeuse : les poils de ces parties sont beaucoup plus longs que ceux des autres; les moustaches sont noires, trs-luisantes; les oreilles sont bordes de poils qui forment un lger pinceau leur sommet. Longueur totale, O^jSO; hauteur du train de de- vant et de derrire, 0"',55; queue n'ayant que 0", 03. Ces Rongeurs vivent par paires : le mle et la femelle vont de concert et courent avec beaucoup de rapidit; mais ils se fatiguent bientt, et un chasseur Cheval peut les prendre au lago. Leur voix est leve et trs-aigu. Pris jeunes, ces animaux s'apprivoisent aisment, se laissent toucher avec la main, et peuvent mme errer en libert dans la maison ou aux alentours sans qu'on puisse craindre qu'ils ne s'chappent. Les Indiens en mangent la chair, et ils se servent de leur peau pour faire des tapis. * Cette espce se trouve dans les pampas de la Patagonie et dans toute la partie australe de l'Am- rique; elle est principalement commune vers les rivages du dtroit de Magellan. 5'" GENRE. - PACA. COELOGEIWS. Fr. Cuvier, 1807. KoiXo, poche; ^evu, mchoire. Annales du Musum, t. X, CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, |; molaires, |^; en totalit vingt dents. Incisives trs-fortes : sup- rieures aplaties en devant et tronques obliquement en biseau, infrieures trs-lfjrcment compri- mes latralement et arrondies sur leur face antrieure; molaires racines distinctes des couron- nes, d'aboi'd tuberculeuses, puis devenant planes par l'usure, et offrant alors des replis d'mail plus ou moins compliqus dans leur intrieur : celles d'en haut peu prs gales entre elles pour la grandeur : celles d'en bas diminuant graduellement de la dernire la premire. Tte assez grosse. Museau large. Yeux assez grands, prunelle ronde. Oreilles moyennes, ar- rondies. Narines ouvertes transversalement au museau. Bouche pourvue d'abajoues. Peau des joues se repliant sous les arcades zygomaliqucs, qui sont tressaillantes et y forment une espce de poche ouverte en dehors et par en bas. Langue douce. Pieds tous h cinq doigts : lintcrne et l'externe de ceux de derrire tant trs-petits et comme rudimenlaires. Ongles coniques, pais, forts, propres h fouir. Queue remplace par un tubercule nu. Poils courts, assez rares, roides. Corps pais, gros. Mamelles au nombre de quatre : deux pectorales et deux inguinales. RONGEURS. 225 Ce genre a t cr, par Vr. Cuvier, sous le nom de Clogenus, et a pour type l'animal dcrit par les anciens zoologistes sous la dnomination de Cavia pnca. Illiger a rectifi Torthographe du nom gnrique, et il en a fait celui de Clarjenys. G. Fischer {Zoofinos., t. II, 1816) a nomm ce groupe, en franais comme en latin, Paca; enfin on doit lui rapporter le genre Ostcopera de Harlan. Le nom de Coelocjenus, du grec xoo.o;, poche; -j-evu;, joue, provient de ce que les Pacas prsentent des espces d'abajoues. A ces poches extrieures, trs-remarquables, qui se trouvent sous les arca- des zygomatiques, se joignent encore des poches dans l'intrieur de la bouche, qui ne ressemblent pas aux abajoues des Singes, mais qui sont plutt formes, d'une part, par le jugal creus sa face interne, qui en fait le ct extrieur, et, de l'autre, par les muscles des joues, qui en font le ct intrieur. Cette poche, ou plutt cette cavit, s'ouvre vis--vis le vide qui spare les incisives des molaires, et elle ne parat pas tre plus utile l'animal que ces poches externes; elle n'a pas de ligament ni de muscles propres la fermer; elle n'est pas extensible l'extrieur, o une partie os- seuse fait ces parois, et elle ne peut l'tre l'intrieur qu'on s'avanant sous les maxillaires. Le systme dentaire a t tudi par Fr. Cuvier, et nous en avons dj donn les principales par- ticularits. L'anatomie des parties molles a t faite par Daubenton sur un jeune sujet. Les Pacas sont des animaux corps plus lourd encore que les Agoutis, et de taille un peu plus considrable. Ils sont propres l'Amrique mridionale, o ils habitent les forts basses et humides, et c'est en gnral auprs des eaux qu'ils tablissent leur demeure. Us se creusent des terriers la manire des Lapins; mais ces cavits sont beaucoup moins profondes et cdent au poids du corps lorsque l'on vient passer sur elles : ces galeries ont trois issues, qui sont ordinairement caches piir des feuilles ou de petites branches d'arbre. Pour prendre le Paca vivant, on bouche deux de ces issues et on fouille la Iroisime; mais souvent, lorsqu'on est prt le saisir, il se dfend avec achar- nement, cherche mordre et parvient quelquefois s'chapper. Du reste, cet animal est devenu rare dans Us pays qu'il habite, car les chasseurs le poursuivent avec ardeur, sa chair tant trs-recher- che et de bon got. Il se lient souvent assis, et se lave la tte et les moustaches avec ses deux pattes de devant, qu'il lche et humecte de sa salive chaque fois; il s'en sert aussi pour se gratter le corps, de mme que des pattes de derrire. Quoique de grosse corpulence, le Paca court cepen- dant avec beaucoup de lgret et fait des sauts assez vifs; toutefois ses mouvements sont brusques. Il nage et plonge trs-bien. Il a une vie presque exclusivement nocturne; et, de mme que la plupart des espces qui se creusent des terriers, il ne sort gure pendant le jour de sa demeure souterraine. Son cri ressemble au grognement d'un petit Cochon. A l'tat de libert, sa nourriture consiste en fruits et en racines, et les plantations de canne sucre sont parfois ravages par lui. Ces Rongeurs sont trs-propres; on ne trouve jamais d'ordures dans leur demeure, car ils vont les faire au dehors. Le Paca est doux et s'apprivoise facilement; Buffon en a conserv un dont il a fait connatre les habi- tudes, et notre mnagerie du Musum en a souvent possd. Leur alimentation tant trs-facile, car ils mangent de toutes les matires vgtales et mme, dit-on, de la viande, et leur temprament leur permettant de rsister facilement l'action du froid, Fr. Cuvier et d'autres naturalistes ont pens qu'on pourrait les introduire dans nos tablissements ruraux, o ils seraient une bonne acquisition pour l'conomie domestique, cause de leur chair, qui est trs-dlicate. Malheureusement, comme nous le disions ailleurs, cette ide thorique, ainsi que tant d'autres indiques par les naturalistes, et qui semble devoir produire un jour de bons rsultats, n"a pas pu tre mise jusqu'ici en pratique, et il serait mme craindre que la routine des agriculteurs ne pt pas permettre de l'essayer. Esp- rons cependant aujourd'hui sur les efforts de la Socit zoologique d'acclimatation pour introduire dans nos campagnes de nouvelles espces animales. Pendant longtemps on a cru qu'il n'y avait qu'un seul Paca, que l'on rangeait dans le grand genre Cavia; mais Fr. Cuvier a dmontr qu'on devait y distinguer deux espces. Puis rcem- ment on a indiqu, mais d'une manire bien incomplte, des fossiles qui se rapporteraient au mme groupe. i. PACA BRUN ou PACA NOIR CLOGENUS SUBNIGER. Fr. Cuvier. Caractres svcifiques. Pelage gnralement brun en dessus, avec neuf ou dix bandes blanches longitudinales, formes de taches places en srie, tantt bien spares, tantt contigus entre elles; n 29 00 22 G HISTOIRE NATURELLE ventre, poitrine, gorge et face interne des membres d'un blanc sale; moustaches trs-longues, noires et blanches. Longueur totale de la tte et du corps, 0"',55; hauteur du train de devant, 0",35; un pou plus au train do dorrit rc. Cotte espce est le Pac ou Pay de D'Azara, le Paca de Buffon; c'est le Cavia paca des auteurs, et le Clocjenns sxibn'ujcr, Fr. Cuvier. Elle habile la Guyane. 2. lUCA FAUVE. ciOGENUS FVLVUS. Fr. Cuvier. Caractres spcifiques. Se distinguant de l'espce prcdente, 1par ses arcades zygomatiques trs-cartes: 2" par sa tte osseuse, couverte de fortes rugosits qui sont indiques au dehors par les irrgularits de la peau, tandis que le crne est entirement lisse dans l'autre espce, et surtout, 5 par le fond du pelage, qui est fauve et non pas brun. Celte espce, qui n'a t distingue de l'autre que dans ces derniers temps, se trouve principale- ment au Brsil. Ilarlan a dcrit, sous le nom Osleopera platycephala, le crne d'un animal trouv sur les bords de la Delawar il y a prs de cinquante ans; et la plupart des zoologistes pensent qu'il doit tre rap- port l'espce que nous venons de dcrire, Lat a indiqu un Paca pelage blanc qui existerait dans quelques parties de l'Amrique du Sud; mais l'existence de cette espce, qui n'est peut-tre qu'une varit albine, est loin d'tre bien dmontre. M. Lund, en 1859, a signal deux espces fossiles de Pacas {Clogenus laticeps et majoi) pro- pres aux cavernes du Brsil. Fig. 62. Paca. C"" GENRE. - CABI.U. HYDROCHMRVS. Brisson, IT^iG. 'tp, eau; "/.^tpc, Porc. Rgne animal. CARACTERES GENERIQUES. Sijslhnc dentaire : incisives, 'i; molaires, |^^; en totalit vingt dents. Incisives trs-fortes : sup- rieures marques d'un sillon loncfiludinal sur leur face antrieure; molaires composes de lames mailleuses; la dernire, au fond de la bouche, tant en haut qu'en bas, tant aussi grande que les RONGEURS. 227 trois premires prises ensemble et forme d'une douzaine de lames obliques, parallles entre elles: les antrieures prsentant deux ou trois lames fourchues sur le bord externe dans la mchoire d'en haut, et sur le bord interne dans la mchoire dScn bas. Tcte forte, lonque. Museau renjl. Veux assez jrands. Oreilles arrondies, indiocres. Pieds de devant quatre doigts : ceux de derrire trois doigts seulement; tous runis entre eux par des membranes. Ongles forts, obtus. Queue nulle. , Poils rares, grossiers. L'espce unique qui forme ce genre a t ballotte par les auteurs anciens dans plusieurs groupes qui diffrent beaucoup entre eux; c'est ainsi que Linn la rangeait tantt avec ses Cochons, tantt avec les Cavia. Brisson, le premier, en fuie type d'un genre particulier, qu'il nomma Ihjdroehrus, ou Cochon d'eau. Nous avons dj indiqu les principaux caractres odontologiques, et, pour plus de dtails, nous renvoyons l'ouvrage de Fr. Cuvier, o les dents sont dcrites longuement; nous renvoyons aussi ce que dit Daubenton de leur anatomie d'une manire gnrale. lie Cabiai est le plus gros des Rongeurs connus; il nage avec facilit, vit de vgtaux, se runit par petites troupes et peut aisment s'apprivoiser. On n'en connat qu'une espce vivante, mais on en a aussi signal d'autres espces l'tat fossile. CADIAI. Buffon. UYDROCjERVS CAPYBRA. Erxlcben. Caractres spcifiques. Tte grosse, longue, aplatie sur les cts, museau ayant beaucoup plus d paisseur que de largeur; nez rond, de couleur cendre noirtre, avec les ouvertures des narines loignes l'une de l'autre et presque rondes; yeux grands, saillants, noirs; oreilles courtes, arron- dies, droites, nues, chancres l'extrmit et de mme couleur que le nez; cou gros et court; corps pais; croupe ravale; jambes courtes; pieds de derrire presque plantigrades; doigts palms : le second de ceux des pieds de devant tant le plus gros et le plus avanc; le premier et le troisime tant moins gros et placs un peu en arrrire; le quatrime le plus petit et le plus rentr de tous; doigts des pieds de derrire proportion plus forts que ceux de devant, celui du milieu tant le plus grand et ceux des cts moins avancs, tout tant munis d'ongles plats et noirtres; un petit tubercule la place de la queue; poils rares et semblables des soies de Cochon, mais plus fins : ceux du dessus de la tte, du corps et de la face externe des jambes, noirs dans la plus grande par- tie de leur longueur, depuis leur origine, annels de fauve ensuite et noirs la pointe : ceux du tour des yeux, du dessous de la tte et du corps, ainsi que de la face interne des membres, fauves dans toute leur tendue; soies des moustaches de couleur noire; poils du dos les plus grands de tous. Longueur totale, mesure en ligne droite depuis le bout du museau jusqu' l'anus, 0'",80. Cette espce est le Capybara Brasilicnsis, Margrave; le Capivard, Froger; Cochon d'eau. Des- marchais; Sus maximus palustris. Barrire; Hippopotamus acaudatns, Ilill; le Cabiai {Uijdroch- rus), Brisson; Cabiai, Buffon; Sus lujdrochrus, Linn; Cavia capgbara, Gmdn; II ijdrochrus capijbara, Erxleben, Cuvier, A. G. Desmarest, etc. Nous n'avons pas encore aujourd'hui de renseignements complets sur cet animal, et c'est encore Buffon que l'on doit recourir pour apprendre quelques points de son histoire. Le Cabiai, dit-il, n'est point un Cochon, comme l'ont prtendu des naturalistes et des voyageurs; il ne lui ressemble mme que par de petits rapports, et en diffre par de grands caractres; il ne devient jamais aussi grand : le plus gros Cabiai est peine gal un Cochon de dix-huit mois; il a la tte plus courte, la gueule beaucoup moins fendue, les dents et les pieds tout diffrents; des membranes entre les doigts; point de queue ni de dfenses; les yeux plus grands, les oreilles plus courtes; et il en diffre encore autant par le naturel et les murs que par la conformation : il habite souvent dans l'eau, o il nage comme une Loutue, y cherche de mme sa proie et vient manger au bord le Poisson qu'il prend et qu'il saisit avec la gueule et les ongles; il mange aussi des grains, des fruits et des cannes de sucre; comme ses pieds sont longs et plats, il se tient souvent assis sur ceux de derrire. Son cri est plutt 228 inSTOIT NATUUELLK. un braienienl comme celui de l'Ane qu'un grognomeni comme celui du Cochon; il ne marche ordi- nairement que la nuit et presque toujours de compagnie, sans s'loigner du bord des eaux; car, comme il court mal cause de ses longs pieds et de ses jambes courtes, il ne pourrait trouver son salut dans la i'uitc; et, pour chapper ceux qui le chassent, il se jette l'eau, y plonge et va sortir au loin, ou bien il y demeure si longtemps, qu'on perd l'esprance de le revoir. Sa chair est grasse et tendre; elle a plutt, comme celle de la Loutre, le got d'un mauvais Poisson que celui d'une bonne viande. Le Cabiai est d'un naturel tran(piille et doux; il ne fait ni mal ni querelle aux autres animaux; on l'apprivoise sans peine; il vient la voix et suit assez volontiers ceux qu'il connat et qui l'ont bien trait. On ne le nourrissait, Paris, qu'avec de l'orge, de la salade et des fruits; il sVst bien port tant qu'il a fait chaud; il parat, par le grand nombre de ses mamelles, que la fe- melle produit des petits en quantit. Ajoutons que l'on sait aujourd'hui qu'elle peut avoir de quatre huit petits par porte. Le mle porte, au-dessus du museau, une protubrance nue d'o suinte une srosit inodore, et qui doit tre scrte par une glande particulire. Cette espce remarquable habite les contres situes sur les bords des grands fleuves de l'Amri- que mridionale, et principalement au Brsil, la Guyane et au Paraguay. M. Lund indique comme trouvs au Brsil des dbris fossiles de deux Cabiais qu'il nomme Hijclro- chrus affmis capibar et sulcidens. C'est tort que Lesson range auprs de ce genre les Toxodons, car ces animaux sont des dents bien caractriss. DEUXIEME TRIBU. ClIINCHILLIENS. CHINCHILLir Nobis. CARACTRES DISTINCTIFS. Sijsthne dentaire : incisives, |; ^notaires, |E^. Incisives non sillonnes, assez fortes; molaires sans racines distinctes, la partie mailleuse de ces dents formant des ellipses autour de rivoire. Mchoire infrieure ayant la forme ordinaire de celle des Bongcurs amricains ne rentrant pas dans la division des Rats proprement dits. Trou sous-orbitaire considrable pour le nerf sous-or bi- taire et la portion antrieure du muscle. Oreilles plus ou moins grandes. Membres postrieurs du double plus longs que les antrieurs. Queue loncjue , en balai. Pelage doux, lisse. Taille moyenne on petite. Les animaux de cette tribu, dont les types sont le Chinchilla et la Viscache, sont des Rongeurs de l'Amrique mridionale, et dont un genre se trouve cependant en Australie. Ce sont des animaux qui ressemblent assez aux Livres et aux Agoutis, et qui sont surtout remarquables par leur pelage fin et doux, par la longueur de leurs pattes de derrire et par leur queue, principalement garnie de poils, touffue en dessus l'extrmit. Leurs murs sont douces; leur rgime exclusivement her- bivore. Cette tribu a reu les noms de Viscaciens, Isidore Geoffroy Saint-Ililaire; Viscachid^, Lesson; Cai.lomyens, p. Gervais; Chlnchillid.e, Bennett; Chinchillina, Wagner, etc., et nous lui avons donn ceux de Chinchilliens, Chincuillii, pour nous conformer notre nomenclature. Elle comprend les quatre genres Cliincliilla, Lagolis, Ilapalotis et Viscache ou Lagoslomiis, distingus par le nombre de leurs doigts, et ne renferme qu'un nombre assez restreint d'espces, parmi lesquelles quelques- un^s, en petit nombre l'tat fossile, ont t dcouvertes en Europe. RONGEURS. 250 1" GENRE. - CHINCHILLA. CHINCHILLA. Bennett, 1833. Nom propre. Proceedings of zoological Society of Londnn. CARACTRES GNRIQUES. S^isime dentaire : incisives, ^; molaires, |^; en totalit vingt dents. Incisives aigus; mo- laires prsentant trois kimelles obliques. Crdne assez brusquement tronqu, dprim sur la tte et renfl sur !es rgions temporales. Oreilles amples, membraneuses, comme celles des Livres, arrondies au bord et presque nues. Moustaches touffues, composes de longues soies. Membres antrieurs de moiti moins longs que les postrieurs, h pouce parfaitement dvelopp et prsentant cinq doigts bien distincts : membres postrieurs n ayant que quatre doigts. Doigts re- vtus de poils cachant presque les ongles, qui sont petits, peu prs falciformes. Queue moyenne, couverte de poils abondants, en balai. Pelage remarquable par son excessive douceur. Taille de notre Ecureuil, mais corps moins lanc. l^e genre Chinchilla, type de la tribu qui nous occupe, a t cr par Bennett, adopt par Gray et par la plupart des zoologistes. Ce groupe gnrique a t form pour un Mammifre clbre par la belle fourrure qu'il donne au commerce, et qui n'a t bien connu qu'il y a un petit nombre d'an- nes. Ce genre correspond au groupe des Eriomys {tv.r.^, laine; pj,-, Rat) de M. Vanden Hven (By- dragen der naturk. Wetenschappe7i, t. VI, 1856) et de Lichstenstein, et en partie au genre Callo- mqs {kv.Io;, beau; u.y;, Rat) de M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire {Annales des Sciences naturelles, 1830). Mais, de toutes ces dnominations, celle de Chinchilla, qui rappelle le nom de l'espce typi- que, nous semble devoir tre prfre. Parmi les naturalistes classiticateurs, c'est Molina, le premier, qui assigna un nom scientifique au Chinchilla, et, dans son Histoire naturelle du Chili, publie en 178:2, il en fait une espce du genre Rat sous la dnomination de Mus laniger. Mais plus tard, lorsque l'on eut senti la ncessit de partager le grand groupe des Mus en plusieurs genres particuliers, on ne sut quelle place assigner aux Chin- chillas, et presque tous les auteurs ne parvinrent pas un heureux rsultat. Aussi G. Cuvier pr- fra-t-il faire du Chinchilla une espce incertce sedis, ne sachant, comme le fait observer M. P. Ger- vais, s'il devait en faire un cureuil avec Alonzo De Ovalle, un Rat selon Molina et quelques autres, un Hamster avec Et. Geoffroy Saint-Hilaire, un Lemming d'aprs Thiedemann, un Cavia ou mme un Lagomys; opinions assez diverses et dont aucune cependant n'approchait de la vrit. G. Cuvier, jugeait mieux du Chinchilla lorsqu'il le rapprochait de la Viscache, en disant que celle-ci ne peut gure tre qu'une grande espce de Chinchilla poil moins long et moins doux. En effet, les obser- vations rcentes de MM. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Yarrell, Benneit, le docteur Emmanuel Rous- seau, Lesson, P. Gervais, Lichstenstein, Vander Hven, Fr. Cuvier, Gray, Sihmidt-Meyer, etc., montrrent que le Chinchilla et la Viscache ou Lagostome, bien que distincts l'un de l'autre, diff- rent encore plus des autres Rongeurs qu'ils ne diffrent entre eux, et qu'ils forment un petit groupe appel d'abord Calloniys ])nv M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, groupe auquel on doit joindre le Lagotis et les Hapalolis, et qui est devenu une tribu particulire. Quant la place qu'elle doit oc- cuper dans la srie zoologique, il semble dmontr, par l'ensemble de ses caractres, qu'elle doit tre rapporte la famille des Caviens, auprs des Agoutis. Quelques particularits curieuses ont t remarques dans l'organisme, et spcialement dans le squelette des Chinchillas, mais nous ne pouvons entrer dans des dtails- ce sujet. Le systme den- taire a t longtemps mal connu, mais aujourd'hui on sait qu'il se rapproche beaucoup de celui des Agoutis et genres voisins. Les mamelles sont au nombre de trois paires; savoir : une inguinale et deux latrales la partie antrieure de l'abdomen. L'intestin est pourvu d'un ccum considrable. 250 HISTOIRE NATURELLE. L'orgaiiisaiion du Chinchilla n'est connue que depuis un petit nomhre d'annes; mais l'animal lui- mme tait cit depuis loni^temps et pins ou moins compltement dcrit dans les ouvrages des natu- ralistes et des voyageurs. Le pre .lost'|)h Acosta, dans son Ilsiore des Indes, publie Barcelone en 1591, parle dj de ces Rongeurs sous le nom qu'ils portent vulgairement aujourd'hui et les com- pare l'cureuil, a Les Chinchillas, dit la traduction franaise du livre d'Acosta, sont de petits ani- maux comme escurieux (Ecureuils), qui ont un poil merveilleusement doux et lisse, et qui se re- trouvent en la sierra du Prou. Un navigateur anglais, Richard Ilawhins, dans son Voiiaje la mer du Sud, imprim Londres en 1593, en fait mention sous le nom de Ilardilla. La peau, dit-il, est la plus douce, la plus dlicate, la plus curieuse fourrure que j'aie jamais vue. Elle esttrs-estime dans le Prou, et le mrite en effet. Peu viennent en Espagne, parla difficult de les y transporter, et parce que les princes et les nobles du pays s'en emparent. Alonzo De Ovalle, dans sa Uelaon liis- tor'ique du roijaumc du Chili, publie Rome en i646, parle du Chincinlla comme d'une espce d'cureuil, et il commet une grave erreur, qui malheureusement a t reproduite depuis par Buf- fon, en confondant ce Rongeur avec la Chinche, qui n'est autre chose qu'une espce de Meplniis. D'Azara, beaucoup plus tard, a relev cette erreur de Buffon et a dit quelques mots du Chinchilla. En 1782, l'abb Molina, dans son Essai sur l'Histoire naturelle du Chili, parle aussi des Chin- chillas; mais son ouvrage, publi Bologne, est crit de mmoire, et, par suite, peu descriptif; il y considre le Chinchilla comme une espce de Mus sous le nom de Mus laniger, et donne quelques dtails sur ses murs. Tous les dtails que l'on avait jusque-l taient incomplets et laissrent les naturalistes en suspens jusque vers 1 825, o les fourreurs en reurent des peaux entires qui per- mirent d'en mieux prciser les caractres; enfin quelques individus vivants furent observs dans les mnageries d'Europe, et, grce aux remarques des naturalistes que nous avons nomms plus haut, on put connatre enfin ces animaux d'une manire satisfaisante. Mais n'est-il pas tonnant qu'un petit animal, qui parat extraordinairement multipli dans le Chili et le Prou, en juger par la prodi- gieuse quantit de peaux que l'on retire de ces pays, et qui y est trs-recherch, soit rest jusqu'en ces derniers temps un objet de doute et de controverse? Ces animaux sont des Rongeurs de petite taille, ayant l'aspect et les murs des Livres. Selon Molina, ils vivent dans des trous qu'ils se creusent dans la terre, et l'on rapporte que dans quelques parties des Andes chiliennes leurs terriers sont assez nombreux pour ajouter encore la difficult des chemins; ce sont des animaux sociables, et leur humeur est si douce, qu'on peut les prendre dans la main sans qu'ils cherchent mordre ni mme s'chapper. Ils semblent prendre un grand plaisir tre caresss : en place-t-on un sur soi, il y reste aussi tranquille que s'il tait dans sa pro- pre demeure; et cette douceur extraordinaire est due probablement sa pusillanimit, qui rend le Chinchilla trs-timide. Comme ce petit animal est excessivement propre, on ne peut craindre qu'il salisse les habits de ceux qui le tiennent, ou qu'il leur communique aucune mauvaise odeur, car il en est entirement exempt. Par cette raison, il peut habiter les maisons sans aucun dsagrment, et presque sans occasionner de dpense; car celle-ci serait trs-amplement compense par le produit de la fourrure du Chinchilla. Les- Chinchillas que l'on a possds vivants Londres et Paris n'taient pas tous aussi familiers que ceux dont nous avons parl d'aprs Molina. Toutefois M. Bennett en cite un qui, rest pendant un an en possession de lady Knighton avant d'tre donn la Socit zoologique de Londres, avait t tenu dans un appartement, et qu'on pouvait laisser courir dans la chambre. Ce Chinchilla, en effet, tait doux et assez apprivois; il tait trs-vif, courait trs-bien et pouvait atteindre d'un seul bond le dessus d'une table ordinaire. Sa nourriture consistait principalement en herbes sches, telles que du trfle et de la luzerne. Un autre individu de la mme espce, observ galement par M. Bennett, prfrait les graines et les herbes succulentes. Placs dans la mme cage, sans avoir pu s'observer pralablement distance, et par consquent sans se connatre dj, ces deux Chinchillas se batti- rent outrance, et l'on dut les sparer. Les femelles ont chaque ajane deux portes de trois ou quatre petits chacune : aussi le nombre de ces animaux est-il trs-considrable, principalement dans certaines montagnes du Chili et du P- rou. Leur nourriture se compose gnralement de plantes bulbeuses. La fourrure de ces Rongeurs est trs-recherche, et c'est ce qui les a rendus l'objet d'une chasse rs-aciive pour laquelle on emploie des Chiens dresss les prendre sans endommager leur pelage RONGEURS. 231 si (in et si doux. Dans ces chasses, les Chiens sont le plus souvent conduits par des enfants; mais Ton comprend qu'une branche de commerce aussi importante que celle des peaux du Chinchilla doit occuper un grand nombre d'hommes dans les rgions que ces animaux habitent, et que les moyens de les chasser doivent varier assez notablement. <( Les poils du Chinchilla, dit Acosta, sont merveil- leusement doux et lisses, et on porte leur peau comme une chose exquise et salutaire pour chauffer restomac et les parties qui ont besoin de chaleur modre. D'aprs Alonzo De Ovalle, il parat que les anciens Pruviens tissaient le poil des Chinchillas pour en faire des toffes, et surtout de chaudes couvertures pour les lits; mais cet usage est entirement abandonn aujourd'hui, tandis qu'un nom- bre trs-considrable de peaux de ces Rongeurs est exporte, et sert en Europe dans l'art de la pelle- terie, et constitue l'une de nos meilleures fourrures. Un trs-grand nombre de peaux de Chinchillas sont annuellement expdies en Europe par Valparaiso et Santiago : ces peaux sont dj prpares, et manquent, comme presque toutes celles qui sont livres au commerce de la pelleterie, des diff- rentes pices du squelette, des membres mmes et de la queue : on comprend ds lors comment les caractres zoologiques de (-ette espce taient rests ignors malgr le nombre immense des indi- vidus qu'on sacrifiait chaque anne. Pendant la grande mode, le chiffre des fourrures expdies en un an tait si considrable, que les autorits chiliennes ont d prendre des mesures pour viter la destruction complte de l'espce. Schmidt-Meyer, dans son Voijage an Chili et aux Andes, publi en 1824, rapporte dj que l'usage immodr qu'on en faisait cette poque avait occasionn une vritable destruction de ces animaux; et cependant, comme le fait remarquer M. P. Gervais, de 1828 1832, il s'est vendu, Londres, dix-huit mille peaux de Chinchillas. Depuis une vingtaine d'annes, on porte moins cette fourrure en France; mais elle est encore assez loin d'tre passe de mode en Angleterre. Fig. 63. Chinchilla. On ne connat d'une manire complte qu'une seule espce de Chinchilla, et c'est elle que se rapportent tous les dtails dans lesquels nous sommes entrs. Toutefois on en a fait connatre, ds 1850, une seconde espce, le Callomys aureiis, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, mais sur laquelle on n'a pas encore toutes les donnes ncessaires pour qu'on puisse l'admettre sans aucun doute. MM. Croizet et Jobert ont signal, dans les terrains tertiaires de l'Amrique, des dbris fossiles qu'ils rapportent au genre Chinchilla. Ces dbris consistent en des mchoires dents molaires au nombre de quatre paires, et couronne prsentant des lamelles semblables celles des Chinchillas actuellement vivants. MM. De Laizer et De Parrieu tablissent avec ces fossiles le genre Archomijs, et M. Croizet en fait le genre Gcrijoviomijs. 232 IIISTOII NATHUKLLE. CIlIlSClllLLA. (IIINCUILIA LAMGEllA. IJeniiell. CAnACTKRES sPKCiFiQUES. Pclage d'un gris de perle, de nuance suave, ondul de blanc sur toutes les parties suprieures du corps, et de gris clair sur les rgions infrieures; poil d'une extrme finesse et d'une grande douceur au loucher; moustaches noires et blanches; queue termine de brun. Taille du Sciurus vulgnris. Celte espce, qui se trouve trs-communment dans les montagnes du Chili et du Prou, est le Cliinch'illa du commerce, et a successivement reu les dnominations scientiliques de Mus lanujer, Molina; Chinchilla lanigera, Bennelt; Eriomijs chinchilla, Lichstenslein, et Callomys laniger, Isi- dore Geoffroy Saint-Hilaire. 2""= GENRE. LAGOTIS. LAGOTIS. Bennelt, 1852. Aa-^'o, Livre; w;, oreille. Proceedings of ihe zoological Society of London. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, ; molaires, *^; en totalit vingt dents assez semblables celles des Chinchillas. Incisives aigus; molaires prsentant sur leur couronne trois lamelles obliques, entires. Oreilles longues. Pieds, aussi bien en avant quen arrire, quatre doigts : le pouce manquant compllemeni: Ongles faibles, bien que lgrement falciformes. Le genre Lagotis correspond celui des Lagidium ().a-^i^icv, petit Lapin) de Meyer {Acta natur Curiosorum, t. XVI, 1835), et diffre des autres genres de la mme tribu par l'organisation de leurs pattes. En effet, dans les Lagotis il y a quatre doigts chaque membre; tandis que dans les Chin- chillas il y en a cinq en avant et quatre en arrire; chez les Viscaches quatre antrieurement et trois seulement postrieurement, et, enfin, chez les Ilapalotis, quatre devant et cinq derrire. Du reste, les Lagotis ont tout le facis des Chinchillas et des Viscaches, et rappellent aussi celui des Livres. L'espce typique de ce genre, la seule qui ait t dcrite pendant trs-longtemps, est : LAGOTIS DE GUVIER. LAGOTIS CUVIERI. BenneU. Caractres spcifiques. Pelage compos de poils trs-longs, d'une souplesse remarquable, m- langs de longues soies noires, et de poils soyeux, blancs leur sommet et lavs de bran jauntre, ce qui lui donne une coloration gnrale gris de cendre reflets satins; oreilles ayant la forme d'un paralllogramme, arrondies au sommet, mesurant 0"',00 de hauteur; moustaches paisses, d'un noir de jais, trs-longues; ongles entirement cachs dans l'paisseur des poils qui recouvrent les doigts. Taille et proportions gnrales d'un Lapin; queue aussi longue que la tte et le corps. Cette espce est le Lagotis Cuvieri, Bennelt, et ne parat pas devoir tre distingue du Larfulium Peruanum de Meyer, qui est caractris par ses mains quatre doigts et ses pieds trois doigts seulement, avec un rudiment de quatrime doigt au cl externe. M. Bennelt ne doute pas, et ses raisons paraissent pcremptoires, que ce ne soit de ce Ilongeur, confondu avec le Lagostome sous le nom vulgaire de Viscaccia ou Viscache, adopt par les croles espagnols, que parlent Acosta, Garci- lasso, De Lart, Niercmberg, l'euille, Ulleo, Vidouro. Molina mme, Schmidl-Meyer, Stevenson, etc. : en effet, comme le fait remarquer Lesson, le Lagostome est un animal des pampas de Bunos-Ayres I*"i:;. I. li.iliiriiussa. Fijf. '2. Pcari tnjassou. fl. 58. IWNGl^URS. 235 ot du Paraguay, et lo Lagotis de Cuvier semble confin sur le penchant occidental des Andes an Llliili comme au Prou. Les autres Lagotis sont les suivants : \ Lagotis pallipes, Bennett, probablement le Lac;otisinnjnr, Lesson, du Tucuman; et 2" Lagotis obliger, Lessoii, Fr. Cuvier, qui ne diffre pas du Mus inauU- 71US, Molina, et qui provient de la Plala. 5'"" GENPiE. - HAPALOTIS. UAPALOTIS. Lichsienstein, 1829. AiraXo, molle; w:, oreille. Saiiithier. CARACTERES GENERIQUES. Sifsthnie (loitairc semblable celui des Chinchillas el se lapprochani aiissi de celui des Hais. Oreilles ovalaires, trs-grandes, droites, lgrement ucumines au sommet. Moustaches trs- grandes. Tcte semblable celle des Chinchillas. Train de derrire peu prs de mme grandeur que celui de devant. Pieds abondamment velus en dessus, quatre doigts antrieurement et cinq doigts postrieurement. Queue longue, grcle, couverte de poils tas. Corps ae la forme de celui du Chinchilla, mais pins petit. / i-r' _c A ijn'N_:c Fig. 64. Ilapalotis pieris blancs. Ce genre, particulier l'Australie, se dislingue des autres groupes de la mme tribu par le nom- bre de ses doigts : il y en a quatre en avant et cinq en arrire, contrairement ce qui a lieu chez les Chinchillas, Lagolis et Viscaches, avec lesquels il a cependant de trs-grands rapports. Ce genre cor- respond celui des Conilurus 'wv.o;, Lapin; '>upa, queue) de M. Ogilby {Transactions of Linnean Sociclij of London, t. XVIH, 1858). Selon quelques zoologistes, ce genre ne serait pas ici sa vritable place, et, par la forme de son crne ainsi que par celle de son systme dentaire, il semblerait devoir tre compris dans la famille des Muriens, entre les Gerbilles et les Uats; mais, comme d'autres caractres les rapprochent aussi des (chinchillas et des Viscaches. nous le laisserons dans la tribu des Chinchilliens. K' oO 2r)4 IIIST(Hr,K NATimi-FXK. ]j.\ seule espce connue est : liAI'AI.OTIS A riEDS BLANCS. DAPALOIIS M.niPI-S. l.i(l.stonsleiii. CAnACTKREs .PKoiFiQL'Es. Pclagc cu gnral d'un brun enfum, avec les mains et le ventre blancs. Taille du .Surmiilol. Celte es|)ce, que M. Ogilby nomme Covilitriis consinictor, vit la Nouvelle-Hollande, principa- lement dans les montagnes Dleues, o Ta dcouvert le voyageur Sieber. 4""' GExNRE. VISCACilE. LAGOSTOMUS. Drookes, 1857. Aa"j'&;, Livre; aTOu.a, bouche. I.iniicaii tr;ins:ictions of Lomloii Sociply. CARACTRES GNRIQUES. Sjislcmc dentaire : Incisives, |; molaires, 'j^\; en lotalil vingt dents. Incisives trs-longues, accoles, triangulaires, lisses en devant, paisses, tailles en biseau gal: infrieures un peu plus courtes que les suprieures ; molaires obliques, couronne eu lames simples ou en V. Tte courte, bombe, front trs-lev, nez obtus, narines en fentes troites, en demi-cercle. Moustaches composes de soies longues, rigides, partant toutes d'un mme point, en formant fais- ceau leur base. Joues trs-renfles. Oreilles niiliocres, nues en dedans, poilues en dehors, trian- gulaires , dilates la hase, qui est borde en arrire par un renflement. Membres antiieurs courts, grles, face palmaire nue, termins par quatre doigts presque gaux : l'interne et l'externe cependant un peu plus courts que l56 HISTOir.K NATURELLE. blanc pur, sont rudes leur naissance, puis trs-fines, et toutes dirii^es en dehors. Le pelage est partout abondant et pais, (les animaux restent assis sur bnir dwTire la manire des Lapins, portent leurs aliments la bouche, en se servant de leurs petites mains pour les enfoncer. Leur marche se compose de sauts ri^uliers, de devant en arrire, par le jeu sinudtan des deux mem- bres, soit antrieurs, soit postrieurs. l>eur nourriture consiste en herbes lgumineuses et en grami- nes qu'ils broutent, principalement en une espce de luzerne qui couvre les pampas. Les dgts occasionns par les Yiscaches aux jardins portent les cultivateurs leur faire une chasse active. L'ac- couplement a lieu dans la belle saison de riimisphre suil, c'est--dire en dcembre, en janvier et en fvrier, i^a femelle donne le jour deux ou quatre petits, qu'elle porte pendanl quatre ou cincj mois. La chair de ces animaux ne sert point la nourriture. On les tue cause des ravages qu'ils font dans les plantations, et pour r(>tirer de leur pelage (piclques services. On pourrait utiliser leurs poils dans la confection des chapeaux de feuire. D'Azara dit de la Viscache qu'elle vit par petites troupes et se creuse des terriers profonds et com- pliqus dans leurs galeries, qui sont dsignes par le nom de vincaclircs; que les espaces qu'il a ainsi mins sont dangereux pour les personnes qui voyagent Cheval, parce qu'elles risquent d'y faire des rhutes; que c'est pendant la nuit que c t animal sort de sa retraite pour rechercher sa nourriture, qui est tonte vgtale; que, lorsqu'il est poursuivi, il court avec moins dQ^vlocit que le Lapin et s'empresse de regagner son terrier, dont il ne cherche pas sortir si on en bouche toutes les issues, que sa chair, quand il est jeune, est blanche et de bon got, etc. Molina rapporte de son Lcpus viscacc'ia qu'il se creuse des terriers deux tages qui communiquent par des escaliers en vis, et que, demeurant dans l'tage infrieur, il amasse ses provisions d'hiver dans le suprieur, etc. La Viscache habite les plaines rases nommes pampas, qui constituent au nord de l'Amrique! une vaste tendue de terrain situe entre le vingt-neuvime et le trente-neuvime degr de latitude sud. et plus exclusivement dans les pampas de la Plata et du Paraguay. Nous avons dit qu'il n'y avait qu'une espce bien authentique de Lagoslomus, cependant Lesson lloco cHalo) en indique deux : 1" La CR.iiNDE Viscacke grise, avec de longues soies brunes, d'paisses moustaches noires formant sur les joues deux bandes de favoris Irs-prolongs, que surmontent deux raies blanches, et queue mdiocre; et 2 la Viscache a crins, dont le pclai^e est uniformment brun, et remarquable par sa queue longue, couverte de crins noirs, pais, varis de noir et de blanchtre; par ses oreilles aigus et prolonges, et ses moustaches remarquablement longues. M. Meyer admet galement plusieurs espces dans ce genre. LESr.STPE Fis- 00. l'iloii. - l'aije ll'2. PACHYDERMES. On peut, dans une mthode vritablement naturelle, subdiviser les Mammifres en plusieurs grou- pes principaux d'aprs l'organisation des parties qui servent la locomotion. Les uns, tels que les Singes, ont la facult de prendre les objets qui les entourent avec une seule main, en opposant le pouce qiii est spar, tous les autres doigts, et peut ainsi former la pince et saisir les objets les plus dlicats; le dessus de chacun des doigis est arm d'un ongle plat et sans force, qui ne sert qu' donner un peu plus de fermet l'extrmit de ces mmes doigts. Les autres Mammifre% et c'est la grande majorit, ont les doigts presque runis en un seul paquet, et n'ont point par cons- quent la facult de les opposer les uns aux autres; les ongles sont forts et crochus dans ceux qui, comme les Carnassiers, se nourrissent essentiellement de chair, et ils sont plus ou moins obtus, njais non moins forts, dans ceux qui vivent presque exclusivement de substances vgtales, comme les Rongeurs : et tous constituent les Mammifres ougnculs. Il en est, enfin, qui ont les extrmi- ts des doigts enveloppes par une substance corne, plus ou moins paisse, que l'on nomme saboi. Ces derniers animaux ne se servent pas du tout de leurs pattes pour porter leur nourriture la bou- che, ainsi que peuvent le faire d'une seule main les Quadrumanes, ou bien l'aide des deux extrmi- ts antrieures la fois, ainsi que le font les espces de r.:irnassiers et de Rongeurs qui sont pourvus de clavicules; et ces Mammifres sabot ne peuvent, au contraire, se procurer leurs aliments, qui consistent ncessairement en matires vgtales, qu'en tes prenant immdiatement avec la bouche, ce qui dtermine le plus ordinairement une longueur telle dans le cou, que l'animal peut couper l'herbe ses pieds sans tre oblig de se coucher, ou l'existence d'une nouvelle espce de main, comme la trompe de l'lphant, l'aide de laquelle il lui est facile de ramasser les objets qui con- viennent sa subsistance. Ces animaux ont reu le nom de Mammifres onguls ou sabuis. Parmi eux se prsente d'abord un groupe facile caractriser, celui des Rinninanis; en effet, ce sont, de tous les Mammifres, ceux qui sont le plus minemment constitus pour vivre de substances vg- tales; leur systme dentaire est appropri ce genre de nourriture, et leur estomac est divis en plusieurs poches qui sont autant d'estomacs spars et qui diffrent entre eux par la nature, l'pais- seur et la forme des replis intrieurs de leurs parois; chez eux, la digestion se fait en deux temps, ce qui constitue l'acte de la rumination. Mais il est encore des Mammifres onguls qui ne rumiiieni pas et qui par cela mme sont intermdiaires aux Mammifres onguiculs herbivores et aux Onguls 238 HISTOIRE NATURELLE. ruminaiils; ces animaux coiislilnent l'ordre des Pachydebmes [Pachijikrmi, G. Cuvier), qui tirent leur nom du grec, ira/u,', pais; ^cpjy.a, peau, indiquant l'paisseur de la peau de la plupart dfntre eux. Linn, le premier, en 1755, dans son Siisiemn natur, forma ce groupe primordial de Mammifres cl l'indiqua sous la dnomination de Bcllufr. Depuis, en 1795, dans le tome II du Magasin encij- clopiliquc, G. Cuvier et Et. Geoffroy Sainl-llilaire crrent l'ordre des Pachijdcrmea, qui corres- pondait aux Dellu, dont ils avaient cependant spar les Clit-vaux, qui formaient alors Tordre des SoUpalrs, et ils plaaient entre ces deux divisions l'ordre entier des Ruminants ou Pecora de Linn. Plus tard, en 1817, dans la premire dition de son Rgne animal, G. Cuvier sentit la n- cessit de revenir la division de Linn, et il plaa de nouveau, sous le nom gnral de Pachyder- mes, tous les Bellit de ce clbre naturaliste; toutefois les Cabiais, qui en faisaient partie, en ont t retirs, et les Damans y ont t. au contraire, placs. Cette classification de G. Cuvier, quoique combattue plusieurs fois par de savants zoologistes, est encore a.ssez gnralement adopte. D'aprs G. Cuvier, les Pachydermes peuvent tre ainsi caractriss d'une manire gnrale : Mam- mifres sabot, (lonl les pieds servent tmiquement de soutien; n'agant jamais de clavicule; les avant-bras restant toujours dans Vctat de pronation; se nourrissant exclusivement de vgtaux, mais ne ruminant pas; formes hahitucllemcnt, dans le plus grand nombre des cas au moins, lourdes et aijani une peau d'une grande paisseur. Ces animaux sont subdiviss en trois grandes familles : les Proboscidiens. les Pachydermes ordinaires et les Solipde^. l'^ famille. Les PR0B0scIDIE^s ou Pachydermes a trompe et a dfenses, qui ont cinq doigts bien complets dans le squelette, mais tellement encrots dans la peau calleuse qui entoure le pied, qu'ils n'apparaissent au dehors que par les ongles attachs sur le bord de cette espce de gros sabot. Les canines et les incisives proprement dites leur manquent; mais, dans leurs os incisifs, sont im- plantes deux dfenses qui sortent de la bouche et prennent souvent un accroissement norme. La grandeur ncessaire aux alvoles de ces dfenses rend la mchoire suprieure si haute et raccourcit tellement les os du nez, que les narines se trouvent, dans le squelette, vers le bout de la face; mais elles se prolongent dans l'animal vivant en une trompe cylindrique compose de milliers de petits muscles diversement entrelacs, mobiles en tous sens, dous d'un mouvement exquis, et termine par un appendice en forme de doigt. Les parois du crne contiennent de grands vides qui'rendent la tte plus lgre. La mchoire infrieure n'a pas du tout d'incisives; except toutefois dans quel- ques espces fossiles. Cette famille comprend les deux genres principaux lphant et Mastodonte: le premier, que l'on trouve dans la nature vivante, et le second, que l'on ne rencontre qu' l'tat fos- sile, auxquels on doit joindre le genre Dinotlierium, galement fossile. 2* famille. Les Pachydermes ordinaires, qui ont quatre, trois ou seulement deux doigts leurs pieds; ceux chez lesquels les doigts sont en nombre pair ont le pied en quelque sorte fourchu, et se rapprochent, plusieurs gards, des Ruminants par le squelette, et dans un petit nombre d'espces mme par la complication de l'estomac; chez presque tous la peau est trs-paisse. Les principaux genres qu'on place dans cette famille sont ceux des Hippopotame, Cochon, Phacochre, Pcari, Bhinocros, Tapir, Dnvinn, pour les animaux vivants; et ceux si clbres des Anoplotheriiim, Pa- lotherium. Lophiodon. Anihyacolherium, etc., pour les fossiles. 5* famille. Les Solipdes, qui n'ont qu'un doigt apparent et un seul sabot chaque pied, quoi- qu'ils portent sous la peau, de chaque ct de leur mtacarpe et de leur mtatarse, de petits os ou stylets qui reprsentent deux doigts latraux. On ne connat qu'un seul genre dans cette famille, celui des Chevaux ou Equus, que l'on a cherch subdiviser dans ces derniers temps. llliger (Prodronnis siistcmaticus Mammalium et Avium, 1811) divise l'ordre des Pachydermes en deux groupes distincts : 1" les Multungula, comprenant les Proboscidiens et les Pachydermes proprement dits, et 2" les Solidungula, ne renfermant que les Solipdes. De Blainville, dans ses divers ouvrages, depuis sa classification zoologique, propose en 1810 dans le Bulletin de la Socit phiiomath'ique de Paris, jusqu' son Ostographie, publie en 1850, a apport dans le groupe des Bellu des modifications importantes; il en a spar les Elphants, dont il fait un ordre part sous la dnomination de Gravigrades, en leur adjoignant les Lamantins; il a runi ensuite tous les animaux sabot, c'est--dire les Pachydermes proprement dits et les Ru- minants, dans un seul ordre sous le nom d'Ongulog rades, et son sous-ordre des Bellu ne corn- PACHYDERMES. 259 prend plus les Clievaux, qui forment, comme les Belliiae et les Ruminants, un groupe particulier de l'ordre des Ongulogrades. Fis. 67. Rhinocros de Sumatra. M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire, il y a dj prs de trente ans {Diclionnnire class'ujue, t. XII. 1827), fait remarquer combien Tordre des l'achydermes, tel que l'a constitu G. Cuvier, est peu na- turel, et, aprs avoir dit que dans la division des Mammifres onguls Tordre des Ruminants peut aisment tre distingu par l'ensemble de son organisme, tandis que celui des Pachydermes n'est base que sur un caractre purement ngatif, celui de ne pas ruminer, il ajoute : Parmi eux le nom- bre des doigts varie de un trois, quatre et mme cinq; les dents sont tantt de trois sortes et tantt de deux seulement; la peau, le plus souvent nue, est quelquefois couverte de poils pais; Tes- tomac est tantt simple et tantt divis en plusieurs poches; parmi eux se trouvent, avec de trs- petites espces, les plus grands de tous les Mammifres, et avec des genres trs-rapprochs tous gards des Ruminants, d'autres que la bizarrerie de leurs formes et les anomalies nombreuses do leur organisation signalent entre tous l'attention du naturaliste; en un mot, l'ordre des Pachyder- mes runit le Daman au Mastodonte, le Cheval au Rhinocros, le Sanglier l'lphant. Ces diff- rences normes entre les genres de Tordre des Pachydermes ont motiv sa subdivision en plusieurs groupes d'un ordre infrieur que G. Cuvier nomme des familles, et que plusieurs naturalistes ont con- sidrs comme de vritables ordres... Le seul genre Equus spar des Pachydermes, cet ordre de- vient beaucoup plus naturel, et il devient possible de lui assigner quelques caractres gnraux; tel que celui de l'paisseur de la peau, qui a fourni G. Cuvier et Et. Geoffroy Sainl-Ililaire le nom mme de Pachydermes; tel est encore celui de l'existence de poils soyeux et rudes, mais peu abon- dants, et quelquefois mme trs-rares, qui tantt sortent du milieu des poils laineux et tantt exis- tent seuls. )) Dans ses classifications rcentes, M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire admet toutefois Tordre des Paciiydermes tel qu'il est indiqu dans le Rgne animal; mais il y forme un plus grand nombre de familles. Pour lui, les Pachydermes ont pour caractres principaux : dents dissemblables; ^membres antrieurs termins par des colonnes; estomac simple ou divis en poches places bout bout, dont la premire seule communique avec l'sophage. Les familles sont les suivantes : i" Hra- ciDs : ongles dissemblables. Genre Daman. 2 lphaktids : ongles similaires; trompe bien dveloppe. Genre Elpliant. 5" TAPiniDs, A" RHhNocr.iDs, 5 Iippopotawids : ongles simi- laires; trompe rudimentaire ou nulle; plusieurs sabots de forme symtrique. Genres Tapir, Rlimoc. ros. Hippopotame. 6 Suids : ongles similaires; trompe nulle; deux sabots principaux aplatis en dedans. Genres Phacochre, Sanglier, Babiroussa, Pcari. T^Equids : ongles similaires; trompe nulle; un seul sabot. Genre Cheval. Dans ses classifications zoologiques, publies dans les Mmoires de la Socit d" Histoire natu- relle de Strasbourg et dans la Picvae zoologiqite, ainsi que dans ses cours du collge de Erance et du 240 HISTOIRE NATURELLE. Miist'um d'IIisloirc naturelle, M. Duvornoy propose de disposer les l'acliydermes aiitremcni que ne l'avait fait G. Cuvior. Dans ces premires publications, ees Mammifres doivent tre rangs en trois ordres tout fait distincts les uns des antres : 1" les I'roboscidif.ns, oaraetriss par leur longue trompe et leurs grandes dfenses, et ne renfermant que deux familles, celles des Elcplinnis et des Mdslodonlcs; 2" les Paciivdermes, caractriss par leur peau paisse, qui ne sont pas subdiviss en familles et comprennent les genres Bh'mocros, Tapir, Daman, Palolhcrum, Sanilier, llippo- polamc, Aatlirncollieriuni, Adapis, etc.; toiles Soi.iriiDES, forms par le seul genre Clieval, si distinct des autres Onguls. Dons son cours de 185i du Musum d'Histoire naturelle, M. Duver- noy indique quelques modifications ses dassiiications prcdenles. il forme, sous le nom iVOufjii- Ics ou MammJlercs sabot, un ordre qu'il subdivise en trois sous-ordres, ceux des Probosc'idicns, Paclujdcrmes et Buminanls. Le premier de ces sous-ordres comprend la famille des Elphants (genres Elphant, Mastodonte, et Dinothcriuni, et le second trois tribus : 1" celle des Omnivores, ou famille des Suids (genres Sanfjlier, Hippopotame, Chropolame, Hijracothvrnm, IJijoitic- r'unn, Palocherus et Entelodon); 2" celle des Phipophages, comprenant le genre Daman, et les familles des Rhinocros (genres Rhinocros et Stroceros), Eqmds (genres Cheval, Hipparion, Elasmothcrium), PaUeolhriens (genre PaUvolheriiim), Tapirs (genres Tapir et Lophiodon\ ei 3 la famille des Anoplolhriens {genres, Anoplolhcrium, Ansodon, Anihracotherium, Dichobnne' Xiphodon, lijopoiame et Adapis) : quant au troisime sous-ordre, celui des Ruminants, nous y reviendrons plus tard. Pour nous, dans cet ouvrage, nous suivrons la classification de G. Cuvier, tout en convenant que l'association du genre E(pnis, et mme celle des lphants, aux autres Pachydermes nous parat loin d'tre naturelle; mais, comme nous adopterons les familles de G. Cuvier, que nous regarderons comme des sous-ordres, il n'y aura changer (|ue la valeur de noms de subdivisions primordiales pour passer de la classification de l'auteur du Rcfjne animal celle de la plupart des zoologistes modernes. Quant la position sriale des Pachydermes, elle a peu vari selon les auteurs; car, si d'un ct l'ensemble de leurs caractres les rapproche beaucoup des Ruminants, quelques-unes des parti- cularits qu'ils prsentent tendent ne pas trop les loigner des Rongeurs. C'est donc entre ces deux ordres qu'ils doivent tre placs, et toutefois nous devons convenir que quelques-uns d'entre eux, tels que les Chevaux, ne se lient pas parfaitement avec les groupes ct desquels on est oblig de les placer; et, en outre, que les dents, ordre assez anomal, ont t quelquefois rangs avant eux. L'ordre des Pachydermes renferme les plus grands animaux terrestres connus, et aussi de trs- * singuliers dans leurs formes; l'lphant, avec sa longue trompe et ses fortes dfenses; l'ilippopotame, dont le corps est si difforme, et la bouclie garnie de dents si anomales par leur figure et leur distribu- lion; les lUiinocros, dont le front est arm d'une ou deux cornes formes de poils agglutins; le Daman, si semblable aux Rongeurs par son extrieur, mais si voisin des Rhinocros par son organi- sation interne; le Tapir, qui a quatre doigts aux pieds de devant et trois seulement ceux de der- rire,- et dont le nez, prolong en trompe, rappelle quelque peu celui de Tlphant; les Anoplolh- rium, dont on ne connat que les dbris fossiles, formant passage des Ruminants aux Pachydermes, et le genre des l'alothriums, galement perdu, tablissant le passage des Tapirs aux Rhinocros. Le genre des Cochons est le seul qui renferme des animaux propres A notre pays; et, si par l'habitude que nous avons de les voir leurs traits nous paraissent moins remarquables que ceux dj cits parmi les espces trangres qui s'en rapprochent le plus, nous trouvons souvent une conformation trs-bizarre. Ainsi ce n'est que dans le Pcari qu'on observe une glande sur les lombes, ayant une- issue au dehors pour la sortie de la matire ftide qu'elle distille continuellement; ce n'est aussi que dans le Rabyroussa que nous trouvons des canines diversement allonges et recourbes pour former quatre espces de cornes sortant de la bouche pour orner le front; enfin, le seul Phacochre nous prsente cette large tte munie de dfenses qui sortent latralement de la bouche, et ces nor- mes verrues nues et de couleur de sang qui cachent presque entirement les yeux. Tous ces animaux sont dpourvus des ''ormes lgantes qui font admirer certains Ruminants, tels {{ue les' Antilopes et les Cerfs; leur tte est en gnral grosse; mais la face est trs-allonge; la gueule lo.jguement ouverte, et les mchoires trs-grandes; leur corps trapu, bas sur pattes; leur peau souvent nue, et comme fendille ou couverte de poils grossiers, et presque toujours si paisse. PACHYDERMES. 241 qu'elle ne laisse deviner aucune forme musculaire; leurs doigts sont envelopps par la peau jusqu' la racine des ongles, et ces parties seulement sont apparentes au dehors. Le Cheval fait seul excep- tion; en effet, il se fait remarquer par les belles proportions de son corps, par ses sens, et principa- lement ceux de la vue, de l'oue et de l'odorat, trs-dvelopps; par la finesse de son toucher sur toutes les parties de son corps, et par son instinct ou plutt son intelligence, qui ne peut rtre com- pare qu' celle du Chien, si mme elle ne la surpasse pas. Les autres Pachydermes ont tous un na- turel froce, et, quoiqu'en gnral ils ne vivent que de substances vgtales, ils attaquent et cra- sent tous les tres qui les inquitent; certains d'entre eux, comme les Cochons, sont plus omnivores que les autres et ne rejettent pas les matires animales qu'on leur prsente. Comme tous les animaux herbivores par excellence, les Pachydermes ont des molaires essentielle- ment conformes pour triturer les substances vgtales dont ils se nourrissent : ces dents sont le plus habituellement composes de rubans d'mail, affectant diffrentes form.es sur leur couronne, qui est toujours plate; tantt ces rubans offrent des bandes parallles, tantt ils prsentent des cercles ou bien des losanges; quelquefois ce sont de doubles croissants ou des collines transverses, ou des figures plus ou moins compliques et diffnles dcrire. Ces molaires n'ont pas, le plus souvent, de racines proprement dites : ordinairement elles poussent perpendiculairement du fond du bord alvo- laire, comme, cela a lieu dans la plupart des autres Mammifres; mais, dans d'autres cas, elles se dve- loppent au fond des mchoires et sont pousses en avant et obliquement, jusqu' ce qu'elles soient tout fait uses : cette manire de crotre est surtout celle des dents composes de lames transverses, qui sont elles-mmes autant de dents particulires, mais accoles les unes aux autres et parallle- ment par une substance cmenteuse, telles que celles des lphants. Les dfenses, qui sont tantt des canines, tantt des incisives, selon les diverses espces, sont d'une substance trs-serre, qui a reu le nom d'ivoire, et leur structure diffre aussi selon les diffrents animaux qui les portent : ainsi, dans l'lphant, on y voit de nombreuses couches d'mail circulaires, aboutissant toutes au centre de la dfense, et croises entre elles de manire former, sur la tranche transversale de cette dfense, comme une sorte de rseau; l'ivoire de l'Hippopotame est, ajj contraire, si serr, qu'il parat form d'une matire homogne; dans quelques cas, les incisives et les canines ne sont pas anomales, et se prsentent sous le mme aspect que celles de la plupart des Mammifres. mm Fig. G8. Molaire crjlcphant. Les femelles des plus gros Pachydermes ne font qu'un seul petit la fois, et la dure de la gesta- tion est plus longue chez elles que dans les autres espces d'animaux; les femelles des espces dP taille moyenne, celles des Cochons, par exemple, en font un plus grand nombre, surtout lorsqu'elles sont en domesticit. Les petits naissent avec les sens et les organes locomoteurs suffisamment dve- lopps pour qu'ils puissent se conduire immdiatement. Les soins maternels, peu considrables chez quelques espces, le sont assez chez d'antres. Les organes de la gnration varient considrablement d'un genre l'autre; et il n'y a pas moins de variations dans les circonstances de l'accouplement et de la gestation, dans le nombre des petits, ainsi que nous l'avons dj dit, la dure de l'allaite- ment, etc.; de sorte que sur ces divers points ij ^st impossible de rien trouver de gnral qui soit R 51 m IIISTOIRE NATUnELLE. propre col ordre. Leurs mamelles sont abdominales el en nombre variable , quelques espces n'en ont que deux seulement, et alors elles sont inguinales. Les Pachydermes offrent de profondes dilft'rences dans les organes du mouvement. Les El- plianls ont cinq doigts complets, et les Chevaux n'en ont plus qu'un. Les Hippopotames en ont quatre d'gale longueur, et les Cochons, sur quatre, en ont deux rudimentaires. Les Pdiinocros n'en ont que trois, et les Damans en ont quatre aux pieds de devant et trois ceux de derrire. Mais, si les membres diffrent par le nombre des doigts, il n'en est pas de mme de l'usage qu'en font ces animaux : except les Chevaux, aucun d'eux n'est un animal coureur, quoique nan- moins ils puissent courir avec une grande force et une grande vlocit lorsque quelque danger les menace. Les organes des sens se ressemblent plus chez tous que ceux de la locomotion. Tous, l'excep- tion encore du Cheval, ont les yeux petits, l'odorat tr.s-fin, et l'organe de ce sens singulirement mobile, allant jusqu' se dvelopper en trompe dans l'lphant et le Tapir. Les Cochons ont les na- rines environnes d'un boutoir. Tous ont la langue trs-douce et le got dlicat. Les lphants dif- frent, par leur oreille externe, trs-grande, tendue et aplatie autour de l'orifice du canal auditif, des animaux qui ont une vritable conque; et si presque tous ont une peau paisse avec des poils assez rares, les Cochons des contres froides, les Chevaux et les Damans ont une fourrure assez fournie, et les premiers mme prsentent parfois une bourre ou laine trs-paisse. Aucun d'eux n'a de moustaches. Tous les Pachydermes vivent runis en troupes ou en familles; toutefois ils semblent diffrer con- sidrablement par leurs murs. Des formes plus ou moins sveltes, lgres et lgantes des Chevaux la masse paisse et lourde de l'Hippopotame et de l'lphant, la distance est norme, et, si les premiers vivent dans les plaines leves, tous les autres recherchent plus ou moins les contres basses et marcageuses, et mme quelquefois les eaux des fleuves, comme les Hippopotames, qui y sont presque constamment plongs : ces derniers animaux, et avec eux nous pouvons joindre le Co- chon, sont trs-gros, et c'est la matire graisseuse, un peu huileuse, trs-abondante chez eux, qu'on nomme lard. Relativement la distribution gographique actuelle de ces animaux, on peut dire d'une manire gnrale qu'ils se trouvent rpartis plus ou moins abondamment sur toutes les parties du monde. Les lphants constituent deux espces, l'une propre l'Asie et l'autre l'Afrique; les Tapirs se rapportent trois espces, deux de l'Amrique mridionale et une du Bengale et de Sumatra; les Damans ont deux espces, l'une du cap de r)onne-Esprance et l'autre de Syrie; les Rhinocros sont particuliers l'Afrique, l'Inde continentale et Java ainsi que Sumatra; les Chevaux vivent dans le nord de l'Afrique et en Asie; les Hippopotames sont propres l'Afrique, et particulirement au cap de Bonne- Esprance, au Sngal, la Nubie et l'Abyssinie; le groupe des Cochons, en y comprenant les di- vers genres qu'on y a forms, se trouve rpandu partout en Europe, en Asie, dans l'Amrique du Nord, dans l'Afrique septentrionale, et mme en Ocanie, car nous avons affaire ici des animaux devenus domestiques, et qui ds lors ont d suivre l'homme partout o il est venu s'tablir. Enfin des Pachydermes fossiles se trouvent rpandus assez abondamment dans les couches de 1a terre en Asie, en Europe, principalement en France, en Amrique, et en moins grand nombre en Afrique et en Ocanie. En effet, l'ordre que nous tudions est l'un des plus curieux cause des nombreux dbris fos- siles que certaines de ces espces ont laisss dans le sol. Plusieurs genres trs-remarquables de Pachydermes ne sont connus que par leurs restes fossiles, les espces qu'ils constituent ayant dis- paru de la surface du globe : tels sont les D'mollierium, Palotlierim, Anthracotlievium, Anoplo- tlicrium. Xiplwdon, Dicliobune, Adapis, Taprollieriain, Mastodonte, etc., la suite desquels on peut encore indiquer un grand nombre d'espces perdues qui se rapportent des genres qui ont encore aujoui'd'hui des reprsentants l'tat vivant : tels que des Rhinocros, des Tapirs, dos Hip- popotames, des Chevaux, etc. Ce que nous devons encore noter, c'est que les derniers se rencon- trent dans des localits trs-diffrentes des espces des mmes genres actuellement vivants : ainsi les Hippopotames ne vivent plus qu'en Afrique, et cependant on trouve des Hippopotames fossiles dans l'Inde, Madagascar, en Italie, en France, etc.; des Rhinocros fossiles se trouvent en Europe et dans les monts Himalayas en Asie; il en est de mme des restes d'Elphants : on recueille des dbris PACHYDERMES. 245 de Codions et de Chevaux dans les mmes localits, et ces derniers sont trs-communs dans certaines parties de la France. Beaucoup de Pachydermes sont d'une grande utilit pour l'espce humaine. Cet ordre renferme principalement le Cheval, TAne, l'lphant et le Cochon, quatre Mammifres qui servent l'homme, j^oit en l'aidant dompter les autres animaux,, soit en servant dans ses travaux agricoles, soit en l'accompagnant la guerre et combattant avec lui, soit, enfin, en lui procurant une nourriture abon- dante et des matires propres tre employes dans les arts. On comprend ds lors que ces divers animaux ont d tre levs en domesticit, et c'est ce qui a lieu partout pour le Cl>eval, pour l'Ane, pour le Cochon, tandis qu'il n'en est pas tout fait de mme pour l'lphant, qui, quoique employ en Asie et en Afrique, n'est rellement pas domestique, puisqu'il ne se reproduit pas aisment sous notre influence, et que presque tous les individus que l'on possde ont d'abord t sauvages. La peau de beaucoup de Pachydermes, ainsi que leur chair, a t employe. Les lphants sont au nombre des espces dont les dpouilles sont le plus utiles l'homme, et l'ivoire de leurs normes dfenses est depuis longtemps l'objet d'un trafic trs-lucratif pour llnde, le Cap et la cte occidentale de l'Afri- que. Les dents dHippopotame, les cornes de Rhinocros, sont galement trs-recherches. En terminant ces gnralits et avant de commencer l'tude des genres et des espces, nous rap- pellerons seulement que, pour nous, l'ordre assez peu naturel des Pachydermes est partag en trois sous-ordres particuliers, ceux des Proboscidiens ou Pacliiidennes irompe el dfenses, Pachyder- mes OUDINAinES et SOLirDES. Fig. 69, Cheval. 'i4i IIISiOlUK NATIRKI.LE. PREMIER SOIS-ORDRE. PROROSCIDIENS. PROUOSCIDII. Nobi Los PacliN dormes qui fornionl celle jurande division ont pour onractres comniinis : des 'vtcisircs aupcricurcs oi forme de ilcfeitses: des molaires eoni poses, en pei'ii uowhre: c'mq doi(]ls tous les pieds, aussi hieu eu avavt qu'eu arrire; uez prolouq eu uv.e grande iroinpe eiiliudrique, mobile dans toutes les direetious et termine par uu organe du laet et de prlicnsio)i: animaux Irh- (]rands. de formes massives: peau trs-paisse. Nous n'ontroions aotuollomout dans anouu dtail rolativenient aux Proboscidions; car ces animaux ne renl'orniont que trois i;onrts principaux, ceux i\e EU'plianis, e<> Masiodonics ex dos D/uo/Zh'- riums, dont uous allons plus spcialement nous occuper : nous consacrerons seulement quelques lij^nes Vetude historique de ces Mammifres. En elTet, lorsqu'il s'agit d'animaux aussi intressants que ceux qui constituent les genres llephas et }[as:odou. il nous semble utile de dire quelques mots de lliistoire des traces qu'ils ont laisses dans l'histoire des hommes ou dans le sein de la terre; et. dans ce travail, nous prendrons surtout pour guide rexcellente notice qu'en a donne De IMainvillo dans son Ostoi]raphie, ainsi que le tra- vail de M. Armandi. intitule Histoire miliiaire des lrphauls, depuis les temps les plus reculs jus- qu rintroduclion des armes feu. Les livres qui nous ont transmis les traditions les plus anciennes des peuples font souvent men- tion de l'ivoire comme d'une matire employe dans les arts de la sculpture, de l'architecture et de rornemeniation; mais ce n'est qu'assez tard que l'animal dont il provient par excellence. l'lphant, a t connu, et qu'il a reu le nom mme de Pivoire, en grec, celui d'EXeoa;. Hrodote est le premier qui ait parl d'un animal sous le nom d'lphani, et le premier surtout qui ait reconnu que c'tait de lui que se tirait l'ivoire. Mais c'est videmment dans les crits d'Aristote que se trouvent les ren- seignements positifs sur ce sujet, et mme plusieurs observations exactes sur les murs et sur quelques points de lorganisation des lphants : la plupart des naturalistes pensent, et cette opinion semble trs-probable. qu'Arisiote avait obtenu ces renseignements par suite de l'expdition d'Alexan- dre: car il est certain que c'est par snite de l'invasion des Grecs en Perse et dans Plnde que les lphants, s'tant avancs avec les armes des lieutenants d'Alexandre dans l'Asie Mineure et mme en P.gvpte. passrent enlin en Europe, et qu'ils serviront ds lors l'art do la guerre, tel point que Sloucus en tit combattre, dit-on, quatre cents la clbre bataille dipsus. en Phrygie. contre Anti- gonus, en 501 avant Jesus-Christ. Les gyptiens, les Carthaginois et les Romains en avaient, ds cette poque loigne, dans leurs armes. Pyrrhus en lit combattre soixante contre les Romains, et, aprs la bataille de Benvent, le consul Curius Dentatus s'empara de plusieurs de ces animaux et les montra dans diverses villes d'Italie: et, peu de temps aprs. L. Motollus en iit parvenir Rome plus do cent qu'il avait pris en Sicile aux Carthaginois, et qui devaient provenir de l'espce africaine, tandis que les premiers appartenaient l'espce asiatique. Depuis, un grand nombre d'lphants. qui servaient dans les armes ennemies de Rome, furent pris ou tus en Sicile, en Italie, en Espagne et en Afrique, et les Romains les liront ds lors entrer dans la composition de leurs armes. Plus tard, sous les empereurs, on en fit voir et mmo combattre dans les jeux du cirque: Pompe en mon- tra une vingtaine qui combatiirent contre dos hommes armes: Csar doubla ce nombre cl Uvs lit com- battre dans le cirque vingt coutro cinq cents fantassins, et une autre fois vingt contre cinq cents Fiu. I Dninnii ilii l'nii Fiy, 2. Jiimoiil eL son noiilaiii. l'I "'t PACIIYDEUMES. 2'i5 fantassins et autant dp cavaliers. Les bestiaires romains dressrent, vers cette poque, des Klpliants et leur firent faire des tours de force vritablement incroyables : aussi le nombre de ces animaux ' apports en Italie a t Irs-considcrable, et Ton en avait tabli deux dpts rdea et Lanuvium, et peut-tre, comme le prtendent quelques auteurs, un lipital pour les soigner Tivoli. Depuis cette grande poque de la puissance romaine, le nombre des lphants amens de l'Asie et de l'Afrique a sans doute toujours t en diminuant, ces anir.^aux n'tant plus que des objets de curiosit entretenus grands frais par les souverains ou mme offerts la vue du public par des montreurs d'animaux. Vers la fin de la dcadence de Tempire romain en Occident, les historiens ne parlent plus d'lphants montrs au public par les empereurs qui ont rgn depuis Aurlien : et il en est de mme pour les empereurs qui ont sig Constantinople. Cependant il est certain que pen- dant les longues guerres qui s'coulrent entre l'empire d'Orient et la Perse, les lphants ayant t employs en grand nombre dans les armes persanes, la victoire en amena plusieurs Constantino- , pie; on dit mme qu Ilraclius fit son entre triomphale dans cette ville sur un char tran par quatre de ces animaux. Dans le, moyen ge, parmi les prsents que les princes d'Orient, grecs ou arabes, envoyrent en Europe quelque grand prince leur contemporain, l'histoire n'en cite qu'un, qui fut adress Char- lemagne par Haroun-al-Raschid, et qui, dbarqu Pise en 801, fut conduit l'anne suivante Aix- la-CI)apelle, o il vcut neuf ans. Il faut ensuite traverser plusieurs sicles avant de trouver dans les histoires du temps l'un de ces animaux existant en Europe. Frdric II, son retour de la terre sainte, en 1229, en amena un en Italie; ce que fit galement en France, en 1254, au retour de sa premire croisade eti Syrie, saint Louis, qui l'envoya en Angleterre Henri III. Ce n'est qu' la renaissance des lettres et des sciences qu'il est fait de nouveau mention des l- phants, et ds lors les dpouilles de ces animaux furent conserves en partie au moins. Emmanuel, roi de Portugal, la suite de ses conqutes dans l'Inde, envoya au pape Lon X, en 1514, une am- bassade solennelle avec de riches prsents, parmi lesquels tait un jeune lphant g de quatre ans. Bosheck, ambassadeur de Maximilien II Constantinople, y vil des lphants qui dansaient et jouaient la paume. En 1581, Prosper Alpin en vit un ou Caire. Cardon en dcrit un qu'il vit Mi- lan, appartenant Marie, fille de Charles-Quint, et qui tait d'une telle taille, qu'un homme ne pou- vait atteindre avec ses bras allongs le sommet de son dos. P. Gilles vit aussi deux lphants vivants, en 1550, Constantinople. Un autre lphant, montr Florence en_1655, a t illustr d'une lgie par Francis Boninsegni, avec la figure de l'animal par J. Scutermans, et son squelette, conserv dans les jardins de Popoli, servit plus tard Ray dans son Sijiwpsis Mmumnliiun. Quelques autres Elphants furent encore signals; mais nous n'indiquerons que l'lphant blanc qui fut amen en Hollande en iQoTr, depuis cette poque, hss squelettes de presque tous les Elphants qui ont t con- duits en Europe furent conservs dans les Muses; tels sont celui de Dublin, en 1681, par Allen Moulin; celui de la mnagerie de Versailles, envoy Louis XIV par le roi de Portugal, qui l'avait reu du Congo, dont le squelette, dcrit par Perrault, existe encore dans la galerie d'anatomie com- pare du Musum d'Histoire naturelle; celui que le Grand Turc avait envoy au roi des Deux-Siciles, et qui vivait Naples en 1742. Depuis ce temps, il est peu d'annes o il n'ait paru quelques l- phants en Europe, et toutes les grandes mnageries en possdent. Un autre point de l'histoire des animaux qui nous occupent est trac dans les monuments artisti- ques les plus anciens. La haute importance que les Indous semblent avoir attache de tout temps l'lphant est sans doute la raison pour laquelle ils lui ont donn une place distingue dans leur mytho- logie : aussi, dans leurs monuments les plus anciens, aussi bien que dans les bas-reliefs de Pers- polis, et o se trouvent reprsentes des chasses ou des batailles, on remarque des lphants en trs- grand nombre, monts par des chasseurs arms d'arcs, et dcochant des flches sur des bandes de Sangliers, de Cerfs ou d'Antilopes, que l'on fait passer leur porte. Dans les hypoges gyptiennes, on voit reprsentes des processions d'hommes portant de l'ivoire ou des difenses d'lphants. De niainville indique deux statues antiques de ces animaux qu'il a vues Home mme. On trouve aussi l'lphant reprsent sur un certain nombre de monnaies ou de mdailles; sur celles de princes in- diens; sur celles des Sleucides, et portant des flambeaux; mais surtout sur celles de Mtellus, de Csar et de quelques empereurs romains, et les lphants y sont reprsents soit libres, soit attels un char de triomphe, deux ou cpiatre de front. Mais, sur ces diifrentes mdailles, l'animal que 240 mSTOlHE NATURELLE. nous ludions, quoique reoonnaissable, ce qui tait trs-ais grce la trompe, aux oreilles ri aux dfenses, est toujours trs-mal reprsent. Mais, si l'industrie humaine nous a conserv dans ses produits artistiques si peu de traces de cet animal, il n'en est pas de mme des couches de la terre; sa principale qualit, en grandeur, ajuste- ment t la cause la plus vidente de la longue conservation des os de son squelette, des dents qui ornaient ses mchoires, aussi bien que de leur dispersion en tant d'endroits du sol europen; et l'on peut ajouter que le volume mme de ces os et quelque ressemblance avec les os humains ont attir l'attention de tous ceux qu'une circonstance fortuite a fait en rencontrer, et cela presque en tout temps et chez tous les peuples. Les autres ossements fossiles ont longtemps t ngligs et mme passs sous silence, ce qui n'a peut-tre jamais eu lieu pour -ceux de l'lphant, qui sont aussi trs- nombreux partout. On est, en effet, dans l'habitude de considrer comme provenant d'lphants ces squelettes normes dont ont parl les historiens anciens et mme une partie de ceux de la renais- sance, comme on peut le voir dans les auteurs qui, comme Cassanion et Riolan, ont dans les temps modernes parl des gants d'une manire un peu critique, et, par exemple, celui-ci surtout, l'occa- sion de la dcouverte du prtendu tombeau du roi Teutobochus, qui eut lieu en Dauphin sous le rgne de Louis XUl, et dont les ossements n'taient autres que ceux d'un lphant ou d'un Dinotherium ainsi que De Blainville semble l'avoir dmontr. Quant l'histoire des ossements reconnus comme provenant de vritables lphants et trouvs dans le sein de la terre, un nombre vritablement considrable d'auteurs se sont occups de ce sujet depuis plus de deux cents ans; mais c'est Sloane qui le premier a donn une numration des diff- rents lieux o l'on a dterr de ces os. Pallas a augment cette liste de tous les fieux o des os d'- lphants avaient t trouvs en Sibrie de son temps. Depuis lors, les palontologistes allemands, cl surtot Merck, en ont donn une liste semblable, mais pour l'Allemagne seulement; et Targioni, Tozzetti, ainsi que Brocchi, en opt fait autant pour l'Italie, G. Cuvier a rsum ce qui avait t fait avant lui, a considrablement augment ce qu'on savait par ses recherches particulires, et, dans la dernire dition de ses Ossements foss'ilcft, publie en 1821, il donne une longue numration de tous les dbris fossiles connus d'lphants. Depuis cette poque, l'attention que l'on a donne par- tout aux recherches palontologiques a encore augment ce nombre d'une manire considrable, et, pour ne citer que les principaux naturalistes qui se sont occups de ce sujet, nous indiquerons seu- lement Jl. Buckland, pour les lphants fossiles d'Angleterre; M. Fischer De Waldheim, pour ceux de la Russie; M. Eichwaid, pour ceux de la Lithuanie, de la Pologne et de la Podolie, etc. Enfin, dans son Osioyrapliic, De Blainville a consacr plus de cinquante pages numer les divers ossements fossiles d'lphants et de Mastodontes, qu'il runit en un seul et mme genre, dcrits par les au- teurs ou indiqus par lui pour la premire fois d'aprs les immenses collections de notre Musum : il ne suit pas dans cette liste l'ordre chronologique, mais il adopte l'ordre gographique. Nous entrerons actuellement dans la description des espces, et nous dirons de nouveau qu'un seul genre, celui des Elphants, renferme la fois des espces vivantes et fossiles, tandis que d'autres genres, <',omme ceux des Mastodontes, des Tctracaulodons et des Dinotheriums, ne comprennent ex- clusivement que des espces fossiles. 1" GENRE. - LPHANT. ELEPHAS. Linn. 1755. EXecpa, lphant. Systema iialurse. CARACTRES GNRIQUES. Siisthnc (lenta'ire : inc.nvcs ou dfenses, ; molaires, |E|; en tolalii dix dents. Les incisives, transformes e)i dfenses, n existent qu' la mchoire siiprietire, au moins dans les espces vivan- tes ; elles sont souvent trs-grosses, cijiindriques, arques en bas et se relevant la pointe, for- mes d'un tissu osseux trs-serr qui prsente des linaments plus durs et plus compactes en lignes rourbcs, convergentes, et enlrc-croisccs de manire h former des losanges curvilignes Irs-irrgu- PACHYDERMES. 247 l'wrs : CCS dfenses claul d'adkurs entoures d'une Irs-lgrc coiiclie, d'cnuiit propri'mcni dit. Les mulaircs, poussant oblupiement du fond de la mchoire en avant, sont, composes de lames verl'icales et iransverscs : ces lames formes chacune de substance osseuse enveloppe d'mail, cl toutes lies ensemble par une sid)stance solide, inorcjanicpie, ou cment. Taille ircs-forle. Corps trs-gros, assez court, haut sur jambes. * Tte trs grosse, surtout relalivement au volume du corps. Une trompe trs-allonge, mobile dans tous les sens, renfermant les deux tugaux des narines, et termine par un appendice mobile qui fait les fonctions d'un doigt. Yeux comparativement petits, latraux. Oreilles externes pla- nes, trs-grandes, latrales. Ouvertures des fosses nasales trs-releves. Os propres du nez petits, triangulaires, pais. Langue charnue, lisse, trs-paisse. (lou trs-court. Jambes trs-longues, trs-grosses, termines par cing doigts (pu ne sont apparents que par les sabots appliqus contre la base du pied, et dont un ou deux manquent aux pieds de derrire. Queue mdiocre et mme courte, termine par une touffe de gros crins. Peau trs-paisse, rugueuse, assez lche, nue dans les espces vivantes, velue dans une espce fossile. Deux mamelles pectorales. Sinus frontaux et maxillaires normment dvelopps, cl contribuant ainsi donner beaucoup de grosseur la tte. Mchoire infrieure pointue en avant, avec sa sgmphii-se en gouliire. Bouts articulaires des grands os des extrmils disposs sur une ligne verticale; tte du fmur dans l'axe de cet os; cavits colglodes situes trs en avant on plutt en dessous du bassin. Estomac simple. Intestins trs-volumin'cux. Coecum norme. Foie deux U.bes. Pas de vsicule du fiel. Le genre Elphant a t cr par Linn il y a plus d'un sicle; pendant longtemps, on a cru qu'il ne renfermait qu'une seule espce actuellement vivante, mais les travaux de plusieurs naturalistes, et principalement ceux de G, Guvier, ont dmontr qu'on en possdait rellement deux. Mais, outre les espces actuellement vivantes, il en existait jadis un nombre beaucoup plus considrable, quoiqu'on Tait peut-tre exagr. Les deux espces vivantes sont particulires rAfrique et l'Asie; les esp- ces fossiles se rencontrent dans les couches de la terre en Amrique, en Asie et en Europe. Parmi ces dernires, nous indiquerons l'lphant couvert de poils, les uns en grosses soies, d'autres lai- neux, dont Adams a recueilli le cadavre, en i807, dans les glaces de l'embouchure de la Lena, en Sibrie; les nombreuses espces propres la Sibrie, dcrites par Fischer De Waldheim; les Elephas d'Auvergne et d'Allemagne. Puis, parmi It-s subdivisions du genre qui nous occupe, ou parmi des groupes gnriques qui en sont au moins trs-voisins, nous citerons d'abord les Mastodontes, dont les ossements fossiles, trouvs dans les deux Amriques, etc., ont t dcrits par G. Guvier, etqui avaient aussi la trompe, les dfenses et les principaux traits d'organisation des Elphants, mais avec des molaires plus anguleuses, tel que le grand Mastodonte ou l'animal fossile de l'Ohio, qui ne cdait point en taille l'lphant, et peut-tre le surpassait en volume; puis les espces particulires l'Auvergne, aux environs de Montpellier, la Suisse, Eppelsheim, etc.; et enfin les Tetracaulo- don de l'Amrique et de la France, si remarquables en ce qu'ils prsentent des dfenses non-seu- lement leur mchoire suprieure, mais encore leur mchoire infrieure, et dont la galerie d'a- natomie compare de notre Musum possde depuis un an peine un beau squelette mont. Les lphants vivants d'une manire gnrale sont des animaux trs-remarquables par leur masse norme et leur force prodigieuse unies au caractre le plus doux, ainsi que par leurs propor- tions grossires concidant avec une grande finesse dans les instincts. Ce sont les plus volumineux de tous les Mammifres terrestres, et ils se distinguent de tous par des caractres trs-faciles saisir; par la masse de leur corps, leur dmarche pesante, leur peau nue, et surtout leur tte, que termiue une trompe allonge et mobile, qui, par la varit de ses usages, exerce sur leur naturel l'influence la plus tendue. La peau, chez les lphants, est trs-paisse et peu garnie de poils : cette dernire particularit n'avait pas lieu dans l'espce trouve fossile en Sibrie; car elle prsentait, presque sur toutes le;? 2iS IIISTOIIU-: NATURELLE. par ics du roTps, des poils longs et nombreux : dans les espces aetuellcnient vivantes, il n'y a gure de poils qu' Te) tn mit de la queue, autour des yeux et sur la tte. La couleur de cette peau est ordinairement noire; mais elle s'altre souvent et devient plus ou moins blanche, comme on peut le remarquer chez quelques Elphants d'Asie. Suivant les diffrentes parties du corps, lapeau est plus ou moins dure, et, la j)lante des pieds, elle est transforme en une vritable semelle calleuse qui appuie seule terre. Les doigts, caches sous les tguments, ne sont indiqus l'extrieur que par des sortes d'ongles largis qui ont quelque chose des sabots des Ruminants; ces ongles sont au nombre de cinq en avant, et. A l'tat normal, de quatre en arrire; mais le plus habituellement on n'en voit que trois ou mme que deux seulement; leur couleur, lorsqu'ils ne sont pas salis, est blanchtre tirant au rose. Les yeux des lphants sont trs-petits, proportion garde avec le volume de ces animaux, mais ils sont pleins de vivacit et ajoutent l'expression de la physionomie : la vue est bonne; la pu- j)ille est ronde, et les deux paupires sont garnies de cils. Non loin des yeux, on voit un petit trou, orilice d'une glande particulire qui verse un produit muqueux dont l'usage est inconnu, mais qui nesl pas, ainsi qu'on l'avait cru, plus abondant au temps du rut. L'oue est trs-dlicate, et les par- lies externes de l'organe qui l'exerce ou les (onrpies auditives sont trs-considrables, aplaties, largies et beaucoup plus grandes encore dans l'espce d'Afrique que dans celle d'Asie; les oreilles ne se dveloppent pas en cornet, elles sont colles contre la tte, et susceptibles de mouvements assez tendus. La langue est douce, courte, et ne sort pas de la bouche. La lvre infrieure, la seule (|ui existe, est peu mobile; la lvre suprieure se confond avec la trompe. Celle-ci, l'extrmit de laquelle rside le principal organe du toucher, est un prolongement du nez; cette trompe est assez longue pour toucher la terre sans que l'animal se baisse, et elle jouit d'une grande mobilit; la peau qui la recouvre est semblable celle du corps, et prsente, d'espace en espace, des dpressions circulairi's qui la fout paratre annele. La trompe est peu prs cylindrique, nanmoins elle est lgrement aplatie dans une portion de sa face infrieure. Cette trompe prend naissance la partie anirieure du frontal; elle recouvre les cartilages du nez, forme la continuation de celui-ci et s'unit ds sa racine la lvre suprieure; son intrieur est creus d'un double canal correspondant aux deux narines et tapiss d'une membrane ibro-lendineuse dont la souplesse et l'humidit sont entre- tenues par une scrlion muqueuse habituelle; les deux tuyaux nasaux offrent, vers leur partie sup- rieure, une espce de valvule que l'animal ouvre et ferme volont. Les parties musculaires qui entrent dans la composition de leurs parois rsultent de la runion de fibres entre-croises et fort nombreuses. L'extrmit infrieure de la trompe prsente un bord circulaire, ayant en avant un pro- longement daclyloide, opposable au reste de la circonfrence et qui reprsente un vritable doigt, ce qui a fait comparer la trompe une main. La main, dit Cuffon, est le principal organe de l'a- ilresse du Singe; l'Elphant, au moyen de sa trompe, qui lui sert de bras et de main, et avec laquelle il peut enlever et saisir les plus petites choses, les porter la bouche, les poser sur son dos, les tenir enibrasses ou les lancer au loin, a donc le mme moyen d'adresse que le Singe. A cela, on doit ajouter que la trompe jouit d'une force prodigieuse; car, en effet, c'est principalement dans son action que rside la puissance de l'lphant : l'animal s'en sert pour arracher des arbres, soulever des fardeaux qu'un homme aurait peine remuer, ou bien pour terrasser son ennemi, qu'il crasera ensuite de la masse de son corps. Les dfenses de TElphanl ne lui sont pas moins utiles que la trompe; il les emploie sillonner le sol pour arracher les l'acines dont il se nourrit; e, lorsque sa trompe est menace, il la replie entre elles et les offre alors l'agresseur comme deux armes terribles. Ces curieuses dents n'ont d'autre usage, comme l'indique leur nom, que de servir la dfense, et jamais elles ne peuvent tre utiles la mastication. Ces dents normes sont de vritables incisives, puisqu'elles sont implantes dans l'osde ce nom; elles tombenldans le jeune ge comme toutes les dents de lait, mais elles ne repoussent qu'une seule fois. Leur longueur varie suivant l'ge, le sexe et l'espce; leur courbure offre aussi quelque diffrence : elle est, par exemple, beaucoup plus grande chez les Elphants d'Afrique que chez ceux d'Asie, et prend, par anomalie, la forme d'un S; ces dents sont souvent trs-grandes; elles peuvent atteindre plus de trois mtres de longueur et de soixante cent kilogrammes de poids. / Lu caractre trs-singulier, et qui semble n'appartenir uniquement qu'aux Elphants, se trouve dans le remplacemeut des dents. La molaire qui sert la mastication a une position telle, qu'elle s'use et diminue non-seulement de grosseur, mais encore de longueur. Pendant que l'animal eu fait PACHYDERMES. 249 nsni^e, il s'(Mi dveloppe une aiilic;. Celle-ci pousse en avanl la dent active dans le sens de la loii- Cfueur de la mclioire, sur laquelle elle glisse, et la racine, branle par ce mouvement singulier de locomotion, se carie, se dcompose et diminue de grandeur dans les mmes proportions que la dent entire. Bientt la dent s'branle et linit par tomber pour cder sa place la nouvelle molaire qui l'a chasse. Un autre germe se dveloppe derrire la nouvelle dent et la pousse son tour jusqu' ce qu'elle soit use et tombe; puis un quatrime germe, un cinquime germe agissent de mme, de manire que la molaire peut tre remplace jusqu' huit fois. Il rsulte de ce fait fort extraordinaire que l'on peut trouver un lphant une ou deux dents de chaque ct des deux mchoires, selon le moment de l'observation, et qu'il est impossible de juger de l'ge d'un de ces animaux par le plus ou moins d'usure de ses molaires. Si les observations que Corse a faites sur l'lphant des Indes sont exactes, et que les molaires se remplacent jusqu' huit fois, ces Mammifres auraient relle- ment trente-deux mchelires, dont vingt l'tat rudimentaire dans le premier ge. Le systme odon- tologique a t tudi par un grand nombre d'auteurs, et, dans ces derniers temps, principalement par De Blainville, G. et Fr. Cuvicr. A la mchelire suprieure, la dent qui se dveloppe dans l'os incisif de l'Elphant d'Afrique est une dfense ronde, arque, termine en pointe, et dont la capsule reste toujours libre; aussi ne cesse-t-elle point de crotre durant toute la vie : sa structure prsente sur sa coupe transverse des stries qui vont en arc de cercle du centre la circonfrence, Fig. 70. Molaire d'lcpbant. et forment en se croisant des losanges curvilignes qui en occupent toute la surface. Toutes les m- chelires se ressemblent d'abord, c'est--dire qu'elles sont formes de lames remplies de matire osseuse entoure d'mail, lesquelles prsentent dans leur coupe des espces de losanges ou des ru- bans plus ou moins irrguliers, largis dans Iur milieu par un ou deux plis anguleux. Dans l'ori- gine de chaque dent, les lames dont elles se composent, et qu'on n"a jamais vues aller au del de dix, sont libres. Par suite de la dentition, ces lames sont attaches paralllement l'une l'autre au moyen de la matire corticale qui se dveloppe, et, avant la mastication, les dents iie montrent la surface de leur couronne que des tubercules mousses. Les premiers effets de l'usure produisent des cercles d'mail, ensuite des losanges, et enfin des surfaces unies bordes par des chancrures plus ou moins profondes. A la mchoire infrieure, il n'y a ni incisives ni canines. Les mchelires sont tout fait semblables celles qui leur sont opposes. Dans leur position rciproque, les dfenses, n'ayant aucune dent qui leur soit oppose, grandissent comme elles croissent. Ces dents sont opposes couronne couronne. Dans l'Elphant des Indes, la dfense ne diffre point sensiblement de celle de l'lphant d'Afrique pour la forme; seulement elle ne parait jamais acqurir le mme dveloppement ni en longueur ni en diamtre. Les mchelires, au lieu d'avoir des rubans en forme de losanges, les ont droits et finement dcoups sur leurs bords. Du reste, les dents de l'espce in- dienne ne diffrent pas beaucoup de celles de l'espce africaine; il en est de mme de quelques esp- ces fossiles; mais d'autres galement fossiles, qui portent le nom gnrique particulier de Mastodon- tes, ne prsentent plus des caractres semblables : c'est ainsi que les molaires des lphants, leur couronne plate, sont composes d'un certain nombre de lames verticales formes chacune de substance osseuse enveloppe d'mail et lies ensemble par la substance corticale, tandis que les molaires des Mastodontes sont couronne hrisse de grosses pointes coniques et racines distinctes. L'tude du squelette des lphants n'a t commence que vers la fin du dix-septime sicle; c'est R 32 250 HISTOIRE NATURELLE. en 1084 puiir la proniire t'ois qu'Allen Moulin adonne la premire descripiion du squelette d'un l- phant; des travaux semblables ont t publis, en 1093, par Ray; en 1712, par Slukeley; en 1716, par Patrice Blair; puis, plus tard, par Perrault, et par Daubenton, en 1754, d;ins V Histoire natu- relle (le Uuffon; par Serra, en 1750; par P. Camper, en 1789, et par son fils, A. Camper, en 1805; par Rlumenbaeli et Meckel; mais ce sont surtout les ouvrages de G. Cuvicr, de Pander ei d'Akon, et ceux de jte Rlainville, tous beaucoup plus rcents, qui ont fait connatre Tostologie des deux es- pces vivantes du genre lphant et de quelques-unes des parties de diverses espces fossiles. Les os, en gnral, et plus particulirement ceux de YElephas Indiens, pris comme type du genre, sont d'un tissu burn peu solide, peu pais, mme dans les os longs, ces derniers n'ayant jamais de cavit mdullaire, et ressemblant assez ceux des Mammifres aquatiques. Les surfaces articulaires sont larges, peu profondment cxcaves, et recouvertes d'une couche de substance burne peu paisse; ce qui, avec la nature ordinairement poreuse de leurs extrmits, facilite la pourriture de ces os d'une manire assez sensible, d'autant plus que les piphyses paraissent se souder trs-tard. Quand on examine l'ensemble du squelette de l'lphant adulte et mle, ce qui frappe au premier abord est l'normil de sa taille et la grosseur des os qui le composent; mais ensuite c'est aussi la dispositon oblique du tronc, l'angle assez marqu que fait la tte l'extrmit d'un cou trs-court, la grande capacit de la poitrine, qui semble toucher au bassin, et enfin la hauteur et la rectitude des membres, au contraire de la brivet des mains et des pieds qui les terminent. La srie vertbrale en tonalit est compose de soixante-dix vertbres : quatre cphaliques, sept cervicales, vingt dorsales, trois lombaires, cinq sacres et trente caudales. Les vertbres cphaliques constituent, par leur ensemble, une tte trs-grosse, et dans laquelle on doit noter la brivet et l'largissement du crne, et la direction anguleuse du corps des vertbres, en harmonie avec la gran- deur et le poids des dfenses qui arment l'extrmit antrieure de la mchoire, et qui ont entran certaines particularits des appendices masticateurs, et, entre autres, celle de l'angle facial, qui est presque droit. La mchoire suprieure est trs-courte dans sa partie radiculaire et mme dans son corps, et sa terminaison ressemble celle des Rongeurs. La mchoire infrieure est aussi trs-courte. Le crne prsente, vu par derrire, une masse norme, renfle sur les cts et comme bilobe en dessus, puis ensuite trs-peu convexe et ascendante obliquement vers un sinciput comme pyramidal, et du- quel le front largi et plus ou moins excav, dans l'lphant d'Asie, descend dssez rapidement jusqu' l'orifice nasal, au del duquel le plan oblique, fortement canalicul au milieu, se continue jusqu' l'extrmit des prmaxillaires. Les autres vertbres forment une colonne large, serre, assez oblique, dans laquelle il n'y a presque qu'une seule courbure, et mme assez peu marque, depuis celle du cou, ({ui est, au contraire, videmment assez prononce en dessus, jusqu' celle de la queue, qui est lar- gement tombante. La rgion cervicale est remarquable par sa brivet, surtout dans sa moiti post- rieure, o les vertbres sont trs-minces dans leur corps. Les deux premires vertbres sont assez paisses, et les autres, except peut tre la dernire, sont, au contraire, trs-minces. Les vertbres dorsales sont to'utes trs-larges et peu paisses dans leur corps, qui n'augmente que faiblement de la premire la dernire. Les vertbres lombaires, au nombre de trois seulement, par une singula- rit remarquable, suivent plus rapidement une marche dcroissante aussi bien dans leur corps que dans leur arc et ses apophyses. Les vertbres sacres sont articules avec l'ilon, mais quelquefois il s'en trouve jusqu' cinq soudes entre elles. Les vertbres caudales suivent rapidement la dgrada- tion dans leur grosseur, la longueur se conservant assez longtemps la mme; elles changent un peu de forme, et les dernires deviennent ttragones, avec les angles lgrement ails. Il y a vingt ctes, cinq vraies ou sternales et quinze fausses : toutes sont trs-longues, assez troi- tes, et mme presque grles pour un animal aussi grand que l'lphant. L'hyode est assez singulier, en ce que son corps, transverse, plat, trapziforme, trs-allong, plus pais au bord antrieur, rectiligne, qu'au postrieur, un peu f xcav, est pourvu, en arrire, de deux cornes hyodiennes considrables, assez plates, droites, et comme tordues sur leur plan : les cornes antrieures ne sont marques que par une saillie cartilagineuse. Le sternum est en gnral court, presque tranchant en brchet en dessous, surtout en avant, s'- largissant assez en dessus d'avant en arrire, et, malgr l'normit de la cage thoracique, il n'est form que de cinq sternbres, trois intermdiaires et deux terminales. Par suite du grand nombre de vertbres cosiifres et du peu de sternbres, il rsulte une trs-grande capacit thoracique, surtout pachydermb:s. 251 dans la partie abdominale ou sous l'iiypocondrique : la cavit du thorax semble s'tendre jusqu' l'os des les. Les membres qui supportent l'norme masse du corps et de la tte sont trs-levs, et les pices qui les composent sont verticalement empiles les unes sur les autres, de manire constituer des espces de colonnes; ces membres, par suite de la brivet du tronc, sont peu carts les uns des autres et assez bien de mme hauteur totale en avant et en arrire. Les membres antrieurs n'of- frent pas de trace de clavicule. L'omoplate est trs-large, peu prs verticale, triangulaire, mais priphrie prsentant rellement cinq cts ingaux. L'humrus se distingue assez bien par une cer- taine gracilit, malgr sa grandeur, par la compression oblique de la moiti suprieure de son corps et par un amincissement et une compression en sens inverse de ses deux cinquimes infrieurs. Les os de l'avant-bras sont en gnral un peu plus longs que l'humrus, et trs-serrs entre eux; le cubi- tus, cependant, est beaucoup plus petit en longueur et en grosseur que le radius, coll la partie antrieure de celui-ci et n'occupant en bas que la moiti au plus de l'articulation carpienne; il est grle, trs-arqu dans toute sa longueur, triqulre et un peu en massue par la grande diffrence d'paisseur des deux extrmits; le cubitus, qui entre pour les deux tiers au moins dans la masse de- l'avant-bras, est assez rgulirement tridre dans son corps. Le (^arpe est large, assez court, le tiers environ de la longueur totale de la main, trs-solide et compos d'os contigus, articuls entre eux par des surfaces plates, plus ou moins carres, et form de deux ranges composes chacune de quatre os bien distincts, presque gaux et de forme assez variable : la premire range, d'un sca- phode, d'un semi lunaire, d'un pyramidal et d'un pisiforme, et la seconde, d'un trapze, d'un tra- pzode, d'un grand os et d'un uniforme, le plus petit de tous aprs le pisiforme. Le mtacarpe est aussi large et peine plus long que le carpe; il est compos de cinq os, dont le premier et le der- nier, assez petits, se ressemblent assez, tandis que les trois intermdiaires sont encore plus sembla- bles entre eux, un peu plus longs, plus en prismes triangulaires. Les phalanges sont encore propor- tionnellement plus amoindries que les mtacarpiens, quoique elles soient toujours dans le nombre ordinaire : les premires, les plus normales, sont en gnral courtes et grosses; celles des deux doigts externes les plus petites et comprimes latralement, et les intermdiaires, au contraire, assez dprimes; les secondes sont de moiti plus courtes que les premires, au point qu'elles sont plus larges que longues; enfin les troisimes, ou onguales, sont trs-petites, deux fois plus larges que longues. Les membres postrieurs sont peut-tre encore plus grles et plus levs, lor.squ'on les considre d'une manire gnrale, que les antrieurs; aussi, par suite de la grande longueur du f- mur et de la brivet du pied, le genou se trouve plac au milieu du membre, un peu comme chez l'homme. L'os innomin est d'abord remarquable par son grand dveloppement et surtout parce que son plan est perpendiculaire l'axe du tronc. L'ilon ressemble assez une grande omoplate trian- gulaire. Le pubis est trs-court, et il en est de mme de l'iskion. La cavit cotylode est presque circulaire. Par la runion des deux os innomins, il rsulte un norme bassin trs-tal. Le fmur est trs-long, grle, presque droit : son corps est plus troit dans son milieu, un peu triqutre. Les os de la jambe sont notablement moins longs que le fmur, plus courts que ceux de l'avant-bras, de grosseur mdiocre. Le tibia, dont le rtrcissement le plus fort est vers le tiers infrieur, a son corps presque triqutre, angles arrondis. Le pron, bien moins gros que le tibia, contre lequel il est assez serr, quoique toujours spar, est presque compltement droit. Le pied est assez sensiblement plus court encore et mme notablement plus petit que la main, avec une assez grande analogie dans les trois parties qui le constituent. L'astragale, large, plat ou peu pais, est surtout particulier par la largeur et l'tendue de ses surfaces articulaires. Le calcanum est trs-remarquable par sa bri- vet, sa forme ramasse et sa petitesse proportionnelle, son corps tant au moins aussi long que sa tubrosit. Le scaphode est trs-mince, presque squanimiforme. Les os de la seconde range du tarse, c'est--dire les trois cuniformes et le cubode, sont moins gros que les os qui leur corres- pondent la main. Les os du mtatarse et les phalanges sont assez analogues ceux de la main. Les 03 ssamodes sont, chez l'lphant, proportionnellement petits, et cela tient la pesan- teur de la marche de cet animal. La rotule est assez petite, mdiocrement paisse, assez bien semi- lunaire Quoi que Galien en dise, il est certain qu'il n'y a pas d'os du cur chez ce Pachyderme. Des diffrences ostologiques individuelles ont t signales, surtout pour la taille, pour la gran- deur des dfenses et dans certains caractres du crne. Quelques particularits se font remarquer sui- 252 mSTOlP.E NATURELLE. vaut la piilrio des siijcls cl surtout d'aprs les sexes : les femelles ayant en s^nral des os plus grles que les mules. Il en est de mme suivant les divers ges. Dans rlphanl d'Afrique, on trouve dans la forme de eliaeun des os des diffrences qui permettent de le distinguer assez facilement de l'l- |)|ianl des Indes. Fig. 71 . Squelette de l'lphant des Indes. D'aprs ce que nous avons dit, la figure des os des membres, depuis les phalanges jusqu'aux paules, a quelque analogie, mais assez loigne, avec les mmes os dans le squelette de l'iiomme, et cette ressemblance est mme assez frappante dans les deux premires vertbres cervicales et dans toutes les dorsales, lorsqu'on n'y regarde que superficiellement. C'est cela que l'on doit tous les contes des anciens auteurs sur les gants qui auraient peupl le monde avant l'existence de l'iiomme ou mme depuis. En effet, les os d'lphants fossiles, que l'on rencontre partout, et principalement dans les contres o cet animal n'existe plus depuis les temps historiques, ont pu tre pris pour des os de gants par des observateurs qui n'avaient que des notions trs-lgres sur l'anatomie humaine, et qui n'en avaient aucune sur l'anatomie d'un animal qui leur tait absolument inconnu. On concevra plus facilement encore cette mprise des temps anciens quand on se rappellera qu'il n'y a pas beau- coup plus de deux sicles des anatomistes de profession se sont laisss aller de telles erreurs; mais ce qu'il y a de plus difficile comprendre, c'est comment des personnes instruites ont pu re- connatre, il n'y a pas trs-longtemps, dans des os de I\lammouth, les restes du gant Anthe, du guerrier gaulois Teulobochus, d'vandre, d'Entclle, et mme de saint Vincent de PaU. Les Elphants ont un estomac trs-ample, trs-grand, mais simple, et non compos comme celui des Ruminants. Leur ccum est galement trs-vaste. Leurs intestins sont aussi non moins tendus : et toutes ces particularits organiques devaient se prsenter; car ces gros Mammifres, vivant uni- quement de substances vgtales, ont besoin d'une norme capacit pour contenir leur nourriture, et n'avalent pas moins, dit-on, de cent cinquante deux cents kilogrammes d'aliment par jour. En gnral, les lphants sont, aprs les Raleines, les plus gros Mammifres connus. Ils ont ordi- nairement de o"" 4"" de hauteur depuis l'paule jusqu' terre. Les mles surpassent les femelles par la taille; mais les jeunes individus semblent avoir l'pine dorsale plus arque que les vieux. L'El- phant qui vient de natre n'a guftre plus de 1" de hauteur. Dans la premire anne de son ge, il PACHYDERMES. 255 grandit de 0,oO; dans la seconde, de O^/iS; dans la troisime, de O",!!); dans la quatrime et la cinquime, de 0'",'14, et ensuite de 0'",00 et de 0'",07; enfin il reoit son dernier dveloppe- ment dans l'espace de dix-huit vingt-quatre ans; et, comme c'est une rgle assez gnrale parmi les Mammifres que la dure de la vie est six sept fois plus longue que leur croissance, il s'ensuit que l'lphant doit vivre environ cent vingt ans. Ces animaux peuvent peser de trois quatre milliers de kilogrammes; cependant leur cerveau est bien petit proportion de leur taille, car il fait peine un cinq centime de leur poids. Dans un jeune lphant, en partie brl Dublin, le cerveau ne pesait que trois kilogrammes. Aussi l'noime renflement produit la partie suprieure, temporale et postrieure du crne, n'est nullement le rsultat d'un grand dveloppement du cerveau, mais de trs-grandes lacunes, d'une quantit de larges cellules qui, places dans la substance des os, en cartent les tables au point de leur donner une paisseur considrable. Si l'on fait la coupe du crne, on voit que l'aire de la cavit crbrale n'est gure que le tiers de l'aire totale de la coupe, d'o il rsulte que le volume du cerveau est neuf fois plus petit que celui du crne, plus petit propor- tionnellement que celui du Cochon. D'aprs cela, ne serait-on pas en droit de conclure que, si l'in- telligence tait rellement en proportion mathmatique avec le dveloppement du cerveau, l'lphant, loin d'avoir cette facult suprieure que l'on a peut-tre beaucoup exagre, mais qui toutefois est bien manifeste-, serait un animal stupide? L'Elphant ne vit que de plantes, d'herbes, de feuillages, de rameaux, de fruits ou de racines sau- vages. Comme cet animal aime les lieux humides et les terrains aqueux, sa constitution est molle, flasque, pteuse; son temprament est naturellement phlegmatique : c'est pourquoi sa dmarche, ses mouvements ont quelque chose de pesant et de grossier, l'exception de ceux de la trompe. Sans cet admirable instrument, l'Elphant serait probablement une bte stupide. Toute son intelligence semble tre dans sa trompe, et c'est principalement elle qu'il doit ses plus brillantes qualits. Buffon a trs- bien remarqu que le sens de l'odorat tait runi, dans cet organe, au sens du toucher, et que cette union de deux sens agissant simultanment doit donner sur tous les corps des notions plus exactes que si chacun d'eux tait seul. D'ailleurs la trompe de rIphant est irs-sensible : des rameaux ner- veux considrables de la cinquime et de la sixime paire s'y panouissent, et, en outre, son ex- trme flexibilit, s'appliquant assez exactement tous les objets, en rend le toucher ])liis parfait. L'E- lphant aime se vautrer dans la fange, se plonger, comme les Cochons, dans les bourbiers, et il est trs-malpropre. Il mange goulment et avec excs, et, dans l'tat sauvage, il dtruit encore plus qu'il ne mange. Quand il entre en nombre dans quelques champs de riz, dans quelques plantations de canne sucre, il brise et dtruit tout; il crase avec ses pieds, arrache avec sa trompe; il couche les cannes en se roulant sur elles, peu prs comme un Cheval qui se couche dans un pr; car les cannes sucre, quoique grosses de plus de trois centimtres de diamtre et hautes de six sept m- tres, quoique garnies de feuilles trs-coupantes, ne sont pour ces animaux qu'une espce d'herbe qu'ils crasent facilement : d'ailleurs il aime beaucoup leur saveur sucre, et les Indiens sont obligs de l'carter de leurs plantations en l'pouvantant par de grands feux. Aux environs du cap de Bonne-Esprance, Delegorgue a observ que, dans les bois o se trouvent des troupes nombreuses d'lphants, ces animaux s'y frayent des routes et qu'ils dtruisent tous les arbres de moyenne taille qu'ils rencontrent sur leur chemin. Ils se tiennent constamment en troupes assez nombreuses vers les bords des fleuves, prs des bois et non loin des marcages remplis de joncs. Ils ne sont pas mchants et ne cherchent pas nuire, car ils ne s'occupent gure qu' manger. Parfois, dit-on, en mrrchant, ils crasent et renversent les cabanes des ngres; mais- ils ne font aucun mal lliomme, moins que celui-ci ne l'attaque. En ce cas, ils font usage de leur force et maltraitent beaucoup, avec leur trompe et leurs dfenses, ceux qu'ils peuvent atteindre; mais, comme ils font difficilement des dtours, et que leur grosse masse s'oppose compltement leur agilit, on peut facilement les viter. Quoiqu'ils ne soient pas timides, ils sont loin de montrer le grand courage des Carnassiers; ils entrent en furie, mais ils sont bientt fatigus, parce que leur taille norme exige beaucoup de vigueur musculaire. Dans l'tat de libert, les lphants vivent en troupes; ils nagent trs-bien, parce que leur corps est trs-volumineux; lorsqu'ils entrent ([ans les eaux profondes, ils lvent leur trompe pour respirer l'air leur aise, tandis que leur corps est entirement submerg. On trouve des lphants non-seulement dans l'Asie mridionale, comme au Bengale, au Malabar, au Tonquin, Siam, au Pgu, Ceylan, Java, aux les Philippines, etc., mais aussi dans j)resqutf 254 IIISTOIHE NATlJliELLE. toute rAfriqiie im'Tidioiiale, en Nigritie, en Abyssinie, en Etliiojjie, aux environs du caj) de Donno- Espranee. Dans certains lieux, ils semblent mme trs-abondants, quoique la chasse acharne qu'on leur fait doive en diminuer chaque jour le nombre. Dans l'Asie, o les Elphants sont, dit-on, plus doux et nius familiers qu'en Afrique, on se contente de les rendre domestiques, et on ne les tue pas en aussi c;rande abondance. Voici, d'aprs le rcit de Corse, comment on leur fait la chasse au Deni^ale : on forme une enceinte de pieux finissant en cul-de-sac, et que l'on nomme kriUlah; des lphants femelles, apprivoiss et dresss au (joondalis, vont chercher les lphants libres dans les forts et les attirent dans l'enceinte; l on les attache fortement, on leur refuse la nourriture, on les dompte jusqu' ce qu'ils deviennent souples et obissants. L'amour pour les femelles prives aide encore subjuguer les lphants libres ou goomlalis, et bientt ils sont privs. S'ils s'chappent et retournent dans leur fort, ils se laissent prendre au mme pige qu'on leur avait tendu; souvent mme, ajoule-t-on, il suffit que leur conducteur, qui porte le nom de cornait, aille les trouver dans les bois et leur parle d'une voix imprieuse en les menaant pour qu'ils viennent se remettre paisiblement sous le joug de l'homme. Parfois aussi l'on envoie un grand nombre de traqueurs dans les bois pour effrayer les lphants par des cris, une vive lumire, un bruit violent, etc.; on cerne une partie de fort, on se rapproche de plus en plus les uns des autres, on enferme les lphants qu'on y trouve et on les force entrer dans une en- ceinte, o l'on peut plus facilement les emprisonner, les saisir, les attacher et les dompter. Quel- ques nababs indiens font autrement la chasse ces animaux; ils les font entourer d'un grand nom- bre d'Elphants privs et les prennent de vive force, ou bien ils les tuent. Certains chasseurs savent les saisir avec des cordes nuds coulants, ou bien leur coupent les jarrets. Les ngres de l'Afri- que se bornent parfois creuser des fosses, qu'ils recouvrent de feuillages pour tcher d'y attraper quelques Elphants; et ensuite ils les tuent coups de flches ou de zagaie. La chasse de ces animaux ' se fait aujourd'hui d'une manire diffrente; car l'introduction des fusils a chang beaucoup les ha- bitudes naturelles des indignes des pays qu'habitent les lphants. Les princes indiens montrent principalement leur luxe par le grand nombre d'lphants qu'ils entretiennent pour leur service. Jadis on en comptait plus de vingt mille l'tat domestique dans le seul royaume de Siam. Depuis un temps immmorial, les Indiens ont apprivois cet animal et s'en sont servis la guerre pour porter des tours de bois pleines de combattants; les chefs n'allaient au combat que sur ces animaux, qui, pntrant dans les rangs ennemis avec force, y portaient le ravage et la mort. On sait que les anciens s'en servaient dans leurs armes; mais depuis longtemps on y a renonc, parce qu'ils redoutent le bruit et la flamme, et que les coups de fusil les mettaient compl- tement en droute. Aussi on ne les emploie plus aujourd'hui qu' des travaux domestiques ou pour taler sa puissance et son luxe; on les couvre de riches harnais, on les peint, on met des anneaux d'or leurs dfenses, on suspend des diamants leurs oreilles, on les sert en vaisselle d'or et d'ar- gent. Un Elphant apprivois se vend communment, dans l'Inde, mille douze cents francs, et se paye cependant jusqu' cinq ou dix mille francs, selon sa beaut et sa grandeur, qui varie depuis o"" jusqu' 4". Sa nourriture exige une assez grande dpense; on lui donne, outre de l'herbe et du feuillage, du riz, des fruits, des racines, du pain, du sucre et des pices, tels que du poivre, du gingembre, de la muscade et surtout de l'arak ou de l'eau-de-vie de riz, qu'il aim.e beaucoup. Dans les Indes, l'Elphant sert transporter des fardeaux, ou bien on l'emploie comme monture. Les femmes des grands, renfermes dans des espces de cages treillis appeles miccUmibers, sont por- tes par des lphants dans les voyages et dans les processions publiques. Leur marche est assez vive, mais n'est pas douce, et imprime un mouvement semblable au roulis d'un vaisseau. Leur cor- nak se pose sur leur cou, et, avec un fer pointu et crochu, il les pique et les dirige son gr. Le pas allong d'un lphant peut suivre, dit-on, un Cheval vigoureux au galop ordinaire; mais il court rarement, et imprime fortement, cause de son poids, ses traces dans les terrains humides. Cet animal si massif redoute beaucoup, assure-t-on, le Tigre, dont la seule odeur le ferait trembler et fuir de toutes ses forces. Cependant on a vu un roi des Indes faire combattre un Tigre contre trois lphants plastronnes qui eurent bien de la peine se dfendre contre ce redoutable Carnassier. L'lphant semble surtout craindre pour sa trompe; quand il y a quelque danger, il la replie en spi- rale et prsente en avant ses dfenses. Les cris de ce Pachyderme sont une sorte de grognement plus ou moins vif, selon les passions qu'il prouve : lorsqu'il est en colre, il pousse des sons aigus et PACHYDERMES. !o& trs-forts; ses cris d'amour sont aussi, dit-on, particuliers. La musique fait plaisir ces animaux; ils marquent leur joie, leur tonnement, le plaisir qu'ils ressentent, par de petits cris et par des mouve- ments cadenss. Les lphants n'attaquent jamais l'homme; car, vivant exclusivement d'herhes et du feuillage des arbrisseaux, ils n'ont nulle raison pour commencer une lutte inutile; mais, s'ils sont attaqus, ils se dfendent avec la fureur du dsespoir, et alors ils sont terribles tant que durent leur peur et leur colre. Cependant, une fois pris et apaiss par de bons traitements, ils deviennent bientt doux et soumis. L'ducation qu'on leur donne est peu de chose; elle ne consiste gure qu' leur faire plier les jambes pour recevoir leur cavalier ou un fardeau, et obir leur conducteur, La Compa- gnie anglaise des Indes en possde un assez grand nombre dont elle se sert pour transporter du bois et tous les fardeaux trs-pesants; parfois aussi on les attelle des voitures, et, dans ce cas, on leur passe une grosse corde autour du cou en guise de collier; et, de chaque ct de ce collier, l'on passe une autre corde dont une extrmit va s'attacher la voiture. Un livre persan, le Miroir ou les Inslilutcs de l'empereur Akbar, traduit en anglais par Francis Cladwin, contient des dtails trs-intressants sur les diffrentes manires de chasser les lphants. La chasse nomme kelideh, rapporte ce livre, consiste les traquer avec de la cavalerie et de l'infan- terie, battre de la caisse et sonner de la trompette, de manire effrayer ces animaux; on les poursuit jusqu' ce que leurs forces soient puises; alors un chasseur adroit leur jette un lacet au cou, et on les attache au pied d'un arbre; on amne ct d'eux un lphant priv qui les a bientt apprivoiss et accoutums l'obissance. La chasse appele tclwurkedch consiste chercher dans les bois les lphants sauvages; le chasseur est mont sur un Elphant priv et a soin de se cacher; ds que son animal en attaque un autre, il lui jette le lacet au cou. La chasse nomme gnedd con- siste faire tomber l'lphant sauvage dans une fosse couverte de gazon, et on y parvient en parais- sant tout coup et faisant beaucoup de bruit: la famine l'a bientt rduit et rendu traitable. La chasse nomme barferakk consiste entourer d'un foss profond l'endroit o les Elphants ont cou- tume de se runir en certaines saisons; on ne laisse qu'une entre, avec une porte que l'on ferme avec une corde; on disperse de la nourriture dans l'enceinie et tout l'entour afin d'attirer les l- phants, et, lorsqu'ils sont entrs, les chasseurs sortent de leurs retraites et tirent les cordes pour fermer la porte; quelquefois les lphants, furieux, essayent de la briser; mais alors on allume du feu et l'on fait grand tapage; ces animaux courent de tous cts jusqu' ce que leurs forces soient puises; on les laisse sans nourriture pour que la faim les familiarise, et l'on attache des lphants privs autour de leur enceinte alin d'achever de les apprivoiser. Dans une autre chasse, on attache une troupe d'lphants mles dans un lieu o ils forment un cercle; on conduit les femelles dans une autre place, mais non hors de la porte de leur vue; alors des traqueurs aposts poussent des cris de tous les cts; les lphants sauvages courent pour se runir aux femelles, que l'on a dresses ce mange; elles entrent dans l'enceinte forme par les lphants privs; les individus sauvages sui- vent et se trouvent pris sans opposer la moindre rsistance. (( Les anciens, dit Virey dans le Dictionnaire d'Histoire naturelle de Deterville, les anciens ont prtendu que l'lphant entendait le langage de l'homme; qu'il adorait le soleil, la lune et prsen- tait ses supplications en tendant sa trompe couronne de feuillage vers l'astre du jour. On a dit qu'il tait ambitieux de gloire; qu'il avait en partage des murs, des vertus, telles que la justice, la pru- dence, l'quit, la religion; qu'il se purifiait souvent; qu'il ensevelissait les cadavres de ses compa- gnons, les couvrait de poussire et de rameaux, pleurait leur mort, retirait les flches de leur corps, pansait leurs plaies comme les plus habiles chirurgiens, elc. On lui avait encore accord la chastet et des sentiments nobles et levs. Les lphants blancs, qui sont fort rares, passent, chez les In- diens, pour des tres presque divins, quoique leurs qualits soient bien infrieures celles des au- tres lphants. Toutes ces ides de perfection n'ont pu lre inspires que par l'admiration d'un aussi vaste et aussi tonnant Quadrupde : la religion du ftichisme a d encore augmenter cette admira- tion. On a pu regarder l'lphant comme un animal sacr, un tre privilgi, ce qui s'alliait admira- blement avec les sentiments religieux des nations indiennes. Cette admiration a pass en Europe avec l'lphant; la raret, la curiosit, la masse norme de son corps, sa conformation singulire, l'ont rendu un objet d'tonnement et d'exagration. Cependant, en l'examinant sans prvention, un Chien parat lui tre suprieur; car l'adresse de l'lphant dpend de la conformation de sa trompe t>5G IlISTOinr, NATUnElJ.K. vl non pas de son intelligence. Il est doux; il s'attache, il s'affectionne, dit-on, aux l)omn)es; cepen- daiil il lue assez souvent sou coniak, surtout au temps du rut. Sans doute il n'est pas froce, puis- qu'il est herbivore; ses qualits dpendent de son temi)rauicnt, de son organisation, et non de sa vertu. La mollesse de sou carat-lre est visible dans la manire dont on l'apprivoise; i\ oublie dans resclavnge ses compagnons; il obit sans murmure la volont du matre; il n'ose rsister; il est faible et timide; tandis (jue le Lion, pris vieux, demeure indomptable. La colre de l'Klphant n'est qu'une fureur passagre, parce qu'elle n'est pas dans son caractre, de mme que dans tous les Herbivores. D'ailleurs bvs Quadrupdes vivant de vgtaux sont tous d'une habitude de corps molle et tlas(|ue, ce qui les rend lourd et incapables d'agir avec beaucoup de vigueur; de sorte qu(! leur naturel est oblig de suivre la pente de leur physique : c'est ce qu'il ne faut jamais perdre de vue dans l'histoire naturelle des animaux. Tous obissent aux influences physiques bien plutt qu'au moral, dont ils sont presque entirement privs. Le penchant d'unanimal pour la socit de l'homme n'est point un penchant naturel; c'est un asservissement de l'individu qui prouve la faiblesse de son caractre: les animaux les plus courageux, les plus robustes, ddaignent la prsence de l'homme, fuient sa socit, qui ne leur promet qu'un dur esclavage. L'association des Elphants entre eux est un attroupement vague et sans liens. Ce n'est point par amiti qu'ils sont rapprochs; c'est qu'ils .sentent leur faiblesse individuelle, leur impuissance de se dfendre s'ils ne sont en nombre. La doci- lit, la soumission de l'lphant ne prouvent donc que l'inertie de sa nature. Quoique grand et fort, il devient la proie du Lion et du Tigre; il les fuit et les redoute l'excs. Dans l'tat sauvage, ses inclinations naturelles ne sont pas suprieures celles d'un Rhinocros, d'un Hippopotame, d'un Cochon et des autres espces analogues. 11 n'a cependant ni l'intelligence du Cochon, ni l'adresse du Singe, ni la finesse du Renard, ni la sagacit du Chien. Ce n'est donc gure qu'un animal vulgaire par son intelligence, curieux par sa masse et sa conformation. Les lphants sauvages retombent stupidement dans les mmes piges o ils ont t pris; ils ne sont ni plus ni moins dlicats en amour que les autres Quadrupdes... L'lphant est, dit-on, aussi reconnaissant que vindicatif; on en cite des traits remarquables s'ils sont vrais. Il se venge quand il peut le faire; mais on le calme aisment en lui donnant man- ger. Les femelles des lphants sont plus douces, plus affectionnes que les mles, comme dans toutes les autres espces. Presque tous les voyageurs accordent cet animal des qualits sup- rieures; mais ils citent en mme temps des exemples de vengeance et de brutalit; cependant son naturel est doux quand on ne l'irrite pas. On l'instruit saluer son matre, se rendre souple, obis- sant, et il fait tout ce qu'on exige de lui, pourvu qu'on le traite avec douceur. On lui apprend aussi marquer la cadence et se mouvoir en mesure. On assure qu'il comprend ce que dit son matre, et excute mme des choses qui surpassent les autres animaux, comme de marcher sur une corde, ainsi que les funambules, et l'aire d'autres tours de force, etc. Ces faits, cependant, sont loin d'tre dmontrs; car ces animaux, sans tre plus stupides que les autres Quadrupdes, ne paraissent pas leur tre bien suprieurs en qualit. A la vrit, plus un animal est facilement dompt et instruit par l'homme, plus il nous parat tre intelligent; mais ce n'est qu'un esprit d'emprunt, une intelli- gence -achete force de soins. li est peu d'animaux, dit Fr. Cuvier, dont on ait autant exalt l'intelligence, et qui, sous ce rap- port, aient t jugs avec plus de prvention. Le trait caractristique de son esprit est la prudence; il n'apprend rien, mais il le fait plus aisment qu'on ne puisse apprendre un Cheval; et si on a cru apercevoir le contraire, c'est qu'on n'a pas fait attention la diffrence des organes. Tout ce qu'on a dit de ses calculs et de ses combinaisons ne repose que sur de simples apparences, et n'a de con- sistance que dans l'erreur de ceux qui ont cru les apercevoir; et l'on doit surtout mettre au nombre de ces crations fantastiques l'histoire que rapporte Pline, et qui a toujours t rpte, d'un El- phant qui s'exerait la nuit aux leons de danse qu'il recevait pendant le jour, afin d'viter les ch- timents que sa maladresse lui attirait. Nous avons voulu, dans ce qui prcde, donner une ide sommaire des qualits que l'on s'est longtemps plu prter l'lphant et de l'intelligence qu'on lui a accorde; nous ne croyons pas devoir ajouter qu'il y a au moins une trs-grande exagration dans les faits ([ue nous avons rappor- ts. Il y a longtemps que nos mnageries europennes en jiossdent, et l'un des premiers que l'on vil en France fut celui qui vcut, sous Louis XV, la Mnagerie de Versailles, fut dissqu par Du- PACHYDERMES. 257 vcrney, tudi par Perrault, et dont le squelette est encore conserv dans la galerie d'anatomie com- pare du Musum de Paris. Aujourd'hui il y en a dans toutes les mnageries des capitales des princi- paux pays; et l'on a souvent en mme temps, et respce d'Asie, la plus commune des deux, et celle d'Afrique. En captivit, ces animaux sont assez doux, faciles conduire, assez obissants; ils recher- chent l'eau et consomment des aliments purement vgtaux et en grande abondance. Les lphants captifs de la Compagnie des Indes sont trs-friands de fruits de bananier; ils mangent aussi beaucoup (le noix de coco; mais leur nourriture ordinaire consiste en foin, en paille, en riz cru ou cuit ml avec de l'eau, et quelquefois assaisonn avec du sucre; en pain, en feuilles d'arbres, et particulirement des agantiers, etc. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'on les habitue avec une extrme l'acilit boire du vin. de l'eau-de-vie, de l'arack et autres liqueurs spiritueuses, tandis que jamais on n'a pu en d- terminer un seul gofiter de la chair. Ils peuvent se reproduire dans les lieux o on les conserve, mais plutt cependant dans leur pays natal qu'en Europe, quoique Buffon ait prtendu le contraire; et il paratrait mme que les Romains avaient dj observ ce fait important dans les lieux o ils les conservaient. On a pu vc^r que les petits ttaient avec la bouche et non avec la trompe, comme on l'avait rapport par erreur. La projection de l'eau par leur trompe, qui est dpourvue de libres cir- culaires, est assez diflicile expliquer, puisque les tuyaux de cet organe sont incompressibles; l'ani- mal ne pourrait que pousser l'eau en soufflant; mais comment souffler en avalant, ce qui arriverait quand l'lphant boit. Fip. 72. Klphanl de Indns. Les montreurs d'animaux ont souvent djeunes lphants, et leur font faire des exercices extraor- dinaires; ils leur font tiier des sonnettes, boire mme une bouteille et se servir adroitement de leur trompe; ils les font aussi grossirement danser, se tenir sur deux pattes, se coucher, etc. On en a vu souvent de fort curieux Paris, et, pour n'en citer que deux exemples, nous nommerons le, clbre Kioumj, qui parut, il y a une vingtaine d'annes, sur l'un des thtres de Paris, dont les exercices tonnrent mme les personnes qui avaient t mme d'tudier ces animaux dans les m- nageries; et les deux lphants que montrait, il y a peu de jours encore, M. Lehman, au cirque de l'Impratrice, etc. La prtendue chastet de Plphant, si vante par Buffon. n'est pas diffrente de celle des autres Mammifres, et le rapprochement des sexes a lieu de la manire ordinaire, sans qu'il cherche nulle- ment se cacher de l'homme, ainsi qu'on l'a prtendu. John Corse, qui dirigea, depuis 1792 jusqu'en 1797, la chasse des lphants dans le Tiperah, province du Bengale, dcrit leur accouplement, dont il fut tmoin. En 1793, dit-il, on mit une couple d'lphants en rut dans un enclos spacieux; on ti58 IIIS'nUP.K NATri'.KLLE. los faiDiliarisa eiisomhk'; un li'iir distrilma (]o la nourriture on ahoiidaiicc, des aliments cciiaiilTants, comme dos oignons, des aulx, tlu i^ingembro, etc. Ils prirent bientt une grande affection l'un ])our l'autre, et se caressrent continuellement di; leur trompe. Le 28 juin au soir on attacha la femelle un piquet. Elle tait vierge encore. Des gardiens aposts la virent couvrir sans difficult par le mlo. Le lendemain, sans s'inquiter de la prsence des spectateurs, elle fut couverte de nouveau. John Corse et le capitaine lUchards Burke Gregory furent tmoins d'un troisime accouplement, qui fut semblable celui du Cheval : dans toutes ces circonstances, la femelle demeurant tranquille. Elle aurait t couverte une cinquime fois dans l'espace de seize heures si l'on n'et pas empch cette dernire, de peur d'nerver ces animaux. On a vu des femelles recevoir le mle avant l'ge de seize ans, et crotre encore. L'lphant se contente d'une seule femelle. Des faits peu prs semblables' ont pu tre observs dans nos mnageries, et on a surtout remarqu (jue les mles devenaient intrai- tables l'poque des amours. Les anciens ont dit que la gestation des femelles durait plus de deux ans; mais il est dmontr qu'elle s'tend beaucoup moins, et qu'elle surpasse peu celle de la Vache ou de la Chamelle, qui est de dix ou douze mois. Chaque porte est d'un.petit seulement, et trs- rarement, assure-t-on, de deux. Le jeune animal suce la mamelle de sa mre avec sa gueule, et non avec sa trompe, comme on l'avait cru. 11 parat que l'allaitement dure prs de deux ans. La crois- sance de llphant est trs-lente. Ce sont presque exclusivement des lphants d'Asie que l'on dresse pour certains usages domesti- ques, tandis que ceux d'Afrique le sont bien moins. Les uns comme les autres seraientcependant aptes aux mmes usages, et la diffrence n'a lieu que pour les habitudes des indignes des pays qu'ils habi- tent. Les Asiatiques sont plus industrieux que les peuples de l'Afrique, et ces derniers se bornent a leur dresser des piges usement au-dessous de moi leur verdure tendre et frache tout enrichie d'clatants boutons d'or; des dos gris ou rouges d'lphants se' dcouvrent comme d'normes pierres, et d'entre ces dos ou ces pierres jaillit un jet d'eau qui rc- ACHYDERME^. 505 tombe en pluie fine. La vut; de l'eaii fait tant plaisir qui a soit! et vraiment je songeais que j'allaii-i boire! Un instant s'coule, et cette fois c'est une gerbe qui, dianiante, prend les couleurs de Tarc- en-ciel; j'allais tre victime peut-tre de la mprise qui me charmait, quand mes Cafres hurleurs firent du tapage et dlogrent les lphants, lesquels, au besoin, lorsque les accable la chaleur, se pres- sent les uns contre les autres pour recueillir l'eau que l'un d'eux fait sorlir d'une poche de son esto- mac, et qu'il leur envoie en l'air par sa trompe (1 V Figf. 1T>. lilplianl d'Afrique (Femelle) '( Cependant, malgr tout le dsir de bien f^ire tmoign par chaque homme, malgr l'apparente rsignation des lphants, qui, en dernire ressource, se groupaient en niasse gale distance des bords, profitant de la protection des arbres et engrenant leurs ttes entre leurs corps, afin de ne plus prsenter que leurs croupes moins vulnrables, il arrivait qu'impatients de recevoir incessam- flient les coups de fusil, ces animaux donnaient d'un commun accord sur le cordon de barrage, et le foraient en y oprant une large troue proche de laquelle nous retrouvmes plus d'une fois des ntres retenus sous les arbres abattus. C'est alors qu'il tait beau de voir et d'admirer la sagacit des femelles et leur instinct maternel que doublait le danger. Leur petit, chacune, qui d'ordinaire trotte sur leurs talons, tait invisible dans ces fuites, o les pieds des grands, se pressant confusment, eussent infailliblement cras ces frles animaux. Entre les quatre pieds de l'lphant courait le jeune, dont les pas incertains taient guids par sa mre. La trompe de celle-ci, passe sous son poitrail, s'unissait celle de son petit et le dirigeait... Quand chaque groupe se sparait ensuite, l'on voyait diverses troupes composes de vieux mles, (1) Quoique nous ayons la plus grande confiance dans la vracit de Delegorguo, nous ne croyons cependant pas qu'il ait pu observer avec assez d'attention ks f lits que nous venons de rapporter pour qu'on les regarde comme diinitivc- ment acquis la science, cl l'tude analomique ne semble pas dmontrer l'existence du rservoir dont parle notre voyageur. E. D. 2Gr> IIISTOIP.K NATURELLE. rexccplion do U^no famillo, c\ (raiitros de femelles, eliacunc suivie trun jeune, dont la ligne tait termine j)ar uu grand mle qui paraissait destin prolger la retraite. Les femelles djjourvues de petits se tenaient aussi en troupes isoles, mais n'ayant avec elles aucun mle; leur taille inf- rieure les faisait reconnatre de loin, et leurs dfenses, n'excdant jamais trente livres chacune, le plus souvent de quinze et au-dessous, les sauvaient d'ordinaire de toute attaque. Comme on peut bien le penser, tout chasseur consciencieux ne s'adressait qu'aux grands vieux mfties, respectant les jeunes et les femelles, moins que celles-ci, par la longueur de leurs dents, ne viennent rivaliser avec les mules de grandeur moyenne. L'approche et l'attaque des mles est, du reste, plus aisce, et les avantages qu'ils procurent sont doubles. (Les mles sont graves; ce sont des philosophes aux passions froides et soumises. Ils tmoi- gnent moins de vivacit, moins de lgret, et paraissent ne prendre une dtermination qu'aprs rflexion. (( Les femelles sont plus turbulentes; elles ont les passions fines, s'emportent facilement et se lais- sent aller la fureur la plus grande lorsqu'elles craignent pour leurs petits. La vue de l'homme les irrite alors au point le plus excessif; elles le chargent instantanment, quelquefois mme opinitre- ment... Cependant, quoique les mles soient plus paisibles, il faut bien qu'un chasseur se garde d'ou- blier leur gard toute mesure de prudence: car eux aussi sont susceptibles de charger parfois avec fureur, et mme avec autant d'opinitret que certaines femelles. L'lphant a cela de commun avec Thomme, qu'il aime une lgre inflammation du cerveau que lui procurent des fruits fermentes par l'action du soleil : Vomlioiiscliloiine et le inakani des Amazou- lans. Ces fruits sauvages, qu'il abat de sa trompe, acquirent en quelques jours d'abandon sur la terre les proprits qu'il dsire, et c'est quand l'lphant est surpris les dguster que le chasseur court les plus grands risques : les Cafres assurent qu'il n'y a gure de salut possible en pareil cas. et que l'homme, quel qu'il soit, doit se rsigner son triste sort. C'est par suite de cet tat de sur- excitation que les mles peuvent tre aussi dangereux que les femelles. Il est encore des individus plus redoutables que d'autres, quoique leur apparence donne une ide diamtralement oppose : je veux dire ceux qui sont naturellement dpourvus de dfenses... La valeur de l'ivoire, demand sur toutes les ctes d'Afrique par les traitants europens, a en- gag depuis longtemps les aborignes s'en procurer : ceux qui connaissent l'usage du fusil s'en ser- vent pour chasser l'lphant. Mais les Amazoulans, ne possdant aucune arme de ce genre, devaient ncessairement recourir aux leurs propres, quelque faibles qu'elles pussent tre... Quarante hommes la fde les uns des autres approchaient un lphant jusqu' cinquante pas. <( Le premier d'entre eux, arm d'une omkoudo (assagaye), au fer plus large et tranchant parles bords, se dtachait de ses suivants, puis s'avanait dix pas de l'animal, et plus prs encore s'il le jugeait bon; l, brandissant son javelot, il le lanait dans l'un des jarrets, de manire faire porter le fer horizontalement. Ds lors l'Elphant tait incapable de fuir, et les assaillants faisaient ideuvoir sur lui leurs omkoudos, qui partout se fichaient tremblants par la hampe, jusqu' ce que, puis de sang, bris par la colre impuissante, l'animal tombt pour ne plus se relever. ** Les fosses recouvertes, garnies de pieux aux pointes aigus et carbonises, sur lesquelles on contraignait les troupes passer, ne russissaient qu'une fois; elles exigeaient une grande dpense de temps: leur position exacte, inconnue des tangers, occasionnait de nombreux et terribles acci- dents : aussi sont-elles presque gnralement abandonnes aujourd'hui. Ls pieux plants sur les bords des rivires, en manire de chevaux de frise, au bas de pentes rapides par lesquelles ces animaux devaient effectuer leur passage, taient un assez mauvais moyen qui n'est plus mis en usage. Il ne reste donc ces peuples que leurs armes tranchantes, et c'est ainsi que les rois zoulans, tels que Djacka et Diaguan, se procuraient l'ivoire dont ils avaient besoin. Mais ils faisaient grande- ment les choses, et Panda suit encore actuellement la mme mthode. Nous n'irons pas plus loin dans l'extrait que nous donnons de l'ouvrage de Delegorgue; l'espace nous manquerait pour dtailler ces chasses royales, auxquelles sont quelquefois employs plus de vingt mille hommes, pour donner des dtails sur les divers moyens employs pour s'emparer de ces animaux, et pour faire conn?itre d'une manire complte les murs de ce Pachyderme. Analyser PACllYDKUMES. 207 Delegorgue est impossible, et nous ne pouvons v. nouveau, couiuie nous l'avons clj;'i fait, que ren- voyer le lecteur l'mouvant Vojjnge dans ['Amrique nnstrnle. 5. MAIMOUTH. ELEPIIAS PRIMIGENIUS. Blumenbach. Caractres spcifiques. Le Mammouth diffre essentiellement des lphants vivants par sa lon- gue crinire, par son corps, entirement couvert d'un poil doux, laineux, long de 0'";iO 0'",15, rousstre, recouvert par-dessus d'une seconde robe de poils rudes et grossiers, noirtres, et longs de plus de 0'",20. Son crne tait allong; son front concave; les alvoles de ses dfenses taient longues, et les dfenses elles-mmes taient beaucoup plus grandes que celles de l'lphant d'Afri- que, plus courbes, pointe un peu rejete en dehors. La mchoire infrieure tait obtuse, molaires plus larges, parallles, et marques de rubans plus serrs. La taille de l'animal tait plus considra- ble que celle de l'lphant des Indes. Des dfenses, des molaires et des os de ce grand Mammifre se trouvent en extrme abondance dans les couches superficielles du globe, dites terrains meubles, de tous les climats, et principale- ment dans tout le nord de l'Asie, de l'Europe, et mme de l'Amrique; mais ils sont plus rares dans les contres tempres de ces trois parties du monde, quoiqu'on en ait rencontr en Italie et en Espa- gne, et que la Mditerrane semble avoir t la limite de cette espce. Ces ossements, pris d'abord pour des os humains, ont proccup les esprits dans tous les temps, et ont donn lieu aux prtendues dcouvertes de tombeaux de gants dont parlent les auteurs de l'antiquit et du moyen ge, et aux fables des Tarlares et des Chinois, qui supposent que ces os proviennent d'un animal souterrain vi- vant la manire des Taupes, et qui meurt aussitt qu'il voit les rayons du soleil et de la lune. Lors- que plus tard ces ossements furent reconnus pour ce qu'ils sont en effet, on pensa que ceux qui avaient t trouvs dans les pays frquents par les Macdoniens, les Carthaginois et les Uomains, provenaient des lphants amens par ces peuples, et cette hypothse a t reproduite dans ces der- niers temps par De Blainville. Cependant, lorsque la plupart des naturalistes, zoologistes et golo- gistes eurent constat que ces dbris existent en plus grande abondance dans le nord que dans le centre et le midi, ils cherchrent gnralement une autre explication de ce fait, et l'attriburent au refroidissement de la terre, qui avait forc ces animaux se retirer successivement dans des contres plus chaudes. Enfin, la dcouverte d'lphants entiers, recouverts de leur chair et de leur peau non putrfie, conservs jusqu' nos jours dans les glaces de la Sibrie, fit supposer que ces cadavres avaient t transports des montagnes voisines de l'Inde par les fleuves qui se rendent la mer Gla- ciale. C'est en 1799 qu'un pcheur touagance trouva, sur les bords de cette mer, dans une masse de glace, le corps d'un lphant qui ne fut entirement dgag par la fusion du glaon que sept ans aprs, et qui vint chouer la cte, o il fut recueilli par le naiuraliste Adams, qui le fit transpor- ter au muse de Saint-Ptersbourg. Les Yakants, habitants des environs du lieu o le cadavre avait chou, en avaient dpec les chairs pour nourrir leurs Chiens, et les Ours blancs l'avaient aussi mu- til. Nanmoins le squelette tait encore entier, l'exception d'un pied de devant. L'pine du dos, une omoplate, le bassin et les trois membres taient encore runis par leurs ligaments des por- tions de peau. La tte tait couverte d'une peau sche; une des oreilles, bien conserve, tait gar- nie d'une touffe de crins. On distinguait encore la prunelle de l'il; le cerveau, dessch, existait dans le crne. Le cou tait garni d'une longue crinire; la peau tait couverte de crins noirs et d'une laine ou bourre rougetre. On retira, en outre, plus de quinze kilogrammes pesant de poils et de crins que les Ours blancs avaient enfoncs dans le sol humide en dvorant les chairs. Sur les bords de l'Alas- oia, qui se jette dans la mer Glaciale, l'est de l'Indigirsha, un autre lphant tout entier fut dcou- vert par Sarstschew. Il tait debout, et couvert de sa peau, encore garnie de longs poils noirs; une rosion du fleuve favait dgag. Au Musum de Paris, on possde un morceau de peau et des mches de crin, avec des flocons de laine d'un troisime individu trouv entier sur les bords de la mer Glaciale. Enfin quelques les de cette mer, situes vis--vis les rivages o gisaient ces cadavres, sont si remplies de leurs dbris, que, dans quelques endroits, le sol est un mlange de sable, de glace et d'ossements de Mammouths, et parfois mme l'ivoire des dfenses est tellement bien con- serv, qu'il a pu tre livr au commerce. ^68 IIISTOiUE NAiUi;ELLE. La comparaison de ces os, commonce par CaniptM', Pallas, Mcrc, Drumenbacli, el laite plus coni- pltemenl ensuite par G. Cuvier, avec ceux des lpliants actuels, semble avoir dmontr que le Mammouth tait une espce distincte, plus voisine de TElpliant des Indes que de l'Elphant d'Afri- (jue, et que coite espce n'existe actuellement plus; mais De IJlainville penche plutt le runir l'lphant des Indes; et, au contraire, f.IM. Nesti, Fischer de Waldheim, etc., y distinguent plu- sieurs espces particulires. Cependant, quoique avec doute, M. Doitard parat croire que le Mammouth pourrait bien figurer encore aujourd'hui dans la faune zoologique. Maintenant, dit-il, faisons un rapprochement trs- curieux. On trouve dans \es Mmoires des nssm-Dutires de la Chine (tome IV, p. 481) : Selon les (I observations de physique de l'empereur Kanghi, le froid est extrme el presque continuel sur la cte de la mer du Nord, au del du Toi-tang-Kiang. C'est sur cette cte qu'on trouve le Fou-Chan, (I animal qui ressemble un Rat, mais qui est gros comme nn Elphant. Il habite dans les cavernes ('. obscures et fuit sans cesse la lumire; on en tire nn ivoire qui est aussi blanc que celui de l'l- u phant, mais plus facile travailler, et qui n se fend pas. Sa chair est trs-frache et excellente (( pour rafrachir le sang. L'ancien livre Chou-King parle de cet animal en ces termes : Il y a, dans u le fond du Nord, parmi les neiges et les glaces qui couvrent ce pays, un Rat qui pse plus de mille (( livres; sa chair est trs-bonne pour ceux qui sont chauffs. De ces citations, ajoute M. Boitard, ne pourrait-on pas se demander si le Fou-Chan de l'empereur Kanghi ne serait pas le Mammouth, et si, dans ce cas, ce monstrueux animal n'existerait pas encore dans quelque coin retir et inaccessible du globe? D'aprs toutes les observations recueillies sur le Mammouth, on peut conclure que c'tait un ani- mal propre aux contres les plus froides du globe, vivant dans les plaines, et particulirement sur les bords des fleuves, des lacs, des marais et de la mer. Il devait nager avec beaucoup de facilit et longtemps afin de pouvoir passer d'une le une autre et se nourrir de roseaux, de lichens et de jeunes pousses de bouleaux, d'aunes, de saules, etc. De la taille de l'Elphant des'Indes, ou mme un peu plus grand que lui, il devait tre paisible, doux de caractre, mais sauvage, et fuyant les lieux habits par les hommes, si toutefois l'homme avait envahi le Nord dans le temps o il existait. Quoique le refroidissement graduel de la terre soit un fait gologique gnralement admis aujour- d'hui, il est trs-difficile, sinon mme impossible, d'expliquer ces grandes masses de chair conserves dans la glace, moins d'admettre un refroidissement subit qui aurait succd une temprature suffisamment leve pour que les contres habites par ces lphants pussent produire les vgtaux ncessaires leur subsistance; car l'extrme promptitude avec laquelle la putrfaction s'empare de ces animaux ds qu'ils sont morts (et nous en avons eu la preuve dans notre laboratoire d'anatomie compare du Musum) ne permet pas de penser que leurs cadavres aient t amens de loin. G. Cuvier n'a admis qu'une seule espce d'Elphant fossile, YEleplias primigenius, Elumenbach, qu'il a nomm E. mammolens, et que Schut indique sous le nom d'E. jubalus; mais les palontolo- gistes actuels ont propos plusieurs autres espces que nous ne ferons que nommer : ce sont les JE. prisais du diluvium d'Allemagne et de Russie; paniciis, Kamcnsli, pcriholelcs, pijcjmus, cain- pijlotes, Fischer De Waldheim, de la Russie; odonioUfranus, Eiclnvald, pour une molaire du mme pays; meridionalis, minimiis, Nesti, des sables du val d'Arno; Arvcrnenss, Jobert et Croizet, d'Is- soirti en kmcrgne; macrorhtjnclnis, Morren. De Blainville rapproche de ces animaux le C?/to//ic- rium anlicpium, que M. Kaup {Aklen der Urivelt, 1841) a cr pour une mchoire infrieuri; trouve dans une caverne du Yoigtlan saxon, prs de Zwickau, et dont l'auteur fait une espce voisine des Dugongs : le mme anatomisle, runit aussi au mme groupe VE. latideiis, que nous espces; laisserons avec les Mastodontes. Enfin De Blainville, dans son Ostographic, n'admet pas toutes ces il pense mme qu'il est encore peu prs impossible de dmontrer que ri']lphant fossile diffre spcifiquement de l'lphant des Indes, et il runit dans le mme genre naturel les .Mastodontes, dont nous allons nous occuper, mais dont il fait une subdivision particulire. l'ACllYDiaiMES. 269 2""' GENRE. - MASTODONTE. MASTODOJS. G. Cuvier, 1806. MacTo;, mimellc; c^cu, dent. Annales du Musum, t. Vlll. CARACTRES GNRIQUES. Systme dentaire : incisives, J- o?/ \; molaires, l^r,; en totalit treize ou quatorze dents. Inci- sives suprieures en forme de dfenses, dont ta coupe transversale prsente l'intrieur des losanges curviliynes, forms par des intersections de lignes, d'une substance osseuse plus dure; et, dans la subdivision des Ttracaulodons, une incisive galement de chaque ct la mchoire infrieure. Molaires rectangulaires, formes seulement de la substance osseuse et de l'mail, sans matire c- menteuse ou corticale, ayant leur couronne hrisse de grosses pointes disposes par paires, et dont le nombre varie, selon l'ge de la dent et sa position, depuis six jusqu' dix; ces molaires poussant dans les mchoires menire qu elles se dveloppent d'avant en arrire, et offrant leur couronne, lorsqu'elles sont demi uses, autant de losanges d'ma'.l on de figures de trfle, suivant les es- pces, qji'il y avait originairement de pointes. Os incisifs avancs et percs de larges alvoles pour les dfenses. Mchoire infrieure termine en avant par une pointe creuse d'un canal. Cou trs court. Membres trs-levs et termins par cinq doigts. Dix-sept paires de ctes, dont six vraies. Queue mdiocrement longue. Ce genre de Pachydermes fossiles a t tabli par G. Cuvier pour des dbris d'animaux voisins des lphants, pourvus comme eux d'une trompe et de longues dfenses implantes dans Fos incisif, ayant leur taille et des pieds de mme structure, et qui n'en diffraient que par des molaires hris- ses de tubercules ou mamelons coniques disposs en collines transverses, spares par des valles; tandis que chez les lphants elles sont formes de lames transversales dont les intervalles sont com- bls par un cment. Toutefois la ressemblance des lphants et des Mastodontes es assez grande pour que Tilesius, qui n'accordait pas au systme dentaire des animaux autant de valeur gnrique que G. et Fr Cuvier, n'en ft qu'un seul genre, et que De, Blainville, dans ces derniers temps, aif adopt la mme opinion, mais cependant avec cette diffrence, qu'il divisa ce genre en deux sec- tions particulires, c'est--dire en Elphants lamellidont^s et en Elphants mastodontes. Enfin la plupart des espces de Mastodontes semblent prsenter cette particularit remarquable, d'avoir des dfenses aussi bien la mchoire suprieure qu' la mchoire infrieure; ces derniers en ont t s- pars par II. Godman, sous la dnomination de Tetraeaulodon, mais comme peut-tre un ge peu avanc les Mastodontes offrent probablement tous quatre dfenses, ce groupe des Ttracaulodons ne doit pas tre adopt. Les ossements de Mastodontes se trouvent gnralement dans les terrains tertiaires suprieurs ou pliocnes, non mlangs avec les dbris fossiles d'lphants, l'exception de quelques localits, o il y a eu remaniement de terrain. Les espces de ce genre semblent avoir habit toutes les contres du globe, car on en rencontre dans les deux Amriques, dans une grande partie de l'Europe, dans plusieurs contres de l'Asie, principalement dans les monts Himalayas, et jusqu'en Australie; l'Afri- que n'en a pas encore fourni, mais on n'ignore pas que ce continent est bien peu connu gologique- ment. Les parties les plus caractristiques des ossements de ces animaux se trouvent dans leurs dents: aussi croyons-nous devoir en dire encore quelques mots, et plus tard les prendrons-nous exclusivement pour diffrencier les espces. Les incisives sont ordinairement plus petites que celles des lphants, et, dans quelques cas, se prsentent la fois suprieurement et infrieurement. Les molaires ont un collet renfl; l'mail en est trs-pais, et, quand il est color par un se! mtallique, il fournit cette sub- 270 HISTOIRE NATUKKI.LK. stance employe dans les arts sous le nom de turquoise. Comme chez les lphants, ces dents n'exis talent pas toutes la fois, mais elles se succdaient de telle sorte, qu' mesure que l'une tombait en avant, il en poussait une autre en arrire, et qu'il s'en trouvait rarement plus de deux en usage de chaque ct de l'une et l'autre michoire; enlin il n'en restait plus qu'une seule dans la vieillesse. G. Cuvier n'a pas connu le nombre des dents qui se manifestaient ainsi; il ne le croyait que de quatre mais de nombreuses mchoires infrieures de jeunes, d'adultes et mme de vieux individus, tant d'Amrique que d'Eppelsheim en Allemagne, ont montr qu'elles taient au nombre de six, dont on peut considrer, avec Laurillard, les trois premires comme des dents de lait. Les deux premires de ces dents de lait taient remplaces, du moins la mclioire suprieure, par une dent verticale qui, dans quelques espces, selon M. Owen. avortait souvent. Sur les individus chez lesquels elle se dveloppait, il paraissait donc sept dents de chaque ct, dont cinq dites permanentes; mais cette dent verticale ne se rencontre que trs-rarement. Les molaires suprieures taient semblables aux infrieures, l'exception de la dernire, qui tait plus courte. Chaque colline fournit une racine divi- se en deux parties par un sillon longitudinal, indice des deux cnes qui forment les collines. La racine de la colline antrieure est gnralement spare des autres, qui toutes, plus ou moins sou- des, forment une grande masse dirige en arrire; ces racines sont toutes sillonnes en travers. Les trois premires dents sont plus larges en arrire qu'en avant; les deux suivantes sont ancres ou en paralllogramme, de sorte qu'elles se terminent en pointe mousse. Les dents suprieures sont un peu plus larges que les infrieures. Nous avons dit que ce qui distingue sui'toul les molaires des Mas- todontes de celles des lphants, c'est que dans ces dernires (voyez la ligure de la page 241 et celle de la page 249) les lames qui la constituent sont runies par une matire sdimenteuse. tandis que dans les premires il y a des mamelons trs-distincts. Fii. 74. Molaire de Mastodonte. Dans son fascicule des Gravigrades Elcplias de VOstcofirapIne, De Blainvillc rsume ainsi qu'il suit ce qu'il a rapport des Mastodontes, dont il ne fait qu'une section du genre lphant : Sous le rapport zoologique, les espces dents mamelonnes ont absolument les mmes caractres gnri- ques que les espces lamellidontes sous tous les rapports des s\ sternes digital et dentaire. Sous le rapport stologique, pour la structure, le nombre, la forme et la disposition des os du squelette, la ressemblance est parfaite; car il n'y a de doute que pour une vertbre dorsale, et par consquent pour une paire de ctes de moins, et alors pour une vertbre lombaire de plus. Sous le rapport odon- tologique, il parat assez probable que deux espces taient pourvues, pendant une grande partie de la vie, 'd'une paire d'incisives infrieures simulant des dfenses, mais peut-tre dans le sexe mle seulement; et il est certain que le nombre de molaires et leur grosseur proportionnelle taient comme chez les lphants lamellidontes, et qu'elles ne diffraient essentiellement qu'en ce que les collines composantes, en gnral moins nombreuses, bien moins leves, bien plus paisses, se ru- nissaient bien plus tt au collet, sans cment intermdiaire, et taient par consquent pourvues de racines plus fortes, plus longues et plus distinctes Sous le rapport gographique, les os, les dents d'Elphants niasiodontes semblent, en Europe, tre plus frquents dans ces parties centrales et mri- dionales, au contraire de l'Amrique, et, dans les deux continents, tre plus communs, surtout pour les squelettes, vers les lieux levs, en Suisse, en Auvergne, en Gascogne, en Toscane, au sud et au nord de l'Amrique, et mme en Asie. Sous le rapport gologique, ces ossements paraissent, dans PACllYDERiVlES. t>71 l'ancien comme clans le nouveau momie, appartenir aux terrains tertiaires d'eau douce, et peut tre, mais bien plus rarement, marins : ainsi Eppelsheim, sur la rive gauche du Rhin, dans les sables ferrugineux; Zurich, dans un terrain de molasse; Simore et aux environs, dans un calcaire marneiix lacustre; en Angleterre et mine en France, dans le Crag; dans le diluvium ancien en Italie et en Auvergne, et en Languedoc aux environs de Montpellier; mais jamais dans les cavernes ni les brches osseuses, ni dans les alluvions. C'est, au contraire, en Amrique o les dents des lphants mastodontes semblent avoir t rencontres, ou dans des cavernes, quoique fort rarement, ou dans des alluvions regardes comme peu anciennes; aussi ceux qu'on trouve au-dessous des racines de rOhio et de l'Hudson, o ils sont bien plus communs et en squelettes, sont-ils assez souvent rouls, ce qui ne me semble jamais avoir lieu pour ceux de l'ancien continent, si ce n'est dans le Crag Ces ossements sont, en Amrique, dans une association d'espces de genres perdus, mais quelquefois aussi d'espces encore vivantes, tandis qu'il n'en est pas ainsi eu Europe, ou du moins la chose est loin dlre dmontre d'une manire aussi vidente, quoique, suivant moi, cela soit peu prs cer- tain. Ce qui l'est davantage, c'est que ce sont indubitablement les restes fossiles d'animaux Mammi- fres que Ton a trouvs la hauteur la plus considrable, puisque les dents recueillies par M. De lumbolt dans le royaume de Quinto, auprs du volcan d'Imbaburra, taient sept mille deux cents pieds, et celles du camp des Gants, auprs de Santa-F de Uogota, se trouvaient six cents pieds plus haut, c'est--dire sept mille huit cents pieds au-dessus du niveau de la mer. Enfin, sous le rapport de la distinction des espces, elle doit porter, comme celle des lphants lamellidontes, sur ta considration des os mmes du squelette, en gnral plus gros, plus larges, plus courts, plus ro- bustes, faisant prsumer des animaux moins levs sur membres, et, plus aisment encore, sur la structure des dfenses, ainsi que sur celle des molaires, dont les collines deviennent de moins eu moins nombreuses, moins compliques, moins mamelonnes et plus tranchantes. Ainsi ces espces, "U lieu d'tre au nombre de treize Elphants mastodontes proprement dits et cinq Elphants masto- dontes ttracaulodons, comme parait l'avoir accept M. Grant, ne sont plus qu'au nombre de quatre, toutes fossiles et limites, l'une l'ancien continent et peut-tre mme indien {E. ancjuslhleus); une seconde la Sud-Amrique, sur les deux versants des Cordillres {E. Hiimboldl'n); une troisime la Nord-Amrique, sur les deux versants des Allghanys, depuis le lac ri jusqu' Charlesiovvu [E. Oliiolicus-, enln une quatrime espce europenne douteuse (E. tapirodes). C'est en 1712 que le docteur Mellier a parl pour la premire fois d'os fossiles de ces animaux; mais les premiers apports en Europe ne l'ont t qu'en 1740, par De Lorgueil, qui les donna au Musum de Paris; Guttard, en 1732, en parla d'aprs un voyageur nomm Gauthier; puis vinrent les travaux de Daubenton et de Buffon (17G2), et ceux de Collinson, qui en regardrent les dents comme ayant appartenu une espce voisine de l'Hippopotame. Plus lard, W. et J. ilunter (17(38) les rap- portrent au genre lphant; tous ces ossements provenaient de l'Amrique du Nord et se rappor- taient au grand Mastodonte, que Pennant nomma Elcplias Ainerkmius; Blumenbach, Mnmmoiheus Ohioiicus, Peal, lphant molaires pointe, et dont G. Cuvier, le premier, fit le type de son genre Mastodonte sous la dnomination de Mastodon fiiganieuni, tandis que G. Fischer en fait son genre Mastlwlerinm. Depuis celle poque, on dcouvrit des Mastodontes, ainsi que nous l'avons dit, en grand nombre et presque partout, et les naturalistes, qu'il serait trop long de nommer ici. en firent un grand nombre d'espces. En effet aujourd'hui les palontologistes sont d'accord reconnatre une trentaine d'espces pour la caractristique desquelles ils ne considrent gure*, ainsi que le fait re- marquer De Blainville, que la forme d'une dent molaire, sans s'inquiter quel ct et encore moins quelle partie de la mchoire elle appartient ; en sorte qu'un grand nombre de ces espces sont pure- ment nominales, et que les vritables sont peine convenablement tablies. 1. l.E GRAND MASTODONTE. MASTODON GIGANTEUM. G. Guvicr. C.iRACTiiiiEs si'ciFiQUES. A pcu prs de la taille de rlphant des Indes, mais corps un peu plus allong, membres lgrement plus pais, ventre plus mince, dfenses plus petites et ayant de chaque ct trois dents molaires, une qualre et une six oi mme huit pointes : ces dents grosses, tranchantes, dont la coupe, quand elles sont uses, prsente des doubles losanges transver- saux. . Tri NISTOIHE iNATUatlLLl-:. Celle espce, ancienneinent connue sous les noms de Giund animai, ou i.i'Uam' u i,'Oiiio, elsou.s ceux (le Mastodo.ntk ou i-phant iie Sibfiie, est le cuand SIastodonte. Maslodon fiifjuuleiim- et maximus de G. Cuvier, VOIiio huofpiitiim ol Mainmoulk Oli'ioticns de Blunienbacli. C'est r/